I)E LA NÉPHRITE AIGUE ET CHRONIQUE
Caractères anatomiques. — Dans le premier degré de l’inflammation , on trouve les reins augmentés de volume, en totalité ou en partie, suivant que la maladie est générale ou partielle. A l’extérieur de l’organe existe une coloration qui varie du rouge au brun foncé, uniforme ou disposée par plaques, par arborisations fines ou par piquetés, dans l’intervalle desquels on distingue à l’œil nu ou à la loupe une foule de j petits points d’un rouge vif, plus rarement noirs , ne faisant aucun relief, disposés en lignes, rarement groupés entre eux, visibles à la coupe de la substance corticale, mais existant surtout à la surface. Ces corps j ne seraient autre chose, d’après M. Rayer, que les glandules de Malpighi très injectées. En divisant les reins longitudinalement çt dans toute leur épajsseur , on reconnaît que les substances tubuleuse et corticale ! sont plus consistantes , ordinairement friables, plus rarement ramollies; j elles sont, en outre, d’un rouge plus ou moins foncé, à cause delà grande quantité de sang qu’elles contiennent, et qu’on voit s’écouler lorsqu’on incise l’organe ou qu’on le presse entre les doigts. A côté de ces parties injectées, 31. Rayer en a quelquefois trouvé d’autres où la substance des reins était anémique ; mais cette altération se rencontre plus communément dans l’espèce de néphrite qu’on nomme albumineuse. Les lésions que je viens d’énumérer constituent le premier degré de la néphrite ; mais il est très rare de les observer , attendu que l’inflammation des reins n’a une issue funeste qu’à une époque plus avancée, et lorsqu’elle s’est terminée par suppuration. Dans ce cas , le pus se rencontre surtout dans la substance corticale; il y est rarement infiltré , mais presque toujours on le trouve réuni en petits foyers solitaires ou multiples , du volume d’un pois ou d’une noisette. Plusieurs de ces 1
abcès peuvent former par leur réunion une collection plus vaste. Toutefois , l’espèce de néphrite que nous étudions actuellement produit rarement des abcès très étendus. Les vastes suppurations qui occupent tout un rein dépendent bien moins, comme l’a démontré RI. Rayer , d’une néphrite simple que d’une inflammation primitivement développée dans les calices et le bassinet (voir plus bas Py élite). L’habile observateur que je viens de citer dit également qu’au lieu de pus on peut trouver encore un dépôt de lymphe plastique semblable à celui que nous avons signalé dans la splénite. Cette altération serait presque constante, d’après M. Rayer, dans la néphrite qu’il nomme rhumatismale. La gangrène des reins est une altération qui , jusqu’à présent , a été à peine observée. On la reconnaîtra à la couleur livide, brunâtre , des tissus, à leur ramollissement, et surtout à l’odeur caractéristique qu’ils exhalent.
Lorsque la néphrite simple existe à l’état chronique, les reins ont le plus souvent un volume moins considérable ; ils sont atrophiés , durs , plus pesants; leur surface, plus ou moins marbrée , bleuâtre, ardoisée, quelquefois presque pâle, et comme anémique , est marquée par des dépressions, dont quelques unes sont le résultat de cicatrices , ou par des saillies. Celles-ci sont constituées, tantôt par la substance corticale, qui semble avoir subi dans ce point un peu d’hypertrophie; d’autres fois, elles sont formées par une sorte de matière fibrineuse épanchée.
Symptômes , marche. — Suivant M. Rayer, l’invasion de la néphrite aiguë serait presque toujours marquée par un frisson plus ou moins prolongé; la douleur le suit de près ; celle ci est communément sourde, continue , profonde , et ne se réveille parfois que lorsqu’on comprime fortement la région rénale. Elle peut occuper un seul rein ou les deux à la fois. Dans ce dernier cas , elle prédomine dans un des côtés ; la pression l’exaspère presque toujours. Il en est de même fort souvent des mouvements de flexion du tronc , des secousses de la toux , et du décubitus en supination. Fixée presque toujours au niveau de l’organe malade, elle s’irradie souvent vers le diaphragme, mais surtout vers les uretères, la vessie, les testicules ou les aines, où elle retentit d’une manière très pénible. Quoique , dans la plupart des cas , les reins enflammés soient en même temps augmentés de volume , cependant il est rare qu’ils forment une tumeur appréciable par le palper de l’abdomen, et même par la percussion , quoique par ce dernier mode d’exploration on puisse quelquefois les circonscrire assez exactement , pourvu toutefois que la paroi abdominale antérieure, peu épaisse et très flasque, se laisse i assez déprimer pour arriver jusque sur l’organe malade. L’urine est toujours altérée dans sa quantité et dans ses qualités. Ainsi , la sécrétion urinaire est moins abondante; elle peut même être momentanément supprimée , lorsque les deux reins sont affectés, ou même quand il n’y en a qu’un de malade. Examinée , quant à ses propriétés physiques et
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chimiques, l’urine de la néphrite simple est parfois un peu sanguinolente, ce qui lui donne alors une couleur foncée. L’acide nitrique et la chaleur , y dévoilent assez souvent la présence de l’albumine; mais ce produit n’y existe 'ordinairement qu’en petite quantité, et d’une manière tout-à-fait passagère. En outre , cette urine est à peine acide ; souvent elle est neutre , ou même tout-à-fait alcaline , et contient moins d’acide urique et d’urates qu’à l’état normal. On y rencontre aussi des dépôts muqueux ou purulents, qui , d’après M. Rayer, indiquent bien moins une phlegmasie des substances corticale ou tubuleuse que celle des calices, du bassinet , de la muqueuse , des uretères et de la vessie. Dans la néphrite simple, l’urine n’a donc aucun caractère constant, et par conséquent caractéristique.
La néphrite s’accompagne toujours d’un mouvement fébrile plus ou moins intense , et proportionné à l’intensité de la maladie ; presque toujours aussi on remarque quelque dérangement du côté des fonctions digestives, comme une bouche mauvaise, des nausées, des envies de vomir et de la constipation. Rarement il existe des accidents graves i de malignité ou de putridité , comme le coma , le délire, la prostration , les dents et la langue fuligineuses, et des redoublements fébriles simulant des accès de fièvre rémittente pernicieuse. De pareils accidents sont, en effet, excessivement rares; on ne les observe guère que dans les cas où, la néphrite étant double, la sécrétion urinaire est suspendue.
On conçoit qu’il doit en être de même dans les cas où un rein unique existant, l’inflammation vient à l’envahir dans sa totalité.
Terminaisons , durée. — La néphrite se termine ordinairement par I résolution ; on voit alors les symptômes précédemment énumérés dispa- j raître peu à peu , et la sécrétion urinaire revenir à son état physiologique. La maladie a alors une durée qui varie entre sept et quinze jours.
La terminaison par suppuration n’est annoncée presque toujours que J par des signes rationnels , tels que la persistance de la fièvre , les re- ] doublements nocturnes, les frissons irréguliers , les sueurs , et les acci- ! dents typhoïdes. La présence du pus dans i’urine, que beaucoup de personnes signalent comme un phénomène constant, est, par contre, assez rare. D’ailleurs elle indique peut-être moins une néphrite parenchymateuse qu’une inflammation primitive ou consécutive du calice ou des bassinets. Dans les cas rares où la néphrite se termine par gangrène, les symptômes typhoïdes sont encore plus marqués ; la prostration est extrême; l’urine est noire, fétide : on l’a comparée alors à l’eau de fumier.
Enfin l’inflammation passe souvent à l’état chronique. Nous avons vu dans ce cas que le tissu rénal était atrophié ou induré ; mais on n’est pas encore fixé sur la nature des accidents qu’on observe alors. Quelques malades éprouvent une douleur habituelle dans les reins; leur
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urine est peu acide; parfois elle est neutre ou même alcaline ; les extrémités inférieures sont faibles ; enfin ils maigrissent , et leur constitution s’altère. Cependant , dans une foule de cas , les lésions qui caractérisent la néphrite chronique existent sans exciter aucun trouble bien appréciable dans la santé , et , comme le dit avec raison M. Rayer, il est impossible d’établir aujourd’hui jusqu’à quel point l’induration rénale doit être portée pour être incompatible avec l’exercice à peu près régulier de la sécrétion urinaire. Quoi qu’il en soit, il résulte surtout des recherches de M. Rayer, que dans la néphrite chronique telle que nous la comprenons ici, les urines ne* sont presque jamais purulentes; l’état trouble qu’elles présentent souvent dépend de la grande quantité de phosphates qui y sont suspendus. La néphrite chronique a une durée longue et toujours indéterminée ; elle offre souvent des exacerbations.
Diagnostic. — Une douleur plus ou moins vive au niveau des reins,
I la diminution de la sécrétion urinaire , l’état alcalin ou neutre de Eurine, ou tout au moins une diminution dans l’acidité de ce liquide , sont, i avec la fièvre , les frissons d’invasion et les troubles des organes diges- I tifs , les seuls signes qui puissent indiquer une inflammation aiguë de la substance des reins. L’existence de l’inflammation chronique sera surtout déterminée par l’existence d’une urine alcaline. Quoique l’alcalinité de ce liquide se rencontre dans quelques circonstances , et notamment chez les sujets affaiblis par ï’abslinence; cependant il résulte des recherches de M. Rayer qu’une urine alcaline , décolorée , rendue trouble par le dépôt des phosphates, au moment de son émission , est , dans la plupart des cas , l’indice d’une inflammation chronique des reins. Nous verrons bientôt en quoi la néphrite simple diffère de la néphrite albumineuse et de la pyélite. Je renvoie également aux articles Coliques néphrétique et hépatique , Lumbago , Péritonite, pour connaître en quoi ces affections diffèrent de la néphrite.
Pronostic. — La néphrite simple survenant chez un sujet bien portant est communément une affection peu grave, et dont l’issue est presque toujours favorable; mais il n’en est plus de même dans les cas où les deux reins sont simultanément atteints , surtout lorsque la phlegmasie survient consécutivement à quelque grave altération des voies urinaires.
Etiologie. — La néphrite, rare dans l’enfance, plus commune chez les adultes , et surtout chez les vieillards , affecte un plus grand nombre d’hommes que de femmes. U °st douteux que le rein gauche soit plus sujet à s’enflammer que le droit. Elle peut être tout-à-fait spontanée; mais le plus souvent elle succède à une violence extérieure (plaie, contusion), ou bien elle est produite par d’autres causes qui agissent mécaniquement , tels sont les calculs dans les calices ou le bassinet, ou bien une accumulation insolite d’urine dans ces parties, par suite de quelque obstacle à
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son écoulement situé sur un des points des voies urinaires. L’administration et même l’abus des diurétiques est une cause fort rare de néphrite; il en est de même des refroidissements. Nul doute que la néphrite ne survienne quelquefois dans le cours des autres maladies aiguës ou chroniques ; mais si on excepte les maladies des voies urinaires qui peuvent avoir une influence directe dans sa production et l’infection purulente du sang , nous ne voyons aucune autre maladie qui prédispose manifestement à la néphrite. Nous croyons surtout, contradictoirement à M. Rayer , que la néphrite est très rare dans le cours de la fièvre typhoïde et du rhumatisme articulaire. Quant aux souffrances rénales qu’on observe chez quelques goutteux , il n’est pas encore démontré qu’elles dépendent , ordinairement du moins , d’une inflammation , soit aiguë, soit chronique, du tissu des reins.
Traitement. — A la néphrite aiguë il faut opposer un traitement antiphlogistique dont l’énergie sera proportionnée à l’intensité de la phlegmasie : ainsi on pratiquera une ou plusieurs saignées générales et locales; on couvrira les lombes de cataplasmes émollients; on plongera les malades dans un bain tiède prolongé; on donnera des boissons douces, mucilagineuses, et on opérera une légère révulsion sur le tube digestif à l’aide de purgatifs doux. Si les accidents typhoïdes étaient un obstacle absolu à l’administration des antiphlogistiques , si la prostration était grande , il n’y aurait d’autre indication qu’à soutenir les forces par l’emploi des toniques et des cordiaux. Mais presque toujours ces moyens sont impuissants pour prévenir une terminaison funeste.
Lorsque la maladie a passé à l’état chronique , il peut être utile de recourir à une émission sanguine locale , si aucun traitement n’a encore été employé ; mais il faut alors insister spécialement sur la médication révulsive : ainsi des vésicatoires , et mieux encore un ou plusieurs cautères ou moxas , seront placés sur la région lombaire. Si la constitution est affaiblie, on tâchera de la fortifier par les amers , par les martiaux , par une nourriture analeptique. A l’aide de ces moyens, on fera cesser bien plus sûrement l’alcalinité de l’urine , et on préviendra plus sûrement la précipitation des phosphates qu’on ne le ferait par l’usage des acides végétaux et minéraux, qu’on a conseillés en pareil cas, et dont l’utilité est contestable. En même temps le corps sera couvert de flanelle de la tête aux pieds , et on placera les malades dans les meilleures conditions hygiéniques; enfin , on veillera à ce que l’urine séjourne le moins possible dans ses réservoirs. Si , par exemple , un rétrécissement de l’urètre ou l’hypertrophie de la prostate s’opposaient à son excrétion, on devrait pratiquer fréquemment le cathétérisme. Lorsque des accidents aigus surviennent , il faut les combattre par une application de ventouses , et suspendre momentanément la médication tonique.
DE LA PYÉLITE.
DE LA PYÉLITE.
Sous le titre de pyélite (w ue).oç, pelvis) , M. Rayer a décrit l’inflammation aiguë et chronique du bassinet et des calices. On en distingue deux espèces principales, qui sont : 1° la pyélite, produite par la présence d’un corps étranger (calculs, vers, acéphalocvstes , etc.) ; 2° celle qui survient sans le concours de cette cause. Mais celle-ci est tellement rare qu’on pourrait presque décrire la pyélite comme une forme de néphrite , qu’on nommerait calculeuse , maladie sur laquelle M. Chomel a publié, il y a quelques années, un travail important ( Archives de 1837).
Caractères anatomiques. — Dans la pyélite aiguë, on trouve la membrane muqueuse des calices et des bassinets injectée, rouge, épaissie , friable , ramollie , ulcérée ou tapissée de productions pseudomembraneuses. Le tissu cellulaire subjacent est quelquefois rempli de sérosité , et de plus , les bassinets et les calices , plus ou moins élargis , contiennent de l’urine , ordinairement mêlée à une certaine quantité de sang ou de mucus purulent ; on y trouve aussi le plus souvent du sable , des graviers ou des calculs.
Dans la pyélite chronique , la membrane muqueuse est d’un blanc mat ou ardoisée ; sa surface est parfois hérissée de petites vésicules semblables à des sudamina; elle offre un épaississement qui parfois est assez considérable pour oblitérer les calices ; enfin , on la trouve quelquefois ulcérée, plus rarement gangrenée. La maladie étant presque toujours symptomatique de la présence de graviers ou de calculs, on rencontre ces corps étrangers accumulés en plus ou moins grand nombre dans le bassinet, le calice , et même les uretères. Presque toujours, par suite de leur volume et de l’obstacle qu’ils apportent à l’écoulement de l’urine , les calices et le bassinet se dilatent; puis, par la pression constante que l’urine et le pus accumulés exercent de dedans en dehors, la substance rénale finit par participer à l’inflammation ; d’autres fois , elle y reste étrangère , mais elle s’atrophie. Dans ces deux cas, le rein finit par être transformé en une vaste poche multiloculaire pleine de pus , d’eau , de graviers, de calculs. Chacune des loges est formée par l’ampliation des calices, qui rarement communiquent directement entre eux , mais seulement à l’aide du bassinet, énormément distendu. Ces graves altérations peuvent cependant exister dans le rein, bien qu’on ne rencontre aucun calcul dans cet organe ; mais le corps étranger, cause première de toutes les lésions qu’on observe , se trouve souvent alors dans la vessie , et la dilatation considérable que l’uretère correspondant a subie est une preuve certaine que la concrétion lithique y a séjourné plus ou moins longtemps. Le rein ainsi altéré a contracté des adhérences avec les par ties voisines; sa cavité peut communiquer avec le tissu cellulaire am-
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biant et avec le colon , à gauche avec la plèvre et le poumon, et à droite avec des abcès développés dans le foie. Dans la plupart des pyélites chroniques graves , l’une des substances rénales , et souvent les deux à la fois, sont enflammées, suppurées (pyelo-néphrite) ; car l’inflammation, primitivement bornée au bassinet et aux calices , a une grande tendance 5 se propager à la substance des reins, tandis que le contraire n’a presque jamais lieu (Rayer). Enfin, dans des cas où le rein, n’ayant pas subi une grande distension , est revenu sur lui-même, et lorsque les individus se sont rétablis, on trouve cet organe transformé en une poche cellulo-fibrcuse , logeant un calcul ; les vaisseaux sont en outre oblitérés, c’est-à-dire que l’individu a vécu alors avec un seul rein. M. Chomel a cité dans son Mémoire un fait de ce genre , qui est sans contredit un des plus curieux qu’on connaisse.
Symptômes. — La py élite , reconnaissant presque toujours 'pour cause i la présence d’un calcul et son déplacement, on s’expliquera pourquoi, contrairement à la plupart des autres phlegmasies , on observe si rare- ; ment des prodromes. Le début de l’affection est , en effet, presque tou- j jours brusque , et marqué par cette réunion de symptômes que nous décrirons dans le tome suivant comme caractérisant les accès de coliques néphrétiques. Toutefois, ces accidents n’appartiennent pas précisément b un travail inflammatoire, puisqu’il suffit que le corps étranger i soit expulsé ou déplacé pour les voir disparaître presque instantanément. Mais pour peu qu’ils se prolongent , on voit bientôt des signes d’inflam- ; mation survenir. En général alors , la douleur diminue d’intensité ; les j malades n’accusent plus qu’un sentiment de pesanteur ; mais quelquefois \ la douleur se réveille, elle devient plus vive, tantôt spontanément, le plus souvent après les mouvements , les secousses de la toux ou la pression qu’on exerce sur le rein malade. L'urine est très variable : souvent , en effet, elle ne diffère pas de l’urine normale; d’autres fois, elle est ji sanguinolente, chargée de mucus, qui se dépose à sa surface par le refroidissement ; presque toujours elle est acide ,-à moins que les reins ne contiennent des calculs phosphatiques ; dans ce cas , elles sont troubles et alcalines au moment de l’émission. En même temps, divers phénomènes sympathiques ont lieu , surtout du côté des organes digestifs et circulatoires : ainsi les malades ont perdu l’appétit ; la plupart ont des nausées , des vomissements bilieux , de la constipation , une certaine accélération du pouls , une chaleur fébrile et du malaise.
Marche , terminaisons. — Dans cet état, si le corps étranger se déplace ou est expulsé , la phlegmasie peut se terminer par résolution ; d’autres fois le malaise persiste ; bientôt il s’y joint aussi quelques frissons irréguliers; la région rénale est le siège de douleurs pulsatives et d’un engourdissement qui se prolonge parfois vers le membre correspondant. Quelques malades éprouvent alors des hématuries abondantes;
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chez la plupart, les urines sont troubles, lactescentes et contiennent une plus ou moins grande quantité de pus. Après avoir rendu pendant quelque temps des urines purulentes mêlées souvent à des graviers , beaucoup de malades se rétablissent ; mais il est rare que les mêmes accidents ne se reproduisent pas au bout d’un temps plus ou moins long; enfin, après plusieurs de ces espèces de rechutes, les malades dépérissent et succombent.
Les accidents suivent, en général , une marche continue et progressivement croissante. Lorsque toute communication a cessé entre le rein et la vessie , le premier de ces organes peut être distendu par le pus, et former une tumeur bosselée, fluctuante, qu’on sent dans le flanc; elle déforme et élargit la région Jombaire correspondante, et vient parfois former saillie jusque dans la fosse iliaque et supérieurement vers l’hypochondre. On dit avoir, en pareil cas, senti plusieurs fois dans la tumeur un frémissement particulier produit par la collision des calculs. Quoi qu’il en soit , beaucoup de ces malades épuisés par les souffrances et la fièvre hectique qui les minent , succombent sans que leur urine ait jamais été purulente; mais, chez la plupart, du pus est excrété avec ce liquide. L’écoulement du pus dans la vessie peut être continuel ou bien intermittent , probablement en raison de quelque obstacle ; dans ce dernier cas , l’urine rendue à différentes époques de la journée a des qualités différentes. Quand le pus est excrété en grande quantité à la fois, on observe communément un affaissement considérable de la tumeur, qui reparaît lorsque ce liquide s’est reproduit de nouveau. Nous avons vu que ces abcès pouvaient aussi se faire jour dans le colon , le duodénum , l’estomac : dans les deux premiers cas, le pus s’échappe par les selles; dans le second , il est rejeté par le vomissement. Plus rarement il perfore le diaphragme et le poumon gauche , et est expulsé au-dehors suivant le même mécanisme que les vomiques. L’abcès peut s’ouvrir encore dans le péritoine ou le tissu cellulaire qui entoure le rein : dans le premier cas, on observe des accidents de péritonite suraiguë et mortelle en peu d’heures; dans le second, il y a souvent les signes d’une phlegmasie diffuse dans la région lombaire , le flanc et l’hypogastre. Enfin , le pus peut se frayer une route à travers les parois abdominales elles-même, et quelquefois fusant au loin , il va former de véritables abcès par congestion au voisinage des anneaux inguinal et crural. Quelquefois l’abcès s’ouvre successivement dans plusieurs des points que je viens d’indiquer, et alors on voit le pus s’échapper simultanément par les deux voies, ou bien cette excrétion se fait alternativement par l’une et par l’autre. Quel que soit d’ailleurs le mode d’évacuation que la nature ait choisi, toutes les fois que le pus s’échappe au-dehors, les malades sont momentanément soulagés; mais ils ne tardent pas à succomber dans le dernier degré de marasme (phthisie rénale), à moins que quelque complication
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„ ne vienne hâter le terme fatal. Il est peut-être sans exemple que l’abcès rénal qui a produit les désordres dont nous avons parlé ait jamais guéri; il n’en est plus de même lorsque l’abcès a été assez peu considérable pour ne pas former de tumeur appréciable. Mais chez les individus qui se rétablissent complètement après avoir rendu du pus pendant longtemps, il ne faut pas supposer qu’il y a eu guérison complète, et que le rein , revenu à son état physiologique , a dû par conséquent reprendre ses fonctions ; car, dans ce cas , l'organe malade s’est atrophié , et s’est converti en une coque fibreuse ou fibro-carlilagineuse qui s’applique exactement sur un calcul. La sécrétion urinaire se fait alors uniquement par le rein opposé, qui, souvent, augmente de volume en raison de son surcroît d’action. On conçoit que si , dans ces cas de rein unique, un calcul subitement engagé dans l’uretère venait à suspendre pendant quelques jours la sécrétion urinaire , la mort arriverait nécessairement au milieu d’accidents typhoïdes et cérébraux.
Diagnostic . — La pyélite calculeuse diffère de la néphrite simple, et se distingue de toutes les autres affections par la violence de la douleur rénale, la gravité des symptômes généraux et sympathiques au début, par la diminution ou la suspension de la sécrétion de l’urine. Celle-ci, lorsqu’elle est excrétée , est presque toujours très acide , mêlée d’abord à du sang , à du mucus ; plus tard , elle contient du pus. La présence du pus dans l’urine n’indique pas nécessairement une phlegmasie rénale , car elle peut en contenir dans le cours des cystites aiguës et chroniques, ou bien encore lorsqu’un abcès extra-péritonéal se fait jour dans les voies urinaires. Mais indépendamment du siège différent de la douleur dans la pyélo-néphrite et la cystite, on reconnaît que, dans celle-ci, l’urine est presque toujours glaireuse et visqueuse, tandis que, dans l’inflammation simple des calices et du bassinet , il y a dysurie avec dépôt de pus véritable. Lorsque le rein distendu par le pus forme saillie dans le flanc et les lombes , on reconnaîtra la nature de la tumeur par la douleur rénale et la présence du pus et du sang dans l’urine. Si l'abcès s’ouvre dans le colon , dans l’estomac ou le poumon , on précisera le siège primitif du mal par les accidents graves que les malades ont ressentis du côté d’un des reins, par l’odeur urineuse que le liquide exhale souvent , ainsi que par son mélange avec des calculs uriques. Dans ces cas, d’ailleurs, l’abcès communiquant assez largement avec l’uretère et la vessie , des gaz s’échapperont par l’urètre mêlés à l’urine et au pus. Enfin , l’abcès n’ayant souvent aucune communication avec l’extérieur, mais ayant acquis un volume considérable , pourrait être confondu avec des tumeurs formées par les organes voisins, et notamment avec des tumeurs de la rate, du foie, de l’aorte, des ovaires, ou encore avec des tumeurs stercorales, etc. Mais indépendamment des troubles spéciaux dans la sécrétion et l’excrétion de l’urine, indépendamment aussi des al-
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térations de ce liquide qui ont précédé et qui le plus souvent accompagnent encore les tumeurs rénales et manquent toul-'a-fait dans celles qui sont formées par d’autres organes , nous verrons, en parlant de ces dernières, qu’il est possible, par une exploration attentive, et surtout à l’aide de la palpation et de la percussion et du mode de développement de la tumeur, d’arriver presque toujours à poser un diagnostic précis. Enfin , pour compléter, il nous resterait à exposer comment on parviendra à distinguer les abcès des reins des autres tumeurs de cet organe. Mais pour éviter des redites, nous traiterons ce sujet en parlant des hydronéphroses et des productions cancéreuse et tuberculeuse des reins.
Pronostic. — La pyélite caractérisée est une affection toujours grave, car elle se termine souvent par suppuration. Le danger est grand lorsqu’un abcès s’est formé dans le rein ; car bien que quelquefois la guérison s’opère, comme celle-ci entraîne souvent l’atrophie de l’organe, les individus ne vivent plus qu’avec un rein, et si par malheur il venait alors à être enflammé par une cause quelconque, ou si un calcul obstruait momentanément son uretère, la mort en serait la conséquence inévitable. Le pronostic est surtout extrêmement fâcheux lorsque le rein forme une tumeur considérable , et alors quel que soit le point du corps que l’abcès choisisse pour se vider au-dehors, la mort est presque certaine. Une des terminaisons les plus fâcheuses est celle dans laquelle l’abcès se vide par le tube intestinal; car si le rein , n’étant pas complètement détruit, secrète encore de l’urine, ce liquide, en étant versé continuellement dans l’intestin, détermine une inflammation ulcéreuse de cet organe, ce qui devient une nouvelle cause de marasme et accélère le terme fatal.
Etiologie. — La pyélite est très rarement spontanée; mais dans la presque totalité des cas elle reconnaît pour cause la présence de graviers ou de calculs , qui agissent tantôt directement sur les parois par leur nombre ou leur volume, ou bien encore parce qu’un de ces corps, surtout s’il est hérissé d’aspérités , s’engage dans des conduits trop étroits. Dans tous ces cas la pyélite est souvent partielle ; mais si le calcul engagé dans le goulot du bassinet ou dans l’uretère oblitère complètement ces conduits, la pyélite survient alors par suite delà distension que le calice et le bassinet éprouvent consécutivement à l’accumulation de l’urine. On conçoit que toutes les causes qui sur toute la longueur des voies urinaires s’opposeront à la libre excrétion de l’urine, comme les rétrécissements de l’urètre, la paralysie de la vessie, l’hypertrophie de la prostate, les tumeurs comprimant les uretères , etc. , seront tout autant de causes très actives d’inflammation de la membrane interne des reins. Enfin dans les cas où des calculs existent dans ces organes , toutes les causes capables de les déplacer ou de les agiter fortement, comme les secousses du tronc, surtout pendant l’équitation ou dans une voiture mal suspendue, sont des causes efficientes de la néphrite calculeuse.
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