INFLAMMATION DES TROMPES UTÉRINES ET DES LIGAMENTS LARGES
Les trompes peuvent s’enflammer; mais cette inflammation n’est pas souvent primitive, ou du moins elle existe rarement seule, mais presque toujours elle s’acompagne de quelque lésion de même nature ou de quelque autre altération de l’ovaire, des ligaments larges, de l’utérus et du péritoine. Quoi qu’il en soit, l’inflammation des trompes ne produit, en général, aucune tumeur; les malades accusent profondément dans le bassin et vers la région iliaque une douleur plus ou moins vive. Mais en présence des résultats négatifs fournis par l’exploration , et notamment par le loucher, il est absolument impossible d’arriver au diagnostic de la maladie; il en serait peut-être de même si la trompe oblitérée à ses deux extrémités et la matière purulente, s’accumulant dans sa cavité , venait à former une tumeur plus ou moins volumineuse et proéminente dans le flanc. Nous ne pensons pas qu’en pareille circonstance il soit possible d’arriver au diagnostic du siège de l’altération , ce qui n’offre pas ici un grand inconvénient, du moins sous le rapport pratique. Dans les abcès de la trompe le pus peut s’échapper par les mêmes issues que dans les cas d’abcès ovariques.
Ce que nous venons de dire de l’inflammation des trompes s’applique également à l’inflammation du tissu cellulaire compris entre les deux replis du péritoine qu’on nomme ligaments larges. Cette inflammation , plus fréquente que celle des trompes, mais beaucoup plus rare que celle des ovaires, avec laquelle, d’ailleurs, elle coïncide souvent, survient presque toujours à la suite des couches. Elle détermine une douleur vive et profonde sur un des côtés de la petite excavation pelvienne; souvent aussi par la palpation on découvre en ce point une tumeur dure , douloureuse, dirigée transversalement ou plutôt obliquement, et suivant une ligne parallèle à l’aine. Cette tumeur finit par proéminer à l’hypogaslre et jusque dans la fosse iliaque, et le tissu cellulaire de cette région finit souvent par s’enflammer à son tour. Le toucher vaginal , et surtout le loucher par le rectum , font reconnaître une tumeur rénitente ou fluctuante, qu’on distingue et qu’on isole bien de l’utérus; mais il est absolument impossible de déterminer si cette tumeur est formée par l’ovaire ou par le ligament large; d’ailleurs, quel que soit celui de ces organes aux dépens duquel l’abcès s’est formé , les dangers
DES INFLAMMATIONS
que courent les malades sont absolument les mêmes ; le pus s’échappe par les mêmes voies; enfin les indications à remplir ne diffèrent pas dans les deux cas.
Le mot péritonite signifie inflammation du péritoine.
Historique et divisions. — Avant les immortelles recherches de Bichat sur les membranes , on n’avait sur la péritonite que des idées très confuses, puisque , il y a à peine un demi-siècle, la presque généralité des médecins admettaient , avec Pinel et Bosquillon , que la péritonite n’était jamais indépendante de la phlegmasie des autres viscères abdominaux , avec laquelle elle était confondue. Ce fut Bichat qui le premier t’isola, et en fit une affection aussi distincte de l’entérite , de la gastrite , que la pleurésie l’est delà pneumonie. Les recherches pathologiques de Gasc , de Laënnec , de Pierre Frank , ne tardèrent pas à confirmer les opinibns de Bichat , et dès lors la péritonite trouva sa place distincte dans le cadre nosologique , et devint l’objet de travaux très importants , que nous devons surtout à MM. Andral, Chomel , Scoutetten. (Voir plus bas Péritonite puerpérale. )
On doit distinguer plusieurs espèces de péritonite : l’une, que nous nommerons spontanée ou primitive , et qui survient chez l’homme ou bien chez la femme hors l’état puerpéral , sous l’influence des causes qui président au développement des autres phlegmasies; la deuxième espèce est la péritonite dite puerpérale , parce qu’elle affecte les femmes récemment accouchées; nous nommerons la troisième espèce péritonite symptomatique ou consécutive , parce qu’elle survient consécutivement à quelque lésion des viscères abdominaux , et notamment d’une perforation d’un des organes creux contenus dans le ventre ; enfin nous admettrons une péritonite chronique. Dans chacune de ces quatre espèces, la phlegmasie peut être générale , c’est-à-dire envahir tout le péritoine , ou bien être partielle , c’est-à-dire être limitée à un point plus ou moins circonscrit de la membrane séreuse.