‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne v. 1Chapitre 11 sur 118 · T. I. — 7* *DIT · texte numérisé non relu

T. I. — 7* *DIT

SO BE5 FIÈTRES. ' • !

ques sont otiks ; mais S importe de bien préciser les circonstances qui sont favorables à leur action et celles qui en contre-indiquent l'cmploL

Les toniques et les excitants sont géncralemei^ nuisibles pendant les premières périodes de la maladie, lorsque la réaction fébrile est très forte, lorsque le poub est fréquent et que la chaleur de la peau est acre et sèche. S'il arrive que, dans des cas pareils, on administre les vins généreux ou le quinquina pour remédier à une adynamie profonde, il est rare qu'on en obtienne d'heureux effets; le plus souvent les accidents continuent à s'aggraver, et si par extraordinaire une amélioration a lieu, elle est généralement si lente, qu'on peut se demander s'il faut la rapporter à la médication tonique ou l'attribuer plutôt aux elTorts de la nature.

Les circonstances qui sont les plus favorables à l'emploi des toniques sont, d'après MM. Chomel et Louis, une chaleur peu élevée de la peau, un pouls peu fréquent ou même lent, une diarrhée légère et pas de météorisme. Quand ces conditions existent, dit .^I. Louis, la faiblesse semble d'autant plus facile à surmonter qu'elle est plus considérable. Je n'ai rien à ajouter à ces remarques, dont j'ai bien souvent vérifié toute la justesse. Les toniques les plus usités sont les vins généreux et le quinquina. Ix)rsque l'adynamie est médiocre ou lorsqu'il y a du délire, on donnera de préférence des vins froids, tels que ceux de Bourgogne et de Bordeaux, mêlés aux boissons par quart, par tiers, par demie. Si l'adynamie est extrême, on y joindra l'usage des vins du Midi, tels que ceux de Madère, de Malagi, d*Alicante« de Bagnols, qu'on donne le plus souvent purs à la dose de 125 à 250 grammes. Le quinquina est un des toniques les plus puissants et dont on retire le plus d'avantage; on le prescrit communément, sous la forme d'extrait sec ou mou, à la dose de 1 à 8 grammes : on peut môme le porter quelquefois jusqu'à 3U ou 60 grammes en potion et en lavement. D'autres fois le quinquina est prescrit en infusion, en décoction, ou bien encore en macération aqueuse qu'on édulcore avec le sirop de limon. Ou y joint souvent les lotions et fomentations vineuses ou avec de l'eau-devie camphrée. Si la prostration était extrême, la peau froide, la vie près de s'éteindre, il faudrait alors ranimer le principe vital par des agents dont l'action est presque instantanée : tels sont les excitants diiïusibles. Dans les cas où l'emploi des toniques est indiqué, il faut procéder avec prudence et bien étudier leur action immédiate sur la circulation, la caloriûcation et le tube digestif. Employés dans les circonstances que j'ai précisées et de la manière que j'ai dite, les toniques produisent souvent de véritables résurrections, et ramènent à la vie des malades qui paraissaient être au|)aravant dans un état désespéré.

Il faut encore classer dans la médication antiputride l'emploi des chlorures alcalins, employés depuis la dose de quelques gouttes jusqu'à celle de H à 10 grammes dans les potions et les tisanes, ainsi qu'en lavements, en lotions et en bains; pour ces derniers les chlorures seront doimés à la dose de 60 à 120 granmics. Ou peut aussi entretenir une atmosphère de clilore autour dft malade, en laissant sous le lit des chlorures ou en faisant des fumigations. Ce moyen, qui parut momentanément avoir quelque utilité dans les mains de M. Chomel, n'a ()as justifié la confiance qu'il semblait d'abord mériter: aussi est-il aujourd'hui à peu près généralement abandonné. Médication évacuante. — Les anciens médecins ont tour à tour adopté et proscrit l'emploi des évacuants dans le traitement des fièvres continues, suivant les théories qu'ils se formaient sur la nature de la maladie. Quoique partisans des saignées, la plupart voulaient pourtant qu'on évacuât de temps eu temps le tube digestif, pour le débarrasser des matières acres et septiques qu'il contenait. Fizes, de Uouipellier, dit, dans son petit Traité des fièvres^ qu'il évtcoait dès le début.

purgeant ensuite toas los doux jours, et donnant souvent nne infusion de sëné dans Cintenalle. Mais la médication évacuante fut gC'néralement abandonnée, quoiqu'elle uwiptàt panni ses défenseurs RiHtMc, lluxhaiu, Pringle, Baglivî, Stoll, Tissot et une foule d'autres praticiens éuiinents. Les préventions contre les évacuants étaient >i grandes il y a peu d'années encore, que MM. Bretonneau et Lenninier, qui, presque seuls, avaient consené les anciennes traditions, n'avaient pu panenir à rassurer les médecins contre les dangers qu'on attribuait aux substances purgatives mises en contact avec les surfaces ulcérées des intestins. Mais, il y a une vingtaine d'années, M. Delarroque, alors médecin à Hiopital Necker, a démontré combien ces craintes étaient mal fondées, et il a prouvé par une série considérable de faits bien observés les avantages de la méthode évacuante dans le traitement des fièvres graves. C> médecin administre les remèdes dont je parle dans toutes les fonnes et à toutes les périodes de la maladie, dans tout son cours, et jusqu'à complète convalescence. Eb général, iM. J)elarro((ue conmieuce le traitement par un éméto-catliartique ; pH les malades prennent tous les jours une bouteille d'eau de Sediitz, ou 30 grammes d'huile de ricin, de crème de tartre, ou 2 grammes de calomel. I^es dooleurs de ventre, les coliques, la diarrhée, le météorisme, loin de contre-indiqner l'usage des purgatifs, doivent au contraire, suivant lui, engager à y recourir. Si, par eitraordinaire, les purgatifs augmentaient les coliques, ou produisaient des (qierporgations, il conseille d'en suspendre remploi |)endant vingt-quatre heures. .IL Dchrroque joint à ces moyens les boissons douces, les cataplasmes sur le ventre, d I donne les toniques dès que la fièvre s'est amendée. Kn suivant le traitement èont je parle, M. I)elarrw]ue n'a perdu qu'un dixième de .ses malades. Les faits rapportés par cet honorable médecin méritent toute confiance : aussi sa méthode a-t-elle été essayée par la plupart des médecins d'hôpital, particulièrement par MM. Honoré, Gueneau de Mussy, Bricheteau, Beau, Piédagnel, Jadioux, Ândral, Louis, etc^ , et tous ont nxonnu les lx)ns effets de la nx'ulication évacuante. M. Ixiuis, après avoir anal\sé les principaux modes de traitement suivis dans la fièvre tyi)hoîde, e»t porté k regarder les é\acuants œinme su|MTieurs aux autres moyens thérapeutiqueib Non-seulcmeni, en eiïet, ils diminuent la mortalité, mais ils ont aussi pour résultat d'abréger la durée de la maladie*. L ol)ser\ation clinique m'a conduit aux Djànes résultats. Ainsi la fièvre typhoïde, traitée à peu près comme le conseUle M. Delarroque, ne m'a donné qu'une mortalité de près d'un septième, résultat bien bvorable, si je le a)m|>are à la métlunle de re\|>ectation, ou à la méthode dite rationnelle, par laquelle je |)crdais un rpiart de mva malades. La médication a ans pour epfet de hàtifr le moment de la convalescence, que j'ai vue se déclarer, terme moyen, du vingtième au vingl-deuxiiine jour de la maladie. Il e.st incontestable aussi que nulle autre médication ne pHuluit din» soulagements aussi marqués . d aussi rapides dans une maladie d'ailleurs contre laquelle la thérapi^utique a si peu ée prise pour en arrêter ré\olution, (|u'on a pu dire d't'lle, avec quelque raison, qu'elle était Yofiptvbre de l'art. Enfin, j'ai en outre constaté que ])ar l'emploi daporgatib, on ne fa\orisait le dévelopi^'inent d'aucune des complications, et que trois des accidents les plus graves, savoir, les eschaies, riiémorrhagie et la perforation intestinale, étaient beaucoup plus rares que chez les malades soumis à d'autres traitements.

En France, les médei'ins qui ont adopté la méthode évacuante prescrivent généralenient rhuile de ricin ou l'eau de Sedlitx ; en Allemagne et dans ((uelques parîH^ de la Suisse, le calomel jouit d'une plus grande faveur; c'est le médicament qtie MM. Lombard et Fauconnet préfèrent. Us affirment n'avoir eu ch«>7. les indi-

vidus cpii en ont pris qu'une mortalité de 9 sur 100. M. le docteur Sicherer aurait obtenu à Thôpital de HeUbronn, des résultats encore plus satisfaisants car il n'aurait perdu que 19 malades sur 6^0. Mais ces chifTreAeuls doivent nous inspirer quelques doutes légitimes sur l'exactitude du diagnostic. M. le docteur TaulDieb, qui exerce dans le département du Bas-llhin, a produit des résultats moins extraordinaires, puisqu'il aurait perdu 60 malades sur 518. Ce médecin distingué affirme qu'à l'aide du calomel il est parvenu chez 305 individus à arrêter la maladie dans sa marche dès les premiers jours qui suivirent l'administration du remède (1). J'ai dit plus haut que je n'avais rien obtenu de semblable, bien que j'aie donné de 1 à 2 grammes de calomel chaque jour, c'est-à-dire environ moitié plus que M. Taufflieb n'en prescrivait.

Les auteurs qui conseillent les purgatifs mercuriels dans le traitement de l'affection typhoïde croient que ces médicaments enrayent la maladie de deux manières : ou par une action primitive, directe, locale sur les organes digestifs ; on par une action secondaire, consécutive à l'absorption, et manifestant son heureuse influence en provoquant une sécrétion salivaire critique.

Je ne saurais partager cette opinion ; le calomel ne m'a paru jouir d'aucime vertu spécifique, pas plus qu'un autre agent il n'a le pouvoir d'enrayer la maladie; il n'agit qu'à titre de purgatif, et sous ce rapport il me semble inférieur et à l'huile de ricin et aux sels neutres ; c'est un purgatif plus inconstant, plus in6dâe qu'eux. Son usage répété peut d'ailleurs ne pas être sans inconvénients. M. TaoSKeb lui-même reconnaît que, dans la forme adynamique, les mercuriaux peuvent être dangereux, et il c^t à craindre que quelquefois ils n'aient provoqué la gangrène de la bouche.

Les purgatifs, qui sont si utiles dans le traitement des fièvres typhoïdes de l'adulte, ont été accusés d'échouer, et peut-être même d'être nuisibles chez les enfants. C'est ce qui semble du moins résulter des observations de MM. Barthez et Rilliet, qui accusent les purgatifs de provoquer l'inflammation de l'intestin (accident inconnu chez l'adulte) et de n'exercer une influence manifeste sur aucun des symptômes en particulier, ni sur la durée et la terminaison de la maladie. Cependant cette question est controversée. M. Taupin, par exemple, a reconnu, au contraire, au traitement évacuant une véritable efficacité, et l'expérience me fait complètement adopter son opinion.

Dans ce livre, où je ne dois m'occuper que des points pratiques, je ne rechercherai pas si les purgatifs sont utiles, en évacuant les impuretés, en favorisant la chute des oschares, eif détergeant la surface des ulcérations. Je ne sait, en vérité, pourquoi et comment les purgatifs sont avantageux ; mais il suffit d'avoir démontré leurs avantages pour qu'ils soient adoptés désormais par les praticiens.

De ce qui précède on ne devrait i>as conchire pourtant que je faîS de la médication évacuante une méthode exclusive ; mais je soutiens qu'elle est généralement avantageuse, et j'ajoute que si l'on était condamné à suivre pour tous les malades un traitement uniforme, il faudrait adopter celui-là et le préférer sans hésiter à l'expectation, aux antiphlogistiques et à la méthode dite rationnelle. Je ne croîs pas qu'il soit utile de purger tous les jours, mais seulement de temps en temps, lorsque les selles sont peu nombreuses et que le météorisme est assez développé.

Les purgatifs peuvent être contre -indiqués : ils le sont, par exemple, quand les selles sont très fréquentes, lorsqu'il existe une hémorrhagie intestinale ou des

(i) Bulletin général de thérapeutique, t. XL, p. 117.

signes de perforation. La médication évacuante n*exclut^|iis d'ailleurs, comine on Ta cm, renij>loi des saignées. U)rs(iue, en eiïct, le sujet est rigoureux, que le pou^^ e>t larçe et dur, il faut avant toiii olx'^ir à l'indication de tirer une ou deux fois du Mns;. Knfju les évacuants, qui sont généralement plus avantageux dans les formes bilieuse et adynamiquc que dans la fornic ata\i(iue, échouent quelquefois dans certaines constitutions épidémiques. C*est ce que j'o})ser\ai pendant l'épidémie meurtrière de fièvre typhoïde qui régna à Paris dans les mois de juillet et d*août de Tannée 1862. Je perdis alors \ïàr les purgatifs la moitié des malades que je traitai ï mûtel-Dieu ; mais il est juste de dire que les autres métluxlcs échouaient de même contre l*aiïection, qui était remarquable parla prédominance des symptômes aiaiiques.

Traitement de quelques symptômes ou accidents^rliculiers, et des complicaticm. — Il est quelques symptômes ou quelques accidents contre lesquels on peut diriger a^ec avantage certains moyens.

1* Lorsque les parois de la bouche sont encroûtées de fuliginosités de manière à gtoer la parole et la déglutition, on les humecte avec un linge ou un pinceau imprégné d'un liquide émollient, et on les détache ensuite, ou bien on se sert d*une tranche de citron, à l'exemple de nos excellentes religieuses de THÔtel- Oieu.

2* Les signes d'embarras gastrique seront avantageusement combattus par un éméto-cathartique.

3* Lis purgatifs sont im des meilleurs moyens pour combattre le météorisme. Noos prescrivons quelquefois aussi contre ce symptôme les frictions sur le ventre avec rhuile anisée ou de camomille, sans être |)ourtant encore bien édifié sur leur otilité. Mieux vaut pn>scrire les lavements aromatiques avec une infusion de menthe, de camomille ou de mélisse. 1/application de la glace sur l'abdomen nous parait un moyen dangereux, et pmbablement sans efficacité. Knfm, l'introduction df la sonde œsoi)hagiemie dans le rectum, qu'on a conseillée dans les cas graves, est presque toujours impuissante |X)ur diminuer le météorisme.

&* La diarrhée ne doit pas être combattue, à moins qu'elle ne soit excessive, ce qai est rare. Dans ce cas, on aurait recours aux boissons mucilagineuses et légérpment astringentes, aux lavements amidonnés ou rendus plus sédatifs par l'addition de quelques gouttes de laudanum, ou bien encore on donne par la bouche une préparation opiacée cl du bismuth. Kn pareil cas, MM. lx)mbard et Fauconnet se louent beaucoup d*un cataplasme sinapisé appliqué sur le ventre jusqu'à ce qu'il y lit produit une vi^e mbéfaction.

5* Ijf>r5que des signes de perforation intestinale si* déclarent, il faut que le malade reste immobile, cprauciin poids ne pèse sur son ventre, qu'il soit privé de toute boisson ; on étanche la soif avec quelques tranches d'orange ou de citron ; mfin on donne l'opium à haute dose. Ainsi, on commence à faire prendre 10 centigrammes d'opiutn, puis on administni d'heure en heure un(* pilule de 7 centiirammes jusqu'à effet narcotique; les malades ])euvent ingérer jusqu'à 10 à 20 dAcigrammes d'extrait thébaïque sans éprouver même de la somnolence. (]ettc {H-alicpie a été mise en usage a\ec succès par les docteurs (î raves et Stokes. Depuis «Hte épocpie, le docteur Griflin en Angleterre, MM. Chomel et I-.ouis en France, [Mrais.si*nt avoir guéri chacun, par la même méihoile, un malade qui, dans le cours d'une fièvre typhoïde, présenta tous l(*s symptômes d'une |KTforation intestinale. 11 œinient donc, dans des cas pareils, de tenter la même mé<lication, sans pourtant tmp compter sur le succès.

su DES FIÈVRES.

6* JBémorf'hagies. — Si les épistaxis élaiiMit trop abondantes ou trop répétées, il faudrait, si elles résistaient à quelques applications froides sur le front, à des révulsifs snr les extrémités, opérer le tamponnement.

Lorsqu'il y a hénK)rrhagic intestinale, il con\ieutde suspendre les purgatifs; les malades boiront de la limonade sulfurique froide ou à la glace; on fera des applications froides sur le ventre, on donnera des lavements frais, et, si Tliéniorrhagie continuait, on aurait recours aux astringents, et surtout à l'extrait de ratanbia donné en potion et en lavement (2 à 8 grammes dans chaque). En pareil cas, on a également conseillé le seigle ergoté à la dose de 2 à & grammes, ou i'ergotine dans . une potion depuis 1 jusqu'à 10 grammes. Enfm, en Angleterre, l'huile essentielle de térébenthine a été regiirdée comme un puissant hémostatique, quel que soit le siège de l'hémorrhagie. On en aurait obtenu notannnent de l)ons effets dans les bémorrhagies intestinales, l^ dose est de 20 gouttes, répétée toutes les trois ou qu atre heures ; dans les cas graves on a même prescrit jusqu'à 30 grammes pur jour. Cette pratique n'a pas reçu encore la sanction de l'expérience, et en raison même des effets purgatifs que de hautes doses d'huile de térébenthine peuvent produire, on doit ne recourir à ce rcmcdo qu'avec circonspection et lorsque les autres moyens sont restés sans résultat. Je ne verrais aucun inconvénient à tenter, ea pareil c^s, l'usage de certaines eaux hémostatiques, comme l'eau de PagliarL

70 Accidents céréùraux. — Parmi les accidents cérébraux, il n'y a guère que le délire contre lequel on dirige une médication spéciale. On emploie dans ce but, . assez généralement, les sangsues derrière les oreilles : cependant leur utilité est fort douteuse, à moins de signes évidents de congestion ; la glace sur la tête a peut-être un elTet sédatif plus marqué. Le professeur Graves, de Dublin, a vanté l'émélifiue à haute dose; mais cette médication n'a pas encore été sullisammeat expérimentée. Quant aux vésicatoires qu'on met aux mollets ou aux cuisses, il est certain qu'ils ne concourent j)as au rétablissement des fonctions cérébrales, et qu'ils sont impuissants pour relever les forces ; comme d'ailleurs le vésicatoire est un moyen t^^s douloureux, que souvent sa surface s'ulcère ou se sphacèle, il coo* vient sinon de le bannir tout à fait du traitement de la fièvre typhoïde, du moins d'en i-estreindre beaucoup l'emploi.

I^'s symptômes ataxiques n'indiquent aucun traitement spécial. Les moyens à employer sont suliordonnés à l'état général du sujet : ainsi, lorscpie les accidents nerveux coïncident avec une vive réaction fébrile, avec un pouls large et dur, il faut saigner prudcnunent ; le sulfate de quinine, à la dose de plusieurs grammes, peut, dans ces c^s, produire à la fois une sédation sur le système nerveux et sur le système sanguin. Mais si les accidents ataxiques existent concurremment avec la prostration extrême des forces et rens(!mble des symptômes qui caractérisent l'état adynamique, on aura recours au traitement tonique. >ous a\ons très rarement dans ce cas obtenu quelque résultat avantageux hIu caniphe en lavement (i à 2 grammes) et du musc en |)otion ou en |)ilules (ôO centigrainm(*s à 2 grannnés).

(l'est contre ces mêmes accidents qu'ont été conseillées les aiïusionset les ablutions d'eau froide. Préconisée il y a plus d*nn siècle par Ilahn dans les fièvres graves, cette méthode, pres(iue aussitôt oubliée, fut prônée de nouveau, en 1787, par Currie, el suivie avec succès par une foule de modernes, |)armi lesc(ue1s nous citerons le Portugais Goniez, Horn, de Berlin, et le professeur Frœlich, de Vienne. Nous avons rarement obtenu des elTets utiles des afliisions, aussi y avons-nous à peu près renoncé. Il n'en est plus de même des ablutions ou des lotions faites rapidement sur tout le cori>s avec une é|)onge imbil)éc d'eau froide pure ou vinaigrée,

DE LA nfeVBB TTPROlDB. 55

êRtts ont ^oavent pour eiïet de diminuer la dideiir de b peao et II fréquence da pouls.

Beaucoup de médecins éminents, parmi lesquels on peut citer MM. Bretonneaa et TnMissean, blâment l'emploi de Fopium contre les accidents nerveux qui prédominent dans raffcction typhoïde. Quant à moi, je ne saurais partager leurs craintes. Je donne, en effet, ce médicament, non-seulement pour combattre Tin* toflinie, lorsqu'elle est opiniâtre, mais encore l'agitation et le délire, pourvu fo'fl ne se lie point à une phlegmasie intracrânienne. C'est à peu près la pratique fM Cullen avait lui-même adoptée, et je la crois excellente.

8* Aceidfints du côté des organes respiratoires, — Pour éviter la stase san-

Cmae qai tend à se fiiire vers les parties déclives, il importe de varier le décubitus

i b plus possible. Si b bronchite est générale, et si ^le s'accompagne de beaucoup

\ de gène dans b re^iration, quelques doses d'émétique administrées de manière à

fNfoquer des efforts de vomissement, ou bien 1 à 2 grammes d'ipéca répétés

fwfoiw deux jours de suite, et dans l'intervalle une potion avec 25 à 50 centi-

pammes de kermès, un large vésicatoirc sur le sternum, m'ont paru les moyens

ki plus efficaces. Si une pneumonie se déclare, son traitement sera subordonné \

récaC général du sujet Survenant presque toujours à une période assez avancée de

h maladie, il est rarement permis de recourir aux émissions sanguines. Lorsque

dn ssig peut être tiré, on doit le faire avec un extrême réserve ; en pareil cas,

je me sers plus souvent des ventouses scarifiées que de la saignée générale. Mais,

contre ces pneumonies, on ne peut opposer fe plus souvent que la médication

lémbive. De très larges vésicatoires seront mis sur la poitrine et aux membres

inférieurs, et si aucune complication vers le tube digestif n'y met obstacle, comme

le ferait, par exemple, une hémorrhagie intestinale, ou administrera l'émétique

suivant b méthode rasorienne. lx)rsque la prostration est portée \ un haut degré,

l'existence de la phlegmasie pulmonaire ne saurait contre -indiquer l'emploi des

tooiqacs (vin et quinquina). Ces derniers peuvent môme parfois constituera peu

près tout le traitement J'ai, en effet, prouvé aux pages 730 et suivantes de mon

Traité de In ptieumonie, qu'il y avait souvent utilité à négliger la lésion locale, k

ne pas s'en inquiéter, pour ne s'occuper que de l'état général.

9"* Rétention d'urine. — Il faut souvent explorer la région hygogastrique par le palper et la percussion, pour s'assurer que l'organe n'est pas distendu par Turine ; s'il en était autrement, on se hâterait d'évacuer le liqtiide par le cathétérisme.

10* Eschares, — Pour prévenir ce grave accident, il faut changer souvent les malades de position et veiUer à ce que la peau ne soit pas souillée par le contact des matières fikales; on lavera fréquemment les parties avec du gros vin rouge ou bien avec de Fean aiguisée avec un peu d'cau-de-vie. Si malgré ces précautions, le sarmm-s'excorie, on disposera le lit de manière que les parties malades ne supportent plos b pression du corps, ou bien on se servira de coussins élastiques, ou d*un lit mécanique, suivant l'état de fortune des individus. L'eschare sera lavée avec du vin aromatique et saupoudrée de quinquina; lorsque les parties sphacélées sont éliminées, on panse la plaie avec du cérat, à moins que, prenant un aspect Mabrd, il ne convienne de faire des lotions stimulantes et des pansements avec du styrax ou avec un onguent détersif. Les ulcérations qui succèdent à l'ecthyma réclament le même traitement.

Quelle que soit la forme de la maladie, une diète absolue est de toute nécessité dans la première, et le plus souvent aussi dans b sccondç période. Ce|)endant

lorsque raffectkm est bénigne, ou bien lorsque grave elle frappe des sujets faibles, lorsqu'il y a une grande tendance à la prostration, je crois qu*il est prudent de * donner de très bonne heure quelques boissons aliiftntaires; Thydrogala, le bouillon de poulet ou le bouillon de bœuf, coupé plus ou moins d'eau, rempliront parfaitement ce but On arrivera à des aliments plus substantiels aussitôt que la fièvre sera arrivée à sa période décroissante.

Convalescence. — Le traitement de la convalescence n'offre rien de spécial : seulement, comme les malades éprouvent souvent un appétit vorace, et qu'il y aurait danger à le satisfaire, il importe de les surveiller avec le plus grand soin. D'autres fois l'appétit est languissant et doit être excité par les amers et les boissons gazeuses; d'autres ont des digestions lentes et souvent accompagnées de diarrhée : il faut alors recourir à Tensemble des moyens que nous exposerons en détail dans le tome 11, à l'article Dyspepsie.

On voit donc, d'après ce qui précède, que nous sommes partisans d'une médication active dans le traitement des fièvres typhoïdes. Nous sommes convaincu qu'il est au pouvoir de notre art de diminuer, la mortalité et d'abréger la durée de la maladie. Mais, tout en recommandant l'utile intervention de la médecine, nous ne sonunes pas de ceux qui en exagèrent la puissance, et qui croient, par exemple, qu'on peut arrêter la maladie brusquement dans son cours, la juguler, pour me servir de la locution qui leur est familière. Pour nous, nous nions formdleinent ces miracles, et nous soutenons que ces fièvres typhoïdes, qu'on a prétendu avoir enlevées dans le premier [septénaire, n'étaient autre chose que des embarras gastriques fébriles, ou des fièvres synoques, ou un état pyrétique symptomatiqne d'une phlegmasie méconnue; c'est donc sur une erreur de diagnostic que repose tout leur succès thérapeutique.

Nature de la maladie. — La fièvre typhoïde est anatomiquement caractérisée par une lésion de nature inflammatoire, siégeant dans les follicules intestinaux et les ganglions mésentériques. M. Louis regarde cette lésion comme constante, tandis que, suivant MM. Chomel, Andral, Dalmas, elle pourrait manquer dans quelques cas. M. Chomel ayant vu quelques sujets succomber, bien qu'il n*y eût de maladesque deux, qu'une seule, qu'une portion même d'une seule plaque, avait été conduit à croire à la possibilité de l'absence de toute lésion de ce goire. Il avait d'ailleurs été confirmé dans son opinion par quelques faits recueillis par MM. Andral et Louis, et relatifs à des individus qui, ayant succombé après avoir offert beaucoup de symptômes propres à la fièvre typhoïde, ne présentèrent cependant à l'autopsie aucune des lésions intestinales qui la caractérisent (1). Je disais, dans la première édition de cet ouvrage, avoir moi-même vu deux faits semblables; mais j'objectais que les phénomènes observés n'ayant pas été exactement ceux qu'on rencontre dans l'affection typhoïde, on devait regarder ces cas comme appartenant à une autre maladie, à une affection non encore déterminée. Je pense de même aujourd'hui Cependant j'ai retrouvé dans mes notes un fait bien autrement important pour la solution de la question que nous agitons. Il s'agit d'un homme de vingt-deux ans qui, en 1835, succomba à l'Hôtel-Dieu, dans la salle de M. Caillant, au vingt- septième jour d'une fièvre continue, et qui, ayant présenté pendant la vie tous les symptômes des fièvres typhoïdes graves, céphalalgie intense, mais sans é|Hstaxis, vertiges, prostration, insomnie, rôvasse-

(i) Voy. Tobservation 53, dans le Traité de M. Louis, d l'observatlpa de M. Andral, CHniquCt U I, p, 306 ; &* édiL, obacnratioD •5*.

lifs, saidité, délire, langue aride, fuliginosités de h bonche, diarrhée, météonsme, râle sibilant, sudamina nombreux, quelques taches rosées, gangrène du sacmm, de la verge et des bours%, ne présenta cependant à Tautopsie aucune lésioa caractéristique des follicules et des ganglions méscntériques ; la rate seule était diflSuentc et avait un volume plus considérable. Ce fait unique me porterait ï croire, comme M. Chomel, que la lésion intestinale nVst pas indispensable pour caractériser la ûèyre typhoïde, puiscpie, dans quelques cas excessivement rares, eOe peut manquer. Cependant, si la lésion des follicules intestinaux n'est pas confiante dans la rigoarense acception du mot, redisons encore, en etnprun tant les parafes mêmes de M. Chomel, qu'il est extrêmement rare qu'elle manque entièmneiit, et qoll n'existe pas un seul exemple authentique de cette lésion chez an SDJet ipiî n*aaraît pas offert les symptômes de la fièv^ typhoïde. Une circonstance ^ a beaucoop contribué à faire élever qudques doutes sur la valeur de l'altératioB des glandes de Peyer, c'est Tassertion des médecins de Londres, d'Edimbourg ec de Dnblîn, qui ont prétendu que l'altération des plaques intestinales manquait fiiéquemment chez les sujets de leur pays qui ont présenté pendant la vie les sym- (lAoBes de l'affection typhoïde. Mais aujourd'hui il est prouvé par les faits cliniques recucîUis à Londres par notre ami Shattuck, de Boston, et analysés par Yalleix, aosî que par les travaux des docteurs Gerhard et Pennok, de Philadelphie, qu'il eiiste ma États-Unis et en Angleterre deux affections fébriles, confondues autrefais nos le nom de typhus fever, mais réellement distinctes, et qui ne se ressem- Unt que par quelques phénomènes généraux : Tune, affectant les sujets jeunes, est la fièvre typhoïde telle que nous l'obsenons ici; l'autre, commune à tous les iiges, est une maladie distincte de la précédente : on l'a nommée typhus fever; Bons prouverons bientôt qu'elle n'est autre que notre typhus d'Europe.

On s*est demandé si l'sdtération des follicules intestinaux était primitive, comme le sont les lésions dans la plui)art des phlegmasies, ou bien si elle éuit consécadve i on état général au même titre que l'éruption varioiique, dont on l'a rapprochée. Celle dernière supposition paraîtra la plus pi-obable, si l'on se rappelle que la fièvre i^phoide est manifestement l'effet de l'action d'une cause spécifique qui a agi primitivement sur tout l'organisme. Cette assimilation de la dothiénentérie avec 1h fièvres éniptives, et avec la variole spécialement, a été faite surtout par M. Bretonneau. On ne peut, en effet, s'empêcher de reconnaître entre ces maladies la plus grande analogie. Comme la variole, la fièvre typhoïde est contaqttise : elle ne parait jamais attaquer qu'une seule fois le même individu. Il est pivt-étre peu de personnes qui n'en soient tôt ou tard atteintes. Enfin, sévissant préférâblement à certaines époques de la vie, il y a un âge au delà duquel elle devient si rare qu'die y est presque inconnue.

\jk lésion intestinale ne constitue donc pas toute la maladie ; car très fréquem- ■ent, il vCs a aucun rapport entre la gravité des symptômes et l'étendue des altérations de l'intestin. Ainsi, nous avons vu souvent, comme Al. Chomel, la mort >unefiir, bite qu'il n'y eût qu'une seule plaque de malade, et, d'autre part, on viit souvent châ des sujets morts par une cause accidentelle, des lésions étendues, tinttis que les symptômes, pendant la vie, avaient une gravité moyenne. Il existe. Ml mitre, dans le cours de la maladie, une foule de phénomènes morbides qui ne ' 'if Jiqnent que par l'intervention d'une cause générale, encore inconnue dans ^41 Pksence et son siège, et qui est placée par les uns dans le systi'me ner\eux, undis que le plus grand nombre la considère, et cela av(>c raison, je crois, comme n*élant autre qu'une altération du sang encore indéterminée, mais qui

réagit à son tour sur le système ncneux et sur tout Torgauisme à\Ia fois. Cette altération du sang résulterait, d'après los uns, de l'introduction dans Téconomie d*un principe toxique, d'un agent dt^lét^re \enn1u dehors. Suivant M. Delarroque, au contraire, ce serait la bile altérée, acrimonieuse, qui léserait le tube digestif, et ce serait à la résorption des nialièn^s scpti(iues contenues dans l'intestin qu'il faudrait rapporter l'altérât ion consécutive du sang, qui influence d'une manière si profonde tous les appareils organiques. >!. Delarrocjue compare ces effets à ceux qui résultent de l'injection des matières putrides dans le système circulatoire des animaux. Ces deux théories sont également soutenables; mais la première pourtant est plus en harmonie avec les faits. Cependant comme il est impossible d'arriver à la démonstration du |>ointsur lequel l'une et l'autre se fondent, nous croyons inutile d'insister davantage j^r ce sujet. (Voy. plus haut, page 13, ce que nous avons dit des effets des altérations du sang dans les pyrexies. )

STMOimiiE. — Fièvre peitilentielle; fièvrt dti campe, des bdpitai», dM prUoiii« det TBiiSM«i; ièVM ptfttfchiaU; ûh^n de Hongrie, elc.

Le typhus est une fièvre continue, contagieuse, survenant sous l'influence dss émanations animales, frappant en générai un grand nombre d'individns à la ibis, et spécialement caractérisée par la stupeur, la prostration des forces, le défire, It développement de pétéchies et d'un exanthème cutané spécial, sans aucune iérioa anatomique constante et propre à cette affection.

Historique, — Quand on considère les causes sous Tinfluence desquelles le typhus se développe, on est conduit à admettre que cette maladie a régné danstovs les temps. On trouve en effet, dans Hip|H)crate, dans Aétius, dans Avicenne, dans Rbazès, et dans une foule d'autres, des descriptions qui justifient cette opinion. Si le typhus n'est bien connu que depuis le xvi" siècle, ce n'est pas une raison suffisante de croire qu'il a fait son ap|)arition seulement à cette époque, mais uniquement parce qu'on observait alors avec <()lus de rigueur et qu'on a su mieux distinguer et décrire les espèces morbides. Depuis le commencement du XTi* siècle, le typhus a exercé de nombreux ravages en Europe, on l'a vu sévir à la suite de toutes les grandes guerres qui ont ensanglanté notre continent, et les rdations que les médecins en ont faites sont extrêmement nombreuses : citons sealemeni celles de Fracastor, de Daniel Seiinert, de Pringle et surtout celle de Hildeiibraiid, qui au commencement de ce siècle a publié sur le typhus une monographie justement estimée et qui est encore aujourd'hui le travail le plus complet que nous ayons sur cette cruelle affection.

Cependant, depuis la révolution pyrétologique opérée par les travaux de M. I/>uis, le typhus a cessé d'avoir une place spéciale et on l'a généralement, du moins en France, confondu avec l'affection typhoïde. L'Académie de médecine a conitmné en 1837 un travail de Gaultier de Claubr>', dans lequel l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde paraissait établie, aussi bien par l'état symptomatique que par les lésions cadavériques. 1^ même conclusion découlait d'un mémoire publié en 18&2 dans les Af*chive» de tnédecina, par M. Landouzy. En vain deux médecins de la marine, Fleury et Pellicot, avaient publié en 1 83U la relation d'ime épidémie de typhus qui avait sévi dans le bagne de Toulon, et déclaraient n'avoir constaté aucune lésion intestinale chez ceux qui avaient succombé; ce travail, passé presque naperçu, ne modifia en rieu les idées régnantes. Le docteur Gerhard, de Phila*

delphiV. avait fait connaître en 1837 sous le nom de typhus fever une fièvre continue grave qni régnait dansas États de l'Union. Cette môme pyrexic ayant fté rcironvée eu Angleterre et surtout on Irlande, fut considérée, du moins en France, comme une fièvre spéciale à ces pays, sans se douter qu'elle pourrait bien BT pas être distincte du typhus des c^ini)s. Mon ami, M. II. Gueneau de Mussy, a^Bit, en 1867, été étudier sur les lieux nirnics cette alTectiou qui paraissait épargner DOS provinces, me fit à son retour confidence de tout ce qu'il avait observé, et me dit avoir acquis la conviction que le ty])luis fever n'était autre chose que le tv|ihus décrit par Hildenbrand. Un peu ébranlé par ce témoignage ainsi que par les kctnres que j'avais faites, je commençai à soupçonner que le typhus et l'alTection tvphoide étaient des maladies essentiellement distinctes ; mais n'ayant point d'expépersonncllc snr ce point, et les documents n'ét:jit pas encore nombreux ou du manquant de précision, il était impossible d'avoir sur ce point une conviction Kière : mais aujourd'hui le doute n'est plus permis. Pendant la glorieuse campagne Je Crimée on a vu naître dans les années alliées comme dans l'armée russe, une fièvre qiéciale, absolument distincte de l'affection t\phoîde, identique avec ces pyrexiesqui «itsai\i nos années depuis 1793 jusqu'en 18i/i, identique avec cette fièvre qui rfgBe endéinîqiiement et parfois sous forme épidémicpie sur la malheureuse popu- Itfkm d'Irlande : e*est ce qui résulte de la discussion soulevée au sein de la Société Impéna/e de médecine de Constnntinnple. D'ailleurs, plusieurs d'entre nous en firaace ont eu occasion d'observer la même affection sur les soldats venus d'Orient, et qui en avaient contracté le germe sur les vaisseaux qui les avaient trans|)ortés en France. Deux de ces malades ont été traités par mol h l'IIùtel Dieu, et un grand ■ombre ont été reçus dans d'autres établissements. Ces faits n'ont point été perdus pour la science, grâce au zèle de >!. Emile ChaufTart (1) et de M. Godelier (2) qai ont publié chacun une relation excellente sur le typhus qu'ils ont observé : Itï premier h rilôtel-Dieu d'Avignon, le second l\ l'hôpital du Val-de-Orfue h Paris. Disons pourtant qu'avant cette époque M. Marc d'Espine en 1853, et "M. Forget m an après, ont publié des travaux établissant la non-identité du typhus et de la firtre typhoïde.

Anatomie jxfthologifjue. — Contrairement h ce que nous avons rencontré dans h fièvre typhoïde, il n'existe dans le typhus aucune lésion anatomique constante, tt par conséquent caractéristique.

Les sinus crâniens sont plus ou moins gorgés de sang, la |)ie-mère est souvent infUtréc d'an liquide séreux plus ou moins abondant, ce qui est probablement en rapport avec la longueur de l'agonie. Les poumons sont souvent engoués à la base, parfois hé|Kilisés, ou splénisés, ou bien ils sont le siège de noyaux apoplectiques. U cœur est ramolli et le sang qu'il contient est noirâtre, les caillots qu'il renferme s«»nt diffliients. Le tube digestif n'offre que des lésions insignifiantes, quelques arborisations, parfois un peu de ramollissement de la muqueuse*, comme on en trouve dans la plupart des maladies fébriles un peu graves. (le]M'ndant M. Gerhard 'à remarqué que dans iv typhus l'inti^tin est moins souvent altéré qu'après toute «litre maladie fébrile. Mais jamais on ne rencontre ni Tintuinescence ni l'ulcération dr> follicules intestinaux; les ganglions mésentériqnes sont également sains. Knfin id rate eHc-méme, si .souvent altérée dans les maladies putrides, est généralement Mine ; elle est cependant parfois plus ou moins ramollie. M. Kodier ayant, dans l'épidémie de Dublin de i8/i7, analysé le sang de six

il, Oa-ieUe kebdomuUnirc^ année 1856. — (2) Gazelle médicale de Paris, mémeaniiéc.

individus gravement frappés, a constaté une notable diminution dans la densité du sang. La fibrine était ou à Tétat normal ou occumit les limiies inférieures de Tétat physiologique, ou bien son chiffre élait diminu* Chez trois sujets le nombre des globules était moindre, ce qui ne dépendait point de la maladie, mais d'un état anémique antérieur et des conditions hygiéniques auxquelles les malades avaient été exposés avant d'être frappés. .

Incubation. — Comme |)our toutes les affections contagieuses, il y a pour le typhus une période d'incubation, qui s'accomplit au dehors comme au sein des foyers d'infection. Sa durée est variable : le plus souvent elle est de 8 à 15 jours, mais il n'est pas rare qu'elle soit abrégée ou qu'elle se prolonge beaucoup au delà. Je ne sais si l'on pourrait,quant à présent, lui fixer des limites précises.

Rien n'avertit l'individu de l'instant où la contagion s'eiïectue ; quelques-uns disent avoir éprouvé une sensation étrange, une sorte de commotion, mais ces faits sont rares, et bt^aucoup n'ont j)as peut-être toute l'authenticité désirable.

Prodromes. — Il est des malades qui sont brusquement frappés, d'antres ne le sont qu'après des phénomènes prodromiques qui durent un ou plusieurs jours et peuvent se prolonger môme pendant plus d'un septénaire Ces prodromes sontceux de toutes les affections fébriles graves : céphalalgie, vertiges, courbature, douleurs lombaires, somnolence ou insomnie, perte d'appétit. M. Emile Chauffart, qui a étudié la question des prodromes avec plus de rigueur peut-être qu'on n'avaitfait avant lui, note comme des signes avant-coureurs plus assurésdu typhus, et propres à cette affection, une sorte d'hésitation dans la parole, une sorte de tremblement dans la voix qui va parfois jusqu'au bégaiement, une incertitude dans les mouvements se révélant surtout par le tremblement des mains et des bras; enfm il existe des bourdonnements et des tintements d'oreilles.

Symptômes. — Le typhus, comme la fièvre typhoïde, peut être divisé en trois périodes dont chacune peut être mesurée par la révolution d'un septénaire.

Première période. — Dès le début et pendant les premiers jours de l'affection, les inalades accusent des frissons parfois intenses, parfois légers, erratiques, irréguliers; la fièvre s'allume aussitôt et l'on voit s'aggraver la plupart des accidents que nous avons notés dans les prodromes. Ainsi, la céphalalgie redouble, elle est aigu^, lancinante ou gravative, et occupe surtout le front; les vertiges augmentent, la stupeur se prononce, l'insomnie est complète ou bien il y a un état de demi-somnolence avec des rêvasseries très fatigantes ; les oreilles bourdonnent davantage et l'ouïe est déjà très obtuse, les lèvres tremblent, les forces sont anéanties, les malades accusent des douleurs contusives dans les muscles des' lombes et des membres, ils ont de la peine à se mouvoir, leur intelligence est obtuse, il y a un délire plus ou moins continu, surtout pendant la nuit ; la face est rouge, animée, les yeux sont injectés, les narines se dessèchent, parfois il s'en écoule un peu de sang ; la langue est en général humide et recouverte d'un enduit bbnchâtre, parfois elle se dessèche et brunit promptement ; la soif est modérée ; beaucoup ont d(*s nausées et vomissent les deux ou trois premiers jours; l'abdomen est souple, indolore, parfois un peu météorisé, sans gargouillement dans la fosse iliaque; les selles sont rares, dans quelques cas on obsen e un peu de diarrhée ; l'urine est rouge, peu abondante; le pouls, qui bat de 100 à 130, est en général plem, mais plutôt mon que dur, la chaleur de la peau est halilueuseet le thorax n'offre souvent rien à noter; mais beaucoup accusent un sentiment d'oppression et on* note assez souvent la toux et les râles sibilants et ronflants caractéristiques de la bronchite. Les symptômes que nous venons d'énumérer s'accroissent, se dessinent mieux pendant les quatre pn* -

mNTs jours de la maladie; mais à cette époque snrrfent dn dM de h peau on s^DiptOino nouveau, une éruption tout à fait caractéristique, el des pétéchies qui n'ont pas, à beaucoup près, la va(|ur de la première.

L'éruption la plus importante, celle qui est propre au typhus, a été comparée, ipiant à son aspect, à Téruption morbillcuse. Rare à la surface, moins abondante «UT les membres, elle apparaît surtout sur le tronc, en avant comme en arrière. Cette éruption exanthéinatiqne consiste en des taches plus ou moins confluenteset àc :îrandeurs variées. Parfois ce n*est qu'un pointillé, ailleurs elles ont la forme et rétendue de morsure de puce ou de lentilles, il en est qui sont encore plus grandes. .\e foniiant pas ou faisant à peine saillie, d'un rouge plus foncé que les tadies nibéoliques, les unes disparaissent entièrement sous la pression du doigt, tandis qne d'autres pâlissent quand on les comprime, et à la place de la couleur rouge M tnMive une coloration jaunâtre ou d'un gris violet. Cette teinte ecchymotique, ^ peut devenir tout à fait noire, est la seule d'ailleurs qui persiste au bout de ^KlqiieA jours lorsque l'exanthème a spontanément perdu sa coloration rougeâtre. Itates les taches pourtant ne sont pas ecchymotiqucs, beaucoup conservent le cmrtère exanthémateux et Ton voit se faire à leur niveau une desquamation Carforacée comme dans la rougeole. C'est là l'éruption propre, spéciale au typhus. Mais, indépendamment d'elle, on voit se former, soit avant, soit concurremment ivec elle, on bien postérieurement, des pétéchies proprement dites, telles que celles qû caractérisent le purpura. Celles-ci n'ont rien de caractéristique ; il n'en est pK de même des premières. Les taches typhiques, comme le note M. Godelier, mettent environ deux septénaires à parcourir leurs phases, et souvent on en trouve des traces plus de vhngt-quatre jours après. Elles se distinguent donc entièrement des taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde.

Tels sont les symptômes du typhus dans le cours du premier septénaire. Dans ^f.'ite première période de la maladie nous avons noté une réaction assez vive et une '''iQge^tion assez marquée des téguments et des muqueuses pour justifier le nom de [triode inflammatoire ou calarrhale que quelques auteurs lui ont donné. Comme k note encore M. Godelier, on n'y trouve pas, sauf complication, les symptômes abdominaux de la fièvre typhoïde et Tépistaxis est chose rare. Mais on observe par rDDtrc des douleurs vives dans les jambes et dans les lombes, ime stupeur qui se r.Kintre de bonne heure, et l'apparition rapide de l'éruption exanthématique que biius venons de faire connaître.

Deuxième i>€riode. — Dans le second septénaire la face pâlit, la chaleur est plus ' ite, le pouls plus ou moins fréquent perd de sa force, la peau présente souvent à sa mrface de nombreux sudamina. La langue continue à être humide et blanche, mais «>u\4'nt aussi elle est sèche, noire et fendillée ; le ventre est ballonné, il y a de la diarrhée ou bien la constipation des premiers jours persiste, les évacuations deviennent involontaires, et souvent l'urine ne peut plus être excrétée. Mais les plirnomènes les plus importants se remarquent vers le système nerveux : la prosîntion est plus grande, le tremblement des mains augmente, il y a des soubresauts 'i-s tendons, parfois des roideurs et des contractures musculaires, l'ouïe est obtuse, '.à \ue obscurcie, quelques sujets sont aphones et ont de ladysphagie. I^es troubles ''»n'braux augmentent aussi et offrent une grande variété de forme. Hildenbrand Ml a donné une description dont on a pu vérifier récemment toute la justesse. Les malades, dit-il, rêvent sans dormir; lorsqu'ils sont à demi endormis, ils gesikolent sans cesse, ils délirent avec une singulière incohérence sur des objets exté* rieurs, au milien d'occupations continuelles, d'impressions intérieures, confondant

les unes avec les autres; U^ ont aussi des idées fixes, ils ]ie délin^nt pas toujours, mais ce qu'ils fout de raisoànable passe comme un songe. Je ne crains pas de comparer cet état au somnambulisme. » En eiïet, bpucoup de ces malades parlent, agissent comme des gens raisonnables, el quand Ta convalescence se déclare ils ne conservent aucun souvenir de ce qu'ils ont dit ou fait.

Cette deuxième période ou ce deuxième septénaire de la maladie mérite d'être nommée avec Hildenbrand période nervctfsp, parce qu'en effet on voit prédominer pendant sa durée les accidents ataxiques de toutes les fièvres graves.

Troisième période. — Les s\ mptômos qu'on observe dans le cours du troisième septénaire varient suivant la terminaison de Taffection. Lorsque le typhus doit avoir une issue fatale, les symptômes adynamiques et ataxiques arrivent à leur summum, et Ton voit |)arfois apparaître des complications graves telles que pneumonie, parotides, ér^sipèle à ]§ face, eschares au sacmm, etc.

Dans les cas, au contraire, où l'issue est favorable, ou voit tout à coup les symptômes graves s'amender et disparaître. Le délire et la stupeur cessent presque brusquement, en même temps que le pouls perd sa fréquence. C'est ainsi qu'on le voit tomber promptement de 140 pulsations à 80 et 60. La langue se nettoie, l'appétit renaît et devient bientôt impérieux, les forces reviennent mais lentement, et après plusieurs semaines les malades amaigris ont encore des vertiges, une mémoire et une intelligence affaiblies, les membres endoloris et parfois œdémateux.

L'amélioration rapide survenue dans les symptômes coïnciderait souvent, d'après quelques-uns, avec l'apparition de phénomènes critiques. Hildenbrand, qui a beaucoup insisté sur ce point, signale surtout les hémorrhagies nasales, des urines troubles et plus abondantes, mais surtout des sueurs copieuses et des selles diarrhéiques.

Une circonstance très curieuse dans l'histoire du typhus, c'est la rapidité, je dirais presque Tinstantauéité de la convalescence. Des malade^, en eiïet, laissés la veille dans une prostration complète avec une bouche sèche remplie de fuliginosités, ayant une chaleur vive, im pouls à 120 ou \h^^ plongés dans le coma et semblant voués à une mort presque inmiinentc, sont trouvés le lendemain complètement éveillés, parlant facilement et répondant juste, ayant un pouls modérément fréquent, une peau halitueuse, une langue humide et nettoyée. De tous les symptômes graves de la maladie c'est encore le délire qui cesse le plus vite. Des malades recou\rent instantanément leur connaissance comme s'ils sortaient d'un songe ou d'un étal d'ivresse.

Formes, — Le typhus n'a pas un type invariable, mais comme toutes les autres affections il offix* des nuances et des formes très variées. On pourrait y trou\er les diverses formes que nous avons observées dans la fièvre typhoïde. Ainsi il y a un typhus k forme inflammatoire ; l'individu a alors tous les symptômes d'une synoque grave ; s'il a du délire, celui-ci est phrénétique et des symptômes de congestion et même de phlegmasic peuvent éclater, en outre, vei-s les organes tlioraciques. Hildenbrand avoue c^ue dans ce cas le diagnostic est difficile et i)arfoi5 même impossible pour l'homme le plus exercé; cependant les vertiges, la stupeur, les bourdonnements d'oreille, la prostration des forces, le tremblement et bientôt rémption enlèveront toute incertitude.

Dans certaines constitutions médicales, le t^-phus se compliquant au début d'accidente bilieux, amertume de la bouche, enduit sale de la langue, vomituritions venUtres, on a admis une forme bilieuse ; ccUe-là est en général passagère.

DU TTPHDS* es

Enfin, la prédominance des symptômes adynamiqnéB et atanquet a bit admettre Me forme putride ou adynanàque et une forme maligne^ cérébrale^ nerveute'ou Êtoxifue. A

Le t\phns survenant aussi très souvent dans le cours ou le déclin d'autres affeo* ions i^os ou moins graves, comme diarrhées chroniques, dysenteries, scorbut, iKret paludéennes, etc. , il se combine avec ces divers états morbides et forme aiac eox des aifectious complexes dans lesquelles pourtant on reconnaît toujours Ib caraaères propres du typhus.

Dans tontes les épidémies typhiques on a vu la maladie offrir des degrés d'intrès variables. Dans quelques cas, les individus n'ont que du malaise, ils sont ils souffrent de la tête, éprouvent quelques vertiges, ils perdent fiipécil et ib ont un mouvement fébrile continu ou rémittent; sur la peau apparaît ïme aTec des caractères plus ou moins tranch^ls ; puis, au bout de quelques tout se dissipe, la maladie semble alors avoir véritablement avorté.

Cknd'aatres, aux symptômes précédents on voit s'ajouter encore des troubles plus vers le système nerveux et un état catarrhal des muqueuses, symptômes ■ n'ont qu'une durée également éphémère.

Enfin, îL en est qui n*ont d'autres accidents qu*unpeu de stupeur, des douleurs [•ntiqoes, ils gardent à peine le lit et ne sortent de cet état de malaise qu'après septénaires.

Mais le plos souvent le typhus se montre avec les caractères qui lui donnent une ||l|abuopiie si spéciale; tantôt alors il accomplit ses périodes avec régularité JBqn*à sa terminaison, heureuse ou malheureuse; tantôt il précipite sa marche et ■porte les sujets en quelques jours au milieu d'accidents cérébraux apoplectiionnes, délirants ou convulsifs, qui apparaissent brusquement au milieu de sym-* pHaes bénins, et parfois même lorsque la maladie n'a pas encore franchi la période Dradromique : c'est le typhus sidérant.

biatfnosiic. — La fièvre typhoïde est la seule affection qui ait quelque analogie rec le typhus, et nous avons dit que jusque dans ces derniers temps la plupart des aiédecins ne distinguaient point les deux aflcctious. Cependant, il est aujourd'hui BCQBtestable que le typhus et la fièvre typhoïde, malgré (juclques analogies de ienue, sont deux affections essentiellement distinctes : tout en effet est dissemblable «tre elles, étiologie, début, symptômes, marche, convalescence, durée, auatomie paiMiiogique.

Vous avons vu combien l'étiologic de la fièvre typhoïde était obscure; et, sauf la UQUgion admise aujourd'hui par la généralité des médecins, on ne peut citer •ucuoe cause efficiente de cette affection qn'on ne peut pas produire à volonté. Il a «rfi fst pas de mènie du typhus qui toujours, ainsi que nous le dirons bientôt, se éèrdoppe par le fait de l'encombrement : il ne respecte aucun âge, il frappe les coDTalescents comme les sujets les plus valides et une première atteinte ne met pas afabri d'autres attaques, il n'en est plus de même de la fièvre typhoïde,. nous avons 'tu en effet, combien elle était rare après quarante ou cinquante ans, nous savons que ;>n»que toujours elle est primitive et qu'elle ne se développe point chez les sujets 'jûTiIescents d'autres maladies; enfin, les individus qui en ont été frappés confèrent une immunité au moins égale à ceux qui ont eu une variole, une rougeole i«uDe scarlatine.

Si Ion considère la symptomatologie des deux affections, que de dissemblances aire elles ! Dans le typhus on observe rarement cette céphalalgie violente, les cpistaxis et les symptômes abdominaux (météorisme, gargouillement iléo-cascal,

diarrbie), si oonstiitttaadébiilde la fièvre typhoïde. Mais par contre on ne voit pas dans celle-dce tremUement si singulier des lèvres et des membres supérieurs, et même ces troubles des sens et de rinteUigen|^ qui donnent au début du typhus un cachet si spécial

Les deux maladies en se développant se dessinent encore davantage entre elles. Les symptômes abdominaux font en générai défaut dans le typhus, la rate n*cst point augmentée de volume, la diarrhée n*est pas ordinaire ; quand elle survient elle est peu abondante, et le météorisme fait défaut ou est à peine marqué.

Mais ce qui distingue surtout les deux affections, c*est Téruption cutanée : celle qui caractérise le typhus n*a aucune analogie avec les taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde, qui sont ér\'thémateuses, qui disparaissent par la pression, qui ne se montrent que dans le second septénaire, tandis que l'éruption du typhus, plus confluente, plus généralisécf^ue la première, laisse après elle une teinte ecchymotique et apparaît dès le troisième ou quatrième jour. Rappelons encore que des taches de purpura se montrent concurremment avec Téruption typhique.

Les deux maladies n'ont point la même marche. La fièvre typhoïde a assez de régularité dans son évolution : légère ou grave, elle parcourt à peu près fatalement ses périodes. II n'en est pas de même du typhus, qui offre des formes multiples, qui parfois semble avorter, et dont la durée moyenne d'ailleurs ne dépasse guère quinze ou dix- huit jours, tandis que celle de l'affection typhoïde est au moins de vingt-cinq.

I^ convalescence elle-même est très différente dans les deux cas ; elle est lente» progressive, toujours longue dans l'affection typhoïde, entravée souvent par des troubles digestifs; tandis que dans le typhus elle est prompte, soudaine, et les voies digestives, qui n'ont été te siège d'aucune lésion, reprennent aussitôt toute leur énergie et même souvent une énergie inaccoutumée.

L'anatomie pathologique établit enfin entre les deux maladies une dissemblance absolue, car le typhus n'a aucune lésion constante, nécessaire ; jamais on ne trouve dans l'intestin et dans les ganglions ces altérations caractéristiques de l'affection typhoïde, sur la description desquelles nous avons tant insisté précédemment Le t}'phus ne saurait donc être confondu avec la fièvre typhoïde, et la distinction des deux maladies est aussi facile à faire pendant la vie que sur le cadavre. Ce sont deux maladies essentiellement dissemblables, et ce serait une grave erreur de croire que l'une ne serait qu'un degré de l'autre. Ce sont deux affections qui conservent toujours leur individualité ; elles sont aussi dissemblables Tune de l'autre, que la variole l'est de la rougeole.

Il n'est plus besoin aujourd'hui de faire le diagnostic différentiel du typhus et de l'affection décrite en Angleterre et en Amérique sous le nom de typhus fever. Ce n'est point, en effet, une maladie distincte du typhus des camps; c'est la même affection, naissant sous l'influence des mêmes causes, ayant le même mode d'invasion, la même symptomatologie, la même durée, les mêmes lésions.

Le typhus, nonobstant quelques analogies de forme qu'il peut avoir avec la peste, se distingue néanmoins aisément de cette affection par l'absence des bubons, des anthrax, des charbons et des pétéchies gangreneuses. (Voy. l'article Peste.)

Pronostic, — Le typhus est une des affections les plus graves, les plus meurtrières. I^ proportion de mortalité ne saurait être calculée ; elle varie essentiellement suivant les lieux, les circonstances au milieu desquelles la maladie éclate. Ainsi, dans quelques épidémies presque tous les malades succombent, ou bien la mortalité en enlève la moitié, les deux tiers, tandis qu'ailleurs elle ne dépasse i>as un septième, un huitième, un dixième, et même un dix-huitièiiie.

Le typhas est surtout meurtrier quand il sévit iHir des siyets affaiblis, snr des constitutions détériorées par des dysenteries antérieures, par le scorbat, par la misère, les privations, les fatigu^ excessives et la nostalgie. Il acquiert, pas conséquent, son maximum d'intensité après les grands désastres, ou bien pendant les sièges qui se prolongent durant de longs mois.

La prostration extrême des forces, un délire violent, le coma survenu prématurément, la carpliologie, les roideurs tétaniques, la dysphagie, la cécité, les hémor* rhagies, les eschares, les diverses complioi 'onr que nous avons notées plus haut» sont tout autant de circonstances qui ajoutent beaucoup h la gravité du pronostia Etiologie. — Le typhus se développe lorsque àe^ individus sains et surtout malades sont accumulés en grand nombre dans des espaces insuffi^nts. Le typhus est donc une affection miasmatique, et Tagent toxinue est fourni par les matières animales. La maladie naît dans les hôpitaux, le^ prisons, les bagnes et sur les navires, partout enfin où des individus sains ou malades vivent pendant quelque temps entassés dans des lieux étroits et où Tair n*est pas suffisamment renouvelé. Les sujets sains qui viennent accidentellement dans cette atmosphère» qui y séjournent pendant un certain temps, peuvent être frappés. C'est ainsi, que dans toutes les épidémies de typhus on a vu succomber un grand nombre de médecins, de religieuses et d'infirmiers. La maladie se transmet surtout par l'infection des lieux, mais il n*est pas aussi certain qu'elle soit transmissible par le contact Un oa plusieurs typhiques, placés dans des salles bien aérées, ne communiquent CB général rien aux autres malades. Il n'en est plus de même dans les conditions différentes. La susceptibilité à être influencé par le miasme typhique varie suivant une foole de circonstances. Tous les sexes, tous les âges, toutes les constitutions, peuvent être atteints ; mais, en général, les sujets affaiblis et cachectiques sont ceux qui sont impressionnés le plus facilement et de la manière la plus fâcheuse. La maladie est toujours en rapport, quant à son intensité et au nombre d'individus atteints, avec la condensation du miasme, c'est-à-dire avec l'encombrement des Beux. Le typhus à l'état épidémique est une maladie rare, accidentelle, ne survenant que dans les conditions fâcheuses qu'entraînent les grandes guerres. A Tétat q)oradique il règne seulement dans quelques contrées, sur des populations misérables, entassées pêle-mêle, comme on le voit en Irlande et ailleurs ; mais on peut aisément prédire que ce fléau disparaîtra par la volonté seule de l'homme et par les bienfaits de la civilisation.

Traitement . — Quoi qu'on en ait dit, la thérapeutique ne possède encore aucun agent ni aucune méthode capables d'enrayer un typhus qui débute. Cet effet heureux a été obtenu après toute espèce de médication, et souvent par les seules fcMtes de la nature. Il n'existe encore aucun moyen d'attaquer directement la cause qiécifique comme nous attaquons la cause de la lièvre paludéenne en donnant le quinquina. Ce précieux médicament ne saurait convenir comme méthode générale; il ne doit être donné qu'en vue d'indications spéciales. C'est ainsi que lorsqu'il existe des phénomènes intermittents ou rémittents, le sulfate de quinine doit être donné ; mais même alors, on ne modifie la maladie ni dans sa gravité ni dans sa durée. Le quinquina a une autre application. Lors|C|u'en effet, fùt-cc même dès le début, la pnistratton est considérable, lorsque l'adynamie est grande, le kina en macération, en infusion, ou sous forme d'extrait, sera spécialement recommandé. Les vins généreux conviennent aussi en |)areil cas.

Les» évacuants (émétiques et purgatifs) ne sauraient non plus convenir comme méthodt gfinénle, C'est ce que le docteur Gerhard a reconnu dans le tjphus de

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Philadelphie ; mais on doit y recourir dès que l'indication de leur emploi est précise. Afaisi, des symptômes bilieux, un état saburral des premières voies, devront forcer à donner un ou successivement plusieurs én^ique^, tandis que la constipation et le météorisme engageront à recourir à l'usage plus ou moins répété des laxatifs. Administrés d*unc manière opportune, les vomitifs ont eu souvent pour résultat de modifier sensiblement la maladie en lui imprimant une allure plus régulière et plus douce; ils doivent être prescrits dès le début.

' Les émissions sanguines ont été systématiquement bannies par un grand nombre. Il iin|)orte de dire tout d'abord (jue la saignée générale ne convient que dans des cas très exceptionnels, lorsque Taffection se révèle sous une foime inflammatoire, et même alors il faut user de la saignée avec une extrême i)arcimonie ; les saignées locales, faites avec des sangsues et des ventouses , sont d'un emploi moins exceptionnel. On les emploie pour comI)altre les accidents congestiis, mais elles réclament aussi une grande réserve.

Les troubles du système ner\'eux , les accidents ataxiques, quand ib sont considérables, exigent de ])onne heure )'inter\'ention de l'art. On a recommandé contre eux les vésicatoires, le camphre et le musc, soit en lavement, soit par la bouche.

Les vésicatoires comptent de nombreux partisans; on les a mis à toutes les périodes de l'affection : au début, pour attirer au dehors une prétendue matière inorbifique dont l'éruption et les pétéclnês seraient la manifestation ; pendant la période d'smgment, i)our rappeler ou ranimer une éruption éteinte ou languwsante, i)Our combattre le délire, le coma, à titre d'agents révulsifs; enfin, dans la période d'état, dans le but de provoquer une crise favorable en délivrant l'économie du principe du mal. Je ne sais si une observation un peu précise a justifié l'emploi du véncatoire pour des buts si différents. Mon défaut d'expérience sur ce sujet me force à nVtre qu'historien, et à dire, qu'après Borsieri et beaucoup d'autres, nildenbrand fait du vésicatoire un des principaux instruments de la cure, et cette opinion a été partagée et défendue récemment par un esprit distingué, M. le docteur Chauffart. On met les vésicatoires sur les membres, quelquefois k la nuque; enfin dans quelques cas de coma trop persistant, on couvre d'un emplâtre épispastique tout le cuir chevelu préalablement rasé.

Suivant Hildenbrand, après les vésicatoires et durant leur action, il n'y aurait pas de plus grand rem(^de pour le typhus, dans la période ataxique, que le camphre: 50 à 60 centigrammes suflisent en général; des doses plus fortes peuvent pourtant convenir lorsque ralTaissement est considérable; daas ces cas, on y Joint Ics^infusions aromatiques : l'arnica a été spécialement recommandée.

Je viens d'énumérer les moyens actifs, parfois violents, qu'on emploie souvent contre le typhus ; mais ces moyens ne sont justifiés que lorsque l'indication est précise; partout ailleurs dans les cas simples ou bénins, une sage cxpectation est peut-être ce qu'il y a encore de plus utile à faire pour le malade. C'est un conseil formellement exprimé par les meiUèurs cliniciens, et parmi eux nous distinguerons Borsieri. Dans ces cas, on se borne à prescrire aux malades des boissons tempérantes, la diète, quelques laxatife doux, des bains, des lotions froides sur le corps si la chaleur est vive ; enfin des applications froides sur la tête pour calmer les douleurs dont cette partie est le siège.

I^ convalescence des typhiques doit, sans contredit, être surveillée; néanmoins, elle est rarement orageuse, et l'intégrité des voies digestives fait que l'alimentation étant possible les forces reviennent assez proroptement.

Les moyens hygiéniques sont un élément important dans le traitement du

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