‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne v. 1Chapitre 12 sur 118 · DE LA FIÈVRE BILIEUSE DES PATS CHAUDS · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE BILIEUSE DES PATS CHAUDS

typhus. Les malades seront disséminés, placés dans des salles vastes, aérées nuit et jsiH-, et même, ils seront mis sous des tentes on des hangars, plutôt que de les aeciiinaler dans des lieux qu'oi) ne |)ourrait point snifisamment ventiler ; on ocretÎMidra en outre une propreté extrême autour d'eux. Les objets ayant ser\'i î Tosage des malades seront lavés et purifiés avant de les leur rendre ou de les faire servir à d^antres.

AoTuiY. — Le typhus, ainsi que son étiologie le démontre, est une affection iriqne; c'est un véritable empoisonnement offrant, comme toutes les lovques, une foule de nuances, suivant Fintensité de la cause et le plus M moins dv susceptibilité ou de résistance des individus. On peut, par conséfHBt, an pdnt de vue étiologique, le rapprocher de la peste, de la fièvre jaune et Îb fièvres paludéennes.

Rayant éprd qui un de ses symptômes les plus remarquables et les plus con-

l'émptjoo, Hildcnbrand avait fait du typhus une pyrexie analogue aux émpthes; mais ce rapprochement ne saurait être accepté. Le typhus, en . n'a pas cette régularité parfaite, ces périodes presque mathématiquement qui distinguent les fièvres éruptives. Celles-ci sont des affections absoluinconnues dans leur origine ; elles sont contagieuses comme le typhus, mais, lllnverae de cefaû-d, on ne peut les produire à volonté. Disons enfin que Téruption tnAii|ne, qneique importante qu'elle soit au point de vue du diagnostic, est un ipiphÉnomène n'arrivant que dans des points circonscrits, et que si on la comfanit à quelque chose, ce serait à ces éruptions cutanées qui se font souvent dans certains empoisonnements végétaux ou par des matières septiques.

DE LA nÈVRE BIUEUSE DES PAYS CHAUDS.

La fièvre bilieuse des climats chauds, aussi nommée fièvre rémittente hLleuse Gu gratifie endémique des pays intertropicaux , est une des maladies les |)liis communes et aussi Tune des plus iiieurtritTos des pays chauds. On robser\e surtout dans la presqu'île du Gange, dans les pi'()>inces sud des États-Unis et sur la côte d'Afrique ; en Europe, sur le littoral de Tltalie et de TKspagne : d*où lui vient la d^oominationde fiècre méditer ranée que (|uelques médecins anglais lui ont imposée. Uitai/«o5d*Hippocrate est peut-être, d'après >l. Littré, une lièvre rémittente bilieuse.

Symptômes. — La fi<'>re bilieuse offre plusieurs degrés; elle ressemble quel- ^Ibis par ses symptômes et son |)eu de gravité à l'embarras gastrique avec fièvre 4f ce climat ; elle présente néanmoins cette particularité, que la sécrétion biliaire rA activée. Si, en effet, dans notre embarras gastrit^ue ou observe plutôt de niples nausées que des vomissements, si ceux-ci sont rares et peu copieux, si la (fiarrhée est un symptôme beaucoup moins commun ||ue la constipation, si la coloration jaune de la peau ne consiste qu'en une suffusion très légère et pres<|ue toujmirs circonscrite à quelques points de la face, il n'en est plus exactement de même pour la forme bénigne de la lièvre bilieuse des pays inter tropicaux. Ici, en effet, ia supenécrétion de la bile, est un phénomène très marqué : aussi la coloration pane de la peau est plus générale et plus intense, les selles sont diarrhéiques et oe cf»nlieunent que de la bile verte, les vomissements sont plus fréquents et plus iîvmdantSL

Dans une forme plus grave (et c'est elle surtout qu'on prétend désigner quand OD parle de la fièvre bilieuse), la maladie se déclare brusc|uement ou après quelques jours d'indispontîon. I/es individus sont alors accablés, ils ont des douleurs dans

les lombes, ils ont perdu Tappétit et éprouvent des alternatives de froid et de chaud. Â ces symptômes succèdent bientôt une chaleur ardente par tout le corps, un pouls fréquent, une céphalgie frontale ou s^-orbitaire souvent intense, une gêne extrême à travers la poitrine, une souffrance plus ou moins vive et une tension plus ou moins pénible à Tépigastrect aux hypochondres, spécialement à droite. La langue est couverte d*un enduit blanc et jaunâtre; il existe comumnément de la soif, des vomissements fréquents formés jiar une bile verte et filante, que les malades rendent parfois en quantité énorme. Il y a tantôt de la constipation et tantôt une diarrhée bilieuse avec ou sans coliques ; une teinte ictérique plus on moins marquée est répandue sur tout le corps ou occupe seulement le visage, surtout les conjonctives, hes facultés intellectuelles sont souvent intactes, mais dans beaucoup de cas il existe du coma, de la somnolence et surtout du délire : dans certaines épidémies, ce symptôme est même prédominant et se déclare avec beau* coup de violence dès le début Ces accidents s'accroissent rarement d'une manière continue ; dans la plupart des cas, après avoir persisté avec violence, ils s*amen-dent pendant quelques heures ; cette rémission est marquée par une suenr copieuse ou du moins par de la moiteur. Les paroxysmes sont ordinairement quotidiens» double-quotidiens ou tierces ; ils ont rarement un autre type. Mais souvent, à mesure que la maladie se prolonge, les rémissions sont de moins en moins marquées : la langue alors se dessèche et brimit, le pouls s'accélère encore, devient inégal et intermittent, les vomissements se rapprochent, il y a des soubresauts des tendons, du délire ou du coma, et la mort arrive quelquefois avant la fin du pre^ mier septénaire, mais plus souvent dans le cours du second.

N'ayant jamais observé cette maladie, j'ai essayé d'en donner une idée exacte d'après les descriptions des auteurs anglais. Toutefois, quand on a parcouru quelques relations d'épidémie de fièvre bilieuse, on rcM^onnaît avec M. Littré, qu'il est difficile de tracer un tableau un peu complet de l'affection, tant la constitution, le climat, la saison, impriment de changements à sa physionomie.

Diagnostic. — La fièvre bilieuse |)arait être d'un diagnostic généralement facile; cependant, dans les pays où elle règne sinmltanément avec la fièvre jaune, on éprouve parfois beaucoup de peine à la distinguer de cette dernière (voy. Fièvre jaune). Elle a aussi quelques points de contact avec la forme bilieuse de la fièvre rémittente; voilà pourquoi quelques auteurs ont regardé ces trois affections (fièvre bilieuse, fièvre jaune et fièvre rémittente) comme ne constituant que des degrés ou variétés d'une seule et même maladie. On pense bien que, n'ayant aucune expérience personnelle à cet égard, il nous est impossible de dire si cette opinion est fondée.

Pronostic. — La fièvre bilieuse est une maladie très grave, et qui fait un grand nombre de victimes parmi lq| Européens qui arrivent dans les Indes. Elle parait néanmoins être moins meurtrière que la fièvre jaune.

Étiologie. — Une haute température réunie à l'humidité sont les deux conditions qui développent la fièvre bilieuse et la rendent endémique dans plusieurs contrées, et notamment dans le Gange. Elle parait affecter surtout les étrangers.

Traitement. — Les purgatifs forment la base du traitement ; les plus usités sont un mélange de jalap en poudre et de calomel. On donne aussi ce dernier tout seul, jusqu'à ce qu'il excite le ptyalisme; les vomitifs sont d'un usage moins général. Il en est 46 même de la saignée par la lancette, que beaucoup blâment, que tous conseillent de faire avec grande prudence, et en choisissant le moment le plus violent du paroxysme. Les saignées locales faites à l'épigastre et i Thypochondro

pinîsseul être assez généralemeut utiles. Les boissons fraîches, délayantes, et les bains doireiit compléter le traiten^^nt. Quelques-uns y joignent les diaphorétiques; mais on blâme généralement leur emploi. Les toniques ne sont indiqués qu'à la période où la prostration est grande.

AWin-e-. — Nous ne possédons aucun renseignement précis sur les altérations qo'oo trouve sur le cadavre de ceux qui succombent h la fièvre bilieuse : on parle de coDgesiion et même d'inflammation du foie, de restomac, des conduits biliaires et de la veine porte; mais rien n*est plus >aguemcnt indiqué. Il reste donc à iéfennîner si la fièvre bilieuse a, comme la fièvre rémittente et la fièvre jaune, «e lésion plus ou moins constante. 3Iais, sans vouloir rien préjuger à cet égard, «à qodque résultat d'ailleurs qu'on soit conduit par une observation ultérieure, wcroyoDS pouvoir admettre dès à présent que ioifièvre bilieuse a une existence lidk, et qu'elle dépend d'une cause générale, comme le prouvent la multiplicité cl h gravité des accidents qui la caractérisent. A priori, on ne saurait la considé-

ni connue une gastrite ni comme une hépatite; car cx^ maladies, étudiées les mêmes climats, ont d'autres symptômes et une marche différente. D'ailkon nous croyons que les inflammations et toutes les autres altérations qu'on peut er sont secondaires, ou n'ont que la valeur que nous attribuons ici aux intestinales dans les cas de fièvres graves. J^n i-aison de son caractère lénittent, on pourrait être tenté de considérer la fièvre bilieuse comme étant de ■ême nature que la fièvre intermittente; mais, d'une part, la rémittence n'est pas ■1 caractère constant, et de plus il est reconnu de chacun que le quinquina donné comme antipériodiqne est constamment nuisible.

ST«oirrjiiB. •— Fièvre de .Siam. FicTre ictei iquc maligne, nialelole ; — gaslro-hepntiqne ; — pntrid« coBt=B«. Tjphiis d'Amrrique, ou icterique, ou )iilieiix. Vomito nigro^ vomito prieto des Espagnols, etc., etc.

If^ finit ion. 4—1^ fièvre jaune est un(» pyrexie pmprc aux climats chauds, elle y règne ordinairement épidémiquement ; elle (^t spécialement caractérisée par une owleur iciérique de la peau et par des vomissements noirs.

Historique. — La fièvre jaune a été complètement inconnue des anciens ; les premières notions que nous possédions sur cette redoutable maladie sont postérKurcs à la découverte du continent américain. Vaguement signalée lors du second ^^)rj^e de Christophe (Colomb (en 1493), elle fut longtemps confondue avec les autres maladies pestilentielles; et ce ne fut guère que vers le milieu du xvir siècle qoe les descriptions qu'on en donna eurent quelque précision. M. Moreau de Jonn'-s a calculé qifen moins de quatre siècles on avait compté au moins deux cent y>î\antc -quatorze grandes épidémies de fièvre jaune. Je mentionnerai entre autres reile<pii, en 1793, sévit dans l'Amérique du Nord, spécialement à Philadelphie; r^lcsde Cadix, en 1800 et 1803; celle de Saint-Domingue, eh 1801, si menritKtc pour nos st)l(lats; enfin, les épidémies de Barcelone», en 1822, et de Gibraltar, en 1828, sur lesquelles nous posstHlons les relations les plus complètes, et r^ni toutes ont été illustrées par le courage et le dévouement des médecins français. Panni les nombreux travaux que nouç devons h nos compatriotes, nous citerons >artout les monographies de Devèze, de Dalmas, d'Audouard, de Bailly, François et Pariset, les recherches de M: f<ouis, publiées d'abord en Amérique [larShattuck, €t insérées plus tard dans le tome II des Mômnivf's de la Société médicale d'obserration i enfin, les documents que Chenin a recueillis avec un zèle, une persévé-

7») DES riÈTRES.

nare -^c aii<.' sosacité rares, et qui sont surtout relatifs à 1 etiolo^ic et au mode de

vnn:»uii2ii«iii de b maladie. ^

Aot'jmLe iJttt/ioii)ffifjue. — LV'lat exlériour oes cadavres es! remarquable par uut. :» it rifioa jauun. parliculii*n*nierU visible aux joues, aux aissrlleset aux aines; ».»n jrvrt.>ic jilsm trî-s souvent des pt''lécbies el de larges cccIimhoscs. lie sang est a?fUH;-j Hî'iLDt noiràîri". Iluidc oji encaillols mous; tout porte à croire qu'il a perdu iui»f 7J.-'.i':' de Ni fibrine. Le systi^-nic nerveux el les organes contenus dans la jwitr.u»* n^: sMit. enmMiéral, le sir-^çc d'aucune altération, dépendant M. Louis a M- ^ut^firitiont trou\ê, pendant l'épidémie de (iibraltar, une exbaiation sanguine dans W [vironch>!iie pulmonaire, et plusieurs fois même il existait de véritables noyaux apo(>Iectiqui's. Mais les lésions principales ou caractéristiques se remarquent du cr^cé des viscèn^s abdominaïK. Ainsi Testomac, plus ou moins distendu, contient une quantité de sang \ariable. Ce liquide est tantôt pur; le plus souvent il est bnmàtrt\ noir, floconneux, plus ou moins altéré et d'une odeur ai^çrelette. M. l.ouiN a trt)U\é du sang dans Testoniac cbez les tmis quarts environ des sujets : j Kan'olone, on en rencontrait sur les sept dixièmes des cadavres. La muqueuse est [vjrfois impivgnée de ce liquide et eccliymosée; elle peut être injectée, ramolik\ ê(vii;»ie, ulcérée; mais le plus souvent elle est intacte, et, dans le cas où elle i*si onllammée, cette lésion n'est jamais ni très intense ni étendue. Dans l'intestin ^tx'lo et le gros intc^stin, on retnmvc encore de la matière noire; elle y est plus ou moins coagulée: >L Louis l'a rencontrée dans les deux tiers des cas. 1^ muqueuse i>u aussi quelquefois ramollie ; mais cette lésion est loin d'être constante, et lorsqu'elle existe, elle ne diffère pas de ce qu'on voit cbez les sujets emportés par les jMireN nudadies aiguës. Le foie est l'organe qui éprouve les changements les plus ïvmanpiabU»s. QiieUiues auteurs avaient déjà noté que ce viscère aapiérait assez :!^Hi\ent une teinte jaime ; mais c't^t M. ]x)uis qui, dans sa relation de l'épidémie di* liibraltar, a fait surtout comiaître les altéiations dont le foie était le siège chez U-s xujeu em|H)rtés par la fièvre jaune. L'illustre observateur dont je parle a trouvé qiie« vtH'£ tous les cadavres, le foie était plus ou moins décoloré, ou qu'il offrait une %\«H4ii\Mi tantôt beurre frais, paille, café au lait, tantôt une teinte jaune, gonnne- ^uUe ou couleur de moulaixle, tantôt enfm une couleur orange ou pistache. La «ksx^uMtKHi était presque toujours générale, mais elle n'était pas exactement la Mft^iiK' «laus toute l'étendue de l'organe; elle coïncidait constamment avec un état iMieuiKpie tlu foie : aussi la coupe de cet organe était sèche et d'un aspect aride ; kr lie«^u j^uit, en général, sa consistance nonnale. (^tlc altération n'avait aucun voi^vti 4\ec l'étal du duodénum. Il vsi impossible, encore aujourd'hui, de délcr- «uiiH'i qiK'lUiiMmt la natine et la cause de l'altération si remarquable du foie que je \H^^ dt'^Uvrîrt*; mais tout semble prouver à M. Louis qu'elle doit être considérée KX<iiiMie %x«t^tittuiul k* caractère anatomique de la lièvre jaune. Les obsej^ ations de M. t^»ttK& ^^ <^^^ confu'méiw à la Martinique par le docteur Dutroulau, médecin UMiiM^^K' ik" la marine, qui n'a pas vu Taltération du foie manquer une fois sur i^> %K* i\Hi( iulopsit's. Mais .^L Rufz, qui obstinait précisément dans la même C^Wcauo ,\k' IS39 à 18/»1), dit, au contraire, avoir li*ouvé le foie intact une fois ^ftu u\Mx S'il eu était ainsi, si Taltération du foie manquait dans une aussi forte MxHH^^K^. ^) elle était sulionlonnée au génie épi<lénu'que de la maladie, il ne fau- OiiiU iMix U r^if;arder ctunuH' étant le caractère anatomique essentiel de l'affection,

i.i .\ iC\ii\^ wuune une k'^sion concomitante très fréquente. Pour terminer ce (pii «^x. x^a^i ^faiMloniie |>ailM>K^ique, nous dirons que l'appareil biliaire est géné- ^«k^aH*«l iMUCi: quck|iH.'iois {Murtant on a trouvé la vésicule injectée, ramollie,

fleiae de sang. La i*atc est ordinairement saine ; mais sonvolnme est parfois con^ âdéraMemeat augmenté, et son Ussii plus friable. Les organes génitaux etuijnaires BOt presque toujours intacts; iVolTrent seulement quelquefois des taches eccby- JDobques.

Sjftnpiômes. Début. — En général , la iîévre jaune débute brusquemëht au milieu des occupations ordinaires de la vie, ei au moment où Ton s*y attend lo Boînâ. Les malades éprouvent une céphalalgie plus ou moins intense, accompa- {EBée de frissons, de douleurs contusivos dans les membres et le dos. La chaleur iMoède bi«ntdt aux frissons, la figure s'injecte, les yeux deviennent rouges et hmioyanU, la soif est vive, il y a de Tanorexie, et parfois une douleur notable oîMe à l'épigastre. Les symptômes qui succèdent varient iMais, |K>ur procéder avec méthode, il importe de distinguer à la maladie^eux périodes.

Première période, — Les symptômes précédents persistent et s'accroissent la plupart Bientôt les malades accusent une douleur épigastrique plus ou vive, 8*acconipagnant de nausées et de vomissements blancliâtres, provoqués fÊt rîDgestion des boissons. La langue est humide et limoneuse ; il y a de la con- Mipation ; le sommeil est nul ; beaucoup do malades sont agités et éprouvent une me aniîété. Dans d'autres cas, il y a de la stupeur et une somnolence habituelle; ks réponses sont lentes et pénibles, la langue et la lèvre inférieure sont trem- Uuleib Le pouls, plein, régulier, est médiocrement accéléié ; quelquefois même sa fréquence est moindre que dansTétat normal; la chaleur de la peaii est presque aetyoun faible; les téguments de h poitrine sont souvent injectés.

Seconde f^riodc. — Elle commence; vers le quatrième jour : à Tinjection des têgumeats succède une teinte jaunâtre de ces parties ; bientôt des épistaxis ont lien ; les vomissements deviennent plus fréquents, et pour la première fois les matières qui sont rejetées sont en ])artie ou en totalité noirâtres, semblables à de la >uie ou à du marc de café ; ell<>s ont un goût acre qui briile à la gorge ; les selles sont également noirâtres, i^ malaise et l'anxiété redoublent ; parfois il y a des hnqiK'ts; les forces se prostrent, la chaleur diminue; rnrinc n'est plus excrétée; aies l>étécliics, des ecchymoses, des pla(|ues gangreneuses se montrent dans diiïéreots points du cor|)s, et la mort arrive au milieu de ce cortège de symptômes feffrayanta : tel est lo tableau de la maladie. CeiNmdant il im[)orte de savoir que, dans qui:U[ucs épi<lèmies, certains autres symptômes ont été observés et ont prétlcMuiné : ainsi on a noté, tantôt un délire \iolent, tantôt une chaleur brôlante; d'autre)» fois une soif inextinguible : ou bien, connue cela eut lieu dans l'épidémie de Gibraltar, les forces sont généralement |k?u prostrées, de sorte que beaucoup de maUdc-B continuent à se lever et meurent i)our ainsi dire sur pied.

Poui' les symptômes que je viens de décrire, on notera s(Mkialcment l'anxiété, U coloration jaune des téguments, les hémorrhagies, surtout celles ([ui ont lieu par l'estoiDac, et puis enfin le ralentissement du |>ouls et un(i faiblesse d'impulsion du upur telle que i)arfois il est impossible de la |H*rcevoir même à l'aide du stéthoscope: c'4:st ce qui a été noté surtout |>endant la meurtrière épidémie de Barcelone. Il ot; fandrait pas regarder, avec quelques personnes, les vomissements noirs comme un s^niptôme essentiel de la maladie, puis<|ue M. Louis les a vus manquer chez le tiers des sujets qui succombèrent ; cependant les vomissi^mcnts, abstraction faite des matières expulsées, sont im symittôme plus fré(|uent dans la fièvre jaune que dans aucune autre maladie aiguë, les afleclions de resiomac étant exceptées.

Marche, — D'après la description qui précède, on voit que la fiè>rejaunea une marche régulière et continue; cej)cndant, dans quelques épidémies, on a noté

des rémissions parfalceinêiit caractérisées. On obsciTc le plus souvent une simple rémittyce; le type kitermittmt est beaucoup nlus rare, et on ne le remarque guère qu'au début Danv&rtaîns cas, on voit ass* fréquemment la transfonnation des différents types entre eux : c'est ce que MM. Chambolle et Chervin ont noté maintes fois^ la Pointe-à-Pître. Les rémissions surviennent spécialement au début et à la fin des épidémies.

Dui'ée. — La durée de la fièvre jaune e^t de cinq à dix jours dans^les cas graves; elle est moindre si la maladie est l)énigne.

Terminaisons, -^ La terminaison par la mort est annoncée par l'accroissement des symptômes graves que j'ai énumérés plus haut ; mais parfois auHsi ou voit les malades succomber après une amélioration apparente ; d'autres enfin meurent rapidement et d'une manière inattendue.

Lorsque la maladie a une heureuse issue, on voit les symptômes généraux et locaux cesser de s'accroître, ou perdre de leur intensité à une époque plus ou moins éloignée du début ; terme moyen, vers le cinquième jour. Alors la chaleur et la douleur épigastriques diminuent ; le pouls reprend sa fréquence ; la peau s'humectç^ et l'appétit renaît avec les forces.

La con^^l^Mce est presque toujours longue, pénible, eu égard surtout au peu de durée j(jRa^|ladie ; il s'écoule, en général, plusieurs semaines avant le rétablissement'i^^PPes. Des rechutes peuvent avoir lieu ; le plus souvent elles sont provoquées p«R* quelque écart de régime; toutefois elles sont assez rares.

Une première attaque de fièvre jaune ne préserve certainement pas d'une seconde ; cependant il résulte aujoui^'hui de documents et de faits nombreux» particulièrement de ceux recueillis par M. Louis à Gibraltar, et par M. Dutroulau à la Martinique, que la fièvire jaune est moins sujette à récidive que la variole ellemême, et qu'un individu qui en a été atteint, même au plus faible d^;ré, en est, sauf quelqnes rares exceptions, préservé pour toujours.

Diagnostic, — Le diagnostic de la fièvre jaune ne présente généralement aucune difficulté. On ne pourra pas confondre la maladie avec une hépatite, car, dans celle-ci, le volume du foie est augmenté, et une douleur plus ou moins vive existe dans l'hypochondre. Dans cette dernière afieclion, les symptômes généraux sont en outre moins graves et la marche est moins rapide. On verra également plus tard qu'il est impossible de confondre la fièvre jaune avec la gastrite simple. On dit que le typhus d'Amérique a beaucoup de rapport avec la fièvre bilieuse des pays chauds ; plusieurs auteurs pensent- même- que ces deux maladies sont identiques, et ne diffèrent entre elles quj.par leur degré d'intensité; cependant, dans la fièvre bilieuse, l'ictère n'est jamais aussi marqué que dans la fièvre jaune ; on n^observe jamais dans la preinière les vomissements noirs, qui sont un phénomène prédominant dans la seconde. Toutefois, il paraît que, dans les pays où les deux maladies sont endémiques, les hommes les plus habiles sont souvent embarrassés pour éublir une ligne de démarcation entre elles. Voilà pourquoi quelques-uns les coiLsidèrent comme constituant des degrés ou des variétés d'une même affection.

Il serait impossible de confondre la fièvre jaune avec un accès de fièvre intermittente pernicieuse franche ; cependant il parait que, dans quelques cas, il est difficile de distinguer la fièvre jaune de certaines fièvres rémittentes ou subcon^nues des pays chauds. Celte distinction, d'ailleurs, est d'autant plus difficile, que, dans beaucoup d'épidémies, ces deux affections coexistent manifestement ensemble ; quelquefois même on peut suivre aisément la transition ou h transformation des fièvres intermittentes en rémittentes, puis en continues, avec les symptônfts ordi-

laires de la fièvre jaune. Toutefois, disoospar anticipatiQn'qne».dan8la fièvre remitteste, il n'y a pas de coloration jaune des téguments ; que lëi vomissements sont hilirux, mais jamais noirâtres. Ta ll)uleur et la tension d^'faypochondres, le refroidissement etTétat cyanique des extrémités, la rapidit^.avec laquelle la langue se dessèche et brunit, sont des caractères qui n'appartiennent pas à la fièvre jaune, et qui, au contraire, accompagnent la fièvre rémittente. Enfin, dans les temps d'épidémies, on pourra s'aider, pour établir le diagnostic, de l'ouverture éè» cadavres.

Fronosilc. — La fièvre jaune est presque aussi meurtrière que la peste, mais la mortalité varie beaucoup dans les différentes épidémies, et pour chacune d'elles, nivant Tépoque où on l'obsene. En général, cette mortalité oscille entre un tiers et m sixièuie. Presque tous les auteurs sont unanijfies pour regarder la maladie CDOune étant plus grave chez les hommes que chez les femmes (à part pourtant Ib femmes grosses) ; plus grave aussi chez les adultes que chey. les enfants, chez la SDJets robustes et pléthoriques c[ue chez ceux dont la cx)nstitution est moins fme. EDe est aussi incomparaUeiueiit plus meurtrière chez les étrangers que sur les gens do pays. Une habitation étroite, des chagrins, un corps épuisé par les privations et les fatigues, enfin une saison humide et chaude, sont tout autant de dreoDstances qui influent sur la tenninaison fâcheuse de la maladie. ^

Les symptômes qui doivent être regardés comme étant d'un sinistre présage sont: hi ecchymoses, les pétéchies, la gangrène, les hémorrhagies, les vomissements nin, la suppression de l'urine, le coma, les syncopes, le refroidissement du corps, h prostration extrême ; enfin beaucoup d'auteurs ont signalé l'ictère qiii apparaissait de bonne heure comme étant d'un fâcheux augure.

Etiotogiem — Dans l'étiologie de la fièvre jaune nous devons étudier : 1° les ranses qui président à son développement ; 2° son mode de propagation.

La plupart des auteurs modernes, et surtout les médecins américains, admettent qoe deux causes sont indispensables |>our la production de la fièvre jaune. Ces raosessont : 1® une grande élévation do température et un foyer d'infection, c'està-dire un centre de putréfaction produit par la déc()m[)osition des matières végé* lales et animales : aussi, disent-ils, est-ce spécialement sur les bords de la mer, éts lacs et des grands fleuves, que la fièvre jaune se montre. Nul doute que ces <kix causes ne produisent le développement et ne favorisent aussi la propagation ^0 typhus d'Amérique ; des faits nombreux l'ont prouvé. C'est ainsi que trop sou- «fiii on a vu des navires naviguant en pleine mer dans les latitudes où la fièvre jiane a coutume de régner, et dans lesquels un foyer d'infection s'était accidentelleoent développé, être tout à coup envahis par la maladie. Cependant ces faits ne sauraient nous autoriser à regarder avec Chervin les deux causes dont je parle comme essentielles^ et à croire qu'aucune épidémie de fièvre jaune no saurait ^lister sans leur concours. Car, d'une part, il est des pays, tels que certaines prowores des Indes orientales, où se trouvent réunies au plus haut degré les causes >i insalubrité qu'on regarde comme engendrant la fièvre jaune, et cependant ce (Vau a toujours respecté ces contrées, ou bien il y est à peine endémique; et, d'autre rart. on cite divers pays sur le sol descjuels on ne trouve aucun foyer d'infection, rut.-y que la fièvre jaune s'y développe souvent : telles sont entre autre \o^ îles B^Tniudes dans l'Âméricpie septentrionale. Enfin, il y a des contrées où ces causes sont permanentes, bien que la maladie ne s'y montre qu'à des intervalles plus ou utf>ins éloignés. Il faut doncadmettn; que la cause intime du typhus d'Amérique D e nous M pas encore parfaitement connue.

7& DES PIËVRES.

Quoi qu'il en soit, la fièvre jaune est une maladie propre au\ cliinais chauds, on ne Ta jamais obscn'ée au delà du US* iU*»r{' de iatiiiide. LNMcvatioii du sol a une influence non moins remarquable sur son dévdo^ciiK^nl, puisqu'elle cesse d'exister dans les pays situés h plus de 2000 inMn^s au-dessus du niveau dt' la mer. Elle sévit surtout dans les Iles et sur le c^)riiineiit américains, dans c(uelques |)arlies de l'Afrique, comme le Sénégal, et parfois dans le midi de l'^jimpc, surtout en Kspagne. lA où la fièvre jaune est endéiiii(|iie, on la voit souvent régner toute Tannée ; la maladie n'atteint i^nère qno les étranj^t'rs non encore acclimatés. Les indigènes n'en sont point {Miurtant à Tahri, mais ils y sont moins prédisposés. Les individus nouvellement débarqués sont d'autant ])lus aptes à contracter raiïection qu'ils arrivent d'un pays plus froid. Si la maladie se? déclare dans des régions plus tempéréei, en £un)|ie, par exemple, ell(^i(i règne guère ([ue i)endant les saisons d'été et d'automne, et frapp(* indistinctement les indigènes et les étrangers, à part peut«»ôtra ceux qui sont récemment arrivés des pays tropicaux. Toutes choses égales d'ailleurs, la fièvre jaune fait plus de ravages chez les blancs que dans la race nègre. I^e seie masculin, l'âge adidte, la constitution forte et i)léthorique, le régime cxclusivemeoi animal, l'usage des spiritueux, les fatigues et les émotions morales, sont autant d« causes qui prédis|)asent à la maladie.

Le nuKle de transmission de la lièvre jaune est un point sur U*qfiel on a iKaaooup discuté depuis quarante an.s. Aujourd'hui les médecins sont encore divisés en deux camps : les uns, en minorité, soutiennent que la maladie est contagieuse} lei autres, en très grand nombre, et en tête descfuels se placent C^hervin, Dalmitf Devèze, Valentin, llush, etc. , prét(!udent qu'elle ne |)eut jamais se propager par voie de contagion, que par conséquent elle ne |KMit être importée des Antilles dans notre Europe; ils disent enfmque, née sous rinfluencede causes tout à fait locales, elle vit et meurt dans le foyer plus ou moins circonscrit qui l'a vue naître. Une observation souvent ré|)étée a prouvé, eu elTet, ([ue dans les pays où la fièvre jaune est endémiijue, la maladie reste lK)rnée au littoral et s'étend rarement dans l'intérieur des terres. l)n individu qui quitte le foyer d'inflation ne la transporte |)as avec lui; s'il en a rap|)orté le germe, il peiU périr plus ou moins loin du centre de l'épidémie, mais il ne conmiuniqne pas la maladie aux personnes qui l'entourent et le soignent ; en un mot, il parait prou\é (pie Ica malades, en sortant de la sfthère du foyer, ne peuvent l'agrandir, l'étendre au loin : ils n(^ peuvent enlin développer par eux-mêmes un nouveau foyer d'infection indépendamment de toute influence locale, (l'est là un fait capital et qui semblerait démontrer que la fièvre jaune n'est point réellement contagieuse; car on ne saurait accepter comme preuve de contagion les faits (presipie les s(*uls que citent les contagionistcs) d'individus qui, viwnU dans h> fof/or d'itiftTfion, ou ) étant venus accidentellement et y ayant eu des rap|)orts avec des sujets malades, ont été ensuite atteints de l'aflection régnante : comme si dans ces cas il n'était pas plus probable f[ue la lièvre jaune était survenue par le fait seul de l'infection des lieux, plutôt que de croire qu'elle a pu être transmise |)ar le c^mtact immédiat I S'ensuit-il que la fièvre jaune ne puisse jamais être contagieuse?. l'avoue i|ue n'ayant jamais étudié la maladie par moi-in^me, et encore un peu ébranlé par quelques faits favorabh^ à la contagion qu'on trou\e dans les auteurs, je n'oserais dire, a\ec nue certitude al)sohie et une sécurité entière, que la lièvre jaune n'est C(mtagieuse dans aucun cas. Mais ]ors(|u'on a étudié avec soin et une complète indép<4idancc les faits a]lé«;ués par les infectionistes et leurs ad>ersaires, on reste convaincu que la contagion n'est pas le mode ordinuirv de propagation de la maladie. Ajoutons eu terminant que toutes les eK|)ériences

d'îiinculation, fajios par uiio fou1<> de médecins avec le sang ou avec les liquides ronteniis dans les voies dif^ostivr^ ont toujours échoué.

Ft'aiteweftt — Le trairenienTdo la fièvre jaune se divise en traitement curatif rt en traitement pniphylactiquo.

1" Trnîtfment cnrntif. — Un jçrand nombre de moyens ont ^«té préconisés contre h fièvre jaune; mais juscfu^à présent on n'a pu tro«\er im a^ent spécifique ou une méthode oniforme de traitement. Les saignées, les vomitifs, les purgatifs, le mercorr, lopium, le quinquina, les sudorifi^pies, les bains rbauds et froids, l<*s bains de vapeur, la glace, les frictions huileuses, etc., sont tout autant de moyens qui peuvent Otre utiles, mais seulement dans certains cas spéciaux.

Ainsi lorsque la fièvre jaune atlacpie des sujets robustes, et qu'elle s'accompagne d one vive réaction inflammatoire, il convient de i#courir promptement h la saigiée générale. Il est des auteurs qui conseillent même de la répéter plusieurs fois, artoal dans les premiers jours de la maladie. D'autres médecins, qui ont pratiqué ax Antilles et en Europe, ont blAiné l'emploi de la saignée, comme produisant la prostration, ou comme rendant les convalescences interminables; mais nous croyons que ces auteurs se sont trop hâtés de poser des rèjçles générales h l'occasion d'une seule épidémie qu'ils ont décrite. Pour nous, nous devons admettre que, suivant If génie de la constitution épidémiquc, on dtara saigner peu ou beaucoup, sans qa'il toit possible d'établir & ce sujet aucune règle (i\v. Dans tons les cas, la saignée gtaérak» est préférable aui saignées locales; celles-ci de\enant quelquefois l'occason de gangrènes sur les parties de la peau qui ont été (mtamées, ou bien encore dVmorrhagies difficiles à arrêter.

Dans les commencements de la maladie, les boissons douces, acidulés ou gazeuses, seront données en abondance; on plongera les malades dans des bains frais ou ti{dcs,et Ton fera sur toute la surface du corps des lotions froides avec de l'eau Mnaigrée ou aiguisée avec du jus de» citnjn. On a conseillé de combattre les sympiùmes gastriques par Temploi des vomitifs; mais ces médicaments pouvant être nuisibles, il faut user de la plus grande réserve dans l(*ur emploi. Ix?s laxatifs sont, lu contraire, généralement utiles ; on emploie préfér.iblenient l'huile de ricin, la jifiljH* de tamarin, la manne, le calomel, ou les |)urgatifs salins.

Dans la deuxième péri<Kle de la maladie, lorsque la jaimisse, les vomissements iHiirs et la prostration suniennent, l'indication capitale qui se j)résenie estdesou- Vuîr les forces; c'<*st dans ce but qu'on administre le quinquina, le vin, les aromaiiijucs. Si des accidents nerveux se déclarent, on leur oppose les antispasmodiijw^, tels qne le camphre, le musc, le castoréuni. On a encore conseillé alors de pronw'ner à la surface du corps des sinapismes et des vésiratoires ; mais il serait irnprud«*nt d'employer les exutoîres, et même les simph's nd)éfiants, toutes les fois qa'it y a tendance à la gangrène, ou que des liémon'hagi(*s passives s(* produisent aisi'ment, attendu que la jwrtion de peau quia été dénudée ou irritée jxiurrait êtn» frappée de mortification ou être le siège d'un écoulement sanguin.

I.f's vomissements étant un symptôme très pénible, on a conseillé de les calmer par I*iisage de l'opium, de l'éther, de l'eau de menthe, de la potion d(î Rivière, et fil apfilifiuant un vésicatoire h l'épigastre; niais ces moy(»ns ne paraissent pas très mil*-*. Peut-être obtiendrait-on phisd'aiantage de l'emploi des boissons acidulés et L'ia^vfs prises en très petite quantité à la fois ; ell(»s auraient (mi outre |X)ur effet de m')dérerleshéniorrhagies qui se font par h^ organes digestifs.

IjC quinquina est, apn'-s les sangsues, le moVen dont on a p(Mit-«Mre le plus abusé dans le traitement de la fiè>re jatine. Sous le ix^ne de la doctrine de Bruv

médecins français, anglais, et surtout les espagnols, prescrivaient, dès le 'début, des doses parfois ^«normes de quinquina, jusmfh 250^ gramnies en trente-six heures; plus tard on a préféré le sulfate de quinKie. xMaissi ces médicaments ont été manifestement utiles dans certaines épidémies, cela n'a eu lieu (|ue momentanément, et l'expérience a prouvé qu'on ne pouvait en faire une méthode de traitement aj)plicable à la généralité des cas. Aujourd'hui l'élite des médecins qui pratiquent dans les pays où la fièvre jaune sévit est à peu près unanime pour résencr l'emploi du quinquina ou du sulfate de quinine pour les deux indications suivantes, qui sont : 1" de relever les forces quand elles sont trop prostrées ; 2'» de combattre les symptômes de périodicité quand ils existent.

2' Traitement prophylactique, — Le seul moyen de se préserver de la fièvre jaune, c'est de fuir les foyers ^infection et d'aller habiter des lieux salubres, élevés et bien ventilés. Les personnes qui par état et par devoir sont obligées de vi\Te dans le centre de l'épidémie ne devront i)oiut s'écarter des règles d*ane bonne hygiène; mais elles n'accorderont aucune confiance aux saignées, aux cxutoires, aux purgatifs, aux émétiques, moyens qu'on a voulu regarder comme prophylac* tiques, et qui, par le trouble qu'ils occasionnent, sont plutôt capables de favoriser le développement de la maladie.

Les contagionistes, dans le but de nous présenter de l'importation de la fièvre jaune, ordonnent les quarantaines et l'observation de toutes les lois de police médicale qui étaient autrefois en vigueur amtre la peste. Mais nous croyons qu*on peut sans danger se relâcher d'une sévérité qui n'est plus justifiée aujourd'hui Nous ne conseillons pas pourtant de négliger toute espèce de précautions et d'admettre en libre pratique, aussitôt après leur arrivée dans nos ports, les navires qui viennent des pays infectés par la (ièvre jaune ; mais nous pensons qu'il suffirait dans ces cas de déplacer l'équipage pendant quelques jours, de ventiler les navires, d'exposer les marchandises sur des chantiers vastes et bien aérés avant de les livrer au conmierce. Si une rue est infectée, forcez les habitants à l'abandoimer; faitesen de même pour un quartier et pour une ville. Si c'est impraticable, conseillez au moins l'émigration à une partie des habitants. Ces moyens ont saOi plusieurs fois aux États-Unis ))our anéantir rapidement une épidémie de fièvre jaune.

Nature de la maladie. — Les recherches d'anatomie pathologique empêchent d'admettre que la fièvre jaune soit une gastrite, ou, comme le voulait Tommasini, une inflammation hépato-gastriquc ; car les altérations de l'estomac ne sont point constantes. Si le foie est toujours aiîecté d'une certaine manière, cette altération ne peut rendre compte du mouvement fébrile ni des autressymptômes graves et n'explique pas non plus la mort. Nous croyons donc que, dans la fièvre jaune, il existe une cause plus générale. Nous regardons la maladie comme produite par un cnipoisounement miasmatique, par une infection du sang, et l'on s'explique aisément alors la réaction vive de l'organisme, les perturbations ireneuses, les symptômes de décomposition générale, les hémorrhagies qui ont lieu par diverses voies, cl même l'ictère.

Doit-on, ainsi que le fait Chenin, regarder la fièvre jaune comme étant, par sa nature, identique avec la fièvre intermittente ? Faut-il considérer la première comme étant le degré le plus élevé des accidents que les effluves marécageux peuvent produire ? (Vest une question qu'il nous est impossible de résoudre. Disons toutefois ((ue les raisons que donne Cher^in pour défendre son opinion ne sont pas très concluantes, et, dans tout ce qu'il dit, on. trouve bien moins des preuves que de simples assertions. Si nous osions nous fier aux impressions q.ue nous avons

DE LA PESTB. 77

reçuf-s (Ias lectures que nous avons faites, nous conclurions tout autrenfient que Tautenr dont je parle; car, quoi qu'il eu dise, nous ne trouvons dans la* fièvre intermittente et la fièvre jaun(^ion-sculement nulle identité, mais même nulle analogie dans les lésions cadavériques et dans les symptômes. Ainsi, le quinquina, s efficace contre les accès périodiques, échoue presque toujours dans la fièvre jaune ; si celle-ci règne souvent dans les pays marécageux, iJ est avéré néanmoins que son intensité ei sa fréquence ne sont pas eu rapix)rt constant avec Tinsalubrité daliea, tandis que le contraire se voit dans les fièvres d'accès. Enfin, nous avons m que la fièvre jaune pouvait régner épidémiquemcnt et endémiquement dans les lîeox salubrcs, chose qui n'arrive jamais pour les fièvres intermittentes. Nous ne [ contestons pas cependant qu'on ne voie quelquefois des symptômes intermittents arec h fièvre jaune ; nous reconnaissons même volontici*s que la fièvre jaune peut comoieiicer ou se juger par des accès périodiques. Mais que conclure de cela, si œ n'est que les deux maladies dans quelques cas peuvent se compliquer, et que la caractères de l'une peuvent s'effacer i)ar la prédominance de l'autre ?«G'est ce ' fi'oa rencontre pour une foule d'autres aiïections.

Page 1