DE LA VACCINE, OU DE LA PROPHYLAXIE DE LA VARIOLE
U se développe spontanément sur le pis des vaches une éniption particulière noiiiuiée coicpou:^ de deux mots anglais, cow, vache, et pox^ variole (variole des vacher,. Li*s pust ides qui constituent cette éruption contiennent un fluide \irnlent app«'lt> vaccin^ lequel, inoculé à Thomme, détermine à son tour une éruptiim spéciale uoumiéc vaccine j qui a la propriété de préserver Tindividu de la variole.
Historique. — Quoique la vaccine ait été connue des médecins indous et pcràaib; quoique depuis le milieu du dernier siècle on ait ci plusieui-s reprises, tant en Angleterre cpi'en France, signalé la possibilité d'inoculer la picote <Ics \aches à riHiiume pour le préserver de la variole, cependant on ne saurait conlcsier à Ldnuard Jouner la gloire d'avoir réellement démontré la vertu préser\airicê de la fdnine et d'avoir popularisé cette admirable découverte. Ce ne fut qu'en 1798, c>>t-à-dire après douze ou treize ans de pénibles recherches, que Jeûner publia kH» premiers travaux, qui ont inunortalisé son nom, et lui ont assigné une place cminente parmi les plus grands bienfaiteurs de l'humanité (1 ).
La \accine a été en France l'objet de quelques travaux sérieux. Nous citerons surtout «eux du comité central de vaccine et de iM. llusson, son secrétaire. Ce iiif^Jteciii a publié, en outre, dans le Grand Dictionnaire cU-s scienct.'S /nrdiculc.'i, un bon article qu'on lira avec intérêt (article Vaccine). Nous mentionnerons aussi iVxcelleut hvre de M. Bous(|uet : ce médecin est aujourdhui en France celui qui i'^rupe avec le plus de succès de tout ce qui est relatif à l'hisloire de la vaccine, tiifm, M. le docteur Steinbrenner a publié un grand travail couronné par l'Aca- 'kuïK des sciences, et où l'on trouve exposées avec conscience et talent toutes les qufi^tious relatives aux vaccinations et aux revaccinations.
l'r ^cautions à prendre pour la vaccination; manière de la pratiquer. — On i»ut vacciner dans toutes les saisons et à tout âge. On attend généralement que les
Il Le docteur Michéa a publié, dans le numéro du 11 septembre i847 de V Union médicale, •Q arlicte proufant que l'inoculation, cl chose plus merveilleuse encore, la vaccine, êlaien ■^«tinut-sdes médecinH indous. L'extrait qu'il donne du Sateya Grantham, livre saeré allrilHié 4 Dkamteantari^ le prouverait sans réplique.
iOO DES FIÈVRES.
enfants soient âgés de deux ou trois mois pour les inoculer ; mais cette pratique que rien ne justifie n*a aucun avantage ; ce retard a été cause que beaucoup ont eu une variole presque toujours mortelle et qiroq^rait pu éviter. Nousctx)yonsqu'il ne faut pas tarder plus d'un mois pour vacciner les nouveau-nés. J*ai inoculé mes deux enfants dès la fin de leur première semaine, et si Ton était en temps d'épidémie de variole, il faudrait le faire dès le premier jour de la naissance. A plus forte raison doit-on en agir ainsi quand les individus vivent dans une atmosphère variolique ; et lorsque leur constitution étant affaiblie, une invasion de variole serait plus à redouter. Telle n'est pas l'opinion de M. Legendre qui, regardant la vaccine comme une maladie, craint que si» à la secousse produite dans l'économie par l'inoculation du vaccin ou joint celle que détermine la variole, on ait deux maladies au lieu d'une, circonstance ^rave cbez des sujets affaiblis (1); MM. Barthez et Rilliet ont les mêmes craintes. Ce sont là des idées au moins exagérées. On verra, en effet, bientôt que la vaccine chez les nouveau-nés constitue moins une maladie qu'une indisposition ; souvent même elle se développe sans malaise appréciable. Comme d'ailleurs, lorsqu'un individu est en rapport avec des varioleux, on ignore l'instant précis où il est impressionné par le contagium, il y a toujours urgence à lui inoculer le vaccin pour le préserver d'un péril imminent, et, si la variole survient, pour la modifier parfois, ainsi que M. Legendre lui-mtoie en établit la possibilité.
Il n'y a aucune préparation à faire subir aux sujets qu'on doit vacciner. L'opération de la vaccine est fort simple. Vaccinent* on de bras à bras, on déchire d'abord l'épidermç qui emprisonne le pus, on en prend une goutte sur la pointe d'une lancette, puis l'opérateur saisissant avec la main gauche la partie postérieure du bras du sujet, de manière à tendre la peau, de l'autre main, armée de l'instrument, il introduit celui-ci horizontalement sous l'épiderme dans une longueur de quelques millimètres. On retire bientôt la lancette, en retournant un peu la lame de manière à l'essuyer. Si le vaccin dont on se sert est solide, on ne l'inocule qu'après l'avoir délayé dans une très petite quantité d'eau. Il convient de faire ainsi deux ou trois piqûres à chaque bras ; elles seront distantes les unes des antres de 1 centimètre environ , on devra les faire préféraUement vers l'insertion du deltoïde, et jamais sur l'épaule, afin d'éviter, chez les petites filles surtout, des cicatrices désagréables. On est dans l'habitude de faire quatre à six plifûres, parce qu'il est rare que toutes réussissent. Quelques-uns croient aussi avecEichbom, que plusieurs boutons préservent mieux et plus longtemps qu'un seuL Cet auteur a prescrit même de faire seize ou vingt piqûres pour exciter une réaction fébrile qu'il regarde comme indispensable, et d'un effet d'autant plus certain qu'elle est plus vive. Cependant personne en France n'a adopté cette pratique, car il n'est nullement prouvé que la vertu préservatrice de la vaccine soit d'autant plus certaine que les effets locaux et généraux- sont plus intenses.
L'absorption du vaccin se fait avec une rapidité extraordinaire; ainsi non-seulement le petit écoulement de sang qui a lieu par les piqûres n'entraîne pas le virus au dehors, mais Itard a même cherché vainement à prévenir l'infection en lavant les piqûres aussitôt faites et en activant l'écoulement du sang par l'application d'une ventouse.
Effets de V inoculation vaccinale, — Au moment de Tinoculation, il se forme presque toujours autour de la piqûre une aréole rouge qui disparaît après quelques
(i) Âvchivet de médecine^ année 48A4, ou Rickehke* analomo-pathotofiquêi, p. A4 9.
DE LA JTAGClrtE. 101
minutes, et qui ne présage pas, comme on Ta dit, le succès de la vaccine. Pendant les trois premiers jours, Ja partie vaccinée ne (nrésente aucun changement; mais dès la fia du troisième ou du (^trième jour; on commence à sentir au niveau des piqûres un point dur et saillant, qui grossit le cinquième jour, et devient le swge d*un prurit ; au sixième^ il s'élargit, s'aplatit, s'ombilique à son centre, et prend une teinte d*un blanc bleuâtre. Au septième et au huitième jour, la pustule augmente; une aréole Tentourc; l'inflammation s'étend au tissu cellulaire. Au nem?ièfU€ et au dixième jour, l'aréole s'étend, l'engorgement augmente ; il y a parfois un peu de fièvre, d'agitation ou de malaise. Ces phénomènes de réaction sont géoéraletnent à peine marqués chez les enfants, quelque jeunes qu'ils soient. Il n'en est plos de même des adultes. Chez eux, en effet, la fièvre est plus forte, la rougeur et l'induration phlegmoneuse sont plus étendues, etjes ganglions axillaires, enfin, sontplns souvent tuméfiées et douloureux que chez les enfants. Quoi qu'il en soit, au Jour, la pustule se flétrit, elle brunit; l'aréole pâlit et jaunit Du dou-au treizième jour, la dessiccation s'opère; enfin, la croûte tombe du vingtième au vingt-cinquième jour, et laisse à découvert une cicatrice gaufrée et nyonnée.
Si Ton étudie anatomiquement le bouton vaccinal, on voit qu'il siège dans le corps muqneox. Constitué d'abord par un tubercule, il offre plus tard, quand on l'incise, une foule de petites cellules séparées, sans communication entre elles, contenant un fluide, le vaccin. Cette disposition existe surtout du sixième au neu- Tîème jour. Enfin, lorsque la suppuration est bien établie, toutes les cloisons se rompent, et l'on ne trouve plus qu'une cavité.
La vaccine n'offre pas toujours une marche aussi régulière que je viens de le dire: ainsi la période d'incubation peut être ou plus longue, ou plus courte; ce dernier cas doit toujours inspirer des doutes sur la bonté de l'éruption. Si plusieurs boutons suniennent sur le môme sujet, ils ont presque toujours la même marche et le même développement : cependant il n'est pas rare d'observer le contraire, de \oir, par exemple, des pustules toucher à leur fin, tandis que d'autres ne font que de commencer.
Dans la presque totalité des cas, les pustules ne se développent que sur les points mêmes où l'inoculation a été pratiquée : cependant on a vu exceptionnellement une éruption vaccinale, plus ou moins abondante, se montrer plus ou moins loin do lien d*insertion sans qu'on puisse expliquer ce fait par une inoculation secondaire. Quelques personnes ont regardé ces boutons surnuméraires de vaccine comme appartenant à des varioles bénignes modifiées par la vaccination. Mais si celte opinion est vraie, pour quelques faits rapportés notamment par Wood ville, elle ne serait plus juste pour beaucoup d'autres.
Fausse vaccine, — Indépendamment de l'éruption que nous avons précédemment décrite, l'inoculation vaccinale peut en produire une autre, diff'érente de la premi^e par sa marche, sa forme et sa durée. Elle se montre dès le premier ou dès le deuxième jour, n'odTre ni dépression centrale, ni bourrelet, ni éclat argenté; \ft bouton est acuminé, et lorsqu'on le perce il laisse échapper un fluide qui, en se df^^cbant, ressemble à de la gomme ; la tumeur se vide tout d'un coup, parce que, contrairement à la pustule vaccinale, elle n'est formée que d'une cavité. Enfin, cette éruption parcourt toutes ses périodes en six ou sept jours, c'est-à-dire qu'elle Huit à l'époque où la bonne vaccine est sur le point d'arriver à son apogée. L'éruption dont je viens de parler s'appelle fausse vaccine, parce qu'elle n'a aucune vertu préservatrice. Les causes ordinaires de la fausse \nccine sont l'iaoculalm ^|uYi
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