DE LA ROUGEOLE
Sthontmiz. — Morbilli^ rubeolœ ; fictre morbiUease.
La rougeole est un exanthème contagieux précédé de fièvre, de larmoiement, de coryza, de toux, et s'annonçant à l'extérieur |>ar de petites taclies rouges, irrégulières, dont quelques-une^ sont saillantes, et qui, disparaissant vers le septième ou le huitième jour de la maladie, sont suivies quelquefois d'une desquamation furfuracée.
Historique. — "Willan, à fexemple de Feniel, de Seimert, de Triller et de beaucoup d'autres, n*a pas réussi à prouver que la rougeoie ait été connue des Grecs et des Romains. Les savantes recherches de Gruner démontrent qu'originaire de l'Asie, elle apparut en Europe en même temps (pie la \arioie. Rhazès, qui en trace la première description exacte, ne signale pas en effet la rougeoie comme étant, à l'époque où il vivait, une affection nouvelle. Le mot de morbillij par lequel la rougeole est souvent désignée dans les auteurs anciens, a été proposé dans le XI* siècle par Constantin dit l'Africain, et signifie petite peste, parce qu'elle eut probablement alors une gravité qu'elle a rarement aujourd'hui (1). 1^ rougeole a été l'objet d'un grand nombre de travaux. 1^ plus ancien est celui de Rhazès, dans lequel la rougeole est mal délinie et mal distinguée de la variole. Cette confusion existe d'ailleurs dans la |)lupart des traités anciens, dans lesquels les deux maladies sont regardées à peu près comme identiques et ne différant que ])ar l'intensité. F. Hoffmann un des premiers (2), De Haen (3), Rosen (/i), Sydcidiam (5), Borsieri (6), sont les auteurs qui établirent le mieux la rougeole en espèce distincte, et en tracèrent une bonne description. Les médecins contemporains n'ont guère ajouté aux connaissances antérieures que des indications plus précises sur les complications de la maladie. Nous renverrons surtout à l'ouvrage de M. Rayer sur les maladies cutanées, et au Traité des maladies des enfants, des docteurs Rilliet et Barthez.
Description de la maladie, — La rougeole simple {rvb. vulgaris) présente quatre staidcîi, qui sont: V incubation, V invasion, Vériiption, lu desquamation.
Premier-stade. — Je ne dirai rien de la période d'incubation, c'est-à-dire du temps ([ui s'écoule depuis le moment où le vùus pénètre dans l'économie jusqu'à la manifestation du premier malaise. Durant cette période, on n'observe aucun dérangement appréciable dans la sauté; sa durée est de six à sept jours.
Deuxième stade, ou invasion, — Le début de la rougeole est marqué par des frissons irréguliers, par des lassitudes, par un malaise général, par de l'inappéteott, de la céphalalgie, de la fièvre. A ces symptômes, dont l'intensité varie, se joignent, le deuxième joui*, des signes d'inflammation du côté de plusieurs membranes muqueuses. Ainsi les conjonctives sont injectées, rouges, et il y a du larmoiement; les fosses nasales laissent échapper un fluide sérçux ; elles sont le siège d'un prWit incommode qui excite l'éternument Quelques malades accusent un léger mal o^ gorge; presque tous se plaignent d'oppression et de douleur sternale; ils sont
(1) Dans le moyea âge, le mot morhif signiBait spécialement peste, -^ (1) Opéra, t. IL p. 62. — (8) Batio med., L IV, p. 87. — (A) Maladies des enfants, chap. ziv. — i5) Médecine prati(pi€, L I, p. 126et S79,édit. de Baonies. — (6) institut, med, praet., t IJJ, p. IOâ.
m. LA ROUGEOLE. 111
enroues: iM toussent sans rejotn* aucun crachat, et l'auscultation de la poitrine fait »nu\eMt reconnaître alors çà et là des râles sibilants et ronflants. Ces symptôoies sVia.^{iiM'ent le jour sui\ant; |)arrois, chez les enfants surtout, il 8*y joint un peu d'a.>soapis>emeDt, du délire, et %èn)e quelques mouvenients convulsifs. Chez d ai!irt>s, il y a des vomissements et de la diarrhée. £n général, la peau n'est le siège d'aucune sensation spéciale ; sa tempiVature est élevée, mais généralement tHv l'esi à UQ degré moindre que dans les antres fièvres éruptives. Dos sueurs plus ou moins abondantes se montrent communément au moment où l'éruption s'opère.
rt"i<îè>iie stade, ou éruption. — L'éruption cutanée se fait communément du troisième au quatrième jour de rinvasi<m, quelquefois plus tôt, rarement plus tard. Elle est caractérisée par de petites taches rouges irrégulières, ayant ce(Hîndant, pour h plupart, les dimensions et à peu près la forme des morsures de puce; beaucoup formenlime légère saillie; elles dis)>araissont momentanérjent sous la pression du doigt, et sont le siège d'un léger pmrit. Ces taches, d'abord visibles à la face, se répandent soccessivement sur le tronc et les membres. L'éruption est souvent complète au bout de quelques heures; mais, dans la plupart des cas, elle n'est générale que douze <iu wngt-quatre heures après. A cette époque, la face est souvent très tuméfiée, et le> paupières assez gonflées pour gêner la AÎsion. Les taches offrent l)eaucoup d'irrégularités et de dissemblance entre elles. Elles sont tantôt parfaitement distinctes, d'autres fois elles se réunissent en plus ou moins grand nombre, cl forment de larges phcpies rouges, à la surface descpielles le doigt sent de légères inégalités. On a die que les taches de la rougeole, dont le siège réside dans le corps réticulairf de la peau, avaient toujoui*s la forme d'un croissant ou d'un arc de cercle ; nuis, en les examinant ^attentivement, on ne tarde pas à se convaincre (pi 'elles ont toutes les foruies imaginables, et qu'elles présentent dans leur configuration et leur disposition la plus grande irrégularité. La coloration n'est pas non plus aussi partoal la même: la rougeur a, en eiïet, des nuances dilTérenles sui>ant les points: daus aucun cas elle ne ressemble à celle de la scarlatine. Quelquefois, au milieu de l'éruption niorbilleuse, on distingue de petites élevures papuleuses, ce (pii lui donne un a>p«>ct tout {)articulier : on dit alors que la rougeole est boutonnôc.
Kn général, lorsque l'éruption est comj)Iète, le malaise et la fièvre diminuent; suis presque toujours les symptômes que nous avons notés du côté des membranes muqueus«»s persistent ; quelquefois même l'enrouement, la l(mx et l'oppression ituiuentent. Dans le cas oii il existe de la douleur et de la sécheresse à la gorge, fin^KïCtion de cette partie fait souvent constater, ainsi que sur toute la membrane muqueuse du palais, une émption absolument semblable à celle des téguments. Vffsie quatrième jour de l'éiiiption, les taches palissent; elles prennent une teinte ):.aoe pâle ou un peu bleuâtre ; souvent alors elles ne dis])araissent pas, ou ne disparaissent qu'incomplètement quand on les comprime avec les doigts. Tin niènie t^mps la fièvre s'éteint, et les symptômes de catarrhe diminuent ou même cessent {K>ar la plupart.
fjuatrième stade, ou desquamation, — Chez un grand nombre de malades, on -1 observe pas de desciuamation. Dans quelqties cas cependant on voit, du neu\ième iu quatorzième jour de la maladie, l'épiderme se séparer dans plusieurs points *!.'ii> forme de lamelles furfuracées; il existe souvent alors un léger prurit, A celte 't.Miuf*, toutes les fonctions reviennent à leur état normal. H n'est pas rare pouriint de voir les symptômes de bronchite persister longtemps encore pendant la r.r>ii\alesceDce; la voix reste rauque; la toux est généralement sonore, très opi- QÏJlre et sèche {toux farine). C'est à cette période, ou à la fm de celle qui précède.
que beaucoup de malades rejettent des crachats opaques, floconneux, déchiquetés, nageant dans un liquide trouble, ou bien des crachats uniformément purulents, d'autres striés de lignes opaques, tels enfin qu'on les observe dans la deuxième et dans la troisième période de la phthLsie pumionaire (Cliomei).
Variétés. — Tels sont les symptômes et la marche la plus ordinaire de la rougeoie. Cependant cette maladie ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères. Ainsi il est des rougeoles dans le cours desquelles on n'obsene point raflcction catarrhale des membranes muqueuses, c'est-à-dire Tophtlialmie, le coryza, TangÂne, et surtout la bronchite : c'est la rougeole sans catarrhe ; parfois il n'existe pas même de fièvre : toute la niaiadie est alors constituée par Téruption. D'autres fois, au contraire, on observerait, dit-on, la fièvre et les symptômes ordinaires du catarrhe, tandis que l'éruption manquerait complètement : c'est la rougeole sans éruption, ou morbilli sine Aorbillis, c'est là un fait qui a besoin d'être vérifié de nouveau et avec plus de rigueur qu'on n'a fait. On a cru souvent en eflet que l'éruption manquait, tandis que, partielle et fugace, elle avait été simplement méconnue. Quoi qu'il en soit, lorsque ces anomalies ont lieu, les individus n'en sont pas moins préservés de la rougeole, comme si la maladie n'avait rien présenté d'insolite dans sa marche. Chez les sujets aiïaiblis, on voit parfois l'éruption devenir livide ; elle prend une teinte jaunâtre ; des ecchymoses ou des pétéchies sont disséminées çà et là ; mais celles-ci diffèrent des taches du purpura en ce qu'elles ont la forme et la configuration des taches morbilleuses : c'est la rougeole noire de Wilian. Enfin, il existe des rougeoles anomales : dans celles-ci l'éruption peut se montrer plus tôt ou plus tard que de coutume ; elle peut commencer par les membres ou n'exister que partiellement; d'autres fois elle s'éteint peu après son apparition. Cette rétrocession de l'exanthème succède souvent à l'impression du froid, à l'administration intempestive d'un purgatif, ou bien elle se lie à l'existence de quelque phlegmasie viscérale.
Complications. — Diverses complications peuvent entraver la marche de la rougeole : la plus fréquente de toutes, et cela à tous les âges de la vie, est la pneumonie, qui, chez les enfants, affecte presque toujours la forme lobulaire. Chez les jeuues sujets, on observe encore très fréquemment l'entéro-colite ; quelques-uns succombent à la gangrène des lèvres et des poumons, ou à une inflammation des méninges; quelques malades enfin sont emportés rapidement dans le délire, dans le coma ou les convulsions, bien que ces accidents ne se lient le plus souvent à aucune lésion matérielle, saisissable, des centres nerveux. La coqueluche et le croup surviennent beaucoup plus rarement que les complications qui précèdent. Divers auteurs, notamment Diemerbroek et De Haen citent des cas curieux où la variole et la rougeole se seraient compliquées entre elles. La plupart de ces faits sont rapportés dans la thèse soutenue en 18/!i7 (n* 102) par M. Willemiu. Il résuite de ces observations que si la variole se déclare la première, cette éruption suspend momentanément sa marche, tandis que la rougeole suit son cours ordinaire. Si c'est celle-ci qui apparaît la première, M. Willemin établit que les deux éruptions suivent alors leur cours sans se modifier. Enfin, la variole et la rougeole se décbrent-elles en même temps, il paraît que les deux éruptions se développent simultanément et d'une manière réguUère.
Maladies consécutives. — Diverses affections peuvent survenir pendant la convalescence de la rougeolp. Letf plus fréquentes sont l'inflammation du bord libre des paupières avec ulcération et chute Ses cils, les engorgements ganglionnaires, la bronchite et la diarrhée chroniques, maladies qui sont générflement plus rebelles
DE LA ROLGEOLE. 113
dans ces conditions que lorsqu'elles surviennent spontanément. La rougeole favorise le développement des tubercules. Ainsi MM. Rilliet et Barthez ont noté qae, sar onze rougeoles primitives chez les enfants traités dans les hôpitaux, il y en a^ait une à la suite de laquelle È développaient des tubercules. La même chose f liste pour la rougeole des aduiles, ainsi qu'on peut s'en convaiucre par la lecture d'un travail inséré en 18i^7 par M. Michel Lévy dans la Gazette médicale: il est démontré en outre que la rougeole qui atteint les phthisiques hâte la marche de Taffection de poitrine. Enfin, Timpression du froid pendant la convalescence peut àmiier lieu à une anasarque. Cet 'accident étant beaucoup plus commun après la scariatine, j'en parlerai en traitant de celle-ci.
Par contre, on a vu la rougeole modifier heureusement ou même guérir quel- (pies maladies préexistantes : ainsi M. Rayer cite un eczéma chronique de la face, et Alîbert un eczéma impétigineux du cuir chevelu, (fii ont guéri rapidement après . one rougeole.
I Récidivei. — La rougeole n'affecte presque jamais qu'une seule fois le même îadiridu. Rosen n'a observé aucun cas de récidive pendant une pratique de quanme-oeaf ans. Cependant Baglivi, De Haen, Meza, Guersant, MM. Rayer, Ibche^etc, citent des faits qui prouvent que la même personne peut contracter h rougeole plusieurs fois.
Ottceriure des cadavres. — Chez les sujets qui succombent, on ne trouve pas de Jésioos qui soient spéciales à la rougeole. Celles qu'on rencontre sont l'effet des complîcalious. (Pour l'état du sang, voir plus bas, Nature des fièvres éruptives,)
Diagnostic, — Le développement de la fièvre et les symptômes de catarrhe existant simultanément du côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique, doivent laîre soupçonner le développement prochain d'une éruption morbilleuse. Le diagMxsdc devient d'autant plus probable que le sujet est plus jeune, qu'il n'a point rade rougeole antérieure, et que la maladie règne épidémiquement. Cependant on K peut avoir à ce sujet que de simples présomptions, puisque tous ces symptômes appartiennent aussi bien à la rougeole qu'à la fièvre catarrhale. Mais toute incerùtode cesse vers le deuxième, troisième ou quatrième jour, époque à laquelle Irruption conunence le plus ordinairement.
La rougeole ne pourra pas être confondue avec une variole commençante, si l'oQ se rappelle qpe, dans celle-ci, les taches rouges présentent à leur centre, soit titièievure dure et pointue, soit une vésicule, tandis que les taches de la rougeole «nt sans aucune dureté, tout au plus si le doigt promené légèrement perçoit qotfiques petites inégalités. Dans la forme boutonneuse, pourtant, il existe des saillies rouges, un peu dures, qui pourraient faire croire à l'existence d'une variole : lit a alors une espèce d'érythème papuleux; mais il est rare i)ourtant que les boDttms soient très multipliés; ils n'ont d'ailleurs ni la forme, ni la dureté, ni la saiDîe des papules qui existent au centre des taches varioliques. Ajoutons enfin (pie k caractère érythémateux des plaques rubéoleuses est prescjue toujours limité à me partie du corps, à la face surtout : aussi l'existence de taches ayant les carac- *>re> précédemment décrits, et existant snr une étendue considérable des téguments, fera toujours reconnaître le véritable caractère de la maladie.
La rougeole diffère de la scarlatine, de la roséole, de Térysipèle, de la miliaire rouge, etc. Nous en parlerons en traitant de ces diverses affections.
Pronostic. — Dans notn* climat, la rougeole est une maladie généralement lÂnignc ; il n'en est plus de même dans les saisons et les pays à température t^trème, ou bien lorsc^u'elle règne épidétniquement. Cei)endanton observe rarement
T. I. — ?• lîUIT. 8
que beaucoup de malades rejettent des crachats opaques, floconneux, déchiquetés, nageant dans un liquide trouble, ou bien des crachats uniformément j)uruleuts, d*autres striés de lignes opaques, tels enfin qu'on les observe dans la deuxième et dans la troisième période de la phthLsie pumionaire (Chôme!).
Variétés, — Tels sont les symptômes et la marche la plus ordinaire de la rougeole. Cependant celte maladie ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères. Ainsi il est des rougeoles dans le cours desquelles on u'obsene point TafTection catarrhale des membranes muqueuses, c'est-à-dire Tophtlialmie, le coryza, rangâie, et surtout la bronchite : c'est la rougeole sans catan^he ; parfois il n'existe pas même de fièvre : toute la maladie est alors constituée par l'éruption. D'autres fois, au contraire, on observerait, dit-on, la fièvre et les symptômes ordinaires du catarrhe, tandis que l'éruption manquerait œmplélement : c'est la rougeole sans éruption, ou morbilli sine ifiorbillis, c'est là un fait qui a besoin d'être vérifié de nouveau et avec plus de rigueur qu'on n'a fait. On a cru souvent en eflct que l'éruption manquait, tandis que, partielle et fugace, elle avait été simplement méconnue. Quoi qu'il en soit, lorsque ces anomalies ont lieu, les individus n'en sont pas moins préservés de la rougeole, comme si la maladie n'avait rien présenté d'insolite dans sa marche. Chez les sujets aiïaiblis, on voit parfois l'éruption devenir livide ; elle prend une teinte jaunâtre ; des ecchymoses ou des pétéchies sont disséminées çà et là ; mais celles-ci diffèrent des taches du purpura en ce qu'elles ont la forme et la configuration des taches morbilleuses : c'est la rougeole noire de Willan. Enfin, il existe des rougeoles anomales : dans celles-ci l'éruption peut se montrer plus tôt ou plus tard que de coutume ; elle peut commencer par les membres ou n'exister que partiellement; d'autres fois elle s'éteint peu après son apparition. Cette rétrocession de l'exanthème succède souvent à l'impression du froid, à l'administration intempestive d'un purgatif, ou bien elle se lie à l'existence de quelque phlegmasie viscérale.
Complications, — Diverses complications peuvent entraver la marche de la rougeole : la plus fréquente de toutes, et cela à tous les âges de la vie, est la pneumonie, qui, chez les enfants, affecte presque toujours la forme lobulaire. Chez les jeunes sujets, on observe encore très fréquemment l'entéro-colite; quelques-uns succombent à la gangrène des lèvres et des poumons, ou à une inflammation des méninges; quelques malades enfin sont emportés rapidement dans le délire, dans le coma ou les convulsions, bien que ces accidents ne se lient le plus souvent \ aucune lésion matérielle, saisissable, des centres nerveux. La coqueluche et le croup surviennent beaucoup plus rarement que les complications qui précèdent. Divers auteurs, notamment Diemerbroek et De Haen citent des cas curieux où la variole et la rougeole se seraient compliquées entre elles. La plupart de ces faits sont rapportés dans la thèse soutenue en 18^7 (n* 102) par M. Willemin. Il résulte de ces observations que si la variole se déclare la première, cette éruption suspend momentanément sa marche, tandis que la rougeole suit son cours ordinaire. Si c'est celle-ci qui apparaît la première, M. liVillemin établit que les deux éruptions suivent alors leur cours sans se modifier. Enfin, la variole et la rougeole se déclarent-elles en même temps, il paraît que les deux éruptions se développent simultanément et d'une manière régulière.
Maladies consécutives, — Diverses affections peuvent survenir pendant la convalescence de la rougeolp. Letf plus fréquentes sont l'inflammation du bord libre des paupières avec ulcération et chute Ses cils, les engorgements ganglionnaires, la bronchite et la diarrhée chroniques, maladies qui sont g&iérflement plus rebelles
DE r.A ROUGEOLE. 113
dans ces conditions que lorsqu'elles surviennent spontanément. La rougeole favorise le développement des tubercules. Ainsi iMM. Rilliet et Barthez ont noté qne, sar onze rougeoles primitives chez les enfants traités dans les bdpitaux, il y en a^ait une à la suite de laquelle Ê développaient des tubercules. La même chose existe pour la rougeole des adultes, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la lecture d*iui travail inséré en 18^7 par M. Michel Lévy dans la Gazette médicale: il est déoxHitré en outre que la rougeole qui atteint les phthisiques hâte la marche de rafiéction de poitrine. Enfm, Timpression du froid pendant la convalescence peut dooner lieu à une anasarqu(^ Cet accident étant beaucoup plus commun après la scarlatine, j'en parlerai en traitant de celle-ci.
Par contre, on a vu la rougeole modifier heureusement ou même guérir quelques maladies préexistantes : ainsi M. Rayer cite un eczéma chronique de la face, et Afibert un eczéma impétigineux du cuir chevelu, (fii ont guéri rapidement après me roageole.
Bécidivet. — La rougeole n'affecte presque jamais qu'une seule fois le même adhidiL Rosen n'a observé aucun cas de récidive pendant une pratique de quarante-oeuf ans. Cependant Baglivi, De Haen, Meza, Guersant, MM. Rayer, Bbche,etc., citent des faits qui prouvent que la même personne peut contracter b rougeole plusieurs fois.
Ouverture des cadavres. — Chez les sujets qui succombent, on ne trouve pas de JésioBS qui soient spéciales à la rougeole. Celles qu'on rencontre sont l'effet des comiiiicatîons. (Pour l'état du sang, voir plus bas, Nature des fièvres éruptives. )
Diagnostic, — Le développement de la fièvre et les symptômes de catarrhe existant simultanément du côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique, doivent laire soupçonner le développement prochain d'une éruption morbilleuse. Le diagnostic devient d'autant plus probable que le sujet est plus jeune, qu'il n'a point en de rougeole antérieure, et que la maladie règne épidémiquement. Cependant on ■e peut avoir à ce sujet que de simples présomptions, puisque tous ces symptômes appartiennent aussi bien à la rougeoie qu'à la fièvre catarrhale. Mais toute incertitude cesse vers le deuxième, troisième ou quatrième jour, époque à laquelle réruption conmience le plus ordinairement.
I^ rougeole ne pourra pas être confondue avec une variole commençante, si l'oo se rappelle qpe, dans celle-ci, les taches rouges présentent à leur centre, soit utit éievure dure et pointue, soit une vésicule, tandis que les taches de la rougeole «ont sans aucune dureté, tout au plus si le doigt promené légèrement perçoit quelques petites inégalités. Dans la forme boutonneuse, pourtant, il existe des «oillies rouges, un peu dures, qui pourraient faire croire à l'existence d'une variole : il ta alors une espèce d'érythème |)apuleux; mais il est rare pourtant que les boulons soient très multipliés; ils n'ont d'ailleurs ni la forme, ni la dureté, ni la saillie des papules qui existent au centre des taches varioliques. Ajoutons enfin ({ue le caractère ér^'thémateux des plaques rubéolenses est presque toujours limité à une partie du corps, à la face surtout : aussi l'existence de taches ayant les caractères précédemment décrits, et existant snr une étendue considérable des téguments, fera toujours reconnaître le véritable caractère de la maladie.
La rougeole diffère de la scarlatine, de la roséole, de l'érysipèle, de la miliaire mugi*, etc. Nous en parlerons en traitant de ces diverses affections.
Pronostic, — Dans notre climat, la rougeole est une maladie généralement bénigne ; il n'en est plus de même dans les saisons et les pays à température eitrême, ou bien lorsc^u'elle règne épidémiquement Cependant on observe ratemeul
T. I. — 7* ÉÙIT, %
116 DES FIJCVRES.
aujourd'hui de% épidémies aussi meurtrières qu'autrefois, si meurtrières qu'en 1072 die emportait régulièrement trois cents pei-sounes par semaine (Morion). Le travail de la dentition chez les enfants, chez les femmes i*e\islence d'une grossesse et l'état puerpéral, sont des circonstances qui a^ravenl toujours le pronostic. Los convulsions, les pétéchies, le délire, le développement d'une |)neumonie, sont des accidents graves,et qui doivent faire redouter une issue funeste. Il en est de même de la disparition brusque de l'exanthème, Iors(|u'elie coïncide toutefois avec quelque complication sérieuse; car la délitescence seule, indépendante surtout d'une phlegmasie viscérale, paraît entraîner moins de périls qu'on ne croit communément : c'est ce qui résulte d'ailleurs du travail de M. Michel Lévy, que nous avons déjà cité.
Étiologie, — Il est peu de personnes qui écha{)|>ent à la rougeole; on i)eut établir, en effet, qu'il y a bien%ioins de sujets qui lui sont réfractaires qu'on ne voit d'individus non vaccinés l'être à la variole. On a observé la rougeole à tous les âges de la vie, et, de même que la variole, on l'a vue quelquefois atteindre l'enfant encore renfermé dans le sein maternel. Cependant cette maladie est plus commune dans l'enfance et la jeunesse. Elle règne dans tous les pays du globe et dans toutes les saisons : toutefois elle |)araît avoir son maxinmm de fréquence vers l'éciuinoxe du printemps, tandis qu'elle décroît vers le mois de juillet. I^ rougeole admet une cause spécifique tout à fait inconnue dans sa nature. Elle est essentiellement contagieuse. ]1 parait que la contagion est possible depuis le moment où l'éruption s'opère jusqu'après la desquamation, et |)cutétre même jusqu'au vingtième jour.
Quelques expériences fait<>s d'abord par F. Home en 1758, réj)étées i)ar Speranza dans l'épidémie de i>Iilan, de 1822, sembleraient prouver que le princii)e contagieux de la maladie. réside dans le sang. Ces médecins ayant, en eiïct, pratiqué une légère incision sur les plaques rubéoleuses, et ayant inoculé le sang qui s'en écoulait, ont développé une rougeole régulière après une incubation de six jours; Alex. Monro et Looke disent aussi avoir pu inoculer la maladie avec l'humeur lacrymale et la salive; mais leurs obsenatiôns sont moins concluantes que œlles des précédents expérimentateurs. Des médecins de Philadelphie, les ayant d'ailleurs répétées, n'ont obtenu aucun résultat Mais les faits les i)lus concluants, s'ib étaient suflisanmient authentiques, seraient ceux de Katona, médecin hongrois, qui, dans une épidémie de rougeole, aurait pu inoculer la maladie à onze cent vingt-deux personnes, et n'aurait éolK>ué que sept fois sur cent; chez tous les autres, il serait survenu une rougeole très bénigne, dont les prodromes commençaient au septième jour de l'inoculation ; l'éruption avait lieu, dit-on, le neuvième ou le dixième, la desquamation le quatorzième, et la guérison était complète au dix-septième. Katona pratiquait les inoculations indifféremment avec les larmes des malades, ou avec une goutte de sang tiré des plaques. {Gazette médicale de l'année 1843.)
Traitement. — Lorsque la rougeole est bénigne, il n'y a aucun traitement actif à faire. Le malade gardera le lit; on le protégera contre l'action d'une lumière trop vive; on le couvrira modérément; on entretiendra dans l'appartement une température douce et uniforme ; on donnera des boissons adoucissantes et pectorales. Dans aucun cas, il ne convient d'imiter la pratique de quelques médecins anglais, qui font sur toute la surface du corps des lotions froides, pour diminuer la chaleur fébrile, car on s'exposerait à supprimer l'éruption et à provocpier le développement d'une phlegmasie pulmonaire, si commune dans le cours de cette maladie. Lorsque la fièvre est violente, lorsque la respiration est difficile ou qu'il .«nnient quelque complication de natura inOammatoire, la saignée est indiquée. Si
DE LA ROlC.EOr.E. lif)
qnHtiUi-s ciiToiistaïUi's particulièi-cs font préférer l'application des sangsues à la phlôûtli^iiii', 011 prendra tontes les précautions pour éviter le n»froidissonient du otT]». On pourra revenir plusieurs fois aux émissions sanguines; c«])endant il BDl rpTOtirîr à ce moyen avec la plro grande prudence, et ne pas imiter surtout la pntique de Mead, (pii saignait le plus ordinairement dans les deux premières fmod». la dispaiîtion brusque de l'éruption exige un traitetnent difTéreut, suivant la cause qui l'a produite. Dans le cas on elledéi)end d'une inllanmiaticm viscérale, cV«t contre celle-ci qu'il faut diriger la théra{)eutiqiie, en même tem|)8 qu'on tâchera de rappeler l'éruption au uioumi de révulsifs puissants promenés sur la prao. lorsque Téruplion se supprime sous rinfluenco d'un refroidissement, le ma- !ide ^ra plongé dans mi bain chaud ou mieux encore dans un bain de vapeur; on fera des frictions sèches ou aromati(|ii(*s, on promènera des sinapismes, on appliqneia des vésicatoircs, on donnera des boissons diapnorélirpies, surtout l'acétate d'ammoniaque ; ou mieux encon; on donnera une ou plusieiu*s doses d'émétiquc ^ a, en général, pour effet de provoquer la diaphorèsc; enfin, s'il existe de la pnHtntioa, on ranimera les forces par des tomques et par quelques excitants tfnnbles, tels» que le café, le thé, Tammoniaque, etc. La diarrhée est un accident liéqucnt de la rougeole, et il importe de Tarrèlcr promptemenl; on donne, dans «1- but, les mucilagineux et les opiacés. L'opium, aussi souvent utile dans la roujitile que dans la variole, con\ient non-seulement {Nnir mo<lérer !<* (lux inif'stinnl. Liais ausâ pour calmer la toux quinteuse et sèche dont tant de malades sont tourlurfltrs. Dans les cas où la bronchite provoque une sécrétion considéiabic de tiiiKONtés ffui s'accumule dans l'arbre aérien, et produit, surtout che/. les enfants, Mucoup d'anxiété et d'oppression, on se hâtera d'adminisd'er un vomilif, et préi^iablement Tipéca. Si la bninchite devient capillaire, ou insisiera sur les boissons r-tUirales, Témétique et les vésicatoires sur la |N)itrine. (>oir ceiu.' maladie.) ' L'itri' les pneumonie 'S qui surviennent si souvent, il est dillicile de beaucoup >t»ter sur les émissions sanguines; l(> tarlre stibié à haute dose est ^éiu raleinent m^ a\aiitageux. On se conduira, d'ailleurs, d'après les ivgles (|ue nous établirons iiu-> tard |)our le traitement d(*s pneumonies secondaires. Dans ces cas de coinpli- Avn llioraciquc grave, les auteurs allemands pi-éconisent l'infusion de feuille de <i.;;iialf' ^0 à 80 centigrannnes dans VU) grammes d'eau); mais l'enicarité de ce !:Mw-a n'est pas encore prouvée. iNous en dirons autant dt; la pratitjue du <locteur ' liiara, tie \aples, qui, dans tout li; cours de la maladie, donne 2 ou 5 centi- .umnies d'aconit dans la tisane, et attribue à ce remède le pouvoir de conjurer î'N accidents tlioraciqucs. Les s\m))tùmes cérébraux, beaucoup moins comnnms 'P' cea\ dont nous venons de parler, céderont souvent à Tapplicalion de quelques vdjoue» derrière les oreilles, et aux révulsifs portés sm* l<\s extrémités; mais il fjut prendre garde pourtant de trop insister sur le pr<Mnier de ces moyens. Mnlin r> béinorrliagies qui ont lieu |)arfois, et ({ui re\ètenl pres([ue toujours la forme ï4^!'i\e, réclameront les acidi^s minéraux, parfois les toniques, indé|MMi(lanmient '.•'v moyens locaux ap{)ropriés à cha([ue espèc<* d'hémorrhagie. (l'est ainsi (|ue l<*s • ;'i»ia\is nécessitent parfois le tam|X)nnement des fosses nasales. (Pour les maladies '•^riM'rutives, voyez les chapitres consacrés à chacune d'elles.)
i'ntf^hf/laxie, — Lors(ju'une rougeole maligne éclate dans une famille ou dans un yM'n.sionnat, il faut se hâter de séquestrer les individus malades. Si l'épidémie >^i iiénîgnc, pent-étre convient-il de laisser les enfants connnuniqiier librement 'iitrf eux, afin de les mettre à l'abri, pour l'avenir, d'une contagion plus graTC. < r>t dans ce but que quelques anteurs ont conseillé, dans les cas favomMes. Viuo-
116 DES FlkVRES.
culatioD de la maladie. Nous serioDs assez de cet avis ; aussi voudrions-nous que les médecins qui ont la direction des élablissenicnts où sont réunis heauccmp d^en* fantsse livrassent à ce sujet à quelques expériences qui, dans aucun cas, ne peu-* vent avoir rien de fâcheux ; voilà pourquoi nous n'hésitons pas à les conseiller. Quant aux moyens prophylactiques vantés dans ces derniers temps en Allemagne, tels que les fleurs de soufre (Tourtual), le mélange par parties égales de vin antimonié d^Huxham et d*oxymel scillitique (AVildbcrg), les fumigations chlorurées (Berndt), la belladone (Mandt), nous n'eu dirons rien, car ils ne méritent aucune conûance.
STKOiiTinx. — Morbilll con/tuerUes ; ignis sacer; morbilH ignei ; febris searlatina; fièvre ro«ge, fièvre pourprée.
La scarlatine est un exanthème contagieux et fébrile, caractérisé par de petits points rouges granités et réguliers, ou par de larges plaques d'un rouge framboise occupant presque toute la surface du corps , s'accompagnant presque toujours d*une coloration analogue dans la bouche, avec angine plus ou moins violente, ^ se terminant par desquamation à la fin du premier septénaire.
Historique, — II est très douteux que la scarlatine ait été connue des Grecs, des Romains, et même des Arabes; ce ne fut guère que vers le milieu du XVI* siècle qu'elle fut signalée par Ingrassias, à I^aples, où eUe régnait d'ailleurs même avant l'an 1500 ; par Coyttar, médecin à Poitiers, qui l'appelait fièvre pourprée épidémique et contagieuse ; enfin par Baillou. Longtemps on la confondit avec la rougeole, c'est ce que faisait Morton ; on la confondit aussi avec l'esquinancie ; car on regarde avec raison, dit Jos. Frank, comme ayant appartenu à une scarlatine méconnue, ces épidémies qui, sous les noms d'angine gangreneuse et de garrot illo, ravagèrent, au commencement du xvir siècle, l'Espagne, l'Italie et la Sicile. La scarlatine, dont Sennert avait déjà tracé les principaux caractères, fut mieux décrite par F. Hoffmann, par Sydenham siutout, et par Rosen. Elle a été l'objet de travaux immenses pendant presque tout le xvur siècle, où l'on vit cette maladie n'épargner aucune région de l'Europe. Les travaux qui, depuis quarante ans, ont été entrepris sur la scarlatine ont eu presque tous pour but de faire connaître certaines complications, ou ont porté spécialement sur l'anatomie pathologique et la thérapeutique de la maladie ; nous les mentionnerons plus tard.
Anatomie pathologique, — La scarlatine ne détermine pas beaucoup de lésions. Une couleur violacée de la peau, de la muqueuse du pharynx et de celle des bronches ; quelques ecchymoses dans le tube digestif; une congestion sanguine, plus rarement une inflammation des bronches et des poumons avec une injection pointillée des centres nerveux, sont à peu près les seules altérations qu'on trouve dans les solides. Depuis quelques années on a dit aussi avoir rencontré les follicules intestinaux, et surtout ceux de Peyer, rouges, volumineux, indurés, boursouflés : c'est ce que je n'ai jamais pu vérifier dans aucune des autopsies que j'ai pratiquées. Quoi qu'il en soit, lorsque les follicules sont altérés, ils ne ressemblent jamais aux plaques gaufrées de la fièvre typhoïde, on n'y trouve point la matière jaune élastique ; ils ne s'ulcèrent pas, et les ganglions mésentériques restent sains.
Le sang offre les caractères qu'il a dans toutes les pyrexies, c'est-à-dire que la fibrine est à l'étal normal ou bien elle est diminuéce ; ce dernier cas existe dans certaines scarlatines graves compliquées d'bémorriiagies.
tjes recherches (laites autrefois për F. Fischer (1), celles plus récentes qu*on doit ï llamnton (2), à M. Rayer (3), ont prouvé que, chez les indivldos qui saccorabeot à h suite de la scarlatine, et par ufe complication qui n'est pis rare, Tanasarqne, MtroaTe les reins souvent hypérémiés, et pouvant même présenter les altérations qui caractérisent les deux ou trois premiers degrés de la maladie de Bright
Division» — Le cours de la scarlatine se partage en trois périodes, qui sont : Viuvasioti^ Véryption et la desquamation. On pourrait aussi admettre, comme pour les autres fièvres éruptives, une période d'incubation mais plus courte que dans la variole et la rougeole, car elle n*est guère que de trois jours {Heberden et J. Frank).
Première période. — Vinvasion de la scarlatine est marquée communément par des frissons et par de la fièvre, par une angine plus ou moins intense, par un grand malaise et par de la céphalalgie. A ces symptônes se joignent souvent des épMiaiJs,' des nausées, des vomissements, et parfois des accidents nerveux, tels ^ délire, coma, ou convulsions, spécialement chez les jeunes sujets. Ces troubles îoat «a «'aggravant jusqu'au deuxième jour, époque à laquelle l'éruption com<> meaet le plussouvent. Parfois, cependant, l'éruption apparaît vingt-quatre et même dmq ùa m heures seulement après le premier malaise. La scarlatine est donc de iMMesles fièvres éruptives celle dont les prodromes sont les plus courts.
Devxième période, ou éruption. — La face se tuméfie légèrement, et Ton aperçoit anr elle de petites taches d'un rouge vif ne formant point de saillie, et ëjipifatmant momentanément par la pression. De pareilles taches se montrent lîartdc sur le cou, sur la poitrine et les membres. Au bout de vingt-quatre heures, rémption est générale et complète. La peau offre alors une coloration écarlate uniftinne, comme si on l'avait barbouillée avec du jus de framboise. Cette coloration exisie tantôt par larges plaques irrégulières, séparées par des intervalles où la peau a son aspect nonnal; d'autres fois la couleur rouge se montre uniformément sur umte la surface du corps ; toutefois l'exanthème offre une rougeur plus intense et plos vive partout où l'épiderme a moins d'épaisseur, comme à la partie interne des CDÏnes, aux aines, sur le scrotum et sur les articulations dans le sens de la flexion des membres. Assez souvent l'éruption scarlatincuse présente un autre aspect : an lien des larges taches dont je viens de parler, on voit une multitude de petits iniols roi^es extrêmement rapprochés les uns des autres, très réguliers dans lev disposition, ce qui donne à la surface de la peau l'aspect de certains granits très fins. QueDe qœ soit la période de l'éruption, la peau est tendue, ordinairefflot sèche, toujours elle est brûlante ; sa température est plus élevée que dans les antres fièvres éruptives, et les malades y ressentent un prurit plus ou moias Enfin les pieds et les mains sont gonflés ; ils sont le siège d'une gène et roidcur notaUes, qui deviennent surtout incommodes lorsqu'on essaie de iéchir les doigts. Les symptômes généraux et la fièvre persistent à peu près au Béme d^ré qu'avant l'éruption ; \^ douleur de gorge augmente, et souvent les ^nq^iona aoDS-maxiUaires s'engorgent Si l'on fait alors ouvrir la bouche au malade, on Toit la face interne des lèvres et des joues, les gencives, le voile du palais ti «es piliers colorés de la même manière que les téguments. Cette coloration se rcDCiotre aussi sur la langue, mais, en général, un peu plus tard que sur les autres parties de la bouche, probablement à cause de l'épaisseur plus considérable de son ^pithélium. La rougeur framboisée de la muqueuse buccale et pharyngienne est iiQ phénomène presque constant dans la scarlatine; cependant l'époque de son appa-
(1 : Jammal d'Hufdimd, février i82&. — (2) Eàinburgh médical andwrgieal JoumaL iW^. — 3j Traité de» mmlMUes drs reint, t. II, p. 428.
rition varie beaucoup. Tantùl, eu ciïct, (;llo précède rcxanllirine cutané, d'aulros fois elle apparaît avec lui ; dans quelques c^s, elle lui est postérieun', cl n*esl même bien visible que peodaut la troisième période. Ipféruplion cutaiié<> persiste, eu général, au même degré pendant un ou deux jours. On a dit que sa couleur, moins vive le matin, était plus foncée le soir ou pendant la nuit ; mais cette assertiou n*e8t nullement pit)uvée. d^si lors(pie l'exanthème a son maxinium d'intensité, c*eslh-dire vers le quatrième ou cinquième jour, (pron voit souvent, surtout chez les enfants, se développer sur les parties latéialesdu cou, de la poitrine, aux aisselles, aux aines, moins souvent ailleurs, \\\\ n()ud)n; plus ou moins considérable de petites vésicules semi-sphéritpies contenant un liquide d'abord transparent, puis un peu opaque: c'est une éru))tion miliaire telle à peu près que nous l'avons vue dans 1<' cours de la fièvre typhoïde; les vésicules pourtant, dans le cas de scarlatine, sont plus volumineuses el plus résistantes au toucher, et se rapprochent davantage de celles (pie nous retrouverons bientôt dans la suett<'. Lors(|ue l'éniption dont nous parlons existe, on donne k la scarlatine le nom de sairlatine miliaire.
Trnisihne période, ou dcaquamafitm. — > ers le cinquième, ou au |>lu» tanl le sixième jour de l'éruption, rexanthème pàlil. Les interstices qui séparent les Iliaques deviennent plus considérables, la ])eau se tuméfie, la fièvre tombe, le mal de gorge disparaît. Au huitième jour, il n'y a généralement plus de traa* de rong<Mu\ La descpiamation commence \\ s(> faire |)arfoi$ dès le cinquième jour sur la face et sur les parties latérales du cou (>t de la |K)itrine, mais elle dépend plutôt alors de la miliaire que de la scarlatine elle-même; du huitième au douzième jour, elle est assez bien étahlie sur le tronc, mais elle arrive plus tardivement aux mains et aux pieds ce qui dépend de ré|>aisseur de l'épiderme. Dans ces partiels, l'épidermc avant de se sé|)arer devient plus sec, blanchâtre, rugueux, il se fendille et Huit par se séparer. La desquamation, au lieu d'être furfuracée comme dans la rougeole, se fait ici par larges |)laques : c'est ce qu'on observe surtout aux pieds et aux mains, où 1 épiderme d'un oileil on d'un doigt u\ sépare |)arrois tout d'une pièce, couunc un doigt de gant. 1^ des(|uamation, que nous avons dit pouvoir commencer dès le cinquième ou sixième jour de l'éruption, n'a pas cei)endaut de périodes bien fixes quant k son début et à l'éjKMpie où elle ci*sse; ainsi nous ne Tavons vue quelquefois commencer cpio vers le <piinziènie jour, et il n'est pas rare, même quand elle^se fait plus tôt, de la voir se prolonger juscpraprès le vhigt-cinquième ou le trentième. Ceci dépend le phis ordinairement de ce que l'exfoliatiou de l'épîdenne a lieu deux ou trois fois de suite sur les mêmes points. *
Tels sont les symptômes et la marche de la scarlatine qu'on nonmie simple ou régulière. Sa durée moyenne, eu n'y comprenant pas pourtant la desquaniationv est d'un septénaire.
Variétés. — La maladie se présente souvent avec des caractères différents de ceux que nous venons d'exposer. Ainsi, l'angine, qui a ordinairement une médiocre intensité, peut être beaucoup plus vive, elle peut même devenir le symptôme prédominant : on dit alors que la scarlatine est angineuse (IWillan). Dans cette variété les phénomènes précurseurs s(mt, en général, plus graves; la douleur et le gonflement de la gorge existent dès le début ; la déglutition est très diflicile ; les amygdales sont tuméfiées et d'un rouge cramoisi; elles se rec^nivrent, ainsi que tout le fond de la gorge, d'une matière pullacée, grise ou jaune, (pii se colore quelquefois en noir, lorscpie du sang a été exhalé, et qui se détache aisément et se reproduit de même. Cette matière n'offre aucun des caractères des pseudo-membranes; c*est une espèce de mucus, et sa sécrétion n'a aucune im|x)r-
unce. Mais (varfois il se forme des fausses-meiubraues véritables, ayant de la tendance à s*étcndre au loin ; on esi alors aux prises avec une aflection redoutable, avec one angine couenneusc, maladie à laquelle je consacrerai plus tard un article spédaL Dans l*aiigii]e intense, les ganglions sous-maxillaires sont souvent volumineux, nvs sensibles; ou les a vus quelquefois, ainsi ({ue le tissu cellulaire du cou, s*abcéder d constituer de véritables bnhous scarlatinvux. Dans la scarlatine angineuse, la fii-^re est plus vive; il y a souvent des nausées, dçs vomissements et de la diarrhée. En général, l'éruption apparaît un jour plus tard que dans la période précédente. Au lieu <roccupcr toute la surface du cor])Sy elle n'existe souvent que dans des points limités, comme aux aines, aux aisselles ou aux mains ; elle dis|)arait parfois da jour au lendemain, mais la descpiaination qui a lieu ensuite se fait régulièrement; celle-cî est eu outre plus tardive, et elle se proloi^e scmvent après le troisième f ^Kpiêiuire.
i 11 est une autre forme de scarlatine qu'on a appelée maligne^ en raison de sa - gpvilé. EUe présente en effet Tiuinge de la fièvre typhoïde dans ses formes adyna- ■iqoeoD ataxique les plus accentuées. Ici les prodromes offrent encore plus d'in- MEMléquc précédemment; les malades tombent dans la prostration ; la langue et In dents s'encroûtent de fuliginosités, Tlialeine est fétide; il y a du délire, du coma, de Uiurdité, des soubresauts, delà carphologie : c'est la scarlatine nerveuse. Le poub, d'une fréquence extrême, est mou, dépressible ; souvent alors l'éruption, tout k fait épliémère, se montre à |)eiuc; souvent elle paraît et disparaît plusieurs fois de suite ; presque toujours elle n'occupe que quelques points du corps au veîsinage des articulations, surtout dans le sens de la llcxion ; ailleurs elle prend one teinte livide et est souvent parsemée de pétéchies (*t de larges ecchymoses ; diverses hémorrhagies peuvent, comme dans les varioles graves, se faire par diierses muqueuses. Des |)oints gangreneux peuvent même se former dans divers poinis du corps; enfin, le malade meurt tantôt subitement, d'autres fois après une luogue agonie.
On >oit que, dans les formes angineuse et maligne, l'éruption est souvent peu marquée, partielle et tout à fait éphémère. On conçoit même que, dans un grand Doiiibri: de cas, elle puisse passer inaperçue des malades et même des médecins ; c'est ce (|ui arrive en effet fort souvent. C'est probablement à des cas de scarlatine i iiupixoii partielle et f>/)ltêmère qu'il faut rapporter tous ou presque tons les faits qu'on cite comme des exemples de scarlatine sans exanihùme. La doctrine de la fièvre scarlatine sans émption compte cependant beaucoup de partisans. Ileberdcn, Jos. Frank et plusieurs a utn» autorités la défendent, maison trouve dans les écrits de ers auteurs bien moins de faits précis que de simples assertions. Quant aux observations rapportées par des médecins contcm|K)rains, par Danco (/h^chives, 1830), par M. Trousseau (Archives, 1829), par M. Taupin {Thèse, 1860), nous croyons qu'elles ne sauraient dissiper tous les doutes et établir d'une manière irrévocable l'existence de la scarlatine sans exanthème.
Complications. — Divers acxidents peuvent compliquer la scarlatine : ce sont, dans les formes graves, des hémorrhagies passives par divei*ses muqueuses et des uclies ecchyniotiques sur la peau; diverses phlegmasies des organes thoraciques et alMioininaux; celles-ci néanmoins sont infmiment moins communes que dans la nm^i^eole. On observe encx)re des accidents cérébraux très variables dans leur forme, tels que délire, coma, convulsions et contractures. Ces symptômes, qui sont assez fréquents chez les enfants, simulent quelquefois chez eux une méningite : cependant il est rare d*observer sur le cadavre des traces de phlegmasie intra-€râoi<
120 DES riÈVBES.
presque toujours les accidcnlsnerventoliscrvéspciidaiula vie nelaissoni d'autres yestiges qu'une forte congestion, et, dans quelques cas, un épauchemeut séreux plus ou moins considérable dans les Tentricnles d^orveau. Ces accidents cérébraux ont soiivent un début brusque et une marclie rapide railleurs, au contraire, ils sont lents dans leur évolution. C'est ce que nous exposerons en détail lorsque nous parlerons à la fin du second volume de la maladie de Bright. J'ai rencontré plusieurs fois des douleurs rhumatismales dans le cours de la scarlatine. La maladie offrait alors une forme plus ou moins irrégulière, i)Ius ou moins anomale. Cette complication, quoique assez rare, a pourtant été observée parfois d'une manière épidémique. Diverses affections cutanées peuvent encore compliquer la scarlatine. Nous avons parlé déjà de la miliaire, nous pouvons aussi citer l'érysipèlc, les furoncles et surtout l'urticaigp. Celle-ci même n'est pas fort rare pendant la période de desquamation. Enfin, tous les auteurs parlent de la complication de la scarlatine par les autres fièvres éruptives, par la variole et la rougeole. Celte complication fort rare a été étudiée spécialement par M. AVilIcmin dans sa thèse (18^7). Ce médecin a établi que, lorsque la scarlatine su nient en même temps que la variole, ou lorsqu'au milieu de son cours cette dernière vient se joindre à elle, ces deux exanthèmes se développent simultanément ; la scarlatine n'est pas arrêtée, mais presque toujours le développement des deux éruptions se fait régulièrement. Si c'est la rougeole qui complique la scarlatine, parfois elles se développent simultanément sans se troubler, ou bien elles se modifient réciproquement ; la durée de chacune est abrégée. Enfin, dans les cas plus fréquents peut-être où elles se succèdent immédiatement, ou n'observe aucune roodiCcation des deux maladies l'une par l'autre.
Récidives, — Les récidives sont pour le moins aussi rares pour la scarlatine que pour la rougeole. Cependant J. Frank et d'autres médecins étrangers, ainsi que MM. Rayer, Bartbez, Rilliet, citent dans leurs ouvrages des cas incontestables de récidives; j'en ai obsené un cas très bien constaté chez la fille d'un de mes collègues à la Faculté, qui fut atteinte deux fois de scarlatine intense \ deux ans d'intervalle. Il paraît que des sujets ont même montré une prédisposition très extraordinaire à contracter la scarlatine ; ainsi on parle d'une personne qui aurait éprouvé dans sa vie sept atteintes de scarlatine (Jahn),et une autre dix-sept (Hcnrici).
Anasarque consécutive, — L'anasarque est l'accident le plus fréquent qu'on observe pendant la convalescence de la scarlatine. Signalée vaguement par Sennert, mieux étudiée par Borsieri et par les médecins florentins, qui en ont décrit les principales phases et indiqué la plupart des lésions anatomiques, ce grave accident a été plus récemment, en Angleterre surtout, l'objet de travaux importants. L'anasarque se déclare spécialement chez les enfants, dans les saisons froides, humides ; elle succède souvent à un refroidissement, mais le [>lus ordinairement, peut-être, elle sunient sans cause déterminante appréciable. Elle se montre communément du quinzième au vingt-cinquième jour de la maladie, rarement plus tard. Les malades, qui avaient été jusqu'alors dans un état satisfaisant, se plaignent tout à coup de fatigue, de malaise, d'insomnie ; leur figure est pâle et bouflie, les paupières surtout sont tuméfiées ; l'cedématie occupe bientôt les pieds, les mains, le scrotum, et envahit enfin toute l'habitude du corps. Des épanchements séreux peuvent se former aussi dans les plèvres et surtout dans le péritoine. Dans ce cas, l'urine est moins abondante ; sa pesanteur spécifique est diminuée (Hamilton et "Wood); die est trouble, d'un rouge brun, et contient une plus ou moins grande
<piantilé de sang ; quelquefois elle *f8t pâle, décolorée ; si on h chauffe ou si l'on y Tene noe certaine quantité d'acide nitrique, on produit un ooagulum plus on Bwins abondant, formé par de l^lbumiûe. L'altération de h aécrétion urinaire ■*ertpas un phénomène constant. Si M. Legendre l'a trouTée diezles quatorze sojetedont il a examiné les urines (1), MM. Guersant etBlache, par contre^ l'ont vne manquer chez un tiers des enfants hydropiques qu'ils ont traités (2). Les simplAmes généraux varient suivant que Tanasarque suit une marche aiguë ou une ■arche chronique. Dans le premier cas, il y a de la fièvre, de la céphalalgie; l'adëme est dur, résistant ; dans la forme chronique, au contraire, il n'y a pas de fièvre, et h peau, presque froide, conserve facilement et longtemps l'impression di doigt. Divers antres accidents peuvent survenir encore; ainsi, beaucoup de malades vomissent et ont de la diarrhée ; la plupart éprouvent quelques symptômes du côté des organes thoraciques, car la bronchite, la pleurésie, l'hydrothorax, roitee des poumons, mais la pneumonie surtout, sont des complications extrè- ■meot communes dans l'anasarque consécutive de la scarlatine; enfm, il y a qaéqacB individus qui succombent plus ou moins rapidement dans un état coma- Mx OU ^ la suite de convulsions. L'anasarque, après avoir présenté des alternalivacD bieii et en mal, finit par diminuer i)eu à peu, et par disparaître tout à Ui. Sa durée est, en général, longue ; il est rare qu'elle persiste moins de deux M troii Mmaines, et le plus souvent elle se prolonge pendant un, deux, et parfois métantroB mois.
Un grand nondve de ces hydropiques succombent, et à l'ouverture de leur corps on trouve le plus souvent, dans les reins, quelques-unes des altérations que nous ferons connaître plus tard, comme caractérisant la maladie de Bright. Il existe en ontrc des lésions accidentelles dans divers viscères, spécialement dans l'intestin et dans la poitrine, car la plupart de ces malades sont emportés par une maladie intercurrente, comme ime entérite, et surtout une phlegmasic de la pierre on des poumons.
L'anasarque est une complication assez commune de la scarlatine, mais dont la fréquence varie néanmoins beaucoup dans les différentes épidémies. Dans celle qui rcgna à Edimbourg, de 1835 à 1836, elle est survenue dans un septième des cas mriron (Wood); MM. Barthezet RillietFont notée chez un cinquième de leurs malades. Elle se déclare indifféremment après les scariatines graves comme après cplles qni ont été le plus bénignes. Elle est beaucoup plus fréquente dans les hôpitaux qu'en ville, dans la classe pauvre que dans la classe aisée. Nous redirons encore (pi'on refroidissement est sa cause déterminante la plus ordinaire. Pour la produire il n*est pas nécessaire que l'impression du froid soit continue, mais il suffit souvent pour cela de Timpression la plus passagère, la plus fugace. On a cru dans ces cas, que Thydropisie survenait par la suppression ou la diminution de la perspiration cutanée ; la chose est possible. Cependant on ne peut s*empècher de rapprocher ces hydropisies de celles que nous décrirons dans une autre classe, et qui survenant également sous Tinfluence d*un refroidissement brusque, reconnaissent pour cause organique une altération du sang, ou une diminution dans la proportion de son albumine. Cette diminution semble être tantôt primitive, ailleurs elle ost consécutive à une altération des reins ; dans ce dernier cas, de l'albumine étant éliminée par ces organes, l'urine donne un précipité floconneux quand on la
(1) Rtekurckt» afiatomO'pathologiques sur quelques maladies de Ven fanée, p* 8i7, (3) Di€iiamunre de médecine en 80 volumes, art. Scaklatiiii.
traite par Tacide nitrique ou par la dialeur. lorsque par contre les reins sont sains, les urines peuvent bien être pâles, anémiques, mais elles ne coniiennenl pas d'albumine. (Voir rartide sur la maladie de Bridât. )
Diagnostic.^ — Nulle difficulté pour dislinmiei- la variole de la scarlatine, car la première ne présente au début ni phuiiics r()np;es ni pointillé régulier, mais de petites taches rouîmes au centre desquelles est uneélevure. On pourrait plus facilement confondre la scarlatine et la rougeoie, cep(*ndaut ces deux maladies dilTèrent beaucoup Tune de Tautrc : 1" par les prodromes; 2" par les caractères de l'éruption ; o" par la manière dont la descpiamation se fait.
Les prodromes de la rougeoie sont reniar([nables par les symptômes de catarrhe qu'on obsene du côté des nmtpieuses oculaire, nasale et bronchique, tandis que rien de pareil n'a lieu dans la scarlatine. Dans celle-ci ou constate pres(|ue toujours une angine assez forte, landis que cette aiïectiou est très rare dans la rougeole ; ou bien quand elle existe, elle est toujours très peu marquée, et dans aucun cas les nmqucuses buccale et pharyngienne ne présentent cette coloration écarlate qu'elles ont dans la scarlatine ; enfin les prodromes ont une durée bien plus longue dans la rougeole que dans la scarlatine. Quant à l'éruption, elle est écarlate, franiùoisée dans la scarlatine, et d'un rouge beaucoup moins foncé dans la rougeole. Dans c«lle-ci, d'ailleurs, il n'y a rien de régulier ni dans la couleur, ni dans la forme, ni dans l'étendue et la saillie de l'éruption. Dans la scarlatine, au contraire, tout est régulier. Ce sont ou de larges pla([ue^, ou bien un i)ointillé confluent, une espèce de granit ne ressemblant en rien à Téruption morbilleuse. binfin, le mode ^e des([uamation dilTère essentiellement dans les deux maladies que je compare, puisque dans la rougeole l'cxfoliation est insensible, ou bien l'épidcrme se détaclu; sous forme de lamelles furfuracées, taudis que dans la scarlatine ce sont d(; larges plaques, de gros lambeaux ayant plusieurs centimètres de longueur.
Il n'est |)as très rare de méconnaître une scarlatine et de ne croire qu'à une angine. DaiLs la fonne angineuse, en eiïet, l'exanthème est quelquefois |)articl, sa durée est souvent éphémère, de telle sorte qu'il peut jmsser inaperçu : on peut croire; aloi-s à l'existence d'une esquinancie ordinaire ou d'une angine pultacée ou couenneuse. Cette erreur a été é\idennuent commise par Fothergill; il est facile, en eiïet, de se c^n>aincre que l'éiùdémie qu'il a décrite sous le nom de mal de gorge avec ulcères u'était autre qu'une scarlatiue angineuse. On ne comiuettra point une pareille méprise si l'on a égard aux symptômes généraux, plus graves dans la scarlatine que dans l'angine simple, à la coloration écarlate des amygdales, du pharynx et de la bouclie. Quand une angine coexiste avec un appareil fébrile intense et sans proportion avec l'étendue de la j)hlegmasie, il faut procéder à uu examen attentif de toutes les parties du corps, et souvent alorp on reconnaîtra sur divers |)oints quelques rougeurs partielles, framboisécs, uniformes ou granitées, sans dureté du derme, très superficielles; ces rougeurs ont existé chez tous les malades de Fothergill, mais cet auteur en méconnut les véritables caractères, puis- (|u'il les regardait comme étant seulement ér^sipélateuses. (Voir plus loin l'histoire de V angine couenneuse. ) L'érysipt'le pourtant, par sa circonscription à une partie peu étendue, par la dureté du dcnne, par sa marche progressive, n'a aucune ressemblance avec la scarlatine, et cependant dans quelques cas nous croyons qu'on a fait (Treur. Ceux, par exemple, qui ont cru à des érysipèles universels occupant simultanctnent toute la surface du corps, ceux-là, d'après nous, se sont mépris et ont méconnu une scarlatine.
La scarialine pont se romplîquor'd*une angine couenneose, mais la chose est rare, et il importe de ne ])as prendre pour telle ces angines si communes dans la pyre\ie dont je traite, et qui s*»conipagnent de la sécrétion d*nne matière crénieiisp et pultacée.
Pronostic. — C'est à tort que Sydenham a signalé la scarlatine comme une maladie bénigne, et qui no pouvait devenir fatale que par Timpéritie du médecin. On d<iitdire, an contraire, avec Darwin, que In gravilé de cette affection varie, suivant les épidémies, depuis rinnocuité d'une piqùn; de puce (quelquefois il n'y a pas in«^mede fièYre) jusqu'au dangor de la peste, du choléra et des varioles couflnento!}. Toutes cliases étant égaies d'ailleurs, la scarlatine est plus grave chez Fadulte et le vieiljanl que dans lo jeune âge ; l'état puerpi^ral est aussi une circonstance aggravante. Les scarlatines qui s'accompagrjient d'hémorrhagies et d'accidents nerveux ont le plus souvent une issue funeste, il faut surtout se préoccuper do délire, quelque léger qu'il scàt. Ou 'on sache bien que dans les scarlatines anomales et graves, le i)éril est de tors Ips instants. (]'ost en («ffet une des affections «gaês dans laquelle on voit lo plus do ces morts rapides et imprévues. Il est donc important que le médecin soit très attentif et qu'il sache porter son pronostic avec prudence, afin qu'on ne l'accuse pas d'une catastrophe qu'il n'est pas toujours en notre pouvoir ùv, conjurer.
L'anasarque consécutive à la scarlatine est toujours fâcheuse ; souvent elle est pins grave que la maladie elle-même, surtout lors(prelle suit une marche aiguë. Le pronostic est plus fâcheux lorsque les urines sont albumiueuses, que lorsque ce phénomène manque, en raison de l'altération des reins (|ue ce phénomène révèle. Le pronostic de l'anasarque est grave encore par suite des sérieuses complications qui surviennent si fréquemment du côté des organes pectoraux.
h'ttologie. — I..es observations de Clarke, Heberden, J. Frank, prouvent : 1* que les enfants au-dessous de di\ ans sout plus s|)écialeinent sujets à la scarlatine; 2* quejus(pi'à vingt ans, celle-ci affecte à peu près également les individus di* l'un et de l'autre sexe, tandis cpraprès cet âge elle est plus commune chez les f«*nnnes. L'état puerpéral prédispose ces dernières à la contracter. i\l >1. Uiiliel et Barthez ont émis l'opinion que la scarlatine atteignait rarement les enfants tub<îrcideux, et cette proposition nous parait égaleuient vraie pour l'adulte. La scarlatine aiguë règne dans toutes les saisons ; mais elle sévit plus spécialement à l'èquinoxe du printemps ou à l'automne. Elle est essentiellement contagieuse, et il est à croire, a^ec Guersant et M. Blache, que cette fâcheuse propriété n'est pas toujours éteinte après plus d'un mois. Elle est à son maxiuuun pendant la période de desquamation. On dit que Stoll a pu inoculer la maladie, mais Petit-Radel l'a vainement tenté. Quoique cette maladie soit fréquente, on peut dire pourtant que le nombre des indi\idusqui lui sont réfractairos est plus considérable que le nombre de ceux qui résistent à la rougeole ou à la variole.
Traitement. — Dans la scarlatine simple, il faut abandonner le malade à la nature. La diète, le repos aii lit, les |)édiluves, les boissons acidulés, tempérantes, une température douce, sont les seuls moyens (]u'on doi\e employer. Les malades seront modérément couverts. 1^ saignée n'est utile que lorsque la réaction est ^ive, le pouls large, dur, et qu'une cx)ngestion active a lieu du côté de quelque
viscère.
Currie, Tiiomson, Bateman et plusieurs autres médocins anglais ont beaucoup préconisé, dans la scarlatine, les lotions acidulés, les aspersions froides, les affusions générales. Ils ont prétendu que ces moyens modéraient la clialeur, diminuaient la
fréquence du poub, procuraient du sommeil et excitaient une transpiration salutaire ; mais l'expâience u'a pas encore prononcé sur refficacité de cette méthode, dont l'emploi n'est péat-être pas sans danger. D^s la scarlatine bénigne, Tangine devient parfois assez videlite ponr rendre nécessaire rapplication de sangsues sur les parties latérales du cou. Les médecins anglais ont plutôt insisté, dans ces cas, surTusagedes pui*gatifs. Si la faiblesse du malade cm{)échait de tirer du sang, et si, d*autre part, quelque complication abdominale rendait remploi des purgatifs impossible, il faudrait combattre Tangine par des révulsifs cutanés, et surtout par un large vésicatoire appliqué à la nuque. Les gargarismes émoUients sont utiles lorsqu'il n'existe pas trop de gonflement; on peut aussi, vers la fm, les rendre plus ou moins astringents avec Talun, le borax, etc. Si Fangine devenait gangreneuse, on aurait recours aux {girgarismes faits avec une décoction de quinquina, avec ou sans alcool camphré, ou bien on y associe un quart de solution de chlorure d'oxyde de sodium, de l'alun ou de l'acide chlorhydrique, moyen qu'il faut combiner avec un traitement tonique général. L^angine diphthéritique sera combattue par la série de moyens dont nous parlerons en traitant de cette affection. Quant à l'angine pultacée, elle ne mérite aucune médication spéciale. Quelques médecins ont préconisé le chlore, à la dose de 8 grammes, à titre de spécifique ; d'autres ont conseillé l'administration de Témétique à des doses vomitives, toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures; mais aucun fait ne prouve Tatilité du chlore. Quant aux vomitifs, ils ne conviennent que dans les cas de complication saburrale , ou bien lorsque des mucosités ou des fausses membranes existent dans l'arrière-gorge ; alors les efforts de vomissement qu'ils provoquent expulsent facilement les matières qui obstruent le pharynx.
Le traitement de la scarlatine maligne est un des plus difficiles et des plus incertains. La maladie affecte-t-elle la forme adynamique , on aura recours à la médication tonique : les préparations de kina, les vins généreux en feront la base. Si c'est la forme ataxique qui prédomine , si l'individu est très i^té, s'il a un délire violent, on le plongera dans un bain froid ou frais ; la tête sera couverte de compresses froides ou d'une vessie remplie de glace, et on essaiera timidement l'-emploi de l'opium. Si le délire semblait se rattacher à l'existence d'une congestion intracrânienne, on appliquerait des sangsues derrière les oreilles, on promènerait des révulsifis aux extrémités eton agirait plus ou moins vivement sur le tube digestif. JLorsque le désordre nerveux est plus profond encore, lorsqu'il se traduit par des soubresauts, par la céphalalgie et du subdélirium, on essaiera les demi-lavements camphrés, les potions avec le castoréuni, et surtout le musc, è la dose de 1 à ^ grammes. L^ médecins étrangers, les Américains surtout, ont vanté dans ces cas le carbonate d'ammoniaque, à la dose de 4 à 10 grammes dans une potion.
C'est dans cette forme grave de la maladie que quelques-uns ont préconisé les afTusions et lotions froides. Ce moyen a été surtout vanté par Currie, par Grégor>', par Bateman, par Nasse, et par une foule de médecins distingués d'AUemagne et d'Angleterre. Schedei , dans son livre sur l'hydrothérapie, s'en montre par* tisan après avoir vu employer ce traitement dans l'établissement célèbre de Grasfenberg. Quelque opposée que soit cette pratique aux idées régnantes, il est avéré cependant, en consultant les meilleurs témoignages, qu'on n'a jamais eu à lui reprocher des accidents sérieux. En France, personne n'a encore osé expérimenter la méthode de Currie. Nous croyons que, si l'on doit s'en abstenir dans la scarlatine simple, il faudrait au contraire y recourir dans la forme grave ou maligne, lorsque les forces sont anéanties, lorsque le pouk est petit, la chaleur, brûlante, lorsqu'il
DE LA SCARLATINE. » iSS
T a de Tagiuiion et du délire. On a tq seitTenr, en e&t» eet ijMiideiiti se calmer et ft^iniMiiiidrir rapidement après remploi d^e affoaiqâ îfciàÊk n y a plmiem aaattlKs d'appliquer la méthode : Ie8iiii8|.afec Gurrie, |in||ii^aiÉ.ai^ le malade» préafaUemeot placé dans une ba%ioire, dàq ou . sii^fâniiL ^^ froide» tandis que et d'antres se bornent à faire des lotions d'eaaMidè pore on vinaigrée. Quel soit le sjfstène qu*on adopte, il importe de savoir que la sédation n'est souque passagère, et qu'il faut revenir souvent une on plusieurs fois à l'applicadn fMd pour déterminer une amélioration persistante. Feodant la convalescence, et même plusieurs semaines après la guérison comfliie, 1 bot ppéstfver les malades de toute espèce de refroidissement, et surveiller
Je nlmiterai pas la sévérité des médecins de l'Étrurie, dont parte qpii, même en été, ne permettaient le renouvellement de l'air et je chaude Ihqa'après le quarantième jour; mais il ftnporte qœ, pendant toute la ^ la desquamation, et huit à dix jours après qu'elle est terminée, tes indidians des pièces chaudes, à Fabri de toute cause de refroidissenient et de flaiMlie de la tête aux pieds, quelle que soit d'ailleurs la saison où l'on Pendant la desquamation, et pour hâter et favoriser la séparation de npidermet les malades prendront un ou plusieurs bains tièdes, en prenant d'ailhâritodleiles précautions possibles pour éviter un refroidissement^ Si, malgré ks wmm éttu on entoure les malades, l'anasarque néanmoins survenait, on devrait, ai la ttvire continuait, recourir à une ou plusieurs émissions sanguines, pourvu nt qœ l'état du pouls le permit M. Rayer a obtenu, dans ces cas, d'heuefleia de Fapidication de sangsues et de ventouses sur les régions rénales. Les tièdeasont également utiles. On devra, au contraire, s'abslenir d'administrer . ks diarétiqaes énergiques, dont le danger avait déjà été signalé, il y a plus d'un nède, par les médecins florentins. — Dans la forme apyrétique de l'anasarque, oo excitera la transpiration cutanée par l'emploi des sudoriGques et surtout des bains de vapeur ; on fera des frictions sèches , aromatiques, toniques ; on donnera qodqnes purgatifs, et, si le sujet est faible et anémique, on prescrira le quinquina €t surtout les préparaticms de fer.
Prophylaxie» — Comme on ne sait pas au juste l'époque à laquelle la scarla* tiae cesae d'être contagieuse, il e^ prudent de ne fréquenter les individus qui en SOI été atteints que lorsque tonte trace de desquamation a cessé. On a préconisé un grand nomhrt de remèdes comme jouissant d'une vertu prophylactique contre la ■laladie : tel^ sont les purgatifs, les exutoires, le olomel, les acides à l'intérieur et * en lotions, la gentiane, le goudron, etc. ; mais ces substances n'ont point l'effet qa*on leur a attribué. Dq>uis quelques années, les médecins allemands ont beaucnop vanté la belladone. On conseille de dissoudre 10 centigrammes d'extrait dé bdbdone dans 32 grammes d'eau de cannelle, et d'en donner chaque jour aux enfants de 2 à & gouttes pendant toute la durée de l'épidémie. D'autres préfèrent la leintnre édiérée» qu'on prescrit à la dose de 6 à 10 gouttes par jour chez les enfants de irait k dix ans. Des faits très nombreux semblent déposer en faveur de la vertu préservatrice de la belladone. On trouvera, par exemple, dans le tome II de la Biblidkèque de thérapeutique de M. Bayle, que, sur 2027 individus soumis à l'administration prophylactique de ce m^cament, il y en a eu 19&8 qui ont échappé k l'influence épidémique. Une foule de médecins étrangers, notamment Zencb, Scfacnk, Berdnt, Kœller, putersberg, ont cité des cas nombreux favorables k l'actioÉ du remède. Ce dernier a éprouvé l'eflBcadté de la belladone dans trois épidémies successives; pour rendre ses résultats plus concluants, il omeuait
426 DKS FIÈVRES.
volontairement de^donner le préservatif à un enfant dans (iia(](ie fuiniilts et celuilà était le seul qdt fût atteint. Quelquefois |)ourtani la maladie fra])))aii ceux (|ui niaient pris la belladone qac pendant quatre ou cinq jouis ; mais la maladie était alors très bénigne chez eux. Quelques ûiédecinsitffrançais ont également éprou\é dans ces derniers temps les heureux eiïctsde la belladone ; je citerai, entre autres, Guersantet Delensà Paris, et surtout MM. les docteurs Godelle à Soissons, et Stéveuard à Valencieunes. Ce dernier ayant donné la belladone à quatre cents personnes, tontes fuient préservées, tandis que la maladie atteignit des indi\idusde la même localité placés dans des conditions identiques, mais qui n'avaient pas été soumis au traitement |)réventif. D après tous ces faits, on ne saurait s*cmpéclier d'administrer la belladone aux sujets (|ui sont exposés à la contagion. Cette administration ne peut avoir d'aillcui's aucun inconvénient.