‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne v. 1Chapitre 23 sur 118 · TROISIÈME GENRE DE HÈVRES · texte numérisé non relu

TROISIÈME GENRE DE HÈVRES

mwa FIÈVRES INTÙilITTElinm.

• FièrrM «Taccèt; de maraU , përiodiqnei.

On donne le nom de fièvre intermittente à une affection fébrile dont les sympiAoïes cessent et se reproduisent à des intervalles rapprochés et à peu près égaux, et entre lesquels existe une apyrexie complète.

Chaque accès de fièvre intermittente se partage en trois temps que l'on nomme Mùde» 00 périodes, et qu'on distingue par leur ordre numérique, ou mieux encore par la dénomination de stade du frisson ou du froide de la chtUeur et de la suew\ phénomènes qui, dans les accès réguliers, se succèdent toujours dans cet ordre. La période de calme, ou l'espace de temps qui sépare les accès, se nomme a/>yrexie ou intermission ; les jours qui séparent les accès sont dits intercalaires^ et Ton appelle paroxystiques ceux pendant lescfuels ils reparaissent. Enfin, le type est l'ordre suivant lequel les accès reviennent, se corn>si)oudent et s'enchaînent On en a admis plusieurs espèces; les principales sont les types quotidien^ (ierce

iS( DES FIÈVRES.

et quarte. Dans le premier, les accès ont lieu tous les jours et sout tous semblables eotrc eux pour la durée, la violence et les principaux s\inpiomes qui les accompagnent; dans le type tierce, les accès se renouvelknt tous les deux joui , c'est-à-dire qu*ils reviennent et disparaissent chaque troisienie jour de manière que entre deux accès il y a un jour de complète apyrexie; enfm, dans le lype quarte, les accès ont lieu chaque quatrième jour, ou si l'on veut de trois en trois jours : ils sont séparés les uns des autres |)ar deux joui*s d'apyrexie.

Ces trois types offrent quehpies variétés ayant reçu des noms particuliers et qu'il importe de connaître. Ainsi on nonnne doMo-quotidienne la lièvre qui présente deux accès par jour; doidj/e-fiercc celle qui a un accès tous les jours, mais avec cette circonstance remarquable, que les accès des jours pairs (du deiwième et du quatrième) se corresjwndent^our la durée et l'intensité, et (|ue la même œrrélation existe pour les accès des jours impairs (premier et troisième). Le i)'\ye doublequarte présente un accès deux jours de suite, puis vient un jour d'apyrexie; mais les accès s'enchaînent de manière que celui du quatrième jour est semblable à celui du premier^ celui du cinquième à l'accès du second ; enfin Tapyrexie du sixième jour correspond à celle du troisième. Os diverses variétés de types sont à peu près les seules (|u'on rencontre dans la pratique, et il importe de bien connaître la valeur des mots qui servent à les désigner. I^s auteurs ont pourtant admis plusieurs autres types : ainsi ils ont décrit des fièvres tierce doublée, quarte doublée ci quarte triplée. Dans la première, il y a tous les deux jours deux accès dans les vingt-quatre heures ; dans la deuxième, il y a deux accès dans un jour, après deux jours d'apyrexie; enfin, dans la troisième, il y a trois accès dans les vingt-quatre heures, et la fièvre revient tous les quatre jours. On parle aussi d*ûne fièvre triple-tierce et triple-quarte. Dans la première, il y a deux accès le premier et le troisième jour, et un seul le deuxième et le quatrième , ces accès se correspondant d(^ deux en deux jours. Dans le type triple^uarte, il y a un accès tous les joim> ; ces accès se corres|)ondent pour la durée et la violence tous les trois jours ; c'està-dire que le quatrième est semblable au |)remier, le cinquième au deuxième, le sixième au troisième. £nfin, etpour terminer, je dirai qu'on a admis des fièvn*s quintane, septane, octane, mensuelle, annuelle, etc. , suivant que les accès revenaient tous les cinq, six ou huit jours, tous les mois, tous les ans. Mais de toutes ces variétés de types, le double-tierce est le seul qu'on rencontre ; les autres sont purement exceptionnels, extraordinairemcnt rares, plusieurs n'existent même probablement pas.

Historique. Bibliographie, — Les fièvres intermittentes ont été connues de tout temps; elles sont mentionnées dans plusieurs des traités d'Hippocratc ou attribués à ce grand homme. Klles furent pour la première fois décrites méthodiquement par Gelse, puis par Galien et par les auteurs arabes. A dater des xvi" et xvir siècles, ces maladies furent étudiées avec plus de soin et par un grand nombre d'auteurs. Non-seulement on en parle dans tous les traités de pyrétologle et de pathologie interne, mais elles ont été le sujet d'une foule de dissertations et de monographies, parmi lesquelles se distinguent surtout celles de iMorton, de Lancisi, de AVerlhof, de F. Hoffmann, de Scnac, de Strack, de Pliilipps, ainsi que les ouvrages de y\\\, Ne|)ple, Faure, Maillot, Bonnet. (Voir plus bas, comme complément, l'article Fièvres pernicieuses.)

Divisions. — Plusieurs divisions importantes ont été proposées dans l'étude des fièvres d'accès. Ainsi on les a distinguées en simples, franches ou bMignes^ et en pernicieuses ; en manifestes et en larvées ; en essentielles ei en sf^mpfomntiffurs ;

DE lA FlkVRE INTERMITTENTE SIMPLE. 135

CI régulières et on irrêgulières, expression dont nous déterminerons plus tard la faleur.

DE LA FIÈVn^ INTERMITTENTE SIMPLE.

\a fièvre inlermittonte est dite simple^ Mnifjne, lorsquo, seulement caractérirfe par les accès fébriles, elle est dégagée de tous les accidents et complications qui pensent la rendre méconnaissable, et qui h* plus souvent sont assez graves pour compromettre la vie.

Anatomie pntholngiqnn. — La fit'vro intermittente n'a pas, k proprement pfrler, àtnége anatomique ; elle n'est donr caractérisée sur h* cadavre par aucune lésion qa*aii paisse regarder comme étant l»» point de départ (b\s accidents arrivés pendant U vie. n est pourtant une altération concomitante eV^émemont commune, manfHBlà peine quelquefois : je veux ])ar1er de l'auiicnientation de volume de la rate. OC Oléine* en effet, qui, à l'état physiologique, n'aurait guère, d'après Assolant, que 13 centimètres (1), peut, s(ms l'influence de la fièvre, acquérir des dimensions pliu que quadruples, et peser au delà de 6 ou A kilogrammes. Son tissu, d'abord amplement hypérémié, gorgé de sang, ])eut se réduire en pulpe molle comme dans les lierres typhoïdes; mais cette grave altératicm ne se rencontre que dans la variété des llèvTes înlennittenles éiio^pprnirifinspfi. Dans celle dont nous traitons artncBement, surtout quand elle se prolonge, la rat(* est plutôt hypertrophiée, son ÛRislBdnre en même temps que son volume augmente; on n*y rencontre de la sopporalion dans aucun cas. H est inutile de dire (pie l'inflammation est étrangère ï h production de cette lésion.

Deox médecins militaires, MM. Léonard et Folley, ont annoncé, en 1865, à r\cadéniie des sciences (^'^ance du 10 novembre), avoir examiné la com[K)sition du sang chez les individus atteints de fièvre intermittente, et n'avoir trouvé aucun rhanp;ement dans la proportion de la fibrine, des globules, ni des matériaux solides dn «*>mm. Ce n'est que lorsque la fièvre se prolonge ou qu'elle a eu de frécpienles rpcîdives, que les différents principes du sang diminuent de pro])ortion ; mais cette diminution porte spécialement sur les globules ; il y a alors l'altération que nous d^nrons plus bas à l'article Anpnn'p.

SfjrnfMtnes, — Dans la plupart des cas, les fièvres intermittentes débutent sans pnidromes ; il est, au contraire, assez comnmn d'observer pour chaque accès qitelques phénomènes avant-coureurs, tels que céphalalgie, anxiété, knllements, pandirulations, pâleur, tendance au sommeil, etc. A ces symptômes, qui n'ont qu*uoe durée fort courte, succède bientôt le frisson, qui marque le premier stade de la fièvre.

Premier stade ou atade df froid. — Le froid ou frisson qui constitue le premier slade d'un accw varie Ixtaiicoup. Quelquefois les malades n'éprouvent qu'une sensation de froid partielle ou générale et tout à fait éphémère. Cliez la plupart le froid »■« plus fif : c'est une horripilation s'accompagnant d'une sorte de frémissement df la peau avec saillie des bullx*s {chnir do poule). Enfm le froid peut être plus intenw encore; il détermine alors le claquement des dents et un tremblement con- Milsif des membres (c'est le rigor). V.n «général, le fmid n'acquiert cette intensité ipie pru'^ressivemeiil. Borné d*al)ord à ime seid»* partit;, aux extrémités, au \isage «»l dans les lombes, il s'irradie de là îi toute la surface du corps ; il ne reste cirrnnsrrit à un point que dans le cas de fièvre anomale ou bien dans les accès peu

■ 1) 'Heeh€rth€9 $ur la raie, Paris, an ii.

intenses. Dans ce premier stade, on observe quelques phénomènes particuliers. Ainsi, dès que le ffoid commence, les parties les plus éloignées du centre circulatoire, et notamment les doigts, le nez et les ordfles, deviennent froides, bleuâtres ou livides; le corps semble diminuer de volume, à tel point que les anneaux |)euvent tomber des doigts (J. Frank, Cullen). Si le froid est intense, la face est plombée, et la peau du corps est souvent parsemée de plaques marbrées; les yeux sont caves, hagards ; la tête est fléchie, les membres sont rapprochés du tronc ; la voix est altérée, cassée et tremblante. Le malade accuse souvent des douleurs contusives dans les membres, des déchirements dans les lombes, un resserrement à l'épigastre, une douleur dans la région spléuique, de ropj)ression, des palpitations, beaucoup d*anxiété, et, sur toute la surface du corps, le pirolemenl et la sensation d'un froid très intense. Pendant le frissc^, la chaleur de la peau paraît assez souvent diminuée au toucher, mais dans beaucoup d'autres cas pourtant la main perçoit une température normale ou même plus élevée que de coutume. Des expériences nombreuses, entreprises jadis par de Haen, par Home, et répétées dans ces derniers temps par ]\1. Gavarret, ont prouvé, en efl'et, qu'en plaçant un thennomètre dans l'aisselle de ces malades on constatait une élévation de température de 1 à i!i degrés au-dessus de la température nonnale (1). Dans ce ])remîer stade, la peau est ordinairement sèche et aride; le pouls est fréquent et déprimé, la soif intense; les urines s<mt peu abondantes et aqueuses. U y a parfois des vomissements bilieux, et Senac a plusieurs fois obsené des hémo))tysies, ce qui s'explique par le refoulement du sang vers rintérieur. Le frisson a une durée qui varie depuis moins d'un quart d'heure jusqu'à cinq heures; sa durée moyenne est d'une heure; sa longueur et son intensité ne sont pas nécessairement en rapport avec la gravité de l'accès. Ce premier stade de la fièvre peut manquer. •

Deuxième stade ou stade de chaleur. — Le froid, après avoir duré depuis quelques minutes jusqu'à plusieurs heures, est remplacé par une chaleur plus ou moins considérable qui, commençant par les extrémités, finit par être générale. Sous le rapport de son intensité, elle offre tous les degrés compris entre une légère sensation de chaud et une ardeur brûlante. Toutefois les rech(srcbes de M. Gavarret ont prouvé <|ue, si dans le stade de chaleur la température de la peau est plus haute, cette élévation néanmoins est faible, puisqu'elle ne dépasse guère que d'un degré celle qu'on trouve dans le stade de froid ; il faut donc expliquer alors la sensation de chaleur vive que les malades éprouvent d'une manière si incommode par une sorte de perversion de la seasibilité. Pendant ce deuxième stade, la céphalalgie et la soif persistent, l'anxiété et l'oppression diminuent ou cessent, le pouls prend de l'ampleur; l'urine est rouge, rare et brûlante; la face s'injecte; tout le corps, qui semblait amoindri pendant le frisson, parait à présent comme boursouflé ; enfin, la peau, sèche d'abord, s'humecte bientôt de plus en plus. Le deuxième stade dure de une à douze heures ; mais il est assez rare pourtant qu'il se prolonge au delà de ({iiatre. I^ |)ériode de chaleur peut manquer, mais cela arrive beaucoup plus rarement que |)our le stade de froid.

Troisième stade ou stade de sueur. — îxi sueur se montre d'abord à la tète, à la poitrine, et finit bientôt par occuper tout le corps. Elle peut ne consister qu'eu une légère moiteur, ou bien être assez abondante pour ruisseler de toutes j)arts et [)énétrer tous les linges et même le lit. Pendant qu'elle s'établit, tous les symptômes incommodes s'amendent : ainsi la céphalalgie, l'anxiété, les douleurs, la soif disj)a-

fj) Journa) VETpcrience. année iSSO.

Page 1