DES FIÈVBES INTERMITTENTES PERNICIEUSES
On donne le nom de pernicieuses aux fièvres intermittentes qui, eu raison de leor gravité et de leur marche rapide, peuvent se terminer par la mort dans le coarsd'un accès.
Historique. — Quoique Hlppocrate, Praxagoras et les Arabes aient vu quelques 6èvres intermittentes s'accompagner d'accidents mortels, on peut dire pourtant que le caractère des fièvres pernicieuses fut complètement méconnu par les médecins jusqu'au xvii* siècJe, époque à laquelle parui^nt les travaux de Mercatus; mais ce fut néanmoins Morton qui le premier décrivit ces maladies avec quel([ue précision, et qui créa en quelque sorte leur traitement. Après Morton, on vit paraître tour ^ tour les immortelles recherches de Werlhof, de Lauttcr, de Senac, de le Medicns, de Coinparetti, et surtout celles de Torti, qui non-seulement décrivit avec une admirable précision les caractères des fièvres pernicieuses, mais qui a posé, CD outre, des préceptes thérapeutiques fort sages, qui nous serveut encore de règle aujourd'hui. Les auteurs modernes ont peu ajouté à ce que ces grands maîtres nous ont laissé. On lira pourtant avec fruit les livres d'Alibert et de M. Maillot.
Variétés. — Il y a plusieurs espèces de fièvres pernicieuses. Il en est une qui psl caractérisée par un ensemble de symptômes graves, sans prédominance d'aucun d'enx. A chaque accès la physionomie est profondément altérée, la prostration est grande, le pouls est petit et irrégulier, l'intelligence est obtuse et la langue sèclie {F. pernicieuse adynamique). Dans la plupart des cas, pourtant, on observe un symptôme prédominant qui fixe l'attention et constitue tout le danger de la maladie. C*est ce que nous allons exposer.
(1; Voyei dans la Phyaiologie de Bérord, l. Il,à J 'article Des fouctions dk Là tàift, Ve%i^ sitioD p)m déiaillée des faits précédenls, et Archives de médecine, t. XXVII, &* sènc, p«^%
150 DES FlfcVRES.
' La fièvre peDt être pornicieusc p^ Texagoration du siado de froid : cVsl la fièore ûigide; ou du stade ide sueur : c*e8t \it. fièvre diaphovf'^tiqup.
!•* La fièvre c//^iic{p. est caractérisée par un froid intense et jçénéral dont les malades n*ont souvent pas la conscience, et pédant leqnel 1^ face a l'aspect cadavéreux. Il y a des plaintes ; l'agitation est extn>mc; la soif est \ive, l'haleine froide, la voix éteinte, le pouls petit, fl-éqUent» irrégnlierou bien rare : rintellij|;ence reste intacte malgré des troubles aussi profonds. La moM pcMit arriver dès le premier accès. Si l'individu ne snccond)e pas, la chaleur s'établit lentement, et elle est peu considérable. Dans riuterim'ssion, le malade reste faible et soulTranL Si l'on n'v porte un prompt remède, la maladie (;st en généi al mortelh? dès le deuxième ar^ès. Dans la plupart des cas, la liè>re algidc n'est manifestement que l'extigération du premier stade ; c'est le froi4 (jui est plus intense et pins I(mg que de cx)utume. Dans quel()ues circ4)nstances, pourtant, c'est au milieu du deuxième stade, et [Mandant la réaction franche d'une lièvre en apjîareuce b<''>nigne, ([u'on voit tout à coup apparaître les symptômes de l'état algide. (l'est même cette marche que M. Maillot a observée le plus ordinairement en Africpie.
2" La fièvre (liap/iorf'tique est une des [>liis insidieuses. Eu eiïel, ses deux premiers stades ne diffèrent point conmiunément de ceux d'une fièvre intermittent** Ix'^nigne; parfois pourtant la période de sueur est un peu phis préc4)ce. Dans c(MI<' forme, dès que la peau s'hmnecte, les malades se sentent soulagés; mais bientôt la sueur devient tellement excessive qu'elle pénètre tontes les parties du lit ; h»s malades ont froid ; leurs forces s'épuisent ; h» pouls est d'une petitesse extrême : mais l'intelligence persiste dans son intégrité. Si la mort n'arrive pas dès le premier accès, elle est pres(pie inévitable au second. Torti a failli en être lui-même victime.
Le troisième groupe de lièvres pernicieuses que nous établissons comprend toutes celles <|ui sont caractérisées par quehpie trouble de l'innervation, tel que coma, délire, catalei)sie, épilepsie, convulsions, hydro))liobie et paralysie.
!• La fù'ore comateuse, qu'on nomme aussi soporettsn, lplh(u*gique^ ravotiqm\ a/joplectf(/u(\ est une des formes les plus fréquentes. Le coma cpii la caractérise varie depuis la simple somnolence jusc]u'au canis le plus profond. Il s'établit ixarfois dès le [)remier stade, mais pres({ife toujours c'est pendant le second. Il est rare que le malade succoml)e dans le premier accès ; mais il survit rarement au troisième ou au quatrième. La fièvre comateuse est', sans contredit, de toutes les formes pernicieuses celle qu'on rencontre le plus souvent chez les enfants.
2" La fièvre délirante est caractérisée par un délire plus ou moins violent, qui Rebute comnmuément pendant le deuxième stade. L'exaltation cérébrale diminue peu ti [)eu pendant la j)ériode de sueur. La mort peut survenir brusquement pendant le délire, ou bien les malades tombent dans le coma, et succombent dans un état d'insensibilité cxnnplète.
3" Sous le nom de fièvre convulsivo, je comprends toutes les fièvres pernicieuses accompagnées |>ar les différentes variétés de convulsions toniques ou cloniques. Ainsi, tantôt les malades présentent une roideur tétanique partielle et générale {fièvre tfhanique) : Cas. Medicus en a rencontré de nombreux exemples dans le cours d'une épidémie ; ou bien on obsene tous les symptômes de la catalepsii», comme Torti en rapporte un cas {fièvre cataleptiqup) ; d'autres fois ce sont, comme Lautter l'a vu, des mouvements convulsifs avec écume à la Ixmche, et tels ((u'on les remarque dans une attaque d'épilepsie {fièvre épileptique) ; enfin, d'autres fois ce sont des mouvements convulsifs irréguliers {fièvre convttlsivf proprement aile). Cette dernière vai;iété, qu'on rencontre surtout chez les enfants.