‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne v. 1Chapitre 29 sur 118 · DES FIÈVRES INTERMITTENTES ANOMALES · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES INTERMITTENTES ANOMALES

I^es fièvres intermittentes anomales sont celles qui se présentent sous des formes difTérentes de celles qui appartiennent aux fièvres intermittentes régulières dont j'ai parlé précédemment. Noos distinguerons avec M. Ghoniel quatre espèces principales de fièvres anomales. La première sorte comprend celles dont les accès n'offrent (pi 'un ou deux des tmis stades ordinaires: on les nomme fièvvps h roui • plètes. Ainsi, on a vu de ces fièvres n'être c^iractérisées que par un frisson p<îriodique (Morgagni, Wolf) ; dans d'autres, au contraire, il n'y a qu'une augmentation delà chaleur sans froid initial ni sueurs (T. Bartholin) ; enfin, dans des cas qui ne sont juis rares, les accès ne sont marqués que par les sueurs (Piquer). Le second groupe des fièvres anomales comprend celles dont les tmis stades sont confondus ou renvers(!s. Ainsi, comme M. Cbomel l'a vu une fois, on peut ol)server simultanément sur h même sujet le riynr du premier stade, Vf'fcuafion de. In clioleur du deuxième et un(î simir abondante comme au troisième. D'autres fois les aca\s sont renversés, c'est-à-dire qu'une chaleur brûlante constitue h» premier stade, tandis que le frisson lui succède (épidémie de Varso\ie de 1700). La troisième variété des fièvres anomales comprend celles dans lesquelles les phénomènes fébriles, frissons, chaleur, sueui-s, sont bornés à une partie du corps [fièvre tupique). Enfin, dans un quatrième groupe, on range les fièvres dites Inrvrm on masquées, dont les accès ne sont marqués par aucun des trois stades des fièvres n'gulières, mais seulement par un symptôme plus ou moins grave, qui se reproduit à d(*s intervalles déterminés, (^est ainsi qu'on voit des douleui^s dans div<'ises parties du corps, des symptômes d'apoplexie, d'épilejxsie, de catalejîsie, de chorée, ou bien une insomnie, un coma, lin cauchemar, une cardialgie, de la soif, de la toux, des vomissements, des liémorrhagies, etc., se montrer périodiquement, ei ûvec h type propre aux fièvres intermittentes. Lorsque Ton voit ainsi apparaître

DKS FlfeVRKS INTERMITTENTES STMPTOMATIQUES. 155

}>^rîfKlic]ueiiient lin plH'noiiMMK» grave, la maladie est appelée fièvrcpaniiWetwe/arr'V. Cvs arrf?ctî<ms périodiquos, dites fièvres lanées, ne devraient pourtant pas à la ri?ui*Dr ôire appelées fièvres, parce qu'en effet nul phénomène pyrétique les accoinp^gne. Ce|)endant riisa«<;(* a jÉÉ^évalu de leur donner le nom qu'elles imrtcnt, et 3 faat le leur consen or, car il indicpie les liens intimes qui rattachent ces maladies anx fièvres intermittcnlos.

Quelque différence, eii effet, qu'il y ait en apparciiœ entre les fièvres régulières et les divers phénomènes (jue nous avons réunis sous le titre commun de Gèvres anouialcs, nous croyons pourtant (pi'il (»xiste entre elles, non-seulement de l'analogie, mais encore une complùlc id<'ntiié. Kn effet, los fièvres anomales régnent dans les mêmes saisons et dans les inènies lieux que k»s fièvres intermittentes régulières; elles n'cxisteut jamais simultanément avec c(jles-ci chez le même individu, mais elles succèdent parfois les unes aux autres. Ces affections ont la même marche; elles ont, en effet, des accès bien caractérisés, séparés par des intermittences égales et retenant à des intervalles réguliers; lorsque les fièvres anomales ^•' prolongent pendant un certain temps, elles donnent lieu aux mêmes accidents •<i'onclaires que les fièvr(»s régulières el <'lles récidivent aussi facilement que cellesri. On peut voir enfin une fièvre intenniliciite régulière devenir anomale, et réciproquement, comme C. Medicus en rapporte pinsieurs faits ; pour terminer, disons que le quinquina est également eflicaa' contre \vs unes et contre les autres.

Toutes ces circonstances nous paraissent, comme à M. Chomel, plus que suffisantes pour justifier la réunion, ou tout au moins le rapprochement dès fièvres interinitteotes régulières avec les affections décrit(»s sous le nom de fièvres intermittentes anomales. C'est d'ailleurs ce qui avait été établi depuis longtemps par les praticiens les plus éminents, tels que Morton, Sydenham, AVan Swiéten, Senac, Rosen, Ilusham, de Haen, Lautter et C. Medicus, qui a écrit sur ces affections un traiti^ généralement estimé, riche de faits mais dénué de toute critique.

REMARQUES SUR LES FlfeVRES INTERMITTENTES SYMPTOMATIQUES.

Nous avons jusqu'à présent considéré l'appareil fébrile, intermittent, comme Atant essentiel, c'est-à-diiH? indéi)endant de toute lésion matérielle appréciable. (l»*I>endant on rencontra assez fréquemment dans la pratique des cas dans lesquels la fièvre intermittente est symptomatique, ou du inoins des cas où elle c^iïncide a^ec quelque altération localf^ récente ou ancienne. Ainsi les auteurs ont au plusieurs friis des accès fébriles réguliers survenir à la suite de l'introduction d'une sonde dans rurèthre;le fait de ce genre[obser>é par Gianniniesl le plus remar([uable de tous ceux que je connaisse (1). I^ c^iutérisation des rétrécissements de l'urèthre l^lleinaiid), et la blennorrhagie (Simon de Hambourg), ont plusieurs fois donné lieu aux mêmes accidents. Il en est de même de l'orchite blennorrhagique. ^l. Cbomel a \u une. lièvre à lyjHî tierce être symptomaticpie d'une entérite jx^u intense, et M, Piorry a cité un c^s de lièvre quotidienne dé\eloppL'e à la suite d'une lésion traumatique de la rate, et un autre de même type produite et entrertenue par un déplact^nent de ce viscère. Enfin, |>our terminer, nous dirons que les suppurations profondes, ([ue les infiltrations urineuses et la phthisie à la

(I) Giannini p«irlc d'un homme de cinquante ans, robuste, qui fut pris à quatre reprises diirérrntos, et ù plusieurs années d'intervalle, d'accès Tébriles intermittents, ù la suite de IMntrodni-lion d*un cathéter dans Turèlhre qui avait blessé les parois de ce canal. Il y eut chaque fois de trois à dix paroxysmes : le quinquina en triomphait toujours. {De la nature des fièvres, t. I, p. 207.)

DES FIKVBEB.

Hititrae et k la Iroisiôine période sont les causes ]fs |)liis r/lquentcs Avs rtùvm» rjiilcrinittentes symptomaiique!!. Celles-ci, lu plus nrUinairnnent sout bi^nignea; 1 mais on les a vues pourlaiit revêtir quelquefoiMin caraclèrc pernicieux, surtout l'dins des cas de crevasse des conduits de l'urine, et lorsque ce liquide vient ji ' I alnGItrer dans le lissu cellulaire. M. le docteur Bricheteau a démontré (Archives UdJB ISfiT) que des accès pernicieui n'étaient pas très rares chez les vieillards riffaiblis, el qui portent souvent du côté des organes génitaux ou urinaires des lésions I (^ironiques. J'en ai vu récemment un exemple h la suite d'un cathétérîsme qui I Vait lég^^eulcnt éraillé l'urËthre.

Ces fièvres s} mptoinatiques présentent, en général, des stades de froid, de cha-

I kur ei de sueur qui appartiennent aux lièvres essentielles. Quant au type, elles sont

f presque toujours quotidienne ou doubles-qaotidieiuies, très rarcttiont tierces, el

l ^ut-élre jamais quartes : un grand nombre sont rémittentes. Comme l'a fort bien

Ut observer M. le professeur Cbomel, il faut toujours se méfier du type double-

lotidieu et même quotidien, c'est-à-dire de (ous les types dans lesquels l'inter-

ssion est courte, parce que, eu cfTet, ce sont presque toujours les seuls <|ue les

FSivres symptonia tiques revêtent. Ainsi donc. lonies les fois qu'un malade se

l ^îudra d'éprouver des accts fébriles douliles-tiuotidiens et interne quotidiens, on

I devra se bâter d'explorer méthodiquement tous les oi^anes, toutes les fonctions,

pour s'assurer du véritable caracti^re des accidents qu'on observe.

Presque toujours dans la fièvre quotidienne symptotnalique les accès surviennent le soir, et cela dfs le début, au lieu de commencer le matin ou au milieu du jour, ainsi qu'on le remarque communément pour la fièvre essentielle. Cependant il n'en est pas toujours de même. Ainsi dans les fièvres qui sont symplomaliques d'une altération des voies digestives. on voit parfois l'apparition des accès élrc subordonnée à l'heure des repas et k la quantité des aliments ingérés. Ou peut souvent lors suspendre les accès ou les provoquer à volonté, en mettant les malades i. la ~ « ou en les faisant manger beaucoup. Tel est le fait, rapporté par M. Chomel, ïun homme dont la fièvre, symplomatique d'une phlegniasie intestinale, alfcctait ' le type tierce, parce que cet individu prenait des aliments un jour et faisait abstinence le lendemain. On sait également que dans la bronchite l'impression répétée ' du froid peut donner lieu i des accès fébriles réguliers. I*s fièvres intermittentes

symptomatiqucsdilfêrenl encore des fièvres essentielles parceque, soit dans l'accès, soit pendant l'iniermissiou, on ne peut constater aucune augmentation dans le volume de la raie. Une différence non moins im|}orlantc ii noter, c'est l'aciiou I lente, douteuse, le plus souvent nulle, du sulfate de quinine, tandis que dans la

I fièvre intermittente essentielle, le quinquina agit presque toujours promptement

et sûrement. Je n'ignore pas pourtant que ce médicament, donné dans des fièvres symptomatiques, a arrêté quelquefois brusquement les accès, comme il l'aurait fait pour une fièvre essentielle : c'est ce qu'on voit, |>ar exemple, dans l'observation

Lde Gianniui. Cependant, dans les cas uù le quinquina e\ei:ce nue action si prompte et si décisive, il est permis de se demander si, au lieu d'être symptomatiques, les accès fébriles n'auraient pas été essentiels; car il n'y a rien d'impossible, par eiemplc.qu'uue sonde inti'odniledans l'urèthre d'un sujet impressionnable produise une fièvre intermittente, non par l'tn-iution mécanique du canal, mais par une iDOuenccsur tout le système nerveux; de même qu'on voit la même maladie survenir, chez des sujets prédisposés, è l'occasion d'une frayeur, d'une émotion morale, d'un refroidissement, d'une indigestion, etc. , circonstances tpii n'ont agi que tomme can/ics simplement occasionnelles, ,1e crois surtout (\ue la suppression ■*

don net

Pjiors SI ■Meo runb le type

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brusque des accès par la quinine, tandis que la maladie primitive soit son cours, doit démontrer que la fièvre intermittente u*est qu*un accident sam relation essentielle avec TafTection qu'elle est venue probablement compliquer.

Le pronostic de ces fièvres stt-a subordonné à la gravité des lésions dont les

~' ' iatermittcnts sont la conséquence. Leur apparition peut avoir, dans quelques

une valeur diagnostique presque certaine :"' ainsi, lorsque après une opération

on voit survenir sous les types quotidien et double-quotidien des accès fébriles

ialerfnittents on rémittents, on peut aimoncer presque avec certitude Fexistence

d^ime rS^ptîotï porulente.

Quelque incertaine que soit l'action du quinquina dans le traitement des fièvrai intermittentes qui sont réellement symptomatiques, il n'y a cependant aucun inconvénient à l'administrer dans les cas où les accès sont survenus à Toccasiou d'une bkunorrliagie on de l'introduction d'une sonde dâilis l'urèthre, ou bien après la cantérisatlon de ce canal. On donnera aussi le sulfate de quinine, mais avec beauamp moins de chance de réussite, lorsque la fièvre se lie à l'existence de tubercules on d'une infiltration urineuse. Ce médicament est au contraire inutile, et m^nie nuisible, toutes les fois que les accès sont symptomatiques d'une résorption [luniiente ou d'une entérite. Dans ce dernier cas, on ne pourrait empêcher les rvtours périodiques de la fièvre qu'en soumettant les malades à un régime sévère, et en employant quelquefois les antiphlogistiques.

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