ANÉMIE DES ORGANES EN PARTICULIER
n «Bt pvpliÉHe que de môme que le sang afflue souvent vers les organes en plus
piode ahoodiqçe, il peut aussi s'y |)orter en quantité* moins considérable qu*ii
TèUt phyiiQlogiqm; de là résultent nécessairement des perturbations foaction-
mOcSl On sait, par exemple, que lorsque le sang cesse d'arriver au cen'eau par
SHte d*iin arrêt dans les coutraciions du cœur, il y a syncope, mort apparente.
Mab cet état morbide ne peut trouver sa place ici ; car ranémie du cerveau étant
reflcl d*iuic affection du cœur, nous réservons do no;ji en oc-cuper en traitant des
néTroees de ce viscère. On a expliqué certaines dyspnées, celles des chlorotiques
^ par exemple, par une anémie des |)ouuions; mais rien ne justifie cette supposition.
Dans l'état actuel de la science, nous no savons al>solument rien sur les anémies
partielles : aussi nous abstiendrons-nous d'en |>arler davantage.
DE LA LEIICOCYTHÊMLE.
Le sai^ renfemie normalement au milieu des globules rouges un très petit nombre de globules blancs. Mais lorsque sous rinduence de causes encore indéteraûnées la proportion de ces derniers augmoute, lors(|ue Ton compte, par cxcni|ik, 1 globule blanc pour 3 ou ^i globules rouges, on a alors un état pathologique du sang (pi 'on a nommmé ieucocyihémie (1).
Historique.— Deux médecins étrangers, M. Virchow (de Wurzbourg) et M. Ben- Mtt (d*Édîmbourg) se disputent la priorité de la découverte de cette afîection ; mais M. Leudet nous semble avec raison avoir tranché le diiïércnd en favour du patbologiste allemand, dont les j)remiers travaux remontent déjà à 18'i5 a). £n France la leucocythémie est encore peu connue; nous n'avons guère quo deux comniuQÎcations faites en 1853 à la Société de biologie, par MM. Leudet et Charcot, UD aiénioirc intéressant publié dans le troisième volume de la Gazette hebdomadaire^ par M. le docteur Vidal ; enfin, M. le docteur Schnepf a présenté dans la GasHte médicale de 1 856 un inventaire exact de tous les faits connus, et un examen critique de toutes les questions aiïérentes à l'histoire de cette curieuse aiïection.
sXnaionii^ jtathologique. — Le sang contenu dans les vaisseaux et dans le cœur a un asjxH^t remarquable : il est rouge-brique ou d'un brun-chocolat, il est granuleux, cailleboté et se sépare souvent en deux couches, dont l'une blanche est constituée |)ar les globules blancs. Le sang extrait des \ aisseaux pendant la vie oiïre exactement le même aspect. Si, après l'avoir dèfibriné, on le laisse en rei>os, on voit bientôt les globules rouges se précipiter oX les blancs former une couche su|)erficielle d'un blanc jaunâtre et d'un aspt»ct analogue à celui du pus. Les gl()bul<?s blancs, qui à l'état normal sont aux globules rouget dans le rapport en moyenne de 1 à 355 ou 357, peu\eut être dans les cas de leucocythémie dans la proportion de i sur 3 ou &. On les a vus aussi dans la proix)rtion de 1 à 2, de 2 à 3 ;
fl) La leucocythémie, )«wxoç, blanc; xwto;, cellule, el ar^», sang. Ce mol, proposé par Branett, est préférable à cilui de leucémie, donné par Virchow, et qui signiGe sang blanc; car il peut »*appliquer ft des altérations Tort différentes, par exemple, au saug chyleux ou laiteux.
(i) Cateite hebdomai^tire, i, 11, pu 5ôS.
204 MALADIES PAR UN VICE DE PROPORTION DU SA^<i.
ils ont même élé parfois en nombre égal bu supérieur à celui des globuU»s rouges ( I ).
Les globules blancs ont un Tcrfume de 0'""\008 à O^'^'^OUy ; ils sont régulièrement sphériques; ils sont pâles, inégaux entre eux et finement granuleux, mais ils u*ont pas de noyaux proprement dits ; l'acide acétiopie les gonfle comme Feau. Parleurs caractères physiques les globules blancs rc^ssemblent donc beaucoup aux globules purulents avec lesquels on les a pendant longtemps confondus. Ceux-d pourtant se distinguent des premiers par leur volume plus considérable (0™'",OiO à O^^.Oie)» parce qu'ils ont un noyau et parce que Tacido acéticfue, qui les gonfle davantage, finit par les dissoudre.
Chez les leucocythémiques il n'y a pas seulement des globules blancs en pi-oportion infiniment plus grande, mais le sang offre en outre plusieurs autres altérations. Ainsi les globules rifiges sont diminués de nombre, leur chiffre est parfois descendu au-dessous de 50 ; Teau est augmentée et les éléments solides du sérum sont en moindre proportion ; en un mot, le sang ressemble à celui des sujets anémiques. Quant à la fibrine on l'a trouvée augmentée dans quelques cas, dans d'autres elle était à l'état normal.
Chez les leucocythémiques le sang n'est pas seul altéré, mais on rencontre aussi d.es lésions plus ou moins profondes vers la rate, le foie et les ganglions lymi)l)atiques; la rate est augmentée de volume, hypertrophiée, indurée ou ramollie; ii en est parfois de même du foie. Enfin les ganglions, spécialement ceux du mésentère, du cou, de l'aisselle, sont tuméfiés, indurés ou ramollis.
Symptômes, — Les malades s'affaiblissent, pâlissent et maigrissent rapidement. Ils présentent bientôt tous les traits d'une anémie profonde, d'un état tout à fait cachectique. La peau est pâle, les muqueuses sont décolorées. Ils ont des étouffements, des palpitations, de la céphalalgie. D'abord apyrétiques, ils présentent à la fin un appareil fébrile rémittent, assez analogue à la fièvre hectique. Des troubles gastro-intestinaux, des vomiasements et surtout de la diarrhée se déclarent à cette période de l'anémie ; en même temps des infiltrations séreuses, diverses hydropisies ont lieu ; enfin des hémorrfaagies se font par diverses voies. Si à ces troubles fonctionnels on joint une intumescence pfns ou' moins considérable de la rate, du foie et des ganglions lymphatiques, on aura le tableau de la leucocythémic. Cependant, de tous les symptômes que nous venons d'énumérer, nul ne caractérise la maladie, leur ensemble même ne peut fournir que des présomptions. L'examen du sang est seul capable de dévoiler l'affection.
La leucocythémie est une affection dans l'issue a jusqu^ici été fatale.
Sa durée a été variable. D'après les faits recueillis par M. Vidal, on voit qu*dle a oscillé entre trois mois et quatre ans. Elle a été en moyenne de quatorze mois.
Etiologie. — On ne sait rien de précis sur l'étiologie de cette affection. Il paraît seulement que, jusqu'il ce jour, on compte pltLS d'hommes atteints que de femmes. Quoique pouvant être observée à peu près à tout âge, la leucocythémie a pourtant sévi plus souvent dans l'âge adulte.
(1) DaiM l'état normal, le nombre des globules blancs varie dans son rapport avec celui des globules rouges suivant Tâge, le sexe, et chei le même individu, suivant certaines circonstances, comme la digestion, les règles, la grossesse, etc. Moleschotl indique les proportions suivantes :
Cbei renfant :: 4 : S16
Chei Phomme adulte : : i : SA6
Chef la femme adulte .' . : : i t 389
Peaàani les règles : : i : 1&7
DE LA LEUCOCYTHÊMIE. 205
Traitement. — Il a été impuissant dans tous les cas. Les préparations d*lode et de fer« le sulfate de quinine n*ont pu modifier, dans aucun cas, la marche de la li est impossible, dans Tétat actuel de la sdence, de formuler un traiparfaite conn^ssance de cause. Cependant c'est aux amers, aux toniques, corroborants, aux bains sulfiii^ux, aux bains froids, aux douches froides, semble rationnel de recourir tout d'abord, et en plaçant d'ailleurs les les meilleurs conditions hygiéniques possibles. Nature. -^La lencocythémic paraît être une affection distincte et parfaitement définie. Ce wrah un tort de la considérer avec quelqucs-uiLs comme une variété de b cachexie paludéenne, puisque la plupart des malades n'ont jamais été soumis à rmHuence palustre. U est non moins inexact de la regarder comme une altération propre à tontes les cachexies; car celles-ci sont commuues et la leucocythémie est rare. On a examiné le sang dans les différentes cacfléxies et Ton n'y a point ren- GOBtré des ^bules blancs dans le sang. Si, dans quelques cas rares de cancer, on a constaté une leucocythémie, cela tenait à une complication , il y avait alors réunion de deux maladies distinctes.
Nous avons établi que dans la leucocythémie il existait constamment des lésions de texture du côté de certains organes et spécialement des lésions de la rate, du foie et des ganglions lymphatiques. Mais peut-on déterminer si celles-ci sont primitives on bien secondaires? D'après les témoignages de ceux qui ont le mieux étudié cette affection, et nous citerons MM. Virchow, Bennett, Vidal, les lésions des siUes précéderaient l'altération caractéristique du sang. L'intumescence de la me surtout, parfois celle des ganglions, a été notée par les malade^ eux-mêmes eomme trouUe tout à fait initial et avant d'accuser aucun malaise. iM. Bennett cite lliistoire d*un marin chez lequel il avait constaté, plus de quatre ans avant, une intnmescence de la rate : il y avait aussi la plupart des symptômes de la leucocythémie ; mais le sang examiné à plusieurs reprises ne présenta raltcratiou canctérislique que trois mois après. M. Virchow cite un fait analogue.
Mais 8Î l'altération du sang est consécutive à celle des solides, peut-on établir la relation qui existe entre l'une et l'autre? La chose est impossible dans 1 état actuel de nos eonnaissances. Dire avec M. Virchow que les ganglions et la rate hypertrophiés, et doués par suite d'un surcroît d'action, détruisent les globules rouges du sang en plus grande quantité, et laissent, par suite, prédominer plus ou moins les globules blancs; ou bien prétendre avec M. Bennett que la rate et les ganglions sécrètent les globules blancs en quantité plus considérable, c'est attribuer à la rate et aux ganglions des fonctions très problématiques, et c'est expliquer un fait pathologique par des notions physiologiques qui sont très controversées.
Nous ignorons donc suivant quel mécanisme la leucocythémie se déclare. Mais il résulte des considérations qui précèdent que c'est un état pathologique distinct de tout autre et parfaitement limité. Il mérite donc une description à part. Sans prétendre lui assigner dès ce jour la place qui lui convient dans le cadre nosologique, je crois pourtaut que, dans l'état actuel de nos connaissances, la leucocythémie peut être placée à côté de l'anémie.
TROISIÈJMK CLASSE l)K MALADIES.
DES IMFIiAMMATIOIVS.
DE l'inflammation EN GÉNÉRAL.
Les mots inflammaiion, phleqninsie, pMogose, sont des expressions métaphoriques (1) consacrées dans liP science depuis un temps immémorial pour désigner un état morbide, le plus commun de tous, |)0UTant affecter presque tous les tissus vivants, et caractérisé localement par la rougeur, la^ouleur, la chaleur et la tuméfaction. Dans une partie enflammée il se produit presque toujours quelque modification importante du travail nutritif, et souvent une sécrétion anormale. Enfin une phlegmasie, pour peu qu'elle soit étendue ou qu'elle aiïecte un organe essentiel, excite un appareil fébrile plus ou moins intense, et augmente alors constamment la proportion de la fibrine du sang.
Phénomènes locavuv de l'inflammation. — 1" Rougeur. IjBl rougeur, qui forme un des caractères de Tinflammation, varie depuis le rose tendre jusqu'au pourpre le plus foncd, et même jusqu'au rouge bleuâtre et vineux. Elle est généralement d'autant plus intense que la phlegmasie est plus violente et que l'organe affecté est plus vasculaire. Bornée d'abord à un petit espace, elle devient ensuite plus ou moins diffuse, ou bien elle est disposée par plaques, par zones, par arborisations, ou sous forme d'un pointillé plus ou moins Gn. La couleur rouge peut être également intense partout et cesser brusquement ; mais, le plus souvent, plus prononcée dans un point que dans les autre», elle va en diminuant pea \ peu du centre ^ la périphérie, jusqu'à ceqile les parties reprennent leur coloration naturelle. L'in^ flanmiation affecte-t-elle un tissu membraneux, comme la peau ou ooe muqueuse, la pression du doigt fait momentanément cesser la rougeur ; nuis celle-ci reparaît presque aussitôt qu'on a cessé de presser. I^ rougeur, dans l'inflammation, s'ex^ plique par l'afilux plus considérable du sang; il en résuite une augmentation da volume des petits vaisseaux sanguins et raccraissement du nombre de ceux qoi deviennent perméables aux liquides : c'est lli un fait que Hunter a mis hors de doute dans son admirable Traité de rinflammaiion. Ayant, en effet, sacrifié ud lapin, après avoir fortement enflammé une de ses oreilles^ Hunter injecta la tète de l'animal, et s'assara, après dessiccation, que l'oreille qui n'avah pas été enflammée était transparente, et qu'on pouvait voir parfaitement les vaisseaux qui se ramifiaient dans sa substance, tandis que l'autre était épaissie, opaque, et avait des artères beaucoup plus considérables. Yogd, dans son Anatomie pathologique^ a donné une idée de la quantité de sang qui engorge une partie enflammée, lorsqu'il a dit que les capillaires devenaient deux ou trois fois plus gros, et que le nombre des globules augmentait dans leur Intérieur au point d'(Mre huit à div fois plus
(1) InflammalioD, de in/lammnrey soit à cause de la chaleur des parties (Vun Swieten}, soit
par suite de la ressemblance qu'on a trouvée entre cette maladie et les effets de la brûlun*
(Borsieri). ~ Phlegmasie, ^)c7;ia9}« (Hippocraie), de 7)170», je brûle. ~ Phlogose, tp)6yta9
(Galien)f de ^À^, Oamme,
Dli ï/iNFLAMMATION EN GÉNÉRAL. 207
cnKidoi-aWle i\vu\ dans létal normal. La rougeur de l^uflammation dépendrait M^i. iVaprC^s M. lxb«»rt, do ce qui» les globules accumulés et tassés dans les nfc»eau\ capillaires perdraient une partie de leur matière colorante; le sérum s'en fl^iareraât, et traiissuciant à travers les parois vasculaires, infiltrerait les tissus et hir domnerait une routeur diffuse.
2* Douleur. — La douleur qui accompagne Tinflahmiation varie depuis le plus K^R' accroissement de la sensibilité jusqu'aux souffrances les plus aigu^. Son caractère dliflèré l^ucoup suivant les oi*ganes affectés. Ainsi, elle est généralement pon^tive et très aignC dans Tinflammatiôn des séreuses, obtuse et gravatîve dans cdie des parenchymes, moins vive dans l'inflammation des muqueuses que dans cpfle da tissu cellulaire, où elle a un caractère lancinant, ainsi que dans celle de h peaa, où elle est remarquable par un mélange de Jprftiiire et de prurit. Rarement interiiûttente, presque toujours continue, elle offre des exacerbations et des rîinîssîons qui n'ont en général rien de régulier. Il n'y a aucun rapport entre la ^sensibilhù normale d'une partie et la sensibilité morbide que celle-ci acquiert pendant qu'elle est enflammée. Il est, même remarquable que des organes qui à r»*iat sain ne sont point sensibleifï, ou le sont à peine, deviennent le siège des douleurs les plus violentes lorscju'ils sont enHaiimiés; c'est ce qu'on voit notamment pour les membranes séiifuses. Les douleurs, dans l'inflamniation, s'expliquent par la distension, par la pression ou par tout autre changement encore inconnu que les filets nerveux de la partie malade éprouvent. Indépendamment des douleurs propres k Tinflammation, les malades ressentent dans les parties affectées des battements artériels plus violents que de coutume: mais il n'est pas vrai, ainsi qu'on Ta dit quelquefois, que ces pulsations soient plus nombreuses que les contractions da cœar. La force insolite des battements tient au plus grand volume de la colonne sanguine, et probablement aussi à une augmentation dans l'action propre des artères. Enfin, dans les phlegmasies, la sensibilité spéciale des organes phlogosés «st en général plus ou moins entièrement abolie ; c'est ainsi que dans le coryza le malade cesse de percevoir les odiMirs. Ailleurs, au contraire, la sensibilité spéciale est très exaltée: ainsi, dans l'oplithalmie, et surtout dans l'iritiset la rétinite, l'invpnfssion de la lumière réveille les douleurs les plus vives.
3* Chaleur, — Le malade éprouve dans les parties affectées le sentiment d'une chaleur que le médecin apprécie par le toucher, et qu'on mesure exactement par le thermomètre. Toutefois l'application de a>t instrument n'a pas encore fourni des résultats bien uniformes. Je ne parlei*ai pas ici des expériences de Hunter; qui D*a\ait eu, il est vrai, en son pouvoir que des instruments grossiers, et qui néanmoins avait signalé une augmentation réelle de la tem})ératnre, mais je fixerai pintôc l'attention sur les résultats plus précis de MM. Andral et Gavarret, qui ont trouvé que la temj)érature des parties enflammées augmentait, mais qu'elle ne s'élevait |N)int au-dessus de celles ([u'ont les parties /ira fondes. Ainsi un thermomètre appliqué alternativement sur un doigt affecté de panaris et dans l'aisselle s'élevait il la même hauteur, tandis que, mis comparativement sur le doigt malade et sur un doigt sain, on obsenait une chaleur plus grande dans le premier que dans le second. L^^s expériences de MM. B(!cquerel et Breschet, que la Gazette médicale de 1835 a fait f'onnaitre, tendraient également à faire cmire à ime élévation assez considérable* de la température dans les parties phlogosées. (l'est aussi un fait qui ressort des recherches très nombreuses que M. Roger a exposées en \%hb dans les Archives. Il est inutile de dire que lorsque l'inflammation a pour effet d'allimier la fièrre, la iempénlurc générale 8*accroît également; mais si les SQ]C!is wnX ncW
tiques OU alTaiblis par diverses causes, la r empira turc, (raprès M. Uogcr, atteint *■ bien rarement les maxima que Ton constate d'ordinaire dans dos cas seinblable»chez des sujets plus robustes. Non-seulement la temi)érature est plus ou moins accrue dans Tinflammation, mais Hunter a prouvé en outre, par une expérience concluante, que ce travail morbide communicfKe à la partie (|u*il affecte une grande puissance de calorification, et partant beaucoup de résistance au refroidissement. Cet illustre observateur, ayant en effet congelé l'oreille d'un lapin, y développa * ensuite un travail inflammatoire ; puis Tayant soumise encore une fob à un froid aussi intense et aussi prolongé que dans la première expérience, il ne put parvenir à la congeler de nouveau. 1/élévation de la température des parties enflammées, qui d'ailleurs n'est jamais aussi considérable que le feraient croire l'application de la main et les sensations éprouvées par le malade, s'explique plus naturellement par Ts^fflux du sang dans les parties affectées que par suite d'une action occulte de la force vitale. Nous ne dirons rien de l'état électrique des parties phlogosées, parce que les expériences qu'on a faites jusqu'à présent ne présentent encore aucun m degré de certitude.
W Tuméfaction, — La tuméfaction, peu marquée dans les tissus membraneux, comme la peau et la muqueuse, nulle même peut-être dans Tinflammatiou des séreuses, est considérable dans celle qui affecte le tissu cellulaire ou les organes parencbymateux ; elle dépend d'abord de la plus grande quantité de sang que les parties enflammées contiennent, et plus tard de l'infiltration des tissus subjaceuls par de la sérosité et par une substance albumino-fibrineuse nonmiée lymphe coagulable,
5"* Modifications du travail nutritif. — Les organes enflannnés augmentent de volume, comme nous venons de le dire ; ils sont plus lourds et plus durs au toucher, à cause de l'infiltration et de l'épanchement de la lymphe coagulable dans les interstices et dans les mailles du tissu. Nonobstant cette dureté, cette résistance plus grande, le tissu est devenu plus cassant, plus frliUl)le, ou bien il est manifestement ramolli et plus ou moins désorganisé. Ce dernier effet est d'autant plus marqué et survient d'autant plus rapidement, que l'organe contient moins de tissu cellulaire : c'est ce que nous verrons, par exemple, pour le cerveau.
Nous devons également sijgnaler la rupture des capillaires, et la présence du sang en assez grande quantité dans plusieurs produits excrétés ; c'est ce qui a lieu notamment dans la pneumonie et la dysenterie.
6* Sécrétions morbides, — Le premier effet de l'inflammation des organes sécréteurs est de diminuer ou de suspendre leur sécrétion naturelle ; c'est ainsi que la peau, les muqueuses, les séreuses, présentent un état de sécheresse fort remarquable au début des phlegmasies; les reins cessent de sécréter l'urine, etc. Mais bientôt le travail de sécrétion ou d'exhalation se ranime et peut devenir excessif. Ce sont alors tantôt les humeurs naturelles qui ont subi certains changements; le plus souvent ce sont des produits nouveaux, nés du travail inflammatoire : ainsi du sang parfois, mais plutôt quelques-uns de ses éléments, comme le sérum et la fibrine, ^rtent des vaisseaux ; d'abord liquides, ils ne tardent pas à se concréter et forment un produit nouveau auquçl on a donné les noms de plasma, de lymphe plastique, de lymphe orqanisabk. Celle-ci se présente sous différents asjK>cts, suivant les tissus. Dans les séreuses, elle forme des masses floconneuses qui nagent dans une sérosité trouble ; dans les muqueuses, elle se concrète sous forme de plaques membraniformes ; enfin, épanchée dans l'épaisseur des parenchymes, elle en augmente ré|)aisseur, la densité, et fait que, lorsqu'on incise ces parties, la surface de
DE l'inflammation EN GÉNÉRAL. 209
' b section ressemble à celle d'un citron. Enfui, ce plasma est ce même produit qui, k la surface d'uue plaie récente, fait adhérer les deux lèvres de la solution d^ Dite, el produit ce que les chiinirgiens nomment la réunion par première Llnflammatiou i)oursuit-elle sa marche, un autre liquide très important
k OQÉaalCrc en pnxluit : c'est le />2/.i, dont nous parlerons bientôt.
De tooi Mybéuomènes locaux que nous venons de passer en revue, il n*en est ncnn, âœ'n'^la production de la lymphe plastique et du pus, qui, pris isolé- Uoiait, poisBe câlctériser une inflammation, car chacun d'eux peut exister indépendamment de tout état phleginasique.
Four terminer maintenant tout ce qui se ra))porte aux phénomènes locaux de ITaflammation, nous allons faire connaître les résultats fournis par l'examen micrasoopiqae. ^
Expériences microscopiques. — Elles ont été entreprises d'abord par WiL Philips (1), puis par Thompson (2 ;, par Charles Hastings (3), par Kahenbrun- •iier(4), Koch (5), récemment par M. Lebcrt (6) et par M. Dubois (d'Amiens) (7). On s*accorde généralement à trouver au début des phlegmasies les phénomènes microscopiques que nous avons indiqués précédemment comme survenant dans toute congestion, c'est-à-dire contraction des capillaires dont le calibre, d'après M. Lfibert, diminuerait de plus d'un tiers, accélération des courants sanguins, pus, et presque aussitôt après, dilatation de ces mêmes vaisseaux, et ralentissement du cours du sang, puis enfin stase sanguine. M. Dubois, qui a étudié cette qnotÎMi avec tout le soin qu'elle mérite, a reconnu pourtant que, dans une iuflam- BBlioa qui s'établit, il n'y a pas toujours, comme on l'avait prétendu, mais seulemtDt quelquefois, accélération dans les courants capillaires. Mais quoi qu'il eu soit, dus tous les cas, ou voit ces courants éprouver un ralentissement de plus en plus mnifeste; plus tard, enfin, on observe dans le nK)uvement circulatoire une rémittence plus ou moins marquée. Ainsi, au lieu d'une projection uniforme et continue, les globules sanguins avancent par saccades isochrones au mouvement du cœur, pub s'arrêtent un instant )X)ur avancer de nouveau. '.Mais il arrive un moment où la colonne sanguine, ainsi que Kaltenbrunner l'avait parfaitement établi déjà, éprouve des mouvements d'oscillation ou de va-et-vient isochrones à la systole et à la diastole ; néanmoins, même à cette période, le sang continue encore à avancer, maïs bientôt les oscillations deviennent de moins en moins perceptibles, puis tout mouvement cesse dans cette |)artie du système capillaire où les globules s'accuniolent et se tassent Ces résultats, à l'aide desquels on s'élève facilement à ime théorie de l'inflammation, s'obtiennent en plaçant sous im microscope le mésentère on la membraue inteixligitaie d'une grenouille qu'on irrite avec l'ammoniaque, le sel, l'eau bouillante, etc. Ils sont opposés à ceux qu'a déduits de ses expériences M. Robert Latour, qui a essayé de prouver que l'inflammation ne pouvait se déveli>ppor sur les animaux à sang froid. Quoi qu'il en soit, c'est lorsque le sang est ralenti dans son cours, et qu'il est dans un état de stagnation, qu(ï s'accomplit dans l(*s mailles des tissus, ou à la surface des séreuses, l'exsudation de sérum et de Uuiphe plastique dont nous avons parlé plus haut, et qui est le dernier degré, 1 i^pn^oa la plus complète du travail phlegmasique.
(1} A Treatise of Fébrile DUeasei. — (2) Traité de V inflammation, trad. de Jourdan et Hoiseaii. — (3) Archives de meticcifif, 4825. — (à) Répert, d'anat, et (/c pAjf Jid. , de Brescbet,
IV. — (5) Eit. dans Archive» de 1833. — (6) PhytioL patholog., l. I. — (7; Préleçom iê potkoiogie expérimentale,
T. 1 T iwT, lA
' J/inflammalion n'a pas seuloincnt pour cffiét de produire roblitt'raiion desca|)illaircs : elle fait aussi naître des vaisscauv nouveaux ; c'est ce que rinspection mi* ' croscopiquc révMe. Kaltcnbruuncr est Tauteur qui a peut-être le mieux étudié • leur mode de développement. D'apivs cet ohyrvatenr, on verrait, lorHjao la drculation est accélérée, des globules du saiiij; sortir tout d*uu coop d'un canal Capillaire, tomber dans le parenchyme environnant, s'y fraver un cticrikûl et arriver Ik quelque autre canal de même nature. La formation de ce noafem conduit se fait souvent en peu d'instants ; ce phénomène, se répétant sur plusieurs |K)int8, finit bientôt par donner lieu à un riche réseau de capillaires nouveaux.
La formation de vaisseaux nouveaux est nécessaire ]K)iir remplacer ceux que l'inflammation oblitère et laisse toujours imperméables. L'oblitérât i(m des capillaires est produite par une tflasse rougeàtre, dans laquelle on reconnaît encore les contours des globules; mais ceux-ci sont comme cimentés par un liquide fibrinoalbumineux. La stase se prolongeant, on cesse bientôt de distinguer les globules sanguins (f.ebert).
Symptômes générnux et fijmpathiques de l'inflanmiation. — L'inflammation, pour peu qu'elle soit intense ou étendue, excite un mouvement fébrile qui ofl're des caractères très variés dans les divers g(>nres de phlegmasies, ainsi qu'on s'en convaincra par la suite. L'appareil fébrile précède dans quelques cas l'altération locale : c'est ce qui arrive, par exemple, pour quelques érysipèles et quelques angines ; mais presque toujours la fièvre naît consécutivement à la lésion locale ; d'autres fois enfin il y a simultanéité : c'est ce qui a communément lieu pour les inflammations des sércases et du poumon. Indépendamment des troubles fonctionnels qui accompagnent tout mouvement fébrile, ou pourra également en observer quelques-uns de spéciaux et qui dépendent de l'influence sympathique exercée sur telle ou telle partie {Ntr l'organe enflammé. L'état dynamique dans l'inflammation varie et mérite de fixer l'attention. Ainsi les forces sont tantôt excitées el tantôt elles sont anéanties : dans le premier cas, on observe l'appareil de symptômes propre à la fièvre inflammatoire ; dans le second, les malades tombent dans l'état de faiblesse et de prostration qui accompagne l'aflcction typhoïde (<ette distinction est imjiortante, sans contredit, |)Our le traitement; mais il ne faudrait pas croire pourtant que la maladie ait pour cela changé de nature. C'est toujours, en elTet, une inflammation ; mais par l'elTet de quelque complication on d'un état antérieur du sujet, elle se présente avec une physionomie spéciale, escortée de symptômes particuliers.
fjtat du sang. — Hunter, Thompson, Scudamore, Thackrak et plusieurs autres auteurs avaient signalé depuis longtemps que dans l'inflammation la quantité de fibrine du sang devenait plus considérable. Mais ce fait important était presque oublié lorsque MM. Andral ctGavarret l'ont de nouveau mis en lumière. Ca^s professeurs ont recomm, en effet, après de nombreuses ex|)ériences, que toute inflammation aigu{^ et accompagnée de fièvre avait pour effet constant d'augmenter la proportion de fibrine du sang. Ainsi ce principe, qui, c^mme nous l'avons déjà dit, ne s'élève pas à plus de 3 parties sur 1000 dans 1(> sang uonnal, peut, dans les cas d'inflammation, montera 5, 7, 9, et même jusqu'à 10; il oscille ordinairement entre 6 et 8, et dépasse rarement 9 ; mais le rhifl're le plus inférieur de l'état plilegmasique ne serait pas au-dessous de ti. Cet accroissement de la fibrine, qu'on retrouve constamment dans les phlegmasies qui frappent l'homme et les M/maux des classes supérieures, a lieu indépendamment de toutes conditions d'Jge, de sexe, de constitution» de tempéraumu, de force. Elle est généralement
I)K l/lNFUMMAÏ:iON KN GÈNKRAL. ii\
n^Kirl avec riiitonsiui dos syiupti^mcs gonoraut et locaux ; elle |)araît avoir r^du luoins dans la plupart dos cas, consécnU\cineiit à Talt^ration locale ; car VK^tldltf^ Gavarrcl axaulexamino lo sang d1ndi\idus qui contrarièrent une WÊÊtnUoûrUù jour s(;uleni(Mit aprA avoir analysi': leur sang, ont trouvé que ce Eqnde, ^p^ÉÊ^Liit pas altéré à la première saignée, oITraità la seconde, pratiquée pra d*beiifliP4|Mii Tinvasion de la phleginasie, une notable augmentation de la fibrine. L'élément globulaire du sang ne subit, par contre, aucun changement pendant le cours des pliieguiasics ; parfois pourtant il diminue, ce qui s'explique (lar le traitement débilitant auquel ons(»uinet les malades. I/albumine, enfin, aug- QKnte quelquefois dans les phlcguiasies, mais cela n*a pas nécessairement lieu. Les résultats obtenus par MM. Becquerel et Rodier ne^iiïèrent guère des précédents. Ces habiles e.\])érimentateur8 oui, en <*IT(;t, constaté Taugmentation de la fibrine, et la diminution des globtiies j)ar l'emploi des débilitants; Ils signalent •Kulement, comme un fait nouveau, Taugmcntation de la cliolestérine, qui est queli|Upfoîs doublée, et la diminution d(* Palhuiuine, les autres principes restant les mna^^s {Gazelle médicale dviSUdy Ia's résultats que nous \enons de faire conlïitre sont à peu près les mêmes chez tous les sujets, qu'ils soient vigoureux ou •{:i'iis iioteut débilités. Chez ces derniers, ou admet seulement que le chiffre des Ji>bulesî est très diminué ; ce qui tient, non i)as à Tinflammation existante, mais a l'eut constitutionnel antérieur.
L'accroissement de la fibrine est, de toutes les altérations que nous venons de signaler, la plus remarquable et sans contn^dit la plus couslanie ; on pourrait peutêtre expliquer par elle ces troubles variés de Forganisme, consécutifs h raltération locale, et qu*ou attribue généralement à des irradiations sympathiques. Cet excès de fibrine par rapport aux globules explique aussi les propriétés |)liysiques que ircseutedans les iûllammations le sang qu'on a extrait d'une \eine; ainsi, taudis >;uenousa\ons vu dans lespyrevios le caillot être volumineux, mou, iucoinpiéteiifflt séparé du sérum, ici nous le trouvons au contraire rétracté, plus consistant, <inBc, et recouvert d'une coucninr assez épaisse, i)ounu toutefois que le sang ait ojulé cSnvcnablement.
La couenuc a une grande \aleur séméiologique. 11 résulte, en effet, des rcfherches de M. Andral, que sur 180i) saignées qu'il a fait pratiquer dans le cours àfss affections les plus diverses, il n'a trouvé la couenne que dans deux étals morbkks, dans les phlegmasies, où elle est constante, et dans ranémie et la chlorose, où, comme nous l'avons déjà vu plus haut, on la rencontre Inrciuemnicnl (1). Il «tuitdece qui précède que si la couenne n'est pas d'une manière al)solue un signe certain d'inflammation, elle n'en constitue pas moins un caractère excellent pour 'l«''UOlcr l'existence (h* cet état* morbide, puisc[ue, si le sujet n'est |K)int anèmiqiu;, "ndoîl admettre, quand (>lle existe, qu'il y a quehpie part un tra\ail inflaiuma- 'uire. Cependant l'absence delà c(menne sur le caillot nede\rait pas iwrter à croire que le malade n'est atteint d'aucmuï phlegmasie, attendu que la couenne , dans '.'•^ inHammations les plus vives, |M;ut ne pas se former par suii(> de plusieurs cir-
(1; On a uussi .noté depuis iun^lcnips la rrôqncnce de la couenne 5ur le sang des femmes cn- ^inlf^ Cependant, ainsi queliaitori l*u vu, ce pbênomène n'est pas encore aussi commun (|u\in le cio>. Li-s recherches récentes de MM. Andral el (wvarrL't ont, eu outre, prouvé que la formation ^ là CDueDiui dans Tétat de grossensc tenait à une uugmenlatioii de la librine, qui, conservant (l'abord U moyenne physiologique, et quelquefois lui élaul inférieure, s'accroît dans les Uois <irmien oioisy et alleint, ù V époque de l*accoucbemvni, ie chiffre du 4)3. L'élal couenneux du skog cher beaucoup de femmes grosses se lie à uu état cbloroiiqav.
212 • DES JNFLAMMATIONS.
constances fortuites, comme lorsque la saignée a mal coulo ou a coulé par ou jet trop fin, ou bien lorsque le sang est tombé de trop haut, ou bien encore lorsque le vase est trop étroit et trop profond. Ces circonstances font que chaque molécule de sang se concrétant isolément, la fibriie n'a pas le temps de se sôparar des globules et de se coaguler au-dessus d'eux pour constituer la coneoiie, dont la nature fibrineuse est également démontrée et par l'analyse chimique» et par l'examen microscopique.
La production spontanée d'un excès de fibrine dans le sang est, ainsi que l'a prouvé M. Andral, indépendante des divers état^ dans lesquels peut se trouver l'économie chez les individus atteints de phlegmasie aiguë ; ainsi nous avons vu qu'elle pouvait survenir mcmc dans l'aiïection typhoïde, c'est-à-dire dans une maladie qui, à l'inverse de rinflanmiation, tend à diminuer la proportion de la fibrine. Mais comme, dans ces cas, il y a action de deux forces contraires, il s'ensuit que la phlegmasie intercurrente ne produit jamais une élévation aussi considé^ rable de l'élément fibrineux que si rinflanmiation était sunenue en dehors de l'état typhoïde. Dans ces cas, en effet, M. Andral n'a jamais trouvé son maximum plus élevé que 5 i/2, qui est un des chiffres inférieurs de l'étal phlegmasique. L'excès de fibrine dans le sang persiste pendant un temps variable ; on le constate généralement pendant toute la durée de l'état fébrile, à moins pourtant que la maladie, résistant pendant longtemps, n'amène un grand degré de marasme. Dans un cas pareil, M. Andral a vu la fibrine, d'abord augmentée, revenir plus tard à son chiffre normal.
Le sang ne paraît subir aucun changement notable dans les parties enflaimnées; c'est du moins ce que Ilunter a établi expérimentalement. Peut-être est-il un peu plus rouge que celui qui circule dans une partie saine, ce qui provient sans doute de la plus grande proportion de sang artériel contenu dans les capillaires du tissu phlogosé.
Etat de la lymphe, — M. le professeur Bouisson a établi, dans un mémoire lu en 18/i5 h l'Académie de médecine, que, lorsqu'une inflammation atteint un de nos organes, la lymphe qui circule dans la partie malade subit d'importantes^ modifications. Ainsi ce fluide admet d'abord de la matière colorante rouge ; il se charge aussi d'une plus grande pro[)oriion de fibrine et devient plus abondauL De là l'augmentation des ganglions auxquels aboutit la lymphe ; de là encore les dépôts plastiques qui s'opèrent dans les voies que parcourt le liquide ainsi altéré.
Marche des inflammations; modes de terminaison. — Les symptômes locaux et généraux de l'inflammation ont, comme dans toutes les maladies, leur période d'accroissement, d'état et de relâche, périodes qu'on distingue à l'aide des symptômes généraux et locaux ; car, dans la plupart des cas, il y a corrélation intime entre les uns et les autres. En règle générale, on doit plutôt juger de 1 intensité et de la marche des phlegmasies d'après les symptômes de réaction que d'après l'état local : celui ci. en effet, reste souvent stationnaire en apparence, quoique la fièvre diminue puis disparaisse; c'est ce que nous verrons notamment dans la pleurésie et dans la pneumonie. Le contraire a bien plus rarement lieu, et même on peut établir que lorsque la fièvre redouble en môme temps que les symptômes locaux s'amendent, presque toujours on en trouve la raison dans une maladie intercurrente. L'examen du sang pourrait encore, indépendamment de la fièTre, donner la mesure du degré de la phlegmasie, puisqu'on voit la quantité de fibrine augmenter lorsi]ue la maladie est en progrès, rester stationnaire lorsque la Ksîon locale cesse de s'accroître, et revenir enfin progressivement à son chiffre normal depuis le décJin des accidents jusqu*^ la convalescence.
l)K L'IM^LAMMATIO.N EN* GÉNÉKAL. 213
iioBimcDçaiit m géiu'ral sur un point circonscrit, l'iiiflamuiation s*étcnd ensuite toajoui-s de prodic en proche; plus rarement on la voit débuter simultaor plusieurs points distincts, éloignés, qui, en s'agrandissant, convergent ki irii WÉIrlèi autres, et Unissent \yy se réunir. L'extension se fait tantôt en surboe, ÎMWH ciji profondeur, souvent dans l'un et l'autre sens: c'est ce qu'on obsene Htamment pbar les parenchymes, tandis que dans quelques tissus membraneux, ONniiie les aéreoses, la phlci^niasie ne s'étend qu'en surface sans se propager dans ks tissus sabjacents. L'indamniation, suivant qu'elle occupe un espace restreint ou qa'ele envahit de larges surfaces, est dite circonscrite ou diffuse. Il est impossible et reconnaître suivant quel mécanisme cette extension s'oi)ére, ni |)ourquoi ni commnil la maladie se circonscrit. (^e()endant différentes causes naturelles semblent quelquefois borner une inflammation qui paraissait dijfoir s'étendre encore : ainsi on voit souvent celle-ci être circonscrite par des sillons et des enfoncements que la ^ture a disposés à la surface de quclipies organes, comme le poumon, le foie, etc. : aiflrars c'est une aponévrose, un tissu cellulaire condensé qui forme une barrière. On peut dire aassi en r^gle générale que loi^sciue la phlegmasie se développe dans d<^ (M^ues composés de |)arties dissimilaires, elle reste souvent limitée au Ussu |rimîti\enicnt affecté sans se communiquer aux autnrs. C'est ce qu'on voit, par trxcnnple, pour les intestins, dont les tuniques nmqueuse et séreuse peuvent être et !<«ut presque toujours isolément euflannnées. Le contact est également mie cause qûfaDÎte beaucoup d'inflammations. Ainsi nous dirons ailleurs que plusieui*s fois sommes parvenu à limiter une phlébite en exerrant à une certaine distance compression sur la veine, de manière à rapprocher les parois, à les mettre en npport Cependant, dans quelques cas, le contact de deux surfaces enflammées a Haconvénient d'entretenir l'inflammation indéfiniment : ainsi certaines posthites iinflammation du prépuce), certaines vaginites, avec sécrétion purulente abondaite, sont certainement entretenues par le contact de la nmqueuse a\ec elleoièioe, car il sullit de l'empêcher, en interposant im morceau de linge sec, pour tarir rapidement la sécrétion, et faire disparaître la rougeur et les autres caractères de la phlegmasie.
Après avoir parcouru plus ou moins rapidement toutes ses périodes, l'inflamroatioa se termine par délitt'srenre ou |)âr résolution, ou bien elle produit divers eflîrts morbides qu'on décrit improprement sous le nom de terminai sorts. Ces phénomènes consécutifs sont : la suppuration, la gangrène, V ulcération, V induration 00 le passage à l'état chronique.
La résolution est la seule terminaison heureuse de la maladie. ¥Me peut être définie, avec Thompson, une tenninaison dans laquelle tous les symptômes locaux et généraux se dissipent graduellement, sans qu'aucune évacuation sensible ait lieu; h partie enflaramée reprend alors son état nonnal sans aucun dérangement dans siiD organisation ni dans sc*s fonctions. I>a résolution subite de l'inflanunation, son jTorteinent, quand elle n'a pas encore parcouru ses |)ériodes, sa dis|>arition rajjide, sans laisser aucune trace dans les tissus, a reçu le nom de délitescence. Si dans ces ras on \oit une maladie analogue ou tout antre accident se développer sur un point [ilus ou moins éloigné, on dit qu'il y a eu métastase. La délitescence n'est qu'une tenninaison par résolution, suncnant seulement l>eaucoup plus rapidement que df coutume, mais exigeant néanmoins encore un certain temps pour s'effectuer. t"«f»l avouer par là que nous ne saurions admettre la délitescence telle qu'on la définit généralement, c'esl-k-dire connut» |)ouvant être un mode de terminaison de l'inflammatiou vraie, confinriée. £n effet, un tissu gonflé, induré, ramolli, ne peut.
d un instant à Tauti^e, reprendre son état physiologique. La déliresceni e ne peiit s*opérer que tout à fût au début, et lorsqu'il existe plutôt de rhypéréniie qu'line inflammation véritable. .
La suppuration est une suite très fréqu(^le de iinflaminaiion cUuu quelque partie du corps (pi Vile se développe. Elle est caractérisée par la fordution d'un ! liquide particulier nommé pvfi, qui tantôt est exhalé à la surface des membranes libres, comme les nmqueuses, les séreuses, la cavité des vaisseaux, et qui phis s(mvent est produit dans ré))aisseur des tissus, où il forint; une collection plus ou moins considérahle qui a reçu le nom CCnbch. Les auteurs regardent généralement la formation du pus couime étant annoncée [)ar un redoublement dans la douleur, qui devient pulsative à tel |>oint, dit Huuter, que le malade peut compter son ])ouls, en dirigeant seulement son#tleution sur la partie enflannnée. La suppuration une fois déclarée, la douleur se dissipe en ])aitir, elle devient obtuse, et des frissons se déclarent. Ces phénomènes se passent, en effet, dans les inllamuiations franches du tissu cellulaire; mais on cesse de les retrouxor dans tous les cas d'inflammation membraneuse, et même dans pres(|U(; toutes les phlegmasies des parenchymes ; car si Ton excepte l'hépatite et certaines formes de la néphrite, maladies dans lesquelles la suppuration )M*oduil les symptômes ordinaires du phlegmon, on ne retrouve plus dans les autres ni douleurs lancinantes, ni frissons, comme indice d'une suppuration conuuençanle ; c'eMt ce que nous verrons notamment pôiu* rinflannnation des ))oumons et même pour celle du cerveau.
Le pus provenant d'une innanuuation franche est d'im blanc jaimâtrc, plus ou moins opaque et homogène ; il est formé d*un liquide incolore, servant de véhicule à des globules qui paraissent avoir une composition Gbrino-albumiueuse; ils sont blancs, sphériques, un peu frangés sur leurs bords, connue tomenteux à leur surface, qui parait crénelée, |)onctuéc ou ridée, ils ont, d'après M. Donné, un centième de millimètre de diamètre ; ils différent, par conséquent, des globules du sang par leur plus grand volume, comme par leur forme et leur coloration, et des globules du lait )>ar leur défaut de transparence au centre. Ils sont formés par une enveloppe renfermant h son intérieur 1, 2, 3 noyaux et quelquefois davantage. La dimension de ces derniers varie, d'après !\L Lebert, entre 0""»,0025 et ()'",00,"); ils renferment <piel(iuefois un nucléole ; t)n les rend plus visibles |)ar l'acide acétique. >!. Lebert décrit aussi dans le pus d'autres globules qu'il nomme pt/oïflef, lis diffèrent d<*s globules purulents dont nous venons de parier en ce qu'ils ne contiennent pas de noyaux ; mais seulement, dans une substance transparente plutôt soUde qu(^ liquide, on trouve de 4 à 10 granules moléculaires in^égulièrement disséminés. Les caractères micix)scopiques sont les mêmes, quelle que soit la nature de la suppuration. I^' pus est le plus souvent neutre, paiïfois il est alcalin II a une pesanteur s]>écirique d'en\iron 1030 à 10ô3;il a |)ar conséquent moins de densité que le s^ng, et un |)eu plus que le sérum. Insoluble dans l'eau et l'alcool, soluble dans l'ammoniaque, il contient sur 100 parties 80 à 90 d'eau et lu à 15 de matières solides, c'esl-k-dire de la fibrine, de l'albumine, des matières grasses, surtout de la cholestérine, des sels de chaux, de magnésie, de soude et des traces de fer. Ia^ pus est généralement sans odeur quand il n'a pas encore eu le contact de l'air : il faut en excepter pourtant celui qui pix)\ ienl d'abcès situés dans le voisinage (h*s voies digestives, depuis la ixmche jusqu'à Tanus. Ces collections, en effet, quoi(|ue n'ayant en apparence aucune communiciition directe ou indireae, soit avec l'atmosphère, soit avec les gaz contenus dans les oi*ganes digestifs, contiennent néanmoins un pus fétide exhalant tout à fait une odeur stercorale des plus repous-
I)K l/lNFLAMMATIOiN EN GÉNÉRAL. 215
allies. Il (*si très probable ([in\ dans ces cas, il a dû s*opérer quelque phénomène d'fjMioftinose à traversins membranes d'enveloppe du foyer, lie pus renferme souvent acddentellement diverses substances : ce sont surtout la matière colorante du sang, .ou ceKquide même en nature- des débris de tissu cellulaire ou des organes an milîQi ilpquels le pus s*esl form(> : ou bien encore divers produits de sécrétions natarelle oii morbide, etc. Le pus iétide contient en outre de l'hydrogène sulfuré (Bonnet, de Lyon), de Tammoniaque et de Thydrosulfatc d'ammoniaque. Enfm, il est des pus particuliers, ne diiïéi aiit pas des pus ordinaires, ni par le microscope, ni par les réactifs chimiques, bien qu'ils contiennent un principe virulent ; tel est le pus de la mone, de la syphilis, des pustules varioleuses et vaccinales, etc.
On a beaucoup discuté sur Torigine du pus ; mais la seule opinion raisonnable consiste à regarder ce liquide comme un produit de ^crétiou formé parles surfaces enflammées ; il ne résulte donc pas, ainsi qu'on l'a dit, ni de la fonte des s<ilides, ni d'une transformation du sang, et surtout d'une transformation de ses ^^lobulesou de la graisse. Mais, de même que cela a lieu ( our toutes les sécrétions du corj)s, c'est le sang qui évideimnent fournit les matériaux du pus ; il le fait aux (lé()ens du sérum, qui, transsudanl à travers les ()arois du réseau capillaire, éprouve aussitôt la modilication qui le transforme en pus. Tout porte à croire que les globule^ purulents sont constitués aux dépens de la fibrine qui est tenue en dissolution dans le sérum, ou qui s'est épanchée dans le tissu dès le début de l'état phlegmasique. Le pus ne peut se produire qu'autant qu'il y a stase dans les capillaires et inflammation du solide.
Nous a>ons dit précédemment qu'on i-enœnlrail h [)us tantôt infiltré, tantôt réuni en un ou plusieurs foyers. Les abcès que nous irouvenms dans (|uelques viscères sont remarquables surtout par la rapidité avec laquelle le pus s'enkyste ; en eiïet, à peine l'abcès date-t-il d'une semaine, que souvent les parois sont déjà tapissées par une membrane pyogénique, très dense, formée au\ dépens du tissu cellulaire et de la lymphe coagulable qui s'est épanchée dans la première période de l'ioflaniniation. Inutile de dire (|u'on retrouve toujours cette membrane dans les collections qui ont suivi une marche chronique. Les abcès qui ap|)artiennent à la pathologie interne, en raison de leur siège profond, se fraient peut-être moins souvent une issue directe au dehors (lue par l'intermédiaire d'un organe creux. Dans quelqu(*s cas fort rares, le pus infiltré ou même réuni en foyer peut être résorbé ; non qne j'admette alors que les globules piu*ulcnts sont repris en nature, supposition inadmissible ffuand on a égard à leur volume considérable, mais il y a proba- Mement, comme le croit M. Bérard, un travail de dissolution qui les liquéfie et en permet l'absorption. lie pus retenu dans de vastes foyers, ou bien la suppuration continuant à se faint dans des foyers ouverts, |)cut aiuener la mort, en produisant tous les symptômes de la fié\re hectique. Il n'y a pas alors, comme on le dit, résorption purulente, mais résorption putride |)ar suite de l'altération que le pus éprouve.
Gangrène, — La gangrène est un accident assez rare des inflammations qui sont du domaine de la pathologie médicale. La gangrène s'explique quelquefois par la \iolencede la phlegmasie on par l'obstacle qu'une compression extérieure a mis à Sun développement ; mais presque toujours il faut invo<|uer l'action d'une cause spéciale ou si>écifique. (Voir l'article Gangrène.)
iUération, — C'est une lésion con8écuti\e des plilegmasies que Huuter, le premier, a étudiée avec soin. L'ulcération consiste en mi<; solution de continnité produite presque toujours dans les tissus membraneux (peau et muqueuses) , par une
absorption iutcrstitiello. On peut dire de Tulcération ce (|U(mious disions tantôt de la gangrène, qu'elle est rarement la conséquence d'une inflanimation franche. Presque toujours, en effet, celle-ci n'est produite que lorsque rinflanuiiatian survient dans le cours do certaines diathèses, q§ bien lorsqu'elle a daiurfli nature quelque chose de spécifique.
Induration. — L'induration n'est autre qu'une résolution incomplète de l'engorgement inflammatoire, l^i douleur cesse, ou bien elle est alors moins continue et surtout moins vive ; les signes de réaction s'éteignent ; les malades peuvent reprendre les habitudes de la santé, à moins pourtant que la lésion n'attaque un organe important. De tout(*s les phlegniasies qui sont du ressort de la pathologie médicale, l'inflammation de l'utérus est celle peut-être qui est le plus souvent suivie d'une induration de iflku.
Enfm, la rétraction est, ainsi que le professeur Gerdy l'a surtout bien démontré, un effet fréquent de l'inflammation (1). Ces rétractions des tissus mous^ dépendent souvent aussi du retrait qu'éprouvent les matières organisables épanchées dans leur épaisseur, (l'est ainsi qu'une des gloires de la Faculté de Montpellier, Delpoch, a prouvé que les tissus des cicatrices, que les fausses membranes étant très rétractiles, devenaient la cause d'une foule de déformations des membres, d'obstructions des conduits, etc. Ce sont surtout les inflammations chroniques qui ont pour résultat de condenser, d'indurer, de raccourcir les tissus.
Variétés de l'inflammation. — Les variétés de l'inflammation sont relatives à sa marche, a sa nature spécifique ou non, et à son siège.
1" Reiativnnent à sa marche, l'inflammation est distinguée en aiguë et en chronique. L'inflammation aiguë est remarquable par l'intensité des symptômes généraux et locaux, et par la rapidité de sa marche ; c'est à elle qu'il faut rapporter tout ce que nous avons dit jusqu'à présent ; mais on a en outre distingué dans l'inflanmiation deux autres degrés, qu'on désigne sous les noms d'inflammation suraiguè et suhaigué. La première n'est antre qne le degré le plus élevé de l'inflammation, c'est-à-dire caractères anatomiques très tranchés, violence des accidents, marche des plus rapides ; nous en avons vu précédemment tm exemple dans la péritonite consécutive à la perforation intestinale. L'inflammation, au contraire, est dite subaigné lorsque les symptômes offrent peu d'intensité, et lorsque leur marche est moins rapide que dans les inflammations ordinaires. L'état subaigu forme, pour ainsi dire, la transition de l'inflammation algue à l'inflammation chronique.
L'inflammation chronique est celle dont la marche est lente, et dont les symptômes généraux et locaux sont très modérés. Tantôt primitive, tantôt consécutive à la forme aiguë, l'inflammation chronique est un état morbide dont on a beaucoup parlé, et auquel on a rapporté pendant longtemps la plupart des lésions de nutrition, les transformations de tissu et presque tontes les productions morbides ; cependant rien n'est moins bien défini qne ces mots : inflammation chronique. C'est ce qui explique pourquoi les uns en voient presque toujours, tandis que d'autres, tout aussi peu sages, n'en trouvent nulle part et en contestent jusqu'à l'existence. Il est impossible, dans l'état actuel de la science, de faire cesser une pareille Incertitude. Nous dirons seulement que, pendant la vie, l'inflammation chronique, quand elle est simple, ne produit pas une augmentation de la fibrine ; la fièvre est souvent nulle ou peu intense, sujette à des variations nombreuses, et
(i) Chirurgie pratique^ U II, p. 61 à 108.