J)U MUGUET
ÉiUfgie» — Le muguet exisle à tous les âges; mais il est plus commun chez ks eafaMs k la mamelle, surtout dans ie$ deux premiers mois de rexistence. Ce a^cst guère que chez eux qu'on rencontre le muguet idiopathiqne; car pins tard, cl surtoot chez Tadultc et le vieillard, le muguet constitue une lésion secondaire, ^*on n'observe que chez des individus atteints de quelque affection grave. On
pas encore bien fixé sur Tinfluence que la coustitution individuelle exerce sur h pnxlaccîon du muguet : les uns, avec Valleix, regardent la maladie comme étant pfa» commune chez les sujets forts : la plupart, au contraire, soutiennent avec plus d'apparence de raison qu*une constitution chétive est une prédisposition à la maladie. On ignore Tinfluence que les climats exercent; quant aux saisons, Valleix a TU que plus de la moitié de ses malades avaient été atteints dans les trois mois les plus chands. Il est bien reconnu que des circonsta^^s hygiéniques défavorables, comme une habitation humide, mal])ropre, les émanations animales, Tentassement des enfants dans des salles peu aérées, et la niauvaise alimentation, sont des causes très actives du muguet, et expliquent pourquoi cette maladie règne si souvent eodéiiiiquement ou épidémiquement dans la plupart des hospices d'orphelins ; c'est aussi ce qui rend compte pourquoi le muguet est comparativement plus fréquent chez reniant du pauvre que chez celui du riche. Chez ce dernier, la maladie reconnaît presque toujours une cause locale, comme rallattcment artificiel, des efforts de succion nécessités par un mamelon très court, trop gros ou crevassé, ou bien encore l'irritation produite par un bout de sein inégal ou trop dur. Dans aucun cai le muguet n'est contagieux.
Traiiement, — Le traitement du muguet consiste surtout dans des applications locales. Ainsi, dans la première i)ériode, les malades feront usage de collutoires émollients. Les enfants ne pouvant se gargariser, on touche les parties malades avec un pinceau imbibé des mêmes liquides émollients, mucilagineux. Plus tard, lorsque la bouche est recouvet*te d'une exsudation épaisse, consistante, on ajoute au liquide un quart de liqueur de Labarraque, ou bien un acide végétai, comme du vinaigre, du citron. Préféra blement aux acidc^s minéraux, Guersant conseille les solutions d'alun plus ou moins étendues; la plupart vantent celles de borax, dont j'ai moi-même constaté toute relTicacité dans les nombreux muguets que j'ai vos chez les nouveau-nés a J'hopital Saint- Antoine. Dans aucun cas, on ne devra tirailler les fausses membranes pour les détacher, car ces manœuvres excitent de la douleur et augmentent l'inflammation.
M. Troasseau use en général, dans le muguet, d'un traitement plu^ actif, et qui rarement me paraît devoir être utile. Ainsi, dès la première apparition des plaques, fl conseille un collutoire avec |)arties égales de miel rosat et de borax. Si la maladie est réfractaire, il substitue l'alun ; mais le plus souvent il a recours à lacide chlorhydrique fumant, ou à la cautérisation avec le nitrate d'argent.
On a opposé au muguet le chlorate de potasse que nous avons vu précédemment être si efficace dans la stomatite nlcéro-membraneuse : mais dans quelques essais tentés surtout par M. Legroux à Tllètel-Dieu, on n'a obtenu aucun effet utile, soit par l'administration du chlorate de potasse à l'intérieur, soit par son emploi en collutoire. Les moyens généraux à employer seront déterminés d'après l'état du sujet et la période de la maladie. Au début, lors(iu'il n'existo pas de fièvre, on se bornera aux lotions émollientes, à l'usage de l'eau d'orge; on fera moins teter l'enfant, qui d'ailleurs sera soumis à un régime exclusivement lacté. S'il y a de la fièvre, des symptômes inflammatoires vers l'abdomen, on prescrit quelques sangsues sur le ventre ou à l'anus, des bains tièdes, des cataplasmes, des lavements cal-
23^ DES INFLAMMATJO.NS.
niants, additionnés d'une ou de deux gouttes do laudaïunn de Sydenliam, et une diète plus ou inoins complète. Enfin, les accidents ad^nainiques indiqucilt l'emploi des toniques (sirop d'écorce d'tfrange, quinquina, etc. , mais presque .^sans espoir de succès. C'est ici que Teau de sauge, tant vantée dans le muguet prenne comme un spécifique, {leut trouver son emploi. Les coin})licali()ns, si fréquenfes du côté du lube digestif, feront toujours reu()uter Tiisage des émétiqu(*s et de^s purgatifs, que quelques auteurs ont préconisés dans la première ()ériode de raffection. Cependant M. Trousseau se loue, dans Tentérite du muguet, de remploi de ripéca à dose vomitive. Il donne, en outre, ie sous-nitrate de bismuth, et, dans les diarrhées rebelles, il va jusqu'à pro|)()ser des lavements avec le nitrate d'argent; c'est ce que nous n'avons jamais tenté nous-mème. Que peuvent en effet des lavements irritants pour une lésion qu'ils |)euvent rarement atteindre? L'érythème, si fréquent dans l|pnuguet, n'exige d'autres soins que des lotions avtH* l'eau blanche.
Dans le muguet qui arrive à la période ultime des maladies aiguës et chroni(|ues, on se bornera à calmer la chaleur dont la bouche est le siège par quelques gargarismes sim|>lcment émollients ou rendus lép;i*rement astringents |>ar de l'alun on du borax.
Nature, — Le muguet est une forme particulière de stomatite; il constitue parfois ^ne affection toute locale et primitive, mais ayant de la tendance, surtout chez les enfants pauvres, chez ceux des hospices particulièrement, à s'étendre dans le tuhe digestif et à se compliquer de quelque lésion grave de ces organes. Chez ces derniers, surtout, on voit encore la maladie survenir comme une affection secondaire; mais ce n'est pas Ih une raison suffisante pour regarder le nmguet, avec Valleix, comme étant un épiphénomène ou bien une lésion consécutive de l'entérite du jeune âge; la pratique civile contredit tous les jours cette proposition, et dans les hôpitaux où, comme à Saint-Antoine, sont reçus des enfants allaités parleurs mères, rien n'est plus commun non plus que de rencmitrer des cas de nmguet tout à fait idiopatbique. Cependant nous n'hésiterons pas à reconnaître que souvent le muguet se montre comme complication d'un état grave de l'économie, spécialement d'une |)hlegmasie du tube digestif.
Des nphthes on de In stnmatite folUculeusc,
La stomatite aphtheuse, aussi nommée ulcf-reu$e ou folliculeuMe, est caractérisée par l'éruption dans la l)ouche de petites vésicules transparentes ou d'un gris de perle qui prennent au bout de quelques heures Vè^^eci pustuleux, se transforment, dès le deuxième ou le troisième jour, en ulcérations douloureuses, dont la cicatrisatioa se (ait quelquefois attendre pendant un ou deux septénaires, mais qui ne laissent d'autres traces qu'une petite tadie ronge qui disparait trt>s promplement.
On distingue deux espèces d'aphtlies, suivant le caractère discret ou confluent de l'éruption. L'apbthe disait eA très fréquent; il constitue ordinairement iiiu' affection toute locale. On n'observe alors que ({uelques vésicules dans la l)ouche, spécialement derrière les lèvres, sur les bords de la langue ou à la |)artie moyenne des joues. Le jour même, ou au plus tard dès le lendemain de leur apparition, elles s'entourent d'un bourrelet grisâtre, blanchâtre, dur, ce qui donne alors à la maladie un caractère pustuleux : bientôt i'épilbélium se détache, et l'on voit à nu une ulcération lenticulaire pouvant avoir presque l'étendue d'une pièce de 25 ou 50 centimes ; ses bords et sa surface sont saillants, durs, grisâtres, souvent saignants et toujours très douloureux. Les malades éproaveot de la sécheresse ou une sen-
DES APHTHBS. 235
vd'huiiiidité dans la bouche; l'haleine est fétide comme dans toateB ; la mastication et rimpressioD desiobstanees chtades euipèrent les chei les enfants à la manielh^ It sacdoa pardt doaloiireiisa, et les ^^ai talgnent la bouche sont soufeoil assez irritants pour excorier le ma- S^ovent, dans les cas doiu nous parlons, les gangUons sons-maxillaires It de Yohime et deviennent douloureux. Souvent aussi il y a dn malaise, A» nsappétence, on peu de diarrliée et un léger mouvement fébrile qui persiste pn de tempe. G^te période d'ulcération ne dure ordinairement que trois ou mtÊtB JMini ; die peut parfois se prolonger pendant un et môme deux septénaires. Latuych gnérisoo survient (et c'est là la terminaison constante de la maladie), les ■^lUawBt, la surface se déterge, prend une couleur rouge; puis bmsqne- •*<itàdire en trente-six heures ou même du jour an lendemain, elle se et la place qu'elle occupait est à peine maiiluée pendant quelques jours par mie petite tache rongeâtrcu
n n'en est plus de même de la forme conlluente, qui, rare en France, est com« Bone en Hollande, oA elle règne parfois épidémiquement Irl l'éraption est précédée et accoflopagnée de fièvre et de troubles graves du côté des organes dige^ils» Les aphtiiea recouvrent la ÎÊce interne des joues et des lèvres ; on les retrouve aor le voile du pahis et dans rarriére-bouche. Ils sont partout plus ou moins eoufluents tt reaneaiblent asseï à une éruption varioleuse ; c'est ce qui explique le malaise et leidsoieiirBque les malades éprouvait pendant la déglutition. Dans ces cas la kMche est le siège d'une vive cuisson : elle est sèche ou baignée par un liquide ■■Bt ; il y a des vomituritions, de la diarrhée, une angoisse inexprimable, de la Une ; la mort arrive souvent alors au milieu d'accidents typhoïdes fort graves, le numilesCation paraît coïncider le plus souvent avec la reproduction, sur la gaatroHBtestinale, des ulcérations aphtheuses qui existent dans la bouche. Cependant on ne possède encore à ce sujet aucune recherche positive. D'autres fais les accidents adynamiques sont consécutifs à la gangrène qui s'empare des ■Icéntions aphtheuses; celles-ci deviennent alors noirâtres et fétides. La mortificatioa peut aussi s'étendre aux parties molles de la bouche. Cette terminaison toutefois est rare, et on ne l'obsen e guère que chez les sujets débilités ou qui sont placés an milieu de conditions hygiéniques défavorables. Quoi qu'il en soit, les apfathes confluents se prolongent communément pendant deux septénaires ; ikont, eamme on le voit, une marche assez lente.
ùimgnoiiic. — Nous verrons qu'il est très facile de distinguer l'aphthe qui coBsiile dans l'ulcération des follicules mudpares, des solutions de continuité produites par le virus syphilitique et pai' l'action du mercure. Le caractère ulcéreux distingue l'aphthe du muguet, lors même que quelques petites concrétions existeraient au pourtour de l'ulcération. Enfin la stomatite diphthéritique, par la formation des fausses membranes qui tombent ou qu'on détaclie, et par l'aspect de la muqueuse, qui au-dessous d'elles est communément violacée, ramollie, saignante, ulcérée, n'offre pas môme de l'analogie avec l'inflammation aphtheuse.
Pronottie. — Le .pronostic n'est grave que lorsque l'éruption aphtheuse est conlluente ou lorsqu'elle est suivie de gangrène.
Étioiogie. — Les aphthes sont surtout très fréquents dans l'enfance et la jeunesse, mais ils' peuvent se montrer également à tous les autres âges. Une constitniîon lymphatique, une mauvaise alimentation, semblent y prédisposer ou les déterminer. Cependant le développement de la maladie a lieu si fréquemment dans les conditions les plus opposées, qu'il est impossible d'émettre sur son éciologie
aucune opinion raisonnable. Les aplitlics semblent (railleurs constituer àODyent une affection symptomatique, quelquefois consécutive à un état général plus ou moins grave : c'est ainsi qu'ils existaient fréquemment dans répidémie de Gœttingue, dont Rœderer et Svagler nous ont laissé la relation. Souvent ils coïncident avec un état saburral des premières voies, ou bien ils régnent pendant certaines constitutions médicales. Ce sont des accidents assez fréquents dans le cours de l'état puerpéral
Traitement, — A l'aphthe simple, discret, il suflit |)resquc toujours d'opposer un traitement topique, consistant au début en des lotions mucilagineuses, éniollienles, rendues plus calmantes par l'addition de quelques gouttes de laudanum. Puis, dès que la douleur et la tension des parties ont diminué, on remplace les moyens précédents par des a^ingents, comme l'acétate de plomb, le sous-borate de soude, l'acide cblorhydrique, l'alun; enfin, il sera souvent utile, pour modifier promptement la surface de l'ulcération, de la toucher avec un crayon d'azotate d'argent. Ce moyen a même été conseillé connue utile dès le début, et comme pouvant arrêter le mal dans son développement. Il est vrai que quelquefois on a réussi de la sorte à faire avorter un aplithe conunençant, mais le plus souvent nous avons vu un résultat contraire, de sorte (jue nous ne croyons ce moyen utile qu'après la [)ériode inflammatoire, lorsqu'il importe de modifier l'état local |X)ur déterminer la cicatrisation. A ces moyens on joindra un régime doux, l'usage de boissons acidulées, de bains tièdes, et parfois l'emploi d'un laxatif.
Je n'ai rien dit du chlorate de potasse si utile dans plusieurs autres stomatites, car ce médicament n'a pas encore été, que je sache, suffisamment expérimenté; cependant son usage à l'intérieur a paru parfois utile, et il n'y a aucun inconvénient à l'cx- |)érimenter aussi bien dans les aphthcs discrets que lorsqu'ils sont confluents. Dans ces derniers on sera parfois contraint, par la violence des accidents inflammatoires, à tirer du sang par la veine ou par une application de sangsues sous les mâchoires. Le traitement local sera le même que pour les cas d'aphthes simples ou discrets.
Nature et siège, — Les aphthes sont une forme d'inflammation des membranes muqueuses; la vésicule *c(mstitue l'élément primitif de la maladie. Quant à son siège, Billard a essayé de le placer dans les follicules mucipares ; d'autres, dans la muqueuse elle-même; Bichat et Gardien n'ont pas osé se prononcer, et nous imiterons leur réserve, car cette question ne nous paraît pas encore résolue. Si nous ne consultions que nos propres observations, nous dirions que les aphthes n'ont pas, à proprement parler, de siège anatomique; eu effet, il nous ont semblé se développer tantôt sur les follicules et tantôt sur la mu([ueuse seule.
De deux autres formes de stomatite ulcéreuse et pustuleuse.
On pourrait encore admettre plusieurs autres formes de stomatite : ainsi il e.st des ulcères de la bouche qui surviennent après une solution de continuité de la membrane muqueuse, produite par un corps étranger ou par la pression d'une dent inégale, déviée, rompue. Ces ulcères, qui siègent surtout aux joues, ou tout à fait en arrière, au voisinage des dernières molaires, sont souvent très douloureux, et peuvent acquérir une étendue égale à une pièce de 2 francs ; leurs bords ont une dureté squirrheuse ; leur surface est inégale, grisâtre, saignante, et exhale une odeur fétide très désagréable. Il est de ces ulcères qui ont un as|)ect vraiment re(>oussant, et qui, à la vue et au toucher, pourraient donner l'idée d'une production cancéreuse, si la cause qui les a produits et la marche qu'ils ont suivie n'en indiquaient aisément la nature.
DE LA STOMATITE IfERGURIELtp. 257
i sera le même que pour les aphthes; il faut surtoaC se hftter de ace à Faide du nitrate d'argent fJÊà «Dtre forme de stomatite que nous de? tons signaler est cdie qu'on pourrait fnatukuse^ car elle est caractérisée par le développement de pustules snr Jboccale, spécialement^ la face interne des joues et sur la voûte pala- On Tobserve toujours dans la variole; l'éruption de la bouche est ici de même que cdIe des téguments. Des pustules semblables surviennent aussi frésor les mêmes parties, et dans le pharynx, après l'emploi de l'émélique
k bmedose. Les malades se plaignent, dans ces cas, de chaleur et de cuisson dans h bohche. Cette cavité est inondée de salive et souvent tapissée de muiX)sités
S suffit généralement de quelques collutoires émoUients ou légèrement
pour triompher de la maladie en quelques jours.
De. la stomatite mercurielle.
On déngne sons les noms de ptyalisme mercttriel^ de salivation^ ou de gtoma^ tite mercurieUe^ l'inflammation de la bouche qui se développe consécutivement à Tabeorption dn mercure, et qui résulte de Faction spéciale que ce métal exerce sor la membrane muqueuse et sur les glandes salivaires.
Sgn^Mmes, marche^ terminaisons, — Au début, les malades éprouvent dans
la boadie une sensation insolite de chaleur et de sécheresse ; ils ont une saveur
mélalliqfae désagréable. Bientôt les gencives se tuméfient, deviennent douloureuses,
sagpent et se ramollissent ; elles sont d'un rouge blafard dans la plus grande partie
dekur étendue, excepté vers le collet des dents, où elles offrent un liséré rouge et
;, et plus tard blanchâtre ; bientôt elles s'ulcèrent et se détachent des dents.
j, couvertes d'un enduit sale, limoneux, sont comme écartées, puis vaciU
botes, agacées; les malades éprouv<!nt, toutes les fois qu'ils rapprochent leurs
mâchoires comme pour mâcher, une sensation qui leur ferait croire que leurs dents
sont allongées. Cet allongement d'ailleurs est peut-être réel, et s'expliquerait par
rébranlement que les dents ont subi, et par la propagation de la phleginasie dans
leurs alvéoles. La bouche du malade exhale dès le début une fétidité toute spéciale
qui diffère de celle qu'on trouve dans toutes les autres stomatites ; elle a ici un
caractère particulier et vraiment pathognomonique. La muqueuse buccale est
gteéralement tuméfiée et comme infdtrée; elle offre çà et là un enduit blanchâtre
d'abord pointillé; plus tard ce sont des plaques : cette disposition est surtout
remarquable snr la langue. A cette époque, l'état de sécheresse de la bouche est
remplacé par une sécrétion abondante de fluide salivalre. Si la maladie continue de
s'accroître, la tuméfaction des parois buccales et des parties renfermées dans cette
cavité augmente ; les joues , au niveau des grosses molaires, les lèvres, surtout
rinférieure» et la langue, à sa pointe et à son bord, présentent des sillons vorti-
eaux, et bientôt de véritables ulcérations, souvent couvertes de pseudo-membranes
et séparées par des crêtes d'un rouge vif qui correspondent à la saillie des dents et
aux intervalles qui les séparent. A un degré encore plus avancé, la langue acquiert
un volume plus considérable ; parfois même, ne pouvant plus être contenue dans
la bouche, elle sort de cette cavité et fait saillie au delà des arcades dentaires, qui
pressent douloureusement sur elle. La pointe de l'organe ainsi exposée à l'air se
dessèche et brunit ; la pression contre les dents étant alors plus forte, on voit les
ulcérations s'agrandir, prendre une couleur grisâtre ; souvent aussi des eschares se
forment Toute la face est tuméfiée ; le gonflement s'étend aux glandes parotides,
sons-maxillaires et aux ganglions : la pression exercée sur ces parties est très don-
loureuse. De la bouche enlr'ouverte 8*écoulc sans cesse un liquide clair, giisâfre el très fétide, dont la quantité peut s'élever à i , 2 ou 3 kiio^ratnnies dans les > in^t? quatre heures. Quelques malades se plaignent aussi de la gorge et souilreat.des oreilles, par suite de Textension de la phleggiasie au pharynx et aux trompes d'Ëustache. Ces malheureux sont alors dans un état de malaise inexprimable : ils ne peuvent ni mâcher, ni avaler, ni entendre, ni parler ; les douleurs qu'ils éprouvent, aussi bien que la sécrétion incessante de la salive qui s écoule hors de la bouche, empêchent tout sommeil. La face est pâle; il y a une céphalalgie vive, une réaction fébrile plus ou moins considérable, et, comme dans toute autre inflammation, la quantité de fibrine du sang est augmentée. Si la stomatite, au lieu de s'amender, continue ses progrès, les gencives tombent en putrilage ; la phlegmasie se propageant au périlBb alvéoJo-dentaire, on voit les dents noircir, devenir vacillantes, puis tomber ; les joues se gangrènent, et une portion considérable des os maxillaires peut aussi se nécroser. L état général est en rapport avec ces graves désordres, qui heureusement sont tares aujourd'hui, mais qui, communs autrefois, ont provoqué la mort de beaucoup de malades. Ceux qui, plus heureux, y ont survécu, ont souvent eu des cicatrices vicieuses qui les ont défigurés, ou qui ontgOné ou empêché les fonctions de la bouche et des organes qui y sont contenus. Plus souvent on voit les malades atteints d'un ptyalismc aussi abondant tomber dans le marasme, puis succomber inévitablement si la sécrétion morbide ne s'arrête bientôt ; ceux qui se rétablissent restent longtemps pâles, amaigris, et ont toujours une convalescence extrêmement longue. Lorsque la stomatite marche vers la guérison, la tuméfaction et le ptyalisme diminuent, les ulr^érations se détergent, les dents reprennent leur solidité, les malades peuvent manger sans douleur des substances molles, humides ; mais ce n'est que plus tard qu'il leur est possible de mâcher des corps solides, comme du pain, sans provoquer des douleurs vives et le saignement des gencives.
Durée, — La maladie a une durée plus ou mmns longue^ Lorsqu'elle est très bénigne, elle petit se terminer en quatre ou six jours ; mais pour peu qu'elle soit grave, elle se prolonge pendant au moins deux septénaires et quelquefois au delà. Il n'y a pourtant pas toujours un rapport exact entre la gravité de la maladie et sa durée : il n'est pas rare, en effet, de voir des stomatites mcrcurielles de médiocre intensité produire pendant plusieurs mois une salivation abondante qui épuise les malades, (^es ptyalismes mercuriels à marche chronique sont presque toiyours entretenus par quelque altération de la muqueuse, qui est gonflée, saignante, ulcérée, dans quelques points; cependant, ches un petit nombre, les parties molles semblent être revenues à leur état physiologique; elles sont alors plutôt pâles que rouges : on dirait qu'il n'existe dans ces cas qu'une simple habitude de sécrétion morbide. Le plus souvent la guérison, une fois sunenue, est définitive : cependant quelques personnes conservent encore pendant longtemps un état de susceptibilité de la muqueuse buccale, qui se gonfle et s'ulcère facilement ; chez d'aulnes, les dents se carient, ou bien elles tombent avant l'âge, spontanément et sans être gâtées.
Diagnostic. — I^ diagnostic de la stomatite mercurielle n'est jamais difficile: la puanteur toute particulière de la bouclie serait à elle seule un caractère presipie pathognomonique. On a prétendu pourtant qu'il était quelquefois difficile et même impossible de distinguer les ulcérations mercurielles de celles qui sont pixxluites par le virus syphilitique* Cependant nous |)ensons que la distinction est facile : car les premières occupent la face interne des joues et correspondent communément
•* m. LA STOMATITE MERGURIEIXE/^ 239
à h sailBa dès dents ; les auiros sont ordinairement sitaéès sur le pliarynx et les i^lffdales; on à la fac4> sii|HTieiiro do la langue, quelqudfois aux lèvres; celles-ci fléit'antMKlîes, leur fond est grisâtre , leurs bords sont taillés à pic, tandis que les ricéntwnsmercuriclirssoiit siiporlicirlN!^, îrrégulières et couvertes de concrétions ■nbbraueuses.
La sttHnatite mercurielle a beaucoup d^. ressemblance avec la stomatite dlphthéritifne. Il y a en effet entre elles pintùl des nuances que des caractères distinctifs tics Iranchéa. Disons cependant (]U(* dans la stomatite diphtliéritique Texsudation pHliciilaire e8t (dus épaisse, plus adhérente qtio dans la stomatite mercurielle, dont i'emidatioo est blanchâtre et souvent pultarée ; In première est circonscrite tandis que la seconde envahit ordinairement tonte la bouche. Dans les deux affections, la ra^ité buccale exhale un(! (nleur infecte ; mais dans laUomatite mercurielle, elle a quelque chose de spécial et qu'on reconnaît aisément. ËnHn, presque toujours, il JA impossible d'arriver aux commémorât ifs et de reconnaître que l'individu a employé uoe préparation mercurielle quelconque.
Pronostic. — Aujourd'hui le pt>alisme mercuriel compromet rarement la vie, ncepté lorsqu'il est trop abondant on (pi'il provoque dans la bouche desdestnic* ?vms considérables, ou bien ena)re lors(|ne la tuméfaction d<'S parties molles, et ^unout de la langue, est telle qu'il peut en résulter une gène considérable de la respiration, et même l'asphyxie lorsque les narines sont obstruées ou sont naturvMonent trop étroites. Le pronostic n'est grave (lue dans ce cas ; dans tous les astiH la maladie n*est qu'inconnnode, dégoûtante, souvent rebelle, mais nidiemMi dangereuse.
h'tioiogie. — Toutes les préparations mercurielles peuvent pitxiuire la salivation ; niais nulle ne la détermine aussi sûrement et aussi promptemcnt (pie le calumel, lorsqu'on le donne à très |)etites doses. Après lui viennent l'onguent mercuriel en frictions, la iwmmade citrine (nitrate de mercure); le mercure gommeux de Plenk, comme dans les piluIeN de Belloste ; le mercure n)étalli(]ue en upenr, comme cela arrive quehpiefois chez les ouvriers cpii travaillent ce métal. Ona vu également la salivation survenir chez des individus auxquels on avait admi- Dstré le mercure métallique; mais, |)our qu'il ait cet effet toxique, il a besoin de séjourner assez longtemps dans les organes digestifs pour s'y diviser, s'oxyder et se traisfbrmcr en bichlorure de mercure (Orfila). 1^ facilité avec laquelle la salivation est prtiduite varie beaucoup chez les divers individus; il en est, en effet, qui résistent aux mercuriaux sous quelque forme et à quelque *dose qu'on les admiuistre, tandis que d'autres ont une susceptibilité telle qu'une petite friction avec ron^uent gris, ou une cautérisation avec le nitrate acide de mercure, ou Tadmincrtration de 15 à 2r> centigrammes de calomel, déterminent une abcmdante salitalion. Une température froide, l'habitation dans des lieux humides, une constitution molle, le peu d'activité d(*s principales sécrétions et surtout d(; la transpiration «utan^H^, sont les circonstances qui favorisent le plus souvent le développement de U stomatite mercurielle.
Triiitf'went. — I3ès les premiers indir(>s de salivation, il faut suspendre l'emploi des mercuriaux, puis prescrire des i)édihi\es irritants; établir une forte révulsion sur le tube digestifàTaide de purgatifs un peu énergiqu(*s, comme l'huile de ( rol(»n (1 à 3 gouttes), qu'on administre de tc>mps en temps pour établir une fluxion [tfrmanente vers l(»s voies inférieures. En outre, le malade cons<»rvera dans sa twuche un liquide émollient, mucilagineux. Les moyens abortifs, tels que la glace et divers collutoires astringents, composés surtout avec l'alun (10 à ISgranmies)»
ii.) DES IXFLAMMATiONS.
> '!4>u<-acêtate d^ pl>'*uib ..SO à 60 grammes}, qui sont préconisés par quelques p«^rs.>ooe^. a'oQt p» ordinairement l'eiïot qu'on leur altrihuo. >'ous en dirons iu'.in: i*> plu^urs médicaments donnés dans la pensée de neutraliser le uiercure, iel> qu». 1^ acides sulfurique. nitrique, l'iode et les chlorures, l'or, le soufre, les su!fur\-< i*> chaux ou de nias;nésie et l*opiuni^i-mème, substances qui toutes sont '.av.*.L^>. t*< diMit la plupart même sont plutôt nuisibles. L'acide chIorhydrique| au cuiriirw t-st un unnlicameut qui jouit d'une véritable efTicacité; car, employé au tWiX:: de la >tomalile, il la fait souvent avoUcr. Pour obtenir ce résultat, ou touche ^> ^cucius et la inmion de la nmqueuse qui conunence à se boursoufler avec uu pi;K\.jud-:' cliJiipie iremiK* dans de l'acide chlorhydriquc pur, en ayant soind'esxii\er ît*s dents lorsipie l'acide les a touchées. Cette cautérisation superficielle, qui M : j n'jvttY d«'u\ ou trois fois, change le mode d'inflammation de la muqueuse et ç i\iîT;uo prosi]ue toujoui-s l^malade les (lésa jurement s et souvent les dangers de la vii.\j:ioii. ixuuui toutefois qu'elle soit faile d(*»s le début. Cette pratique a été MirtiHit cousoilliV dans ces derniei-s temps par M. Ricord, et plus récennncnt pai^ ^t. BeaunuS, de Lyon. Je la crois généralement l)onne, et ne partage nullement U*sp4v\ entions qu'a\ ait contre elle un savant pathologiste, le professeur Requin, jui >vnd>lait la proscrire pour donner la préférence aux shuples astringents. Inutile de dire qu\>n iM)urrait arriver à peu |>rès au même résultat par la cautérisai ion j\ee le cra\on d'azotate d'argent.
l.oi>i4iue la cautérisation échoue, ou bien lorsqu'on ne peut l'employer à cause de Kl Aïolence (h»s symptômes inflammatoires, on devra insister sur les antiphlogistittues; ainsi, h\ fréquence et Ja force du |)ouls {xuirront nécessiter une ou deux sii»:m^»s i;énéral(»s ; le plus souvent il suffira de faire une ou plusieure applications do >auiisut»s sous la mâchoire inférieure. Ces parties seront couvertes de cataplasmes ouiollients; on prescrira des gargarismes mucilagineux, des bains tildes, et les uh»\en^ ie\ulsifs précédemment indiqués; enfin on donnera l'opium pour calmer Ion Noulïrances, mais non dans l'espoir d'agir directement, comme on l'a cru, sur l^utaUUe elle-même. Lorscjue les symptômes inflammatoires se seront modérés, on ixHhîu les collutoires astringents i>ar l'addition du miel rosat et du sous-acétate de l^4(iî^ qu'on élèvera successivement h la dose de 8, 12, 20, 30 grammes et plus, |HH)i rJOde véhicule; d'autres préfèrent l'alun, qu'on donne à la dose de 50 h >0 ^tauuues i)ar litre de liquide; ou bien trois ou quatre fois par jour, on le |>orte dutH tenieni a\er le doigt sur les gencives : c'est la pratique que suit M. Vel|)eau. tes u(o>eus dont nous venons de parler ont été préconisés dés le début de la ma- Ulie, ^ titiv d'abortifs, mais nous les croyons dangereux à cette é])oque ; ils sont n«eu\ indiqués à une |)ériode |)lus avancée. Quoi qu'il en soit, avec les astringents ou cxMiiinue les moyens révulsifs, et l'on excite les principales sécrétions, notainlueui la traus|>iration, par l'emploi des bains de vapeur. La persistance des ulc/>- 1 41 h«n> exige souvent qu'on les cautérise avec le nitrate d'ai^ent nu avec l'acide ibUMlixdrique: mais connue elles persistent souvent par suite de la pression d<»s ileutN. ou devra, d*apn« le conseil de iM. Ricord, couvrir celles-ci de pâles molles piei\îiee'< avec la guimauve et l'opium, ou chargées de chlorure de soude. Celte pie\Muiiou Nuflii souvent à elle seule |K)ur guérir des ulcérations (|ui avaient iVMxte «^ tous les autres moyens. H l'st inutile de dire qu<', lorsque la maladie est liêN ai^ue. il faut .soumettre les malades à une diète rigoureuse; plus tard, ipiand rmlUuuualion se modère, ou donne du lait, du bouillon, des potages, des bouillies, des uelees. ou tout aliment qui ne nécessite |>as des efforts de mastication.
Telle i*sl la série de moyens usitée dans le traitement de la stomaiitf* mercu-
DE L\ GLOSSITE. 2ki
ces derniers temps, M. Herpin a proposé contre cette aOection le
dé potasse, que nous avons vu plus haut être si eflkaoe dans la stomatite
Des faits favorables ont été recueillis par MM. Blache, Demarquay et
k autres. J*ai expérimenté moi-même le remède deux fois seulement et
liijpc an soccès complet Comme da^ la stomatite ulcéro-membraneuse, le chlo-
"'' de potasse a une action prompte, et quelques jours suflBsent parfois pour
k la muqueuse sa couleur et sa fermeté. Cependant ce médicament échoue
quelques cas ; aussi sa valeur a-t-elie été contestée par quelques personnes ;
c'ert là d'ailleurs un sujet d'études à poursuivre. (Pour les doses et le mode d'ac-*
lioii« T<»r plus haut p. 229.)
Prophylaxie. — Nous n'ajoutons aucune confiance aux moyens vantés jadis poor prévenir la salivation. Les uns conseillaient d'associer au mercure, soit le camphre, soit le soufre, Tiode, le sulfure de chaux Slhmoniacal ou l'hydrate de chaux. Ces diverses substances étaient mêlées à l'onguent mercuriel qui servait aux frictions. Les seuls moyens prophylactiques efficaces de la stomatite mercu- ^ridle appartiennent à l'hygiène. On entretiendra la liberté du ventre ; les malades seront garantis du froid humide ; ils seront vêtus de flanelle et on excitera les functioiis de la peau. C'est probablement en agissant de la sorte, en favorisant rrlimiuatton du mercure, que les bains sulfureux, pris surtout aux sources, pré- \'Kaneut presque toujours la salivation quand on les administre dans le cours d'un traitement mercurieL
Naiure. — Beaucoup de médecins, même encore de nos jours, regardent la sUMMtite uiercurielle comme une maladie des glandes salivaires, spécialement des pMQtides ; aiais il suffit d'avoir lu avec quelque attention la description précédente pour être convaincu que ce qu'on nomme vulgairement la salivation mercurielle l'est autre qu'une variété de la stomatite. L'inflammation des glandes salivaires ne constitue jaoïais le phénomène prédominant ; il est toujours consécutif. I^ supersécrétioD de la salive qu'on observe dépend d'ailleurs bien moins d'une acti<m dfvcte <iue le mercure exercerait sur les glandes salivaires que de l'inflammation de la muqueuse buccale, qui agit sympatliiquement sur elles, en vertu de cette loi qnî veut que la plupart des sécrétions soient augmentées lorsqu'une ])hlegmasie existe âi l'extrémité d'un conduit excréteur. Ajoutons enfin que le fluide qui s'édnppe de la bouche est en grande partie fourni par les follicules de la muqueuse. Quoi qu'il en soit, il est probable que le mercure agit directement sur la membrane, et qu'il est peut-être éliminé par la sécrétion dont celle-ci est le siège.
De la glossite.
La glossile, ou inflammation de la langue, peut n'occuper que la membrane iDocpieusc ; d'autres fois, elle envahit primitivement ou consécutivement le tissu même de l'organe ; de là la distinction de la glossite en superficielle et en profonde,
Stfmpiômes, marche^ terminaisons. — I-a glossite superficielle peut être caractérisée par les diverses altérations qu'on rencontre daius les variétés de stomatite que nous venons d'étudier. C'est ainsi que nous avons vu le muguet commencer presque toujours par la langue. On voit également cet organe être fréquemment le siège d'aplithcs, de productions membraneuses et d'ulcérations diverses. Il est DUO forme de glossite superficielle dans laquelle il existe à peine une iri^s légère tuméfaction de la langue ; la surface de lorgane, rouge, sèche, entièrement dé*
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2ft2 DES INFLAMMATIONS.
pouillée d'épithflioin, tnontre 5 nu ses papilles saillantes, ce qui explique la douleur cuisante que le contact des substances les plus douces excite. Le goût est en môme temps perverti, altéré; la parole est difticile, les ganglions du cou sont fréquemment tuméfiés et douloureux. Souvent aussi il existe des troubles priipîtifsi ou sympathiques du côté des organes digestifs, (j^tte esiK^ce de glossite a presque toujours une heureuse terminaison ; cependant on Ta vue quelquefois être suivie de . gangrène
D^autres fois, l'inflammation semble n*alTecler que Tappareil folliculaire, surtout celui de la base de Torgane ; c*est cette forme de glossite que Requin désignait sous le nom de papillaire, l.es papilles, rouges, dures et saillantes, déterminent alors un sentiment de chaleur, de picotements, qui augmente et devient insupportable pour peu que les aliments soient sapides. Comme Requin, je n*ai encore rencontré cette fonne de glRsite que chez des femmes nerveuses, hystériques; elle est ordinairement très opiniâtre.
Dans la glossite profonde ou parenchyii intense, les symptômes sont bien autre -^ ment graves : en quelques heures, ou voit la langue acquérir un volume tellement considérable, qu'après avoir rempli toute la bouche, elle sort en partie au dehors, tandis que sa base fait saillie vers le pliarynx et repousse Tépiglotte, ce qui produit fréquemment des accidents d'asphyxie. On rx)nçoit aussi que, dans C4?s cas, la déglutition et l'articulation des sons doivent <Mre impossibles. Enfin, la circulation cérébrale éprouve elle-même une gène extrême, par suite de la compression des vaisseaux du cou : c'est ce qui explique les symptômes apoplectiques que quelques malades présentent; la face est alors bouflic et bleuâtre; la partie de la langue qui ëort de la bouche est tendue, rouge ou violacée. Les symptômes généraux sont en raison directe de l'intensité de la phlegmasic et du trouble des fonctions respiratoires.
La glossite peut être générale ou bien être limitée à une moitié de la langue ; dans ce dernier cas, l'organe est pour ainsi dire contourné : de sorte que c'est le bord gonflé et non la pointe qui sort entre les arcades dentaires.
La glossite parenchymateuse peut se terminer par résolution ou bien être suivie d'induration, de suppuration et de gangrène. L'induration persiste souvent très longtemps, c'est-à-dire des mois et même plusieurs années avant de se résoudre ; c'est ce (j|\i'on voit, par exemple, dans un fait rapporté par M. Graves. S'il y a suppuration, l'abcès siège le plus ordinairement à la base de l'organe. Cette dr« constance fait qu'il est parfois difficile de reconnaître la présence du pus, les malades ouvrant la bouche ù peine, et l'intumescence de l'organe mettant également obstacle à une exploration régulière.
Quelques individus ayant une glossite meurent asphyxiés. L'asphyxie sunient ordinairement à une époque encore peu avancée de la maladie, c'est-à-dire au bout de trente-six à qnarantc-huit heures.
Diagnostic. — D'après ce que je viens de dire, il est évident que le diagnostic de la glossite est toujours facile.
Pronostic. — On comprend aisément combien le pronostic doit être grave lorsque l'inflamUiation occupe les tissus cellulaire et charnu de l'organe. La gangrène ne laisse guère d'espoir de salut; cependant il existe dans la science plusieurs cas où, nonobstant une si fâcheuse terminaison, la guérison a pu avoir lieu.
fJtiologie. — La glossite superficielle reconnaît ordinairement les mêmes causes que la stomatite. On la voit surtout se développer par le contact des corps brûlants, des substances acres et caustiques. Un habile médecin de Rennes, iM. Toul-
DES ANGINES GUTTUBALE ET PHARYNGÉE. 245
Bonclie, a signalO dans la Gazette mcdicale de iSM, comme une cange fréquente de gknsite ou plutôt de glosso stomatite, l'habitude vicieuse des flleuses de cbanvre, ipnie servent de loiir salive pour façonner le fil, et ne cessent de toucher avec leur iaagvie la filassi^ et leurs doigis : aussi voit-on l'inflammation commencer ordl- ■liremem par les |wpilles, qui sont npugcs, saillantes, très sensibles, et se détrui- KBt ensuite très souvent i>ai- une sorte d'i^rosion superficielle ou profonde. Cette de glossite n'a qu'une durée de trois ou quatre jours. glosrite profonde paraît être rarement primitive : elle est quelquefois propar une blessure de l'organe ; plu» souvent elle est l'effet de l'action du I elle accompagne souvent la stomatite inercuriellc; parfois elle se déclare oamme léaion secondaire dans certaines fièvres graves.
rraiiemeni, — La glossite profonde e\ige un Ira^mcut extrêmement énergique : ainsi on devra praticjuer une ou plusicui*s saignées larges; on mettra un grand nombre de sangsues sous la uiàclioire inférieure ; on insistera sur les révuljKÎs cutanés et les jMirgatifs drasiicpies. Fnfin, si les accidents sont tellement iaiensea que le malade soit menacé de suffwiuer par suite du volume excessif de la langue* il faut pratiquer une scarification profonde dans toute la longueur de TiH^iue, et intéressant le quart et même le tiers de son épaisseur; cette opération aurop souvent un dégorgement rapide. Si, nonobstant cela, l'asphyxie était imminente, on n'aurait d'autre espoir que dans la laryngo-trachéotomie. Inutile de dire i|De il Dd abcès s'éuit formé, on devrait l'ouvrir avec le bistouri ou bien en pro- T«qnnt le Tomissement à l'aide de l'émétique.
la gloasite superficielle exige l'emploi de collutoires mucilagineux qu'on rend l^pèrement résolutifs et astringents avec l'alun, l'acétate de plomb, le borax, anakôt que l'inflammation commence à s'éteindre. Contre la glossite qui accompagne la stomatite ulcéro -membraneuse ou la stomatite mercurielle on emploiera b série de moyens dont j'ai parlé en traitant de ces affections et particulièrement le chlorate de potasse.