DES HÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAL
Les tempéraments sanguin et pléthorique, les sujets nerveux, irritables, sont ceux qui ont le plus A prédisposition aux hémorrhagies essentielles. L'hérédité est une cause non moins puissante. Il est, en outre, des individus tellement prédisposés aux flux sanguins, qu'ils en éprouvent pour la moindre cause : la plus légère solution de continuité, telle qu'une piqûre de sangsue, donne quelquefois Ueo chez eux à un écoulement de sang considérable et interminable. D'autres fois, ces hémorrhagies ont lieu par un ou plusieurs points à la fois, tout à fait spontanément et sans solution de continuité préalable. C'est nne véritable diathèsc qu'on peut nommer hémorrhngique e^me nous décrirons plus tard comme une maladie • spéciale. On a vainement cherché jusqu'à ce jour à saisir la condition organique qui fait que, chez certains individus, le sang transsnde ainsi avec autant de facilité. Dirons-nous que chez eux le système capillaire, frapp^ d'atonie, n'a plus la force de retenir le sang? Ce ne serait là qu'une hypothèse qu'on ne peut vérifier. Ou bien accuserons-nous le sang d'être altéré dans sa composition ? La chose me paraîtrait plus probable. Mais en quoi consiste cette altération ? Y a-t-il modification dans la texture même des globules, on bien doit-on supposer que c'est la fibrine qui existe alors en proportion moins considérable? Nous l'ignorons encore. Il est pourtant incontestable, ainsi que M. Andral l'a démontré, que la défibrination du sang devient, dans un grand .4|pmbre de cas, la cause on du moins la lésion concomitante ' de beaucoup d'écouleà^^j^ sanguins ayant un caractère passif : aussi est-ce dans les maladies où l'on observe surtout la destruction de la fibrine qu'on remarque le plus grand nombre d'hémorrhagies passives. C'est ce que nous avons vu précédemment dans lespyrexies, surtout dans la fièvre typhoïde et dans la fièvre jaune, dans la variole et dans la scarlatine. L'influence de la défibrination du sang sur la production des hémorrhagies a d'ailleurs été démontrée expérimentalement par AI. Magcndie 'ftutes les sulistanccs virulentes, putrides, miasmatiques ou autres, qui, introduites dans le sang, ont pour effet de le rendre moins coagulable, de le liquéfier, sont donc des causes puissantes d'hémorrhagies. Les perturbations profondes du système nerveux peuvent peut-être produire le même effet; mais il n'y a encore à ce sujet rien de bien établi. L'état opposé, c'est-à-dire un sang riche en globules, tel qu'on le trouve dans la pléthore, est aussi une cause d'hémorrhagies ; mais celles-ci ont toujours alors le caractère sthénique La plupart des hémorrhagies constitutionnelles coïncident probablement avec cet état du sang; mais on commettrait une grave erreur si l'on croyait que toutes les hémorrhagies actives tiennent à l'augmentation des globules; car il en est beaucoup où cette altération n'existe pas et n'est même pas probable : telles sont, par exemple, les hémorrhagies qui suniennent par suite de l'impulsion trop vive imprimée à la circulation par un cœur hypertrophié, ou bien encore celles qui résultent de l'exposition à un froid trop intense, comme on le vit dans la campagne do Russie, ou à une chaleur trop vive, ou bien à des variations brusques dans la tem|)érature et dans la pression atmosphérique, c'est ce qu'on observe chei ceux qui s'élèvent rapidement à de grandes hauteurs. Ce sont des conditions générales climatériques qui expliquent pourquoi de temps en temps certaines hémorrhagies régnent épidémiquement, comme 6n le vit en 1699 à Brcslaw, ou même endémlquement, comme cela paraît être pour l'hématurie dans notre ancienne colonie de l'Ile de France. I^ défibrination et l'état de liquéfaction du sang ne peuvent pas pourtant rendre compte de toutes les hémorrhagies passives; beaucoup d'entre elles, en effet, tiennent à des causes purement locales : telles sont, par exemple, celles qui sont produites par un obstacle à la circulation, que cet obstacle résidie dans le cœur, d^i\& Us& vcXiît«Qk?9L tntsnoX
6S0 DES HÊMORRHAGIF.S.
dans les veines ; leiles sont encore ces hémorrliagies foudroyantes survenant après raccx)uchenient, lorsque Tulérus, frappé d*ntonie, laisse bétrites les ouvertures da vaisseaux, etc. Ueconnaissons, enfin, qu*il y a dos héniorrhagies du caractère de celles qu'on nounne iymptomatiques^ produites inanifestemcnt par la lésion matérielle d'un solide, sans qu'on puisse déterminer conuuent a*llc-ci agit |iour provoquer riiéiuorrhagie. (Test ainsi qu'il est impossible de démontrer comment quelques tubercules crus dans les poumons, ou un squirrbc très limité de l^estomac ou de Tutérus, agissent pour produire des liémorrhagies très abondantes, et qui parfois deviennent très opiniâtres. Supposer qujU^a ici rupture d'un vaisseau, c'est émettre une opinion qui est contre<lite par ITnatomie |)atliologiquc. Je ne %eui « parler que de la première période des lésions organiques ; car plus tard, lorsque les pnMlutts accidentels se soij^ ramollis ou ulcérés, on trouve quelquefois dans la destructiou d'un vaisseau la cause matérielle des bémorrhagies qu'on a observées pendant la vie.
Traitement, — Il est rai'e qu'il faille respectCM' une bémorrhagio, et à plus forte raison l'axciter; ce sont là d'ailleurs des faits exceptionnels que nous ferons connaître plus tard. Dans la presque totalité des cas, rbémorrhagie constitue donc une maladie qu'il faut activement traiter; car les temps ne sont plus où, \ l'exemple de Statd, les médecins croyaient qu'il fallait J[énéraiemcnt favoriser les bémorrhagies, les exciter quelquefois, et ne jamanH^l supprimer, à UMiiiis qu'ellej ne fussent portées à un degré considérable, W^qu 'elles ne suninssent dans des parties où elles pourraient être dangereuses. Le traitement des bémorrhagies varie beaucoup suivant leur nature, suivant leur siège et les causes qui 1& ont provoquées.
Si riiémorrhagie est active et peu abondante, il faudra se borner à prescrire le repos du C4)r(>s et de l'esprit, le séjour dans une température dmce; enCn, on éloignera toutes l(*s causes capables de faire afilner le sang vers l'organe |)ar lequel riiémorrhagie a lieu. Ce|)endant, lorsque l'écoulement se fait par un organe important, Iors(ju'il existe en même temps tous les signes d'un état pléthorique ou d'une forte liypérémie locale, ou bien encore lorsque l'hémorrhagie est trèii abondante, qu'elle affaiblit les malades et qu'elle menace de se prolonger longtemps encore, il est alors indi(|ué de pratiquer une ou plusieurs saignées. La pblélxttomie »t généralement préférable aux saignées locales, dont les eflets sont plus lenis, ei qui, loin de dégorger les tissus, les fluxionneut au contraire quelquefois, i'our éviter ce grave inconvénient, il faudra mettre nu nombre de sangsues assez cou:»!dérable pour o|)érer un dégorgement rapide; il n'en serait pas de même si Ton se proposait un effet révulsif, car dans ce cas les sangsues devraient être appliquée» en i>etit nombre loin du lieu coogestioimé. (^oinme complément on soumettra li> malades il une diète plus ou moins sévère, et ils useront de boissons acidulées, fraîches et même glacées. On a encore conseillé, dans les cas dont je parle, la digitale, dans le but de ntodérer les battements du cœur, les purgatifs, les diuitHiques et les révulsifs cutanés, sinapismes, inanuluves, pédiluves, ventouses, afin d*o)K^nT une dérivation dans l'état fluxionnaire, pourvu cependant qu'il n'existe aucune contre-indication k leur emploi. Quand on cliercheà fluxionner la peau pour détruire une hypérémie hémorrhagique, il faut agir assez loin de roi*gane malade pour que la congestion qu'on provoque ne se propage pas jusqu'à lui. Alui de modérer l'aUlux du sang vers les organes qui sont le siège d'hémorrbagies, tm a conseillé de mettre les parties dans une position telle, que le sang y aflliie \v moins possible et en sorte facilement. On opposera aussi certains obstacles mécaniques
DES HÈMORRHAGIES EN GÉNÉRAL. Ôiil
k la circulation |H)ur maintenir le plus de sang |)ossible dans nn lieu éloigné ; c'est ainsi qu'agissent la co0()re8sion arlùrielle, la compression circulaire des membres avec des ligatures, les grandes ventouses Junod, à Taîde desquelles on {>eut soustraire à la pression atmosphérique un ou deux membres à la fois.
ljors(]ue rhémorrhagle se prolonge, on obtient souvent de bons cfTets de Tappliratiou du froid. Non-seulement les aliments et les boissons sont donnés le plus froid possible, mais des com|)resscs trempées dans de Teau très froide ou bien de la glace sont appliquées sur Torgane qui fournit le sang. On devra prolonger assez loagtein|)s cette application ; san^ela on pourrait voir la perte redoubler par suite de la réaction qui suit rapplicati()imu froid. Dans quelques cas, enfui, l'action du froid sera exercée sur toute ou presque toute la surface du corps, soit à l'aide d'affusions, soit par une immersion dans un bain frais, moyens qui agissent comme sédatife, et peut-être aussi à titre d'agents perturbateurs.
Il est inutile de dire que, toutes les fois que l'état des parties le permet, il convient d'employer la compression ou le tamponnement
Dans 1(^ liémorrhagîes très rebeller et qui s'accom|)agnent d'une grande débilité, comme dans celles qui sont primitivement passives, on dc\ra en outre recoudra l'emploi des médicaments auxquels on a reconnu des propriétés hémostatiques : tels sont en particulienjjes astringents, suit qu'on les applique sur l'organe d'où vient l'hémorrliagie, i»!l;^u'on les administre à l'intérieur. On aura principalement recours, dans ce.4fis, à l'usage de la limonade sulfiu'ique, au tannin, à la décoction de noix de galle, d'écorce de cliène, de grenade, de cachou, à certaines préparations solubles de fer, à l'acétate de |)lomb, à l'huile de térébenthine, au imm* chlorure de fer, à l'extrait de ratanhia, aux divei-ses eaux hémostatiques, etc. Les médecins italiens ont beaucoup préc4)nisé l'ergot de seigle, non-seulement dans les métrorrhagies, mais encore dans toutes les autres hémorrhagies ; ils l'ont reganlé comme un puissant hémostatique, et ils ont conseillé de l'administrer même dans les cas d'hémorrhagi(^ actives. M. A mal, qui a défendu en France cette opinion, l'a appuyée de faits assçz nombreux. Il pense que l'ergot de seigle a un eiïet beaucoup plus certain dans les hémorrhagies actives que dans celles qui sont passives ou qui aiïectent des sujets primitivement faibles ou épuisés par de longues maladies (1). 1/utililé du remède s'explique en partie ])ar l'action sédati\e qu'il exercerait sur le centre circulatoire. Pour la même raison on emploie fréquemment la digitale dans les mêmes conditions, ainsi que je l'ai déjà indic|ué plus haut.
Lors(iue, nonobstant tous ces moyens, les hémorrliagies se prolongent, il est souvent utile d'établir un \mni permanent de supi)uration comme \ésicatoire ou cautèn;; on le place dans un lieu plus ou moins éloigné du siège de la maladie.
Loi-sciu'une syncope sunientdans le cours d'une hémorrhagie grave, il est souvent utile de la respecter; car l'hémorrhagie cesse fréquemmeiil |)endant sa durée; beaucoup de blessés abandonnés sur le champ de l)ataille lui ont dû leur salut. c:ei)eudant, |M)ur peu qu'elle se prolonge, on doit y remé<lier par l'emploi des moyens dont il s(*ra question lorsque nous ferons l'histoire de cet accident
Dans l'intervalle des hémorrhagies passives, on prescrira im régime tonique et l'usage* des ferrugineux, c|ui sont les moyens les plus puissants |M)ur en prévenir le retour. Ijne hémorrhagie constitutionnelle doit être respectée ; cependant, quand elle est trop abondante, il faut la modérer. Si elle a lieu par un organe important, on tâchera de la déplac<T, en produisant périodiquement vei-s un autre point un
(i) Mémoires de l'Académie de médecine^ U XIV.
632 DES HÉMORRII.\(!IES.
inouvcincnt niixionnaire. Kiifin, lorsque rhémorrhagte est supplvuientaire, 3y aon presque toujours avantage à rappeler rancieime hémorriiaglb.
Il est presiiue inutile de dire que, dans les hémorrhagies, il peut se présesler rouvent diverses indications qu*il est utile de remplir. Ainsi, y a-t-il embams gastrique et intestinal, on administrera les évacuants : car il y a souvent suffi de remplir cette indication pour voir cesser des hémorrhagies rebelles; on a soppoH alors ([ue celles-ci devaient être symptomatiques du trouble des organes dîgrÂik De même, si l'hémorrhagie coïncide a^ ec une fièvre intermittente, ou bien si en le renouvelant d*unc manière périodique, elle courue une fonne de fièvre fanée on administrera les antipériodiques. I^rs(priMie s'accompagne de douleurs vhci, i on ne doit pas hésiter de donner Topimn : ainsi Voung et Dumas ont démoiilié Tutilité de ce remède dan^les pertes utiTincs , Iloiïmann et Beiinet dans les bémoptysies douloureuses.
Dans les hémorrhagies interstitielles il y a, comme indication spéciale h remplir, de favoriser la résorption du sang épanché, la cicatrisation da foyer, et de prérnrir ou de modérer la phlegmasie qui s*empare parfois des tissus qui entourent le caillot; la saignée générale et locale, les ré\ulsifs, le régime, sont les principaux moyens à conseiller. Si Thémorrhagie était superficiellement placée, on pourrait en outre, par des applications résolutives, favoriser la résorpUrn du sang.
Lorsque les hémorrhagies se prolongent longtemps, o|^^n lorsque tout àcouj» elles deviennent très abondantes et que les individus n ont plus dans leurs vaisseaux la quantité de sang nécessaire pour entretenir la vie, lorsque la syncope se prolonge, et que les malades sont sur le |)oint d'expirer, on ne doit pas liésiter, dans ces cas eitrOmes, à pratiquer la transfusion. Kn agissant ainsi, on s*expose à faire une opération difficile dans un cas désespéré, mais on a la chance, bien faible fl est vrai, de rappeler quelques individus à la vie. Les faits favorables à la transfnsMNit rapportés par quelques médecins anglais, notamment par Blundell, par BrovD, par Klett, etc., nous autorisent, et je dirais presque nous ordonnent de ne pis la différer dans le cas où, tous les antres moyens ayant échoué, la mort est devenue imminente.
On peut lire, dans la Physiologie de M. le professeur Bérard (1), le résumé de quinze observations de transfusions faites avec succès par divers médecins, et ki annales de la science en contiennent d*ailleurs un plus grand nombre Je sabqoe ces faits n'ont pas convaincu tout le monde, et que quelques esprits beaucoup trop sceptiques ont avancé ([uc les malades auxquels la transfusion a été faite auraient guéri sans elle, supposition purement gratuite et contredite d'ailleurs par les expérimentations. Des animaux, en effet, mis dans un état de mort apparente par hcmorrhagie, ne se sont rétablis que par le secours de la transfusion (Bérard). D*autn^ ont pensé faire une objection sérieuse contre la transfusion, et se sont crus eu droit d*cn contester les résultats, parce que la quantité de sang injectée a toujours été en proportion infmiment moindre que la quantité de sang peixiu. Mais qu'importe ; par la transfusion on n*a pas la prétention de mettre immédiatement l'individu dans les conditions normales, mais ou cherche seulement à l'cmpCchcr de mourir à l'instant. Or, une minime quantité d*un sang riche d'ailleurs en globuli's doit suffire souvent pom* ranimer la circulation et le.s fonctions organiqmrs.
Dans la pratique de la transfusion, il faut choisir un sang riche, fourni i)ar un individu bien portant, bien constitué. Il n'est pas nécessaire pourtant qu*il y ait
(i) Tome III, page 219.
DE l'épistaxis. 633
on rap|)ort d*àgc et de sexe entre celui qui fournit le sang et celui qui le reçoit. Mais il importe de savc9, ainsi que les expériences de Blundell l'ont établi, qu*il faut chez l'homme injecter du sang humain, et non le sang d'un autre mammifère, car en agissant autrement l'opération échoue presque toujours. ^
I^ sang sera injecté en nature avec tpus ses éléments; cependant quelques obscnateurs, notamment Mûller et Dieiïenbach, ont proposé de n'injecter qu'un sang défibriné. iMais, ainsi que^e fait observer M. Bérard, qui peut répondre que par ie battage qui est nécessaire pour faire perdre au sang sa fibrine, on n'enlève pas aussi au liquide quelques-un^de ses propriétés vivifiantes. ^ Pour opérer la transfusion, on pR^ d'abord une ligature sur le bras du malade comme pour la phlélwtomie, afin de faire saillir les veines ; on met à nu par une incision longitudinale celui de ces vaisseaux qui est le pins gros et le plus apparent, on l'incise et l'on comprime aussitôt le bout inférieur pour prévenir tout écoulement sanguin, tandis qu'on introduit dans le bout supérieur une petite canule d'argent ou de gomme élastique. En même temps, un sujet jeune et vigoureux est saigné à une ¥elne du bras par une large ouverture, et le sang est reçu dans une seringue plongée dans Teau chaude ou entourée de linge à la température de 36 degrés centigrades. Aussitôt qu'on a recueilli 100 à 120 grammes de sang, on Hnjecte tout de suite dans la veille, en Jiyant soin de le poifsser très lentement ; sans cette précaution, on pourraiK^r le malade. On évitera aussi avec grand soin d'injecter aucune bulle d'air (1). '^^
DE L'ÉPISTAXIS.
Stvo.nymr. — Suigoemeut du nei, bémorrhagîc nsMlc, ikinorrbogie.
On nomme épistaxis l'hémorrhagie qui se fait à la surface de la membrane pituîtaire.
Symptôme»^ marche^ durée^ terminaisons. — Les épistaxis sont souvent annoncées par des prodromes tels que céphalalgie, pesanteur de tête, somnolence, rougeur de la face, sentiment de tension, de sécheresse et de prurit dans le nez, larmoiement , bourdonnements d'oreilles, battements incommodes des artères temporales ; parfois il y a un malaise général. Ces phénomènes précurseurs ne durent le plus souvent qu'une ou plusieurs heures ; quelquefois ils se prolongent pendant un, deux ou trois jours, puis l'hémorrhagie apparaît Celle-ci s'effectue rarement par les deux narines à la fois. Le sang sort presque toujours goutte à goutte qui se succèdent plus ou moins vite; mais dans quelques cas il s'écha])pe par jet ou par un petit filet continu, comme si un vaisseau était largement ouvert. Ou a prétendu qu'en renversant la tête en arrière, on découvrirait souvent le point de la pituitaire qui fournit l'hémorrhagie, mais la chose me paraît à peu près impossible, et on le devine facilement Le sang est, en général, rouge et concrescible; c*est probablement ce qui a fait dire à BttmQller qu'il était artériel; il perd parfois si rapidement sa chaleur, que quelques auteurs ont dit qu'il était presque froid. Si le malade est assis, le liquide s'écoule par les narines antérieures ; s'il est couché, le sang flue aussi par les narines postérieures, sur la paroi correspondante du pharynx ; puis une partie est rejetée par expuition, tandis que l'autre est avalée et portée dans l'estomac. lorsque l'hémorrhagie est très abondante, le sang peut s'écouler à la fois et par les narines antérieures et par les postérieures. La durée
(1) Voyez une ihèse de M. Perrier. Pari», 1851, n» 195.
63& DES HÉMORRHAGLËS.
de riiémorrhagie varie depuis quelques minutes jusqu'à un ou plusieunJMn; aussi la quantité de sang perdu est-elle tn>s variable ; len^us souvent eDe màk entre 20 et 100 grammes ; mais dans quelques cas, heureusement fort nni,li sang s'écoule en proportion si énorme, qu'on se demande s'il n'y a pas ea qoe^K exagération de la part des auteurs qui ont cité ces faits. Ainsi Rhodius amkn un malade perdre 9 kilogrammes de sang en trente-six heures. Amatus Bartholin et une foule d'autres, cités par J. Frank et par Haller, cal élé de pertes beaucoup plus considérables encore.
En général, l'hémorrhagie cesse peu à peujJf mesure que l'écooleniett tt » ientit, le sang se concrète dans ies narines ; le^llot, comprimant souvent àmk^\ portion de mu([ueusequi fournit l'hémorrhagie, devient ainsi un moyen béaiii' tique ; aussi suflTit-il parfois de le détacher ou de le déplacer par le loucher, m bien i)ar l'action de se mAicher ou d eternuer, |)our reproduire tout ansalStlVmorrhagie; celle-ci récidive, d'ailleurs, spontanément avec la plus grande fidili Les retours de l'épistaxis ont lieu très irrégulièrement; parfois ils sont pérîodiqiB et peuvent constituer de véritables accès de fièvre larvée. En général» r^àHiû a pour eiïet immédiat la cessation de la pesanteur de tête et de tous les tronbifi qui existaient pendant les |)rodromes. Lorscfu'elles sont copieuses bu trop fréquentes, elles peuvent produire, comme toutes leshémorrlj^^ies, un état anémiqw: mais cela a assez rarement lieu. On cite des cas d'épisuÉEf devenues mortelb: mais cette terminaison n'a guère eu lieu que lorsque ^Knorrhagîe se liait à u état général, comme dans la diathèse hémorrhagiquo surtout, ou bien dans le purpura.
Diagnostic, — Le diagnostic de l'épistaxis ne présente quelque difficulté qv dans les cas où le sang exhalé en petite quantité s'échappe par les narines posl^ ' Heures; car, rejeté ensuite par expuition, il pouiTait faire croire ^ une béaoptysie ; ou bien, |X)rté dans l'estomac et expulsé plus tard par les vomissemariiai par les selles, il pourrait faire supposer qu'il a été fourni par quelques poinUda organes digestifs : c'est ce que je discuterai plus tard.
Pronostic, — Le pronostic n'est grave que lorsque l'épistaxis est très ahoiAstf ou lorsqu'elle survient chez des sujets déjà très débilités, dette hémorrhagieestana souvent critique ; elle est parfois supplémentaire ; et, dans l'un et Tantre cas,l convient de la respecter si elle n'est pas trop forte. On a peut-être trop de lendance, même parmi les médecins, à regarder l'épistaxis comme utile chez lo jeunes individus; cet accident, étant très sujet à retours, fmit par être, en définitive, plus nuisible qu'utile.
Étiologie. — Les épistaxis affectent surtout les enfants, à dater de leur dixièiDe année, ainsi que les adolescents; mais les épistaxis assez graves pour compromettnl'existence ont été |)eut-élre plus souvent obsenées chez des adultes et des vieillards que chez déjeunes sujets. Les individus do sexe masculin sont certainement les plus prédisposés à cette hémorrhagie. M pléthore, un tem|)érament sanguin ou sanguin-lymphatique, les variations atmosphériques, les températures extrêmes, mais la chaleur surtout, quoi qu'en ait dit Sydenham, ainsi qu'une disposition héréditaire spéciale, y prédisposent ; elle succède souvent à une contusion du nez et à l'excitation de la pituitaire par un corps étranger. Les efforts, les éternumenb violents, les quintes de coqueluche, ont le méiue résultat. Les épistaxis peu\ei)t encore être symptomatiques de diverses altérations des fosses nasales, telles que les ulcérations et les polypes ; on a dit aussi, mais sans le prouver, qu'elles étaient communes dans les maladies encéphaliques et dans les engorgements des viscères
i)K r/ÊPlSTAXi& 635
abdominaux, opinion que Morgagni a professée. On observe fréquemment le saignement de nez à l'épci^e des règles, au début des fièvres éruptives et dans la ' première période des fièvres typhoïdes; il aiïecte souvent les sujets épuisés, ca- ' chectiques, et dans ce cas il doit être assez communément syniptomatique d*une altération du sang. I/épistaxis est une des hémorrhagics les plus communes dans là diathèse hémorrliagique et dans le purpura hemorrhagicn, maladies qui ont leur raison d*ètre dans un état constitutionnel des individus. On parle aussi d'épistaxis cpidémique : telle serait celle qui, d*après le témoignage de Morgagni, aurait sévi en Fan 1200 dans l'I^uric et ia Uomagne, et y aurait fait périr bcau- ^coDp de inonde (1) ; il c*st iiifininiAt probable que riiéuiorrhagie nasale était ici aymptomatique d*un état général.
Traitement, — La plupart des épistaxis s*arrètent par le re|)os. Si elles sont assez graves pour exiger un traitement, on se conformera aux préceptes que j*ai précédemment tracés : je ne dois indiquer ici que ce qui est spécial à cette liémorrhagie. Lorsqu'on reconnaît la nécessité d*arrèter pi-omptement Tépistaxis, il suflit parfois, si le sang provient d*un point voisin de la narine antérieure, d'introduire le doigt ou un bourdon net de charpie |)our suspendre aussitôt Thémorrligie. On a conseillé aussi d'injecter dans les foss(>s nasales des liquides froids et doués de propriétés styptiques, coiij|ue une solution d'acétate de plomb, de sulfate de zinc ou de cuivre, um; décoct.Vijkde noix de galle, une solution de tannin, etc. Ordinairement aussi. on appliqi/ffles linges froids autour de la tête; mais il est préférable de mettre les corfis froids sur des parties où leur contact peut produire un ébranlement de tout l'organisme, ce qui souvent, en eiïet, suspend immédiatement Thémorrhagie. (l'est ainsi ((u 'agissent les applications froides dans le dos, sur les bourses (Fernel), et les lavements froids (^Sydenhanl). En général, il sera utile de surprendre les malades et de leur appliquer le froid au moment même où ils s'y attendent le moins, (les moyens sont plus efficaces» et préférables de toute manière à certaines pratiques bizarres et parfois dangereuses qu'on trou\e indiquées dans les vieux ouvrages, telle que la constriction violente des deux oreilles, ou bien des testicules ou des mamelles, qui doivent agir par l'ébranlement et la révulsion que la douleur produit. Mais parmi les moyens révulsifs qui peu\ent être tentés avec avantage, nous citerons les i^édiluvcs irritants, les ventouses sèches, que Fernel plaçait sur la région du foie, llivière sur les deux hypocliondres, que d'autres mettent dans le dos ; mais mieux vaut encore, pour avoir une révulsion plus puissante, se servir de ventouses Junod, qu'on applique sur les membres inférieurs. Il est d'autres moyens agissant aussi par le trouble (|u'ils apportent à la circulation, et qui sont Ixîaucoup moins efficaces : telles sont les ligatures appliquées sur les iiienibrc*s, la compression de la carotide correspcmdant au c-ôté de l'hémoiTliagie. Enfin, M. Négrier a prétendu, il y a quelques années, qu'on pouvait arrêter facilement l'épistaxis en élevant brusi|uement le bras correspondant à la narine d'où le sang s'écoule, et en maintenant quelque tem|)s le membre dans cette position. Mais j'avoue que, toutes les fois que j*ai répété cette manœuvre, j*ai été moins heureux que ne parait l'avoir été l'Iiabile médecin d'Angers.
Si cv% moyens écliouent, et s'il y a danger pour la vie, ou tout au moins inc4)nvénient gra\e à laisser Thémorrhagic se pmlonger, on pratiquera le double tamponnement des fosses nasales. On se sert, ù cet effet, de la sonde de Kelloc, qui se compose d'une canule d'argent renfermant un stylet, lequel s'adapte à un
(1) Lettre XIV, S J5.
636 DES nÊMORRHAGIES.
i*c$s()rt de pendule tenniné par un bouton d'argent percé d'un trou. L'tnsIraMtt est introduit par la narine qui fournit le sang, et, lonfl|b*iI est parrenn danik pharynx, on pousse le stylet, et à mesure qu'on l'enfonce, le ressort de montre x déploie et pénétre dans la bouche. Si l'on n'a pas une sonde de Belloc à sa iaçttsition, on emploie une sonde de gomme élastique molle et flexible qu'on introd de la même manière ; mais, pour la ramener dans la bouche, on est obligé dlntioduire l'indicateur dans le pharynx, manœuvre désagréable et difficile parfois i exécuter chez les enfants. Quoi qu'il en soit, on attache à rcxtréinité de hsondeqi sort par la bouche un fil double à l'extrémité du^lKel est unbourdonnet de charpie assez gros i)our pouvoir obturer l'ouverture postérieure de la narine. La sniiei étant retirée du côté du nez, on ramène le fil, le bourdonuet s'applique sur Forilice qu'il doit obturer, et on ryjDaintient en exerçant une traction assez forte. Éartanl ensuite les deux fils, on place dans leur intervalle, et jusque dans la narine, desbourdonnetsde charpie enduits de colophane, et on les maintient à l'aide d'un dnUi nœud. Si les deux narines fournissent le sang, on les tamponnera sncoessîrcaai l'une et l'autre. En général, il convient de laisser l'appareil en place pendant troi, quatre ou cinq jours. Pour le retirer, on coupe le nœud, et le tampon postérîev est communément rejeté par la contraction seule du pharynx. Dans le but d'à faciliter l'extraction, quelques personnes attachent au bowdonnel un fil qai traverse la bouche, et qu'on fixe au bonnet du malade; nv; ramolli par la salÎTe, il ne tarde pas à être coupé par les dents, quelque [PScaution qu'on prenne. H. Martin Saint-Ânge se sert, pour tamponner les fosses nasales, d*un procédé ingénieux consistant en un petit sac de baudruche adapté à une canule garnie d'n robinet à son extrémité. On introduit l'appareil jusque dans le pharynx, et foi pousse par la canule de l'air ou de l'eau, dont on varie les proportions k votonlé, de manière à distendre le petit sac qui comprime les parois nasales et s*qppife ainsi à l'issue du sang. Enfin, si l'on manquait de tous ces instruments pour pratiquer le tamponnement des fosses nasales, on pourrait se servir, d'après les coveils de MM. Lay et Caivi (de Toulon), d'un cylindre d'épongé préparée de longoeo et d'épaisseur convenables, qu'on infléchit en forme de sonde, et qu'on introdiit jusqu'à l'oriGce postérieur. On pourrait aussi remplacer Téponge par un ctae d'amadou, ainsi que M. le docteur Morand l'a conseillé dans une des séances de h Société médicale d'Indre-et-Loire.
Quel que soit le procédé qu'on emploie, le malade devra, après l'opératioo, n ^ er immobile, ayant la tête très élevée. La coagulation du sang dans les fosses nasales produit souvent un sentiment pénible de distension ou de gêne. L'appareil enlevé, les caillots sortent peu à peu ; mais ayant subi un commencement d'altération, les malades sont incommodés pendant quelques jours par une odeur désagréable ; beaucoup sont pris consécutivement d'un coryza qui ne présente d'ailleun rien de particulier à noter.
Il est des épistaxis chroniques qui se renouvellent à de courts intervalles, et qui semblent ne récidiver si souvent que par une sorte d'habitude morbide de la pitoitaire, dont les capillaires ont pris parfois un développement presque variqueux. Il faut, dans ces cas, essayer de modifier la surface de cette membrane en faisant priser au malade une poudre astringente, telle que de l'alun mêlé à une portion égale de magnésie, ou bien la poudre de bistorte ; on a encore conseillé, dans ces cas, souvent avec avantage, l'usage du tabac; enfin, si le point altéré de la membrane était très accessible, on devrait en modifier la vitalité en la touchant avec un crayon de nitrate d'argent.
DE l'hémoptysie. 657
. Nous croyons inutile de dire que, si Tépistiuûs est entretenue par un état constitutionnel, on devra prédire un traitement général approprié. Les individus étant faîMes, anémiques, on devra recourir aux ferrugineux, aux toniques, aux amers, à une alimentation riche en principes azotés, pour mettre fui f des hémorrhagics que la débilité reproduit et aggrave sans cesse.
DE L'HÉMOP'n'SlE.
f^iimt
StwmtiiIC. — Crachement de sang, f^umoirbagto, brOBcbo-hémorrhagie ; sanguimU spiUum (de Ripa, sang, et icrvu, cracker).
Le mot hémoptysie sert à désigner une maladie caractérisée par Texpcctoration d'une plus ou moins grande quantité de sang exhalé par la membrane muqueuse des voies aériennes, c'est-à-dire depuis le larynx jusque dans les dernières raniifi- «sâtioDS des bronches.
L'hémoptyâe, plutôt soupçonnée que réellement connue d'Hippocrate, de Galicn et de Ceisc, n*a été bien décrite <iuc depuis les travaux de Stahl et de Frédéric Hoffmann. C'est une des hémorrhagies qu'on obsene le pkis fréquemment dans la pratique, et qui se lie le plus souvent aux altérations organiques les plus graves. Quoiqu'on puisse adm^;\e pour rhémo]nysic toutes les divisions que nous avons précédemment indiquée!^^ps les hémorrhagies en général, cependant il importe de déclarer ici tout d'abord la rareté extrême des hémoptysies essentielles, rareté telle que quelques auteurs en ont presque rx)ntesté l'existence. Cette opinion est, sans contredit, trop exclusive ; néanmoins il est incontestable que, dans la presque totalité des cas, les hémoptysies, celles du moins qui offrent une certaine abondance, sont symptomatiques d'une maladie organique du poumon ou d'un organe voisin, tel que l*aorte ou le cœur.
Anaiomie pathologique, — D'après ce que je viens de dire, il est évident qu'à l'autopsie des sujets morts pendant la durée d'une hémoptysie, on trouvera une on plusieurs des diverses lésions organiques dont l'hémorrhagie est le symptôme ordinaire. Ainsi, dans quelques cas, on reconnaît que l'hémoptysie a succédé à l'ouverture d'un vaisseau plus ou moins volumineux, tel que l'aorte anévrismatlque, et plus souvent encore d'un vaisseau du poumon lui-même, lorsque, situé autour de tubercules ou d'une gangrène, il est envahi par la maladie avant d'être oblitéré. Pour découvrir (a perforation dans ce cas, il est souvent nécessaire de pousser i^| injection et d'examiner le poumon sous l'eau ; mais ces faits sont excessiveml^ rares, car les vaisseaux qui avoisinent les tubercules, les cavernes ou les points gangreneux, s'oblitèrent presque toujours par suite d'une inflammation adhésîvc : aussi on peut établir que, dans toutes les hémoptysies essentielles et dans la presque totalité de celles qui sont symptomatiques, le sang parait avoir été simplement exhalé par la membrane muqueuse. On trouve parfois celle-ci partiellement injectée ou ecchymoséc; mais on n'y constate ni érosion ni dilatation variqueuse, ainsi qu'on l'avait supposé pendant longtemps; dans certains cas, au contraire, la muqueuse est plutôt pâle et décolorée. Le poumon est parfois ccdémateux, infiltré d'un liquide séreux et rougcatre, ce qui s'ex))lique par l'accumulation et par la stase du sang dans le parenchyme de i'oi*ganc; quelquefois aussi l'on y trouve des noyaux noirs et durs d'apoplexie. Si l'hémoptysie a produit la mort par son abondance, il est très commun de voir les principales bronches obstruées par du sang noir pris en caillot et qui a produit une teinte rouge uniforme de la muqueuse bronchique qui est en
638 DES IIÉMOIUIHAGIES.
contact avec lui. L*ins|)cctioii cadavérique prouve que, dans la plopaitèia, Tcxlialation sanguine n*a lieu que dans un seul |x>i]nioii.^
Symptômes, — La plupart des liéinopt\ sies sont précc^dées d'an état de nlÉ général, avec sentiment d'oppression et de chalciii* dans la poitrines IlTiàî dyspnée, une toux sèclus des palpitations; les malades ont une saveur saihua goiît de sang; ils se plaignent d'horripilatioiis, et ils ont les extrémités fniàilj plupart de ces accidents n*ont qu'une durée de quelques heures, maibîlipnii précéder de plusieurs jours la manifestation de riiémorrhagie. Cependant fli*ai pi rare aussi devoir la maladie débuter sans être anii|#;ée par aucun tronbJeappiUik
Le plus souvent les individus, obéissant aul^oin de tousser, rejettent ifcc tel nement et parfois avec effroi une plus ou moins grande quantité de sang;. CfAï plus ordinairement à cause de la toux qu'il provoque que le sang exhalé dvsb bronches en est expulsé suivant le même mécanisme que le sont les iinnoÉh Mais si le liquide afflue tout à coup en très grande abondance, il s*oppo8e an p» sage de Tair, et produit la plus grande anxiété : aussi voit-on alors, par mie M d'instinct de conscnalîon, les nmscles expirateurs se contracter avec force, et,ai primant le poumon de toutes parts, forcer le sang à s*échapper au dehm ï h et simultanément parla bouche et par les narines. Dans quelques-uns decRca le chatouillement que le sang provoque en traversant le (jiarynx excite desdbli de vomissement; quelquefois mOme celni-ci ayant lieu, l^iiiatières coniCDuesibv l'estomac sortent mélangées au sang. Lorsque le liqflH est» par contre, nUi très lentement et qu'il est en quantité peu considérable, il arrive pcn à peu dai le pharynx sans exciter de toux, et il est ensuite rejeté par un simple uiooi» mentfd'cxpuition.
Le sang qui a été exhalé dans les voies aériennes est presque toujouit fa rouge vermeil, écumeux, à cause de son mélange intime avec ]*air. CepenAit lorsque avant d'être rendu il séjourne pendant plusieurs heures dans les brtmdA il prend souvent alors une couleur d'un noir foncé. La quantité de sang rej^ ft les malades varie beaucoup : elle est communément de 100 à 200 grammes; tatitt fois il eu est qui ne rendent que deux ou trois crachats de sang, tantôt pur, ttHk mêlé à du mucus; d'autiTs, au rx)ntraire, |)erdcnt jusqu'à plusieurs kilogruDBB de sang en quelques heures. Ainsi Laënnec a vu un jenne homme en rejeter 5 Ubgranunes dans l'espace de quarante-huit heures, et J. Frank a cité des faits odb perte de sang fut de 6 et même de \U kilogrammes en trois heures seulemeaL Mais ces cas, pres<|ue toujours mortels, sont heureusement très rares.
Chez les sujets atteints d'hémoptysie simple, la poitrine reste aussi sonore qar de coutume ; mais l'auscultation indique i)arfojs que le bruit respiratoire est moini ample et moins pur; plus souvent encore on ^distingue dans les deu\ temps de h respiration un râle muqueux à bulles très humides et ti-ès grosses, ayant son maximum d'abondance à la racine des bronches, mais pouvant aussi exister ailleurs sar une très grande surface.
L'hémoptysie, lorsqu'elle est grave, s*accom|)agne, en outre, des symptômes généraux qu'on reiKan|ue dans toutes les hémorrhagies \m \\p\\ abondantes. Cependant on rencontit* ahsez souvent des indi\idus qui, (juoique n'ayant rejeté qnf deux ou trois crachats sanglants, sont pris néanmoins de frissons, de pâleur, de refroidissement, d'un grand accablement, et même de perte absolue do connaissance. !\lais ces accidents ne surviennent guère (pie par suite de la frayeur que la \ue du sang inspire à beaucoup de malades, surtout lorsqu'ils présument que ce liquide provient de la |)oitrine.
DE L*HÊMOPTySlË. 639
-* Marche, durée, tenuinnisovs. — L* hémoptysie a une marche extrêmement
Tariabie : ainsi Ton voii^'s individus éprouver tout à coup une hémoptysie très
^^' abondante, qui cesse défmitivenient peu d'heures après. Chez d'autres, Hiémor-
<rhagie se reproduit à quelques jours d'intervalle, et peut ainsi se prolonger avec
^■vtB mêmes intermittences pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Enfin,
' dans la plupart des cas, le crachement de sang, apri's avoir été plus ou moins
? abondant pendant quelques heures seulement, diminue ensuite spontanément ; le
- sang rejeté finit par ôti*e tout à fait noirâtre, et au bout de deux ou trois jours les
'•:• malades ne rendent plus que qifikues crachats entièrement muqueux. Toutefois,
malgré la cessation de Thémorrliagi^^n voit souvent la dyspnée, la toux, la chaleur
de poitrine, pei^sister encore ])endant longtemps.
L*hémorrhagie pulmonaire peut tuer en quelques instants; et cette terminaison, qui d'ailleurs est fort rare, a lieu bien moins par suite dcj^a perte du sang que ])arce . qae ce liquide, se trouvant en grande quantité dans les bronches, les obstrue, s'op- I pose âi l'entrée de l'air, et produit ainsi la mort |>ar asphyxie.
Il est rare qu'on n'ait qu'une seule hémoptysie; le plus souvent, en effet, le >• même accident se renouvelle après un temps plus ou moins long. Les intervalles qui séparent les diverses attaques sont le |)lus souvent irrégulieni, à moins pourtant que rhémorrhagie qe soit supplémentaire des règles ; dans ce cas elle peut retenir aussi périodiqui^H^nt que le tlux meiisttuel, qu'elle remplace ou qu'elle su|>plée. Beaucoup d'inuAlus se rétablissent complètement; un grand nombre gardent une santé chancelante, surtout si l'hémoptysie se reproduit de tem|)s en temps ; enfin pre$(|ue tous finissent tôt ou tard par mourir phthisiqu(?s.
Formes, — L'hémoptysie peul être artiue ou passive. On a décrit aussi des héinoptysies comtitutiouneUes ; mais la plupart des faits de ce geni*e me semblent devoir être considérés connue des exemples de phthisics à marche lente ou de phthîsies guéries par la transformation crétacée des masses tul)erculeuses. Les exemples d'hémoptysies succédanées sont, au contraire, bien avérés. Les deux faits les plus remaniuables sont ceux rap|N)rtés i^ar Aiioude, dans V Encyclopédie méthodigue, et par Pinel. Le premier parle d'une femme âgée de soixante ans, qui n'avait eu qu'une seule fois ses règles par les voies ordinaires; une hémoptysie les avait constamment remplacéeSi Pinel a également vu à la Salpêtrière une femme chez laquelle les règles, s'étant brusquement supprimées, furent rem|)lacées pendant quarante-deux ans i>ar une hémoptysie très abondante, précédée elle-même de tous les prodromes de Térupiion nienslruelle. L'hémoptysie a paru aussi, dans quelques cas très rares, être une forme de fièvre larvée, qui a cédé aux antipériodiques; ce|)endant il faut toujours se méfier de faits paivils et ne pas les admettre à la légère, attendu (pie rhémopl\sie est une de ces aJïections qui cessent et se renouvellent le plus souvent sous une apparence intennitt<iite, sans |X)ur cela qu'il y ait dans la nature de l'aflection rien du génie pério(Ii(|ue. Dans ceilaines circonstances la pneumorrhagie a |)aru être manifestement sous Tinfluence d'un état bilieux. Ainsi, Stoll, i>endant l<*s constitutions de 1777 et 1778, et Finke, dans l'épidémie du Mecklembourg, ont vu des hémoptysies qui se compliquaient de l'appareil symptomatique de l'emlrarras gastrique; il leur a sufli alors d'administrer les évacuants pour triompher k la fois et de l'hémorrhn^ie et des troubles digestifs. Ihtujiiostic. — Dans le diagnostic de l'iiémoptysie, il s'agit de délenuiner : !• si le sang rejeté est réellement fourni par les voies aériennes; "1* quel est le point de la muqueuse respiratoire où il a été exhalé; 3° enfin si l'hémorrhagie est essentielle on si (?lle est symptomatique.
660 DES HÊMORRHAGIES.
Le sang rendu par la bouche peut provenir de cette cavité même, on faîci i arrive de l'estomac, de la pitrine ou des fosses nasales. ^
Nous dirons bientôt les signes à Taide desquels on pourra disUugucr Tune del'atrc riiénioptysie et rbématémèsc. La simple insi)ection des parties fera reconsaliR facilement lorsque le sang est fourni par les gencives : ce liquide d'aîllearseslilon noirâtre, et si parfois il est rouge, il n*a pas du moins la couleur vermeflle, « n'est pas spumeux comme le sang qui est exhalé dans les poumons (voir plnki Stoînaioirhagie). Enfm dans les épistaxis \)ei\ abondantes, lorsque le
s'échappe que par les narines postérieures, et lœy^ffue, arrivé dans le {diarynx, loi
aussitôt rejeté par expuition, on pourrait croiirsouvent à rexîstence d'une ptysie. Mais dans le cas que je suppose ici le sang est noirâtre, il n'est pas afiié;i n'existe en outre du côté du thorax aucun des signes propres aux hémoplynB, rt l'iuspeclion de la gorge fdlt reconnaître sur le pharynx quelques caillots noiritRi Ëufm, dans la plupart des cas, l'examen des narines antérieures permet de stater dans ces parties des concrétions sanguines ; ou bien les malades, en ! chant, rendent des caillots semblables à ceux qu'ils rejettent par expuîtîoiL Os circonstances réunies fixeront suffisamment le diagnostic Quant à détermiaer quel est le point de la muqueuse aérienne qui a exhalé le sang, la chose ikms semble à peu près impossible à préciser : aussi la distinction qu'on a faîte des hé moptysies en larf/nyée^ trachéale, bronchique^ ne nonparalt nullement fondée d'après l'observation ; nous croyons aussi qu'il n'est flr possible de déternÛBcr l'ordre de vaisseaux qui a fourni le sang, nonobstant les tentatives qni col éii faites jadis par Goltzius (1), et dans ces derniers temps par le professeur Grava Les douleurs plus ou moins vives éprouvées par les malades, le plus ou mw d'abondance de l'hémorrhagie, et même la couleur plus ou moins vermeille oa noirâtre du sang, sont tout autant de caractères qui peuvent tromper; d'dleurs une pareille précision dans le diagnostic ne nous parait pas avoir une gnMk utilité.
Un des points les plus importants du diagnostic est d'établir si rhémoptyne ex idiopathique ou si elle est symplomatique. On y parviendra par une exploniioo attentive des organes thoraciques et en ayant égard à l'état général du sujet Lonque l'hémoptysie résulte de la rupture d'un anévrysme, le diagnostic devient à pn près inutile, parce que la mort est presque instantanée. Si rhémori*faagie se Ik i la présence de tubercules, ceux-ci seront tantôt ramollis, et, dans ce cas, le diagnostic ne peut présenter aucune difficulté; ou bien ils sont simplement à l'état miliaire, et alors on ne peut avoir que des présomptions : c'est aux commémoratifs, et surtout aux phénomènes ultérieurs, à fixer définitivement l'opinion da médecin. {\oit Phthisie et Apoplexie pulmonaire,)
Pronostic. — L'hémoptysie est une maladie toujours grave, moins par elle-mênif que parce qu'elle est le plus souvent le symptôme d'affections organiques presque toujours incurables. Une hémoptysie succédanée, celle qui survient sous rinfliienre d'une violence extérieure, celle qui, beaucoup plus rarement, forme la crise d'une maladie grave, n'offrent généralement aucim danger. Mais ces faits sont cxceplloonels, et nous croyons que l'existence d'une hémoptysie, de quelque manière qu'elle arrive, doit toujours exciter au plus haut degré la sollicitude du médecin; caria plupart de ceux qui ont eu cet accident meurent tôt ou tard phthisîques : non, comme on l'a cru pendant longtemps, que l'hémoptysie soit la cause des tuber-
(i) DisttrtatiQ de hemoptyii, anno i690.
DE l'hémoptysie. 641
culcs, mais bien i)arcc que riiémoriiiagîc ne sunicnt (fu'en raison de la présence de ces produits inorbicbp. Les cas pareils à ceux qu'a vus-J. Frank, et surtout Schmidtmaun , d'héiuoptysies qui auraient persisté impunément pendant vingt, quarante et cinquante ans, sont extrêmement rares. D'ailleurs nous ne voudrions pas qu'on fiU trop rassuré en présence de ces hémoptysies qui semblent être devenues constitutionnelles ; car on voit souvent les individus qui en sont atteints engendrer des enfants qui nous deviennent phthisiqucs, et eux-mêmes, mourant à un âge avancé d'une ntaladie étrangère aux poumons, prés<entent néanmoins presque toujours dans ces organes des fll^rcules crus ou à l'état crétacé : c'est un fait que d*antrcs ont déjà constaté avec mm^ Tout en regardi^t l'hémoptysie comme un accident des plus graves, il importe de dire pourtaiit qu'il n'est pas très rare d'observer des individus qui, ayant eu des crachements de sang abondants, jouissent ensuite d'une santé des plus parfaites. J'en connais unf rand nombre d'exemples, et le corps médical de Paris compte aujourd'hui plusieurs de ses représentants les plus distingués qui, ayant en autrefois des hémoptysies, jouissent depuis de longues années de la santé la plus parfaite.
Jitiologie, — On ne possède aucun exemple d'hémoptysie chez les très jeune» eufants; cela dépend peut-être de ce qu'ils n'expectorent pas et qd'ils avalent leurs crachats. Cette hémorrhagie est surtout conmmne de quinze h trente-cinq ans. Elle aiïecte les femmes^^ peu plus que les honnnes. J^ tem|)érament sanguin, une con.stitution faible, lAtable, une disposition héréditaire, y prédisposent. Toutes les professions qui forcent ceux qui les exercent à tenir la poitrine inclinée sur le ventre et à exercer une compression qui gêne la circulation, telles que celles de tailleurs, de cordonniers, de rémouleui^s, ont été regardées, et cela sans preuves suffisantes, comme prédisposant à l'hémoptysie. Parmi les causes occasionnelles, nous citerons, comme étant les plus fréquentes, les eiïorts violents, la fatigue des organes de la respiration, ainsi que cela a lieu dans l'action de crier, de chauler ou de jouer des instrumenb à vent; les contusions du thorax et les plaies pénétrantes, l'inspiration de va|)eurs irritantes, une diminution considérable et subite dans la pression atinosphéri(jue. Enfin j'ai cité plus loin les maladies du cœur et des gms vaisseaux, et surtout les tul)ercules pulmonaires qui sont les causes de presque toutes les hémoptysies qu'on observe. Des auteurs, comme Stoll, Zimmcrmann, ont aussi prétendu que l'hémorrhagie pulmonaire pouvait être symplouiatique de diverses lésions abdominales, ou de la pi*ésence d'entozoaires dans le tube digestif; mais les faits rapportés par ces auteurs ne sont point concluants, et personne après eux, que je sache, n'en a rapporté aucun qui puisse justifier cette opinion.
Traitement. — Loi*squ'on est appelé près d'un individu qui crache du sang, il faut d'abord calmer son moral et le rassurer sur l'issue de sa maladie. On lui fait prendre une position demi-assise; on lui enlève tous les vêtements qui pourraient comprimer le thorax; on l'engagea rdMer immobile, à obsener le silence le plus absolu et à résister le plus possible au besoin de tousser. Pour peu que l'hémorrhagie soit forte, il convient d'ouvrir la veine une ou même plusieurs fuis. Il est encore inriiqué de tirer du sang, alors même que la face est décolorée, que les extrémités sont froides, que le pouls est petit, pourvu d'ailleui-s que le sujet soit vigoureux ou ([ue la quantité de sang perdue n*ait pas été excessive. Si le malade était débile, on remplacerait la plilébotomic par quelques sangsues appliquées à Tanus. Dans tous les cas, il faut promener des cataplasmes sinapisés sur les membres inférieurs, des ventouses sèches sur ces mêmes parties, sur l'abdo^i^^^w ^v
T. I. — 7' llDIT. UV
6/i2 ^ DES UÊMOllHHAGIES.
même à la base du l^rax ; on pourra aussi entourer les meinbrc's de ligatOK& i . ces moyens on ju)pd&^*usage des boissons fraîclies. I^^^^iue, malgré tont ois, rhémoptysic se prplom, on donnera à Tintérienr des l)oi8sons acidulés et glacée: on dit aussi d'appliqiAde ia glac« sur la poitrine, mais on ne doil recourir à et mof^n que prudemment, et lorsque les auii*cs remèdes ont échoué; j'en dirai ilr mc^me du conseil que donne Mertens, de mettre un large vésîcatoîre entre le épaules. Ou aura recours enfin auv astringents, et surtout tTrextraît de ralaaiBi. à la dose de /i, 8 ou 12grammes, en ))oudro, en pilules, ou mieux encore pendu dans une ]M)tion gommeuse^ O remèdc^NT^emblc Men préféraMeàr ù la gomme kino, à racétttè de plomb, au sé^to de fer, à l'exUait de ainsi qu*au tannin, qu'un loédecin distingué, M. A. Latour, a préconisé eoalR riiémoptysie (tannin, lO^tigranmios; gomme arabique, kO centigranmies, poir ' 'i pilules à prendre de trais en trois heures). Quelques faits winblent promcr Futilité de l'ergot de «eiglAît mieux encore de Tergotine. On a aussi vaolé I? nitrate de |)otasse et la digitale, soit comme diurétiques, soit comme sédatifs ti contre-stinmiants à haut^ôse^ sans que rellicacité de ces ageots ait été snflfisanr nient constatée : je les crois néanmoins avantageux. J'ai, d'après Sydeiiliaui, souvcii? donné des purgatifs; mais ces moyens ne m'ont paru être ni utiles ui nuisibi» Enfin, Topinm, sans effet contre rbémorrhagic elle-même, sera néan moins administré avec avantage |>our modérer*]es quintes de toux o^i^ur calmer les doDl€ar> vives qui accom|)agnent parfois Thémorrliagie. ^
Tout ce que je viens de dire s'applique aussi bien aux liémoptysies îdiopatliiqnes qu'à celles qui sont symptomatiques. Pour les premières, il est quelques circoistances qui doivent modifier le traitement : tel est le cas où, rhémoptysic étant necédanée des règles, il faut provoquer une fluxion vei*s l'utérus; ou bien cduim, Thémorrhagie s'accompagnant de symptômes bilieux, il faut, d'après le consola Stoli et de Finke, se bâter de donner un vomitif. Celui-ci, d'ailleurs, est un rnsyd perturbateur tout-puissant contre certaines liémoptysies symptomatiques et rebdki h tous les traitements. Les secousses du vomissement n'ont pas id les effets fâcben qu'on pourrait redouter en théorie. Le professeur Graves, au lieu de faire vonr, se borne k prescrire l'ipécacuanha à dose seulement nauséeuse, c'est-à-dire qi*!! donne 10 centigrammes de ce médicament, qu'il ré|)ète trois ou quatre fois à m quart d'heure d'intervalle.