‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 109 sur 148 · DES TUMEURS PHLEGMONEUSES DES FOSSES ILIAQUES · texte numérisé non relu

DES TUMEURS PHLEGMONEUSES DES FOSSES ILIAQUES

foration ou ia gangrène du cœcum occupe la paroi postérieure dans le point où Pintestin est dépourvu de péritoine, les matières fécales s*épanchent alors librement dans le tissu cellulaire de la fosse iliaque et des lombes, qui s'enflamme, suppure et se sphacèle en peu de temps. Mais si Taltération occupe la paroi antérieure du ccBcum ou l'appendice vermiforme, le plus ordinairement il en résulte un épauchement stercoral dans le ventre et une péritonite suraigue très promptement mortelle. Dans quelques cas moins fâcheux, des adhérences s'établissent au pourtour de la lésion de l'intesliu, de telle sorte que, lorsque la perforation s'effectue, Tépanchetnent s'opère dans un point circonscrit de la cavité péritonéale; aussi la mort survient-elle souvent alors sans que le tissu cellulaire de la fosse iliaque s'enflamme. Mais quelquefois le contraire a lieu, et le phlegmon qui se développe ainsi consécutÎTemcnt survient, soit par suite de l'extension de la phlegmasie du péritoine au tissu cellulaire subjacent, soit plutôt parce que les matières fécales, qui se sont épanchées dans la portion du péritoine qui est circonscrite par des adhérences, détruisent, sphacèlent cette mcml^rane et vont ensuite enflammer et détruire le tissa ceUuIaire ambiant.

J'ai dit précédemment que les phlegmons iliaques succédaient quelquefois à l'inflammation de quelc[ue organe voisin. C'est ainsi que, d'après M. Lebatard, M. Velpeau aurait vu un phlegmon de la fosse iliaque gauche survenir chez une femme consécutivement à l'inflammation de cette capsule synoviale qui tapisse la branche horizontale du pubis pour faciliter le glissement des muscles psoas et iliaque. Le même professeur a également vu un bubon suppuré déterminer par continuité de tissu, comme dans le cas précédent, une inflammation du tissu cellulaire de la fosse iliaque gauche chez un jeune homme affecté de syphilis. On a prétendu que l'inflammation des reins |>ouvait aussi s'étendre facilement au tissil cellulaire du grand bassin. C'est là une supposition qu'aucun fait ne justifle encore et qui ne s'appuie peut-être que sur une observation incomplète, publiée par 51. le docteur Téallier(l).

On a avancé aussi que la métrite, que l'inflammation des annexes de l'utérus, et spécialement des ligaments larges, était une cause puissante des abcès iliaques qui surviennent chez la femme pendant l'état de vacuité, mais surtout pendant ia période puerpérale. M. Velpeau dit, en effet, avoir vu deux fois la maladie se déclarer chez des femmes qui souffraient de l'utérus (2) ; mais il n'indique pas l'espèce de lésion dont cet organe était le siège. M. Piotay cite également deux cas où le phlegmon iliaque se déclara dans le cours d'une métrite aigu€*. Cependant les faits de ce genre sont infiniment rares, et rien ne saurait autoriser les auteurs à dire, comme ils le font, que les annexes de l'utérus et que les ligaments larges, en particulier, sont le point de départ des phlegmons iliaques consécutifs aux couches.

Les abcès que j'étudie peuvent se développer sous l'inlluence de causes traumatiques. Il peut arriver, en effet, qu'un projectile s'enfonçant au voisinage de Tanneau inguinal, au lieu de pénétrer dans le |)éritoine, reste en dehors de cette cavité, en remontant plus ou moins haut, suivant la direction de la crête iliaque. John Bell (3) rapporte à ce sujet l'observation d'un jeune homme qui fut blessé en duel ; les premiers accidents se calmèrent, mais il survint bientôt une fièvre hectique qui

(l; Journal général, t. CVJII, obs. .'J*.

(2) Anal, chir,^ t. II.

(3) Traite des plaies ^ Irad. d'Eslor, p. A 10.

emporu le malade un an après Taccident. A Ilautopsie, on reconnut que h balle s'était logée au-dessous do muscle psoas et sur la fosse iliaque interne, où elle se trouvait environnée de plusieurs kystes puriilents. Des corps étrangers, introdoils dans l'estomac, arrivant dans le gros intestin, peuvent aussi se frayer une issue dans le tissu cellulaire ambiant, où leur présence peut déterminer quelquefois une inflammation plus ou moins vive.

Des coups, des pressions fortes sur la région iliaque ont été quelquefois la cause déterminante du phlegmon de cette partie, comme on en voit deux observations dans le mémoire de Bourienne (1). Enfm, les fatigues résultant d'une marche longue et pénible, et surtout les efforts violents pour ramener dans sa rectitude le tronc fortement porté en arrière, peuvent agir de la même manière ou bien provoquer des accidents inflammatoires dans une tumeur iliaque jusqu'alon indolente.

On a invoqué encore bien d^autres causes pour expliquer le développement des abcès iliaques. C'est ainsi que ceux qui surviennent chez les nouvelles accoo* chées ont été regardés comme un effet de la métastase laiteuse par Levret, par Puzos et par d'autres accoucheurs. Mais les progrès de la science ont depuis longtemps fait justice de ces idées humorales telles que les professaient les auteora anciens. Il ne m'appartient pas de réfuter ici ces opinions sur les laits répandns; cependant je dois rechercher s'il y a quelque coïncidence entre la suppression ou le non-établissement de la sécrétion lactée et le développement des abcès iliaques.

X/Ovret a observé (2) que les accouchées chez lesquelles la sécrétion de lait s'établissait convenablement n'étaient affectées d'engorgements iliaques que le douzièiDe ou quinzième jour après Taccouchement Dans les cas au contraire où la fièvre de lait n'avait pas lieu, lorsque les mamelles restaient flasques, Levret voyait quelque* fois alors la maladie se déclarer beaucoup plus tôt Ënfm ce célèbreNaccoochenrdit avoir observé l'engoi^gement des fosses iliaques chez des femmes une année après leur délivrance, mais alors, c'était douze ou quinze jours après avoir perdu l'enfant qu'elles allaitaient

Si j'analyse mes observations d'abcès iliaques puerpéraux, je vois que, snr ik cas, il y en a 11 qui se sont déclarés du troisième au dixième jour après I'kcouchement; 2 sont survenus avant le quinzième jour, et 1 seul au boutd'on mois : d'où il résulte que la maladie s'est déclarée spécialement à l'époque de la révolution laiteuse* Mais on ne peut rien conclure de l'activité plus ou moins grande de la sécrétion : celle-<)i, en effet, n'offrira rien d'anormal lorsque les symptôoei du début seront peu intenses; dans le cas contraire, on voit les mamelles rester phis ou moins flasques, ce qui d'ailleurs ne prouve pas une métastase, maias'eiplique très bien par la révulsion qu'opère la phlegmasie du tissu cellulaire dn bassin. Une circonstance qui mérite d'être notée, c'est que toutes les malades que j'ai observées n'avaient point allaité leur enfant, et qu'il parait en avoir été de mêoie pour presque toutes les femmes dont les auteurs nous ont transmis l'histoire. H suis donc autorisé à croire que le défaut d'excrétion du lait favorise le dé? eloppement des engorgements inflammatoires des fosses iliaques ; non que j'admette avec les anciens une résorption du lait en nature et son transport direct sur les tissas, mais je pense que les éléments de ce liquide, |)or(és nécessairement par les voies

(1) Luc, cit., obs. I'»cl2'.

(2) L'art des accouclicm.y sccl. 7, p. 175.

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