INFLAMMATIONS DE LA PEAU
La peau est fréquemment aiïectée d'inflammation aiguë et chronique , et cent lésion s'y montre avec des caractères extérieurs fort différents. Tantôt, en effet, il n*existe qu'une rougeur plus ou moins vive; d'autres fois ce sont des tumesn contenant divers liquides qui se concrètent. Ces différentes formes de rinflamontion ne sont pas seulement des variétés ou des degrés d'un même état morbidt mais elles constituent le plus souvent des affections distinctes. Nous allons doK diviser et étudier les maladies inflammatoires de la peau en quatre genres, qm soit les exanthèmes , les vésicules , les bulles et les pustules. Enfin , sons le titre de phlegmasies spécifiques, nous établirons un groupe de phlegmasîes qui, par leon causes , leur marche , leurs produits et leur mode d'extension , ont en effet ose nature spéciale.
l>es exanthème •.
Le mot exanthème {de cÇ«v9cw, effloresco, erumpo) servait à désigner cbei ta Grecs à peu près toutes les ériiptions cutanées; d'autres l'ont restreint \ qoelqiKi groupes de maladies fort différentes entre elles. Mais depuis Willan, le mot exmtthème a une signification précise , et l'on ne s'en sert plus aujourd'hui que pour dénommer un certain nombre d'affections cutanées ayant pour caractère commu une rougeur plus ou moins vive, circonscrite ou diffuse^ qui diminue ou ditparmt momentanément sous la pression du doigt.
D'après cette définition , il faut comprendre dans Tordre des exanthèmes la roséole, l'érythème et l'érysipèle : nous ne parlerons pas de la rougeole ni de la scarlatine; car bien que, parleurs caractères extérieurs, ces éruptions soieat de nature exanthémateuse , cependant , comme la fièvre, l'infection générale de l'économie, l'état du sang et la spécificité constituent les éléments principMX de la maladie, nous avons dû les ranger dans une autre classe (voy. pins haut, page 12^).
2>e la roséole.
La roséole [ruheola) est un exanthème non contagieux, caractérisé par des taches rol^es, non proéminentes, divei-sement figurées, n'ayant qu'une durée éphémèit, et généralement précédée et accompagnée de fièvre.
Symptômes. — L'éruption de la roséole est souvent précédée de malaise et de fièvre; d'autres fois elle a lieu sans prodromes. Elle est constituée par des ladio
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ifTégalièrement arroudies, et généralement plus larges et luoius nombreuses que celles de la rougeole et séparées par des intervalles de peau saine ;- parfois ces taches se montrent sous forme d'anneaux roses , avec des aires centrales ;qui conservent la couleur de la peau {rub, annulaia de Willan). D'un rose plus ou odoins foncé, ces tadies occupent une partie ou la totalité du corps; elles s'accompagnent généniement de prurit et de picotements à la peau. Beaucoup de malades éprouvent Missi un peu de chaleur à la gorge et de la douleur pendant la dégititition , acci* dents qui s'expliquent par des taches analogues qui existent au pharynx. L'érup*tkm, après être restée stationnaire pendant vingt-quatre heures, commence bientôt à pâlir, et vers le cinquième jour il n'en existe plus de trace : quelquefois cepen* dut on remarque un peu de desquamation. En général, la roséole qui r^e dans les saisons chaudes est celle qui produit le plus de malaise et de fièvre; l'éruption ikffre en outre une teinte plus foncée, et le prurit est plus marqué {rub. œstiva de Wilian).
Diagnostic, — D'après ce que je viens de dire, il est impossible de confondre la roséole avec la rougeole régulière, à cause de Tabsencè dans la première des symfttaies de catarrhe, et parce que les taches sont plus régulières, plus circonscrites elV^ étendues que dans la rougeole. Cependant il faut convenir que, dans quelqnes cas, les caractères de l'éruption sont à peu près les mêmes dans les deux malidies. Si alors il n'existe point de symptômes de catarrhe, il sera souvent difficile de déterminer si Ton a affaire à une roséole ou à une rougeole sans catarrhe. Celte dernière sera probable pourtant si l'éruption survient dans une famille où règne la roogeole ; mais la distinction est impossible lorsque la maladie est sporadique. Nulle difficulté de distinguer la roséole d'avec la scarlatine qui se caractérise ^it par des plaques d'un, rouge framboise, soit par un granit un et régulier.
Pronostic. — Le pronostic n'est jamais grave.
Etiologie. — La roséole affecte spécialement Ic^'femmes et les enfants, surtout i répoque de la dentition; elle règne plus souvent pendant l'été et l'automne. L'impression du froid, un exercice forcé, des émotions morales, une phlegmasic viscérale, une inflammation gastro-intestinale surtout, peuvent la provoquer.
Traitement. — Le repos, une température douce, quelques boissons délayantes, sont les seuls moyens qu'il convient d'employer contre cette maladie , qui , même lorsqu'elle est fébrile, n'exige aucun traitement actif.
De rérythème.
L'érythème est un exanthème non contagieux, ne s'accompagnant ordinairement d'aucuns symptômes généraux, et qui est caractérisé par des taches rouges, superiddles, variables quant à leur nombre, à leur forme et à leur étendue, et se ter« Binant par délitescence, par résolution ou par desquamation après une durée d'un \ deox septénaires.
Symptômes. — L'érythème débute , en général , sans prodromes. On voit des lacbes, d'une rougeur variant depuis le rose tendre jusqu'au rouge vif ou même fiolett disparaissant momentanément par la pression du doigt, se développer sur ipieiqtte partie du corps, le plus généralement à la face, à la poitrine et sur les membres. Panni ces taches, les unes n'ont que quelques millimètres d'étendue , d'antres ont 5 ou 6 centimètres ; dans quelques cas rares elles occupent toute la iMqpvcur d'un membre, et même une grande partie de la surface du corps. Cette fMigeor est soperficiellc, et la peau ne présente aucune dureté à son niveau ; cette
membrane est intacte dans l'iiitervaHe des taches. L'éru^itioii érythémateiiBe l'tcootnpagme souvent d'une légère douleur^ d'un prurit plus ou nioiiui inconmode , et d'une augmentation dans la température. Lorsque la maladie est prodaite par le contact de matières acres, ou bien lorsqu'elle se développe par le frottcmeiit continuel de deux snrfaoes contiguês, comme On l'observe fréquc»[iin«nt cbet les personnes grasses t sous les mamelles, aux aines, aux aisselles et au Bombrîl, an cuisses et aux fesses chez les enfants à la mamelle (intertngo)^ le profit est phn vif, Tépiderme se détruit, et l'on voit se former alors de petites excoriatioisw des crevasses qui fournissent un liquide séreux ou séro*punilent d'une odm nauséabonde.
Marche , durée , terminaisom, — Après avoir persisté quelques jours avec es caractères, les taches pâlissent peu à peu, puis elles s'éteignent tout è fait, et ne laissent nucun vestige, ou bien elles sont suivies d'une desquamation (rius ou moM prononcée. Dans quelques cas l'éry thème se termine par délitescence après oai durée éphémère {eryth. fngax). Tels sont les caractères et la inarehe de rérythèoK qu'on nomme simple ou léger.
Variétés, — L'éruption se présente quelquefois avec d'autres appareeccs , qii ont fait admettre plusieurs variétés d'érythème. Les seules qu'il importe de annaître sont les érythèmes papuleux et noueux.
Dans l'érythème papuleux (eryth. paptilatum de Willaoi), les plaques^ irrégalièrement arrondies, ont un volume qui varie entre celui d'une lentille et cémi^ centime. D'un rouge vif, puis violacé, surtout au centre, elles forment un léfo relief, elles sont dores et comme papuleuses. Si la saillie est plus considérable et h dureté plus grande, l'érythème est nommé tuberculeux {tuberculeium) par Willas, et dans les cas où les plaques, très proéminentes, semblent se détacher de k pen par leur circonférence, l'érythème a été appelé marginal (marginaittm) : ces drai dernières distinctions offrent peu d'intérêt.
Quoi qu'il en soit , l'érythème papuleux se remarque surtout chez les jesoci gens et chez les femmes. Il occupe presque toujours le cou i la poitrine, les brti, la face dorsale des tnains ou des avant-bras. Il est souvent précédé de malaiset elil s'accompagne parfois de ûèvre.
Vérythème noueux (eryth. nodosum) est une forme fréquente, qu'on rcacoutre surtout chez les femmes peu ou non menstniées, et généralement cbs les sujets jeunes de l'un et de l'autre sexe. L'éruption occupe particulièrement les membres, surtout la face antérieure des jambes. Elle se présente sous forme de taches rouges, ovales, ayant de 5 h 25 millimètres de diamètre, et très doulooreuses. JElles sont en plus ou moins grand nombre et disséminées t elles se fénsi»sent souvent et forment des plaques ronges érysipélaleuses ayant parfois l'ètendiM de la paume de la main ; la surface est inégale, noueuse, la peau est plus ou noim tuméfiée. Au bout de quelques jours, les plaques sont moins dures; parfois eto sont molles, et donnent, quand on les presse, la sensation d'une fluctuatioa dso* teuse : cependant aucun liquide n'est jamais épanché dans les mailles des tissus. Cette érnplion , qui est souvent précédée et accompagnée de malaise , de perte d'appétit et de fièvre , disparait progressivement après une dtirée de douac ou qiiiute jours, laissant après elle une couleur noire ou jaunâtre de la peau, oomfflc si cette membrane avait été meurtrie, ecchvmosée.
Erytlihiie épidémiquc de Paris. — Je ne parlerai Ici qiie pom* méinolre d'i éryihèmc épidémique observé h Paris en 182H : cette maladié^a reçu le nom d' dynie^ mais on n'a plus occasion de l'observer aujourd'hui. Ou eu trouveia la
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dMcriptîon dans les recueils scientiûques de Tépoque, et daag le prenner volume da Dictionnaire de médecine^ 2* édilloii. L*én'thème n'était guère ici qu'un épiphénomène.
Diagno$tit,^l^ diagnostic de l'éry thème, avccTérysipèle, l'urticaire, les syidiilides, sera discuté à l'occasion de chacune de ces maladies. On distinguera l'érytbème de k roséole, qui se caractérise par des taches superficielles et rosées ; on la dîfiérencie aisément de la rougeole qui a des taches irrégulières, presque sans relief, d qui s'accompagne de fièvre et de syraptiknes phlegmasiques du côté des mo^ qneuses nasale, pituitaire et bronchique.
Pronostic. — Le pronostic n'offre jamais de gravité.
Étioiogie. — L'érythème affecte surtout lesenfaïUs, les jeunes gens et les femmes. C^hei les enfants k la mamelle, il est le plus souvent produit par le contact prolongé 4cs urines et des matières fécales : il siège alors sur les cuisses, aux fesses, sur ^e icrotum. Un peu plus tard, et à l'époque de la dentition, des plaques d'érythème 16 montrent sur diverses parties du corps, surtout sur les joues. Chez les femmes, la suppression des règles est surtout la seule cause qui explique le développement d*ao érythème noueux. Enfin, à tous les ftges de la vie, la maladie peut être sympComatique d'une phlegmasie des yoles digestives, ou bien elle est produite pas la distension de la peau, comme dans l'anasarque ; elle se lie quelquefois à des accès de fièvre intermittente ou à des accidents névralgiques. Enfin l'ingestion de certaines substances, spécialement le baume de copahu, peuvent produire un érythème qui occupe généralement alors une grande partie du corps.
Traitement. — La plupart des éry thèmes cèdent à rex|)ectatiou. Il est |)ourtant généralement avantageux de donner aux malades des bains tièdes, des boissons acidulés et quelques minoralifs. Dans l'érythème noueux, si les douleurs sont vives, on couvrira la partie d'un cataplasme de fécule arrosé d'une décoction de têtes de pavot, h laquelle on ajoutera une petite quantité de sous-acétate dm plomb. Il est excessivement rare qu'on soit forcé de recourir aux émissions saoguines. Lorsque' l'érythème se développant entre les plis de la peau s'accompagne de gerçures et d'excoriations, on fera des lotions avec l'eau blanche, on saur poudrera les points affectés avec de l'amidon ou de la poudre de lycopode, et l'on séparera les parties contiguès de la peau avec de la charpie sèche et rApée ou avec on linge très fin.
l>e l'érysipèle.
SnMNiTMit. — Eryiipelnsi fièrra crytipéUle«M (de i^^^M, j'tUtire , «i iY(^«f» imprii, o« bkn <!• «^0^1, rvagt).
L'érysipèlc est une inflammation exanthéinatique, cxtensive, non contagieuse, caractérisée par une rougeur vive de la peau, avec dureté et léger gonflement de cette membrane,^ terminant généralement par résolution et desquamation, suivie quelquefois de suppuration et plus rarement de gangrène.
AjuUoinie pathologique. — il n'est pas .vrai de dire, avec beaucoup de personnes, que i'érysipèle ne laisse aucune trace sur le cadavre; car si, après la mort Il peau qui en a été le siège cesse d'être rouge, elle conserve du moins une teinte brunâtre ou violacée ; l'épiderme est froncé et se détache avec facilité ; le derme eii quelquefois hijecté, \iolacè, comme ecchymose, plus humide, épaissi et un peu Jnable; le tissu cellulaire sous-cutané est souvent œdémateux, quchiuefois ou y jimove du pus infiltré ou réuni en foyer; enfin la peau et le tissu cellulaire peuvent
être mortifiés dans une étendue plus ou moins considérable. Ces lésions sont à peu près les seules qu'on puisse constater. On dit pourtant avoir trouvé les lymphatiques, les artères et surtout les veines de la peau enflammés et remplis de pus ( Ribes, Copland, Cruveilhier, Blandiu ) ; mais ces vaisseaux sont tellement déliés daùs Tépaisseur du derme, qu'il nous paraît impossible de constater quel est leur mode d'altération. Nous ne nions pas pourtant qu*on ait quelquefois rencontré da pus dans les veines et dans les lympbathiques sous-cutanés ; mais ces lésions ne soat probablement que consécutives: d'ailleurs elles nous paraissent indépendantes de Térysipèle lui-même, et se rattacber plutôt à la suppuration du tissa cellulaire, c'est-h-dire à Texistence d'un érysipèle pblegmoneux. M. Rayer professe à peu près la même opinion.
Symptômes y'tnarche, — L'érysipèle est presque toujours précédé de quelques phénomènes précurseurs, tels que malaise, lassitude, fièvre, céphalalgie, anorexie, bouche amère, vomissement, etc. Mais un des symptômes les plus remarquables et 1^ plus communs, puisqu'on l'observe dans les deux tiers des cas, est l'engorgement douloureux des ganglions lymphatiques qui reçoivent les vaisseaux provenaot de la partie qui doit être atteinte d'érysipèle, quoique la peau ne présente encore aucune modiûcation appréciable dans sa coloration, dans son épaisseur, dansa température et dans sa sensibilité. Cet engoi^ement des ganglions, sur lequel M. Chomel a surtout appelé l'attention, précède d'un, de deux ou trois jours le développement de l'érysipèie. Nous avons même vu plusieurs fois ce symptôme devancer la rougeur de sept, huit et même neuf jours. Le nombre des gangliens affectés, leur tuméfaction, leur sensibilité, sont généralement proportionnés à la gravité et à l'étendue que ('érysipèle aura ; cependant il existe à ce sujet de nombreuses exceptions. Quoi qu'il en soit, la sensibilité morbide des ganglions diminue, et souvent même elle cesse lorsque l'érysipèie débute ou lorsqu'il a pris ^ut son développement
L'érysipèie est caractérisé à son début par une raugeur plus ou moins circonscrite, dont ia teinte varie depuis le rose tendre jusqu'au rouge écarlate ou vîobcé. Elle disparaît ou diminue, du moins momentanément, par la pression du doigt A son niveau, la peau est tendue, luisante, manifestement épaissie est gonflée: c'est ce qu'on apprécie très bien par le toucher. Si, en effet, ou promène le doigt sortes limites de la rougeur, on sent en ce point un petit bourrelet. Le gonflement peut devenir parfois considérable : c'est ce qui arrive lorsque l'érysipèie envahit une partie dont le tissu-cellulaire est lâche, comme cela a lieu aux paupières ou aox grandes lèvres, ou bien encore lorsque, quelle (|ue soit la partie du corps, l'érysipèie est devenu pblegmoneux, par la propagation de l'inflammation au tissu cellulaire subjacent. La peau affectée d'érysipèle est le siège d'une douleur vive, tensive ou prurigineuse, que la pression exaspère. La température des téguments affectés est augmentée ; elle paraît être plus considérable qu'elle n'est réellement, puisqu'elle ne dépasserait guère, dit-on, que de 3 ou /i degrés la température normale. Les mouvements sont difficiles ou rendus même impossibles. Enfm, si l'érysipèie a une certaine étendue, il s'accompagne de symptômes généraux : ainsi il y a une fièvre souvent intense, de la céphalalgie, de l'agitation et du délire, des frissons irrégnliers, de la soif, de l'inappétence, des nausées, des vomissements, de la constipation oo de la diarrhée.
Rarement l'érysipèie reste borné dans les points qu'il a primitivement occupés. Quand il en est ainsi on le nomme fixe : mais l'un des caractères les plus remarquables de cette aff'ection est de tendre sans cesse à envahir de nouvelles surfaces.
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Dans la plupart des cas, rinflammation s'étend de proche en proche : ou dit alors que Térysipèle est serpigineux ; il peut ainsi envahir successivement toute la sur- Cace du corps. Ou bien il se porte dans un point plus où moins éloigné, en respectant les parties intermédiaires : on le nomme alors cambulant; ce mode d'extension est le plus rare. Enfin il arrive assez souvent qn*en examinant au delà des points où Térysipèle semble s*étre limité , on aperçoit , disséminées çà et là, des taches rasées, irrégulières, qui bientôt se réunissent en une seule plaque franchement érysipélateuse. U ne parait pas qu'on ait jamais vu d'érysipèle universel^ c'est*^-* dire recouvrant toule la peau dans un seul et même instant Les faits, soit anciens, soit modernes, qu*on cite comme des exemples d'érysipèle universel, ne sont pas concluants ; car il est facile de prouver que la plupart d'entre eux ne sont que des scarlatines méconnues, ou bien des érysipèles erratiques t)u ambulant!
Après avoir persisté à un certain degré pendant quatre ou cinq jours» la tensioh de la peau diminue d'intensité; la surface pâlit, prend une teinte jaunâtre ou yio« lacée ; l'épiderme se ride ; la douleur et la chaleur s'éteignent La même série de phénomènes se reproduit dans les points qui ont été pris successivement, et s'il y a en entre chaque éruption un intervalle de trois, de quatre ou cinq jours, on pourra, sur le même sujet, étudier la maladie à ses différentes phases.
Terminaisons. — La plupart des érysipèles se terminent par résolution , avec desquamation de l'épiderme dans la partie affectée. La peau conserve ensuite peu* dant une ou plusieui*s semaines une couleur violacée; le derme est épaissi, osdémateux. Dans les cas où l'érysipèle a occupé plusieurs fois le même point, la peau peut conserver pour toujours une teinte bleuâtre ; les tissus restent souvent empâtés, œdémateux : c'est ce qu'on observe surtout aux extrémités inférieures chez les vieillards, lorsque ces parties ont été plusieurs fois atteintes d'érysipèle.
On a dit que l'érysipèle pouvait se terminer par délitescence; mais ces faits, qui sont d'ailleurs très rares, se rapportent peut-être plutôt à l'réythème qu'à l'érysi^ pèle. Quoi qu'il en soit, dans ces cas^ l'érysipèle disparaît brusquement, et pour toujours, sans laisser nulle part aucunes traces de son existence; ou bien, se repro* daisant sur un point plus ou moins éloigné, il mériterait plutôt la qualification de métastatique^ qu'on lui a parfois appliqué. On a dit que la métastase , se faisant sur un organe intérieur, pouvait être suivie des plus graves accidents ; mais l'observation n'a pas encore justifié ces craintes ; car la délitescence , loin d'être la cause de quelque accident, paraîtrait, au contraire, être presque toujours consécutive à une phlegmasie jd'un organe important Enfin l'érysipèle peut être suivi de suppuration; il peut aussi produire l'ulcération de la peau, avec gangrène de cette membrane et des tissus subjacents ; mais ce sont là des accidents qui sont peu ordinaires : bientôt d'ailleurs nous en parlerons avec plus do détails.
D'après ce qui précède, on a pu voir que l'érysipèle avait une marche toujours aiguë continue ou exacerbante. Peu après avoir cessé, la maladie peut se reproduire dans les mêmes points , soit spontanément , soit par suite de quelque imprudence des malades, comme lorsqu'ils s'exposent à l'air froid ou qu'ils commettent des écarts de régime. Toutefois ces rechutes sont généralement peu graves; car la fièvre est alors peu intense, et la maladie a une durée beaucoup moins longue que dans la première attaque. Il est des individus chez lesquels les érysipèles se reproduisent au bout d'un temps plus ou moins long, quelquefois une ou plusieurs fois par an, et toujours aux mêmes époques (Lorry, Frank). On dit aussi avoir vu quelquefois la maladie revenir assez périodiquement à de courts intervalles, et soi. tant un des types propres aux fièvres mtermittentes. L'érysifièle présente
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général, d*aotaot moiDS d'intentilé qu'il s'est déjà reproduit oo plus grand nombre de fois cbei le même indif idn.
iMirée. — La dorée de Térysipèle est Tariable \ cependant on peut la fiter en moyenne \ douie ou quinze jours s*il s*agit d*une première attaque , et \ cinq ou huit pour les attaques subséqueniesu
Varier é$. — i/cr^sipèle ne se présente pas toujours atec les caractères que boui Tenons de lui assigner; mais la maladie offre des variétés numbreiiaei, portant : i* sur les phénomènes locaux, 2* sur les symptèmes généraux et sympathiques, 3* sur le siège, U* sur les suites et les modes de terminaison.
4"* Variétés fie Pér^ipète quant aux pkénomèneM locaux. — Lorscfue Térys^ièle est très intense, de la sérosité est exhalée sous l'épidémie, qu'elle souiè?e. On voit alors se dessiner sur la surface enflammée tantôt de petites vésicules semblaMes k ceHes de Teciéma {érffêipèle eczémateux ou miiiaire) ; d autres fois ce sont des vessies, des ampoules {érysipHe phiycténotde^ pemphygotde M bulieux)^ Le liquide qui soulève Tépiderme , au lieu d'être séreux, peut devenir lactescent, et même tout à fait purulent (érysipèie pustuieux). Enfin quelquefois l'ampoule eit remplie par un sang noirâtre, qui finit par se dessécher, qui d'autres fols Infiltre le tissu du derme, et produit alors dans les deux cas, ï la surface de la peiu , des plaques noirâtres qui efirayeni souvent les personnes inexpérimentées, et leur font croire à Texistence d'une gangrène. Quoi qu'il en soif, les vésicules distendues se déchirent, ou hien le liquide qu'elles contiennent se résorbe en partie , le reste se concrète, Tépiderme se frotice et durcit, et il se forme une croûte blanche, grise oo noirâtre, qui tombe au bout de quelques jours. Fréquemment aussi Térysipèle pnn duit une infiltration du tissu cellaire siibjacent ; on dit alors qu'il est cedémateux. Dans ce cas, la peau est lisse, unie, brillante ; si on la comprlnie avec le doigt , on produit une dépression , comme dans toute partie œdémateuse. Cetto forme de rér)'sipèle, plus commune chez les sujets lymphatiques débiles et affaiblis, se remarque surtout là où le tissu cellulaire est naturellement lâche. Enfin, dans un grand nombre de cas, la phlegmasic de la peau se propageant au lissti cellolaire subjacent, on dit que l'éryslpèle esiphiegmoneux. Dans Cette forme de la maladie, kl peau est plus dure et plus tendue, la rougeur ne disparaît plus par la presiioo« la tuméfaction des parties est considérable, les symptômes généraux et sympatMqoes sont plus graves ; c'est surtout alors qu'on voit la maladie être suivie de suppuntion ou de gangrène.
2* Variétés de l' érysipèie quant aux symptômes généraux et sympàihiquts. •— Il est rare que l'érysipèle soit tout à fait apyrétique. L'absence de fièvre ne se remarque que dans les cas où la maladie est très bénigne et bornée li un petit espKe« Presque toujours il existe un appareil fébrile, proportionné à l'intensité et li l'éteDdoe de la phicgmasie cutanée. Le plus sbnvent la réaction est franche , et Ton ofaserre la série de symptômes caractérisant Tétat iuQammatoire. Ailleurs on voit l'appareil symptomatique qui accompagne les formes adynamique et ataxique des fièvres graves. Cette variété se remarque spécialement sous l'influence de certaines oonsli* tulions médicales, ou lorsque l'érysipèle survient cbex des Individus affaiblis par l'âge et les privations, ou bien encore lorsque la maladie s'est terminée , sur une grande étendue, par suppuration et surtout par gangrène. Enfin , une des variétés les plus remarquables et les plus fréquentes de rérvsipèlc est celle qu'en nomme bilieuse^ parce qu'elle se complique d'embarras gastrique; la bouche est alors amère et la soif vive ; la langue, la peau, l'urine sont jaunâtres ; il y a des nausées, des vomissements et des déjections bilieuses. Cette forme règne aouvcAt d'une
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miDièrè épidémique , Mirtoat dans les Mpitaui et pendant les saisons chaudes d humides.
3* Vàriétéi de VérysipHe quant à son êiége. — Je ne parlerai que de l'érysi" pèle qui affecta si commuiiétnent la face et le cair che?ela. L'érysipdie de la tdte débute presque toujours par la facet spécialement sur le nez, iup le front ou sur la joue droite; il s'étend ensuite plus ou moins rapidement au reste dé la figure et au cuir chevelu. Presque jamais il n'arrive que l'érysipële de la face soit consé« cutif , c*cst«k-dire qu'il ne soit que l'eilénsion d'un érysipéle primitivement déve* loppé sur une partie plus ou moins éloignée. C'est surtout dans les prodromes de Térysipèlc qui va envahir la f^cc qu'on observe l'engorgement douloureui des ganglions Bous-maiillaires et de ceux des parties latérales du cou. Lorsque toute la face est prise, les individus sont tout à fait méconnaissables} les paupiéreil distendues recouvrent les globes oculaires ; les lèvres sont contournées, la bouche est entr'otn verte, l'articulation des sons est difficile ou impossible, le nez a acquis un volume énorme, les narines sont sèches et obstruées par du sang et du-^ mucus. Enfin, si k phlegmasie a envahi les oreilles et le conduit auditif eiteme , les mahKles éptm* vent des bourdonnements et de la surdité.
Contrairement à ce que nous avons vu pour k face, l'érysipéle du cuir chevelu est très rarement primitif. Sauf le cas où il reconnaît une cause traumatique ,^i| survient, en effet, presque toujours consôcutivement A un érysipèlede la face. M. Chomel a parfaitement indiqué les phénomènes qui le distinguent de l'érysipèlt de toutes les autres parties du corps. Ainsi, dans l'érysipèle du éuir chevelu, k rougeur manque, du moins elle est équivoque , ou bien on ne découvre qu'une légère teinte rosée ou hkuâtre qui tranche un peu sur la couleur grisâtre naturelk au cuir chevelu. Les signes caractéristiques de la maladie sont une douleur tensive pins ou moins vive que la pression exaspère ; de plus, en comprimant un peu for* tement celte partie avec la pulpe du doigt , on produit une dépression en raison de rinfiltration œdémateuse du tissu cellulaire : c'est là un phénomène à peu près constant. Il est inutile dédire qoe, chez les chauves, l'érysipèle du cuir chevelu s'accompagne d'une couleur franche semblable à celle qui a lieu sur les autres par* ties des téguments.
Les érysipèles de la face et du cuir chevelu sont les plus graves; car ils se compliquent souvent de délire, lequel toutefois est bien plus souvent sympathique que l'elTet d'une phlegmasie des méninges ou du cerveau : ces dernières oûmplications sont d'ailleurs assez rares. MM. Piorry e^ Malle ontc;hacun publié, en 1B33, dans la Gazette médicale^ un travail pour prouver que les accidents cérébraux qui surviennent dans le cours des érysipèles de la face dépendaient surtout de ce que rinflammation se serait propagée au cerveau et à seai membranes par le tissu cellukire deft paupières et de l'orbite , qu'on trouverait alors toujours suppuré. Mais on peut objecter à cette opinion qu'il est très commun de voir des abcès dans les paupières chez des individus qui n'ont jamais eu ni délire ni coma. D'ailleurs il i-ésulte des travaux mômes de M>l. Piorry et Malle que, dans les cas où il y a eu des accidents cérébraux pendant la vie, et où l'on trouva après la mort la suppuration du tissu cellulaire de l'orbite , le cerveau et les membranes étaient presque toujours intacts, d'où il suit qu'il n'y a point eu transmission de la maladie de l'un à l'autre, mais seulement eiïet sympathique ou de siuiple voisinage.
k** Variétés d' après les modes de terminaison, — Noos avons vu que la résolution n'était pas le seul mode de lenninaiso i de l'érysipèle ; que celui-ci pouvait être suivi de suppuration , de gangrène et d'ulcération. La suppuration peut «
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lieu*^ la surface d^ la peau ; dans ce cas, répiderme est soulevé par da pus au fit de l'être par de la sérosité. Mais c'est là ud fait peu important II n'en est plus de même lorsque le pus se forme dans le tissu cellulaire sous-cutaoé , où le liquide est infiltré ou épanché. Ce mode de terminaison a rarement lieu dans toute retendue de la partie érj'sipélateuse ; il est le plus souvent partiel : ainsi, à la face, on Tobserfe presque exclusivement aux paupières. La suppuration est aussi un des accidents les plus graves de Tér^'sipèle du cuir chevelu ; on a quelquefois va alors le pus décoller le péricrâne sur une grande surface , les 4)s se carier, se nécroser, et le tissu cellulaire être entraîné pSir lambeaux. Au milieu de ces désordres, la peaa reste le plus souvent intacte , et ne se mortifie pas comme le ferait celle des membres si elle était aussi largement dénudée. Dupuytren a expUqué ce £ût remarquable par la disposition des artères qui, au crâne, rampant entre Taponévrosc et la peau, adhèrent intimement à cette dernière, de sorte qu'elles continuent à alimenter petle membrane, même lorsque le tissu cellulaire sous-jacenta été détruit. Partout ailleurs, an contraire , lorsque la suppuration a désorganisé le tissa cellulaire sous-cutané , les vaisseaux qui le traversent sont eux-mêmes, déchirés, oblitérés , détruits ; la peau, cessant alors d'être alimentée, est frappée de gangrène. Nous n'avons jamais vu les ganglions suppures, même lorsqu'au débat de l'érysipèle ils avaient été très tuméfiés et très douloureux.
La gangrène n'est pas toujours produite par l'intensité de la phlegmasie ; mais elle résulte souvent de l'état général, cachectique des individus : c'est ainsi qu'elle est fréquente chez les vieillards , chez les enfants nouveau-nés et chez les sujets débilités. La mortification peut frapper primitivement le tissu cellulaire ou la peau; dans ce dernier cas, c'est communément au centre d'une phlyctêne qne U gai^rène se déclare. Celle-ci est un accident fréquent lorsque la peau que l'érysipâe envahit est mince, fine, et lorsqu'elle est doublée. par un tissu cellulaire lâche: c'est ce qu'on voit, par exemple, dans l'érysipèlc des paupières, dans celui du scrotum, de la verge et des grandes lèvres, surtout chez les jeunes filles.
Si la suppuration et la gangrène sont limitées, il n'en résulte aucun accident grave ; mais si elles occupent une grande étendue, on voit alors apparaître l'appareil symptomatique qui caractérise les états adynamique et ataxique.
Enfin l'ulcération est un accident rare de l'érysipèle; on ne l'observe guère que dans certaines conditions graves de l'économie. L'ulcératiou succède tantôt à une phlyctêne , h une pustule ou à la chuté d'une escarre.
' On peut, chez le même individu , observer à la fois plusieurs des suites que nous venons d'indiquer : c'est ce qu'on voit surtout pour l'érysipèle de la face, qoi détermine souvent de la suppuration dans les paupières , une gangrène sor les oreilles, tandis que partout ailleurs la maladie se termine par résolution.
Diagnostic. -^ On peut prédire le développement prochain d'un érysipèle toutes les fois qu'un individu présentera pendant vingt-quatre ou quarante-bait heures du malaise, de la fièvre et un engorgement douloureux des ganglions Ij^mphatiques. L'érysipèle devra occuper la fesse, la cuisse ou la jambe si les gaogUons de l'aine sont atteints; la tuméfaction et la douleur siégent-elles dans les ganglions axillaires, la rougeur apparaîtra au membre supérieur ou sur la paroi thoracique; enfin l'engorgement douloureux et aigu des ganglions cervicaux et soos-maxillaires annoncera sûrement un érysipèle de là face ou du cuir cheveln , poorm qu'il n'y ait ni dans la bouche ni dans la gorge aucune lésion qui en explique le développement. L'érysipèle, une fois déclaré , sera facilement reconnu , et il aen impossible de Je confondre ni avec la rougeole ou la scarlatine, ni avec la rasiole,
ÙE L*ÊRYSIPÈLE. • 557 '
ni i?ec reczéma, ni avee réry^hème, pas même avec une simple rougeur produite l>ar riosolation ou par un sinapisme, etc. Cette dernière, en effet, reste bornée à la peau sur laquelle elle s*est développée, et elle ne gagne pas les parties voisines comme le fait Térysipèle. En outre, la rougeur est très superficielle , et la peau n'est ni indurée ni épaissie. Ces différences peuvent s'appliquer également à l'érytbème simple, qui, d'ailleurs, est souvent disposé par taches ou par plaques, tandis que rérysipèle occupe communément une lai^e surface. L'érythème noueux ne pourrait en imposer non plus pour un érysipèle phlegmoneux, en raison de la circonscription , de l'aspect et de la forme bosselée de la tuméfaction , etc. Quant à la rougeole, elle se distingue de l'érysipèlc par le caractère irrégulier des taches, parleur coloration et par l'affection concomitante des muqueuses; comme la scarlatine se distingue par sa rougeur framboisée uniforme ou sous forme de piqueté fin et régulier avec coexistence d'une angine plus ou moins violente. La vaiiole enfin quand elle est très confluente à la face donne à la peau une tuméfaction et nne rougeur qui pourraient simuler un érysipèle; mais en y regardarit de près; on découvrira à la surface une multitude de papules , et à supposer que le doute pût exister, on trouverait sur les autres points du corps l'éruption varioleuse avec ses caractères bien tranchés.
Pronostic, — Lorsque l'érysipèle se développe chez dés sujets bien portants, il est rare qu'il se termine d'une manière funeste, même lorsqu'il envahit successiyement toute la surface du corps. Toutes choses égales d'ailleurs, celui qui occupe k la fois la face et le cuir chevelu est le plus fâcheux; L'extension de la phlegraasie an tissu cellulaire, la suppuration diffuse, la gangrène, les symptômes adynamiques et ataxiques sont tout autant de circonstances qui doivent aggraver le pronostic Enfin l'érysipèle qui survient dans le cours d'une autre maladie, même lorsqu'il est peu intense, est toujours une circonstance fâcheuse ; car s'il n'est pas assez grave pour entraîner la mort, il affaiblit du moins tellement les malades qu'il accélère le terme fatal : c'est ce qu'on voit spécialement dans la fièvre typhoïde et dans la plupart des maladies chroniques. L'érysipèle est une maladie également fort grave chez les nouveau-nés, en raison de la faiblesse dés sujets, des complications viscérales et de la fréquence de la gangrène : c'est ainsi que sur quarante-cinq cas d'érysipèle observés par Billard, par Bang et par CEsterlebe;!, trente et un ont eu une issue funeste. MM. Paul Dubois, Moreau, Trousseau disent n'avoir encore observé aucun cas de guérison dans les premiers mois de l'existence. Pour moi , j'ai vu, non sans surprise, un enfant de cinq à six mois guérir et même souffrira pehie d'un érysipèle qui a occupé les cuisses, les parties génitales, et qui avait entraîné le sphacèle de la moitié de la peau des bourses. L'érysipèle, chez les sujets plus âgés, peut être utile quelquefois, en modifiant avantageusement la marche de quelques affections chroniques et rebelles de la peau : cependant il n'est pas très rare que le contraire arrive.
Il importe surtout au pronostic, et pour l'appréciation rigoureuse des moyens thérapeutiques, de déterminer si l'érysif^le a de la tendance à s'étendre sur d'autres parties, ou s'il va rester stationnaire pour décroître ensuite. La considération de l'état général, et surtout la diminution de la fièvre, peuvent fournir quelque présomption favorable ; cependant on devra surtout se fonder sur l'aspect même de Vexantbème. Si l'érysipèle offre une rougeur vive, et si aux limites de cette rougeur la peau gonflée forme un relief sensible ^ on peut prédire que l'érysipèle xCeA\. pas encore usé, et que sous peu il envahira, quoi qu'on fasse, les parties voisînw. Lorsque, au contraire, l'intensité de la rougeur va en diminuant, et que ^
558 t)ES INPLAMItATfONS.
circonférfDce.H n'existe plus que quelques taches rosées irrégulièrcf, oo devra croire que la maladie est déjà bornée ou sur le point de Tôtre.
ÉtioloQÎe. — Toutes les parties de la peau peuvent être frappées d'érysipèle. mais nulle n*y est plus sujette que la face : on peut même dire que ceUe-ci est ï eUe seule plus couvent affectée d*érysipèle spontané que toutes les antres régNNtt du corps réunies. Cependant cette prédisposition de telle ou telle partie à ^re pins spécialement affectée d'érysipèle varie aux différents âges de la vie : ainsi, cliez les jeunes enfants, Térysipèle du tronc est le plus commun ; chez le nouveau-né. il le déclare presque toujours au voisinage de l'ombilic, ce qui s'explique par l'inflammation et la suppuration de cette partie nécessaires pour opérer Télimination do cordon. Chez les vieillards, oif observe, dit-on, plus souvent Térysipèle des membrtf inférieui^s, tandis que dans la jeunesse et dans Tàge adulte, c'est rér)'8ipèle de la (ace qui prédomine ; mais nous croyons que la première enfance exceptée, Tér^sipèle^e la face et du cuir chevelu est celui qu'on constate le plus souvent, quel que soit d'ailleurs l'âge des individus.
On observe l'érysipèle à tous les âges de la vie; mais, d'après les calculs de \euman , la maladie aurait son maximum de fréquence entre vingt et quarantecinq ans. Les statistiques de J. Frank, de MM. Cliomel, Louis, et nos ohservatioDi «'accordent pour pro^iver que Térysipèle de la face est plus fréquent chez la femme ^ue chez l'homme. SI les constitutions et les tempéranients ont quelque part dans la pi'oduction ôes érysipèles, cette influence est inconnue, tandis que ces circoosunces influent certainement sur là forme de la maladie , qui est franchement ioflammatpire chez les sujets sanguins , et plutôt œdémateuse chez les individus débiles. On ne sait rien de précis sur les circonstances hygiéniques qui prédisposent aux érysipèles ; tout ce qu'on a dit des effets produits par les aliments épicés, parles boissons, fermentées, etc., ne doit être accepté que comme de simples a^Ksertions, On ignore également l'influence des climats et même des saiioDs; car si J. Frank regarde les érysipèles comme plus communs en hiver, MM. Cbomel et Blache les croient , au contraire, plus fréquents au printemps et surtout pendant l'automne. De temps en tenips on voit les érysipèles régner en plus grand nombre, et devenir épidémiques sous l'influence de constitutions atmosphériques iort diverses. Underwood, MM. les professeurs P. Dubois et Moreau ont noté la fréquence de l'érysipèle chez les nouveau-nés pendant les épidémies de fièvre puerpérale; H semble alors, dit M. Trousseau , que la mên)e influence qui tue les mères s'appesantisse aussi sur les enfants. Il est des lieux où l'érysipèle règne, sinon habituellement, du moins fort souvent , de manière à |)ouvoir y être regardé comme endémique. On a signalé surtout certaines salles d'hôpital : c'est ainsi que la salle Saint-Côme de THôtel-Diçu de Paris, avant d'être restaurée, était célèbre par les érysipèles qu'on y observait presque endémiquement; c'est ce que j'ai constaté encore moi-môme de 1829 à 1833.
Il est incontestable que, dans la grande majorité des cas, l'érysipèle survient sans Je concours manifeste d'aucune cause déterminante* D'autres fois, au contraire, b maladie est consécutive à l'action d'une cause matérielle, telle que l'insolation, une solution de continuité , des frottements , l'excitation trop vive d'un exutotre , etc. Cependant, sans nier l'influence que ces causes exercent, on ne peut contester, je pense, qu'elles ne peuvent agir qu'en raison d'une prédisposition antécédente de la constitution, puisque ces conditions ont souvent existé plusieui^ fois chez le même sujet sans produire les mêmes résultats. Jl faut donc reconnaître que, dans Je cas spécial où elles ont été suivies d'un érysipèle, il a existé une cause inconnue
M VtïïHHiHtt. 55ft
qaeloooqoe, qui n*ett aulre que la prédisposition. Les causes occasionnelles peuvent hâter le développenient de la tnaladie, la fixer sur tel point de la peau plutôt que sur tel autre : mais là seulement se bornent leurs eiïets. Ces ' principes sont exactement ceux que professe M. Chomel ; nous les adoptons complètement , et nous crof ons a?ec lui que Térysipèle n'est jamais le résultat d'une cause externe, ou du moins, si quelqu'une d'elles concourt à sa production^ elle n'a qu'une part secondaire dans son développement; elle suppose le concours d'une cause interne, d'une disposition particulière que nous ne connaissons pas.
Traitement. — On a préconisé contre rérysi|)èie une foule de médicaments et de méthodes de traitement, depuis l'expectalion jusqu'aux médications les plus actives; mais la thérapeutique devra varier suivant les formes que la maladie |)résente. Lorsque l'érysipèle est bénin , lorsqu'il s'accompagne d'une fièvre peu in* tense, lorsqu'il se reproduit chez un sujet qui en a déjà eu plusieurs attciotes, oo pourra ne faire qu'une médecine presque expectante. Les malades seront alors placés dans une température dôme; la partie phlogosée sera mise dans la position la plus convenable pour favoriser la circulation veineuse et activer le moins possible l'afflux du sang artériel ; on donnera des boissons douces, acidulés : il sera utile généralement de joindre à ces moyens l'emploi de quelques révulsifs sur le tube digestif, et sur un point de la peau éloigné de la phlegmasie (sinapismes, pédiluves). Quelques médecins ont voulu étendre à tous les érysipèles la méthode de l'expectation : mais nous ne saurions approuver une pareille conduite. L'observation journalière prouve» en eiïet, que lorsque la maladie aflecte un individu dans la force de l'âge, et qu'elle s'accompagne d'une vive réaction fébrile, lorsque enfin le pouls est large, dur, développé, il est utile ou plutôt urgent (le pratiquer une, ou môme plusieurs saignées. Ces émissions sanguines modéreront la fièvre, borneront peut-éu^e l'érysipèle ; mais il ne faut pas espérer qu'on arrêtera celui-ci brusquement, ni même <|u*on en abrégera beaucoup sa durée : c'est ce qui résulté, en eiïet, des reelierches de M. Louis, dont nous avons nous-même vérifié l'exactitude.
Nous ne dirons rien de M. Bouillaud , quoiqu'il prétende guérir les érysipèles avec une facilité et une rapidité étonnante» (textuel), en leur appliquant la formule des saignées coup sur coup ; car en consultant les trois exemples d'érysipèle intense publiés par l'auteur ésuiss^ Clinique, et qu'il a traités d'après sa méthode, on voit que, dans un cas, l'érysipèle a parcouru une partie du corps, et a duré vingt et un jours (obs. 3*) ; que, dans une autre (obs. W), on n'a pu empêcher laformaiiou d'abcès multiples : l'aiïection a persisté pendant trente^cinq ou qua«> raote jours, et huit mois après la malade n'avait pas encore quitté l'hôpital ; enfin, dans le ras le plus favorable, la durée de l'érysipèle fut de treize à quinze jours. Pour couronner ces résultats, disons que les trois malades de M, Bouillaud, épuisées par les saignées et par la maladie, devinrent tout à fait anémiques^ L'expérience des siècles s'est depuis longtemps prononcée contre l'emploi des saignées abondantes dans le traitement des érysipèles ; car les |)ertes de sang ont pour résultat de favoriser le développement des accidents ataxiques, de prostrer les forces, (|u'il faut ménager,. surtout lorsque Térysipèlc a de la tendance à s'élendre, à devenir vague, puisque sa durée est alors indéterminée.
Lorsque les émissions sanguines sont indiquées, il faut préférer la saignée générale aux sangsues, qui oiïrent plusieurs inconvénients : ainsi, appliquées sur l'éry* si|)èle, elles le font souvent passer h l'état phlegmoueux , et si on les met dans le voisinage, les piqûres sont souvent le foyer, le point de départ d'un nouvel érysipèle, sî le sujet y est d'ailleurs très prédisposé ou si l'on observe en temps d*épidénue,
Nous croyous qu'en règle générale on doK ^'abstenir de tous les topiques qii*oa a conseilles, soit pour modérer l*inQammation de la peau, soit pour la limiter dans le point qu'elle occupe. Cependant, lorsqu'il y a beaucoup de tension, lorsque b phiegmasie gagne le tissu cellulaire, nous pensons qu'il est utile de placer la partie malade dans un bain prolongé, et de l'entourer de cataplasmes de fécule de pomme de terre modérément chauds. Ces deux moyens sont impraticables ou iocommodei dans l'érysipèle de la face. On a beaucoup vanté l'emploi des fomentations froîdef, astringentes; du camphre en poudre avec ou sans mouchetures, de l'alcool camphré étendu d'eau, d'un mélange de basilicuni ei d'huile essentielle de térébenthine (Uniment de Kcnlisch), d'une solution de nitrate d'argent, du protosolfate de fer en lotions ( 30 grammes par litre d'eau ) ou en pommade (.8 grammes pov 32 d'axonge ) ; enfin on a même conseillé l'emploi du cautère actuel et do mou : mais aucun de ces moyens n'a l'efficacité qu'on leur attribue, et la plupart soal dangereux. Pendant plusieurs années, le vésicaloire, appliqué au centre même de l'érysipèle, a joui d'une grande faveur en France. On sait que cette méthode, ancienne déjà de deux siècles, préconisée par Petit, de Lyon, fut adoptée par Oopaytren, qui la regardait comme très efficace; nous l'avons vu dans les érysipèlei de la face appliquer deux larges vésicaloires sur chaque joue, et parfois un troisième sur le front. Cependant, en consultant les faits que j'ai recueillis à la clhiiqae de ce grand maître, je me suis convaincu que le vésicatoire n'avait le pouvoir ni de borner l'érysipèle ni d'en abréger la durée. Mais il est certain que je n'ai jamaii vu, d'autre part, aucun accident résulter de l'application d'un ou de plusieura vésicatoires sur les parties de la peau qui étaient le plus enflammées, et que ces exntoires, dont on excitait parfois la suppuration pendant deux ou trois jours, n'ont jamais laissé après eux aucune trace un peu persistante et qui dût Caire repentir de les avoir employés.
Il y a quelques années on a préconisé contre les érysipèles les onctions avec l'onguent mercuriel ; mais il est reconnu aujourd'hui que la plupart des guériaev attribuées à ce médicament doivent être uniquement rapportées à la marche naturelle de la maladie. D'ailleurs nous regardons cette médication comme dangereuse, et nous voulons qu'on la proscrive tout à fait; car elle produit souvent des salivations incommodes, interminables, et deux fois j'ai vu la vie des malades en péril par suite d'un gonflement énorme de la langue , qui empêchait la déglutition et gênait l'entrée de l'air. Quelques persoimes ont encore conseillé les onctions avec l'axonge fraîchement préparée. Ce moyen , que nous avons vu employer en iS3& par M. Martin-Solon, nous a paru, en effet, diminuer la sensation de brûlure et de tension des parties affectées; mais ce soulagement est en général de très cooile durée. Je ne sais encore ce qu'il faut penser de la pommade au nitrate d'argent (10 grammes pour ^0 d*axonge), vantée par M. Jobert, pour diminuer la tensioi douloureuse de l'érysipèle et pour le limiter. La compression exercée à l'aide d'une bande convenablement appliquée a eu quelques partisans. Cependant il sernt dangereux d'employer ce moyen lorsque la phiegmasie est encore intense, car i en résulterait parfois des douleurs vives, des escarres ou la propagation de la phlegmasie au tissu cellulaire subjacent. Il est donc prudent de n'employer la compres^ sion que lorsque la maladie est à son déclin , lorsque le derme reste épaissi et le tissu cellulaire œdémateux; d'ailleurs la compression n'est applicable qu'à l'érysipèle des jnembres.
En parlant de l'usage de la compression daus le traitement de l'érysipèle, nom sommes naturellement conduit à dire un mot du collodion appliqué sur les sur*
DE L'ÉRYStPkLI:. 5(i1
faces éi^sipélateuses , el qui probablemeiu agita peu prt'sde la mûtno, maniOn; que la compression : c'est M. le docteur Robert Latour qui a eu IHdée de cette médication. Ayant recouvert les parties malades d'une couche de coUodion , de manière à les séquestrer tout à fait du contact de l'air, ce médecin aurait ?a presque toujours l'érysipèle s'éteindre sur place» et tous les accidents concomilantft céder simultanément J'ai, sur une dizaine de malades atteints d'érysipèie spontané, expérimenté ce moyen, et dans près de la moitié des cas la pblegmasie cutanée s'est limitée en 3, k ou 5 jours. Cependant je suis loin d'être édifié encore SDr la valeur de ce moyen de traitement L'érysipèle est, en effet, une des affections dont la marche est la plus incertaine et la durée la plus inégale. On le voit, après avoir débuté d'une manière très aiguë, s'arrêter parfois brusquement sans qn'on ait employé pourtant aucune médication active. Ce qui nous rend encore plus réservé dans l'appréciation des faits que nous avons vus, c'est que, à l'époque même où nous expérimentions le collodion, des érysipèles d'égale intensité, abandonnés à eux-mêmes, se terminaient à peu près dans le même espace de temps. Noos attendons donc de nouvelles observations avant de pouvoir conseiller ou proficrire en parfaite connaissance de cause l'usage du collodion dans le traitement de Térysipèle.
Divers moyens ont été spécialement recommandés pour arrêter les progrès den érysipèles qui s'étendent de proche en proche sur de grandes surfaces. Ceux qui comptent le plus de partisans sont les cautérisations avec la pierre infernale et les Tésicatoires.
On a dit, en effet, qu'en cautérisant légèrement la peau avec un crayon de nitrate d'argent au pourtour de l'érysipèle, ou bien en appliquant sur les limites de l'exanthème un vésicatoire de quelques centimètres de large, on bornait la maladie et on l'empêchait d'envahir de nouvelles parties. Mais, après de nombreuses expérimentations faites par nous, nous regardons ces moyens comme n'ayant pas l'eiBcacité qu'où leur attribue. Si quelques médecins ont cru à la puissance des vésicants et des escarrotiques pour borner la maladie, c'est qu'ils ont attribué à ces agents thérapeutiques ce qui n'était qu'un effet de la marche naturelle de la maladie. Ainsi lon»qi4^ cautérise ou qu'on met un vésicatoire autour d'une surface énrsipélateuse dont le pourtour offre une rougeur peu vive, mal circonêcrite, par' foin ditsémi née par plaques et sans relief du derme, il n'y a rien d'étonnant qoe la maladie ne franchisse pas les limites qu'on lui a tracées ; car, aux caractères que je %iens dludiquer, on doit soupçonner que l'érysipèle a déjà de la tendance à s'arrêter sponunément. Pour apprécier le degré d'efficacité des moyens dont je parle, il faut les employer exclusivement, comme nous l'avons d'ailleurs fait noosméroe an poortour d'érjsipèles qui, bien circonscrits, rouges, durs et fonnanc relief i lenr circonférence, présentent tons les caractères extérieurs qoi indiquent que la maladie n'est pas usée, et qu'elle a de la tendance à envahir de nouvelles surfaces. Or nous affirmons que le vésicatoire ou la cautérisation employés dans ces circonsunces sont sans effet, et n*empêchent pas l'érysipèle de s*étendre au dâk. M. Requin a é^çalement reconnu Tioutilité de l'azoute d'argent pour limiter les érysipèles.
Tous les moyens dont je viens de faire Ténumération, en y comprenant b cautérisation avec le fer rouge, ont été jusqu'à ce jour employ<f> en %ain contre l'érysî. pèle du noa« eau-né.
L'érysipèle peut présenter quelques indications spéciale» â remplir, d'après h tnre dé ses complications: ainiM l« sîane^ d'wiharras 9^rîqu^ s^rr»nt
TU — *»' t»fr.
par lés évacuants; dans certaines constitutions épidémiques, il suffit même parfob d*obéir à cette indication pour voir la marche de la maladie rapidement modifife. SI la prostration est grande, le pouls petit, dépressible, il faudra soutenir ks forces par remploi des toniques et des cordiaux ; euGn, si le délire survient, oneft recherchera la catlse. Dépend -il de rintetisité de Férysipèle ou d'une phlegmasîe des méninges, on insistera sur les aaliphlogistiqoés; coîiicide t-il avec l'ad^namie, on donnera les toniques; eiiOn, le délire est-il TelTet d'une simple per?eraio& nerveuse, on tentct*a l'emploi de quelques antispasmddiques, surtout àû musc oo du camphre Uni au nitre et à l'opium. Il est encore des indications spéciales, suivant les accidenté de la maladie. Ainsi nue collection purulente s'est-elte fortuée, il faut lui donner issue. L'érysi,)èle est-il suivi de gangrène, on favorise là chute des escarres, par des cataplasmes émollients si la mortification est TeOlet de l'intensité de rinflammilion ; par des topiques excitants, tels que le styrax, le kina, les chlorures, si la gangrène est l'efTet de la débilité bu d'un état cachectique. Enfin, dans l'érysipMe ulcéreux, on observe les soins de propreté, on panse Tes solutions de continuité avec du cérat; si l'ulcération faisait trop de progrès, il pourrait érfe nécessaire d'essayer à la borner par la cautérisation.
Enfîn, il est quelques précautions à prendre, suivant que l'érysipèle affecte teBe OU telle partie du corps. Ainsi la maladie occupe-t-elle la face, on se hâtera d'enle- X^ les buucles d'oreilles, car la constriction produite par elles pourrait amener li gangrène du lobule si l'érysipèle s*étendait jusqu'à lui. Dans l'érysipèle de la voire, il faudra intcrp!)ser entre les grandes et les petites lèvres un plumasseau de cbarpif ou un linge fin, afin de prévenir les adhérences qui se sont quelquefois établies entn ces parties à la suite de leur érosioti.
Prophylaxie. — H est des individus très disposés aux érysipëles, qui contractent cette maladie à certaines époques plus ou moins déterminées ; il n'y a aucun moyen pour la prévenir. Lès bains , les boissons acidulés, tempérantes, les apéritifo, les âiuërs, les purgatifs qu^on conseillé dans ces cas, ont rarement les effets que quelques personnes en espèrent.
Nature. — On a beaucoup discuté ou plutôt diva^é sur la nature de l'éryaipéle qti'on a regardé pendant longtemps comme produit par la stagnattoo on f» l'altération de la bile. Il est incontestable que l'érysipèle est une plegmasie cotâifiée ; mais est-ce une inflammation simple, ou bien l'altération de la peau ne serait-elle qu'un des symptômes d'un état général? il est impossible aujourd'hui de répondre à une pareille question. Nous dirons pourtant, avec MM. Cbomel et Blache, que si l'on considère la grande mobilité de l'érysipèle, le trouble des fonctionid digestivcs, la disproportion qu'il y a souvent entre les symptômes géoénai et le peu d'étendue de la phlogose cutanée, enfin l'insuflisance des moyens antiphlogistiques et le développement presque toujours spontané de la maladie, on sera ao- (orisé à penser que les phénomènes inflammatoires dont les téguments sont le vtp né constituent pas toute la maladie. Cependant nous ne croyons pas qu'on poist aTe(: Rust, considérer l'érysipèle comme étant une véritable fièvre exanthématiqtte. éomparable, par exemple, ^ la rougeole ou à la scai^latineL
INFLAMMATIOIHS VÊSICUL£USfi$.
Les maladies de ce groupe sont caractérisées par la formation de vèsic^Jes. Oi donne cé nbtn ï dé petites tumeurs formées par le soulèvement de répidermeet remplie^ par un liquide séreux et transparent. La sérasité peut être résorbée; d'an-
DE L'HEBPfeS. 56S
très fob elle s'épanche à la surface de la peau par suite de la rupture delà tumeur, et elle forme en se desséchant des lamelles ou des croûtes minces et jaunâtres: ailleurs la pean est excoriée, ulcérée. On doit distmguer deux espèces de vésicules: lès ânes sont précédées de rougeur plus on moins vive, et leur base est plus ou moins enflammée ; les autres, au contraire, se développent primitivement sans lésion antécédente de k( peau. Ddns le premier groupe on trouve la varicelle, quelques espèces d*herpès, Thydrargyrie, la suette et la gale * dans le second sont les sudamina et Tectéma. Noos avons déjî parlé de la varicelle, de la suette et de la millalre. Nous renvoyons Thistoire de la gale aux maladies produites par les animattx parasites, cdle de Thydrargyrie aux maladies mercurielles : nous ne devons nous occuper Ici 4Qe de Therpès et de Tectéma.
Hé Vb»pèê.
Le moi àerpèi, employé pendtnt longtemps comme syaonyioe de dmrtrt^ a été ooMsacré, deçmk Wilba et Bateman, pour désigner un gro«t>e ée maladies eiila* nées, caractérisées par le détîeloppemeiK d*ttn nombre plus ou tlioins considérable de vésicules rassemblées en §roupei sur une hase enflammée^ et séparées par des portions de peau tout à fait intactes. Cette maladie, dont la marche est aigui^et la durée assez courte, B*a jamais on presque jamais de gravité. On en distingue pin* sieurs espèces, leurs différences tiennent 1* au siég^ {herpès lûbialit eiprtepuiiadfê); T à rarrangément des groupes véàiculeux {fterpèêpiUicténoide, xoster eireituuuui) ; 3* à la coloration du limbe qui les entoure (herpès iris) ; ft" à Talté* FStîon des cheveux {herpès tonsurant). Cette dernière variéti§ ne doit être admise que sous réserve.
A. Variété de siège,
i« Herpès labialis. — On sait qn'klA suHe des Qèvres éphémères, catarrhslés el de quelques antres maladies aignës, comme la pneumonie, on dank le cours de le méningite cérébro-spinale épidémîqoe, ou bien éhcore à la suite de rimi>ression du froid ou du contact de certaines substances irriunles, il se développe sur les lèvres et autour de la bouche des groupes plus ou moins nombreux de vésicules. Cette éruption n'occupe ordinairement qu'une des lèvres, et môme qu'une partie de Tune d'elles; rarement ellegagiie les joues, le nez et le menton. Les vésicules peuvent se développer exclus! veinent sur la peau des lèvres ou snr leur bord libre; mais le plto souvent elles exbtent ad point de jonction de la muqueuse labiale et de la peau.
V herpès labialis apparaît tantôt d'emblée ; d'autre» fois il est précédé pendant quelques heures de rougeur, de tuméfaction et de chaleur brûlante. Bientôt on voit poindre des vésicules; le liquidé, dàbord transparent, devient trouble an bout de iriBgt-quatre à quarante-huit heures et, dès le quatrième ou cinquième jour, les vésicules, dont les plus grosses ont à peine le volume d'un pois, se rompent, et il se forme quelques croûtes jaunâtres. Cette éruption est souvent critique ; elle n'exige presque jamais de traitement. Cependant si die s'accompagnait de chaleur et dt douleurs trop vives, on ferait quelques lotions avec de l'eau fraîche à laquelle on ajoutera quelques gouttes de sons-acétate de plomb liquide.
2" Herpès prœputialis. — Des vésicules d'herpès se développent fréquemment sur la peau et sur la muqueuse du prépuce: elles sont tantôt spontanées; d'autres fois «Iles sont précédées^ par des taches roilges de la largeur dune pièce de 50 centimes
OU de 1 franc. I^ marche de raiïeclion varie suivant le siège qu'elle occBpe. Si les vésicules se développent sur la surface cutanée, le liquide se trouble rapidement; les vésicules se flétrissent au bout de trois, de quatre ou cinq jours ; il se forme enfin de petites squames ou une exsudation, et tout est terminé après uu septéaaire. Les vésicules qui aiégent sur la muqueuse excitent des cuissons plus fortes ; leur développement s*accompagne de chaleur et d*un prurit très incommode ; elles sont extrêmement ténues; vers le quatrième jour le liquide se trouble, répitbélioai se rompt, et laisse à nu une petite excoriation rosée et superficielle, ayant parfois aa fond blanchâtre, des bords un peu saillants, et dont la cicatrisatioa peut se faire attendre pendant sept ou huit jours. Bielt a quelquefois ohsené ï herpès prœputialis à Fétat chronique : il y a alors des éruptions successives qui Coisseot par rendre la peau du prépuce rude^ ratatinée, indurée; celle-ci enfin se gerce, se fendille par les moindres tractions qu'on opère sur elle ( pour le diagnostic différentiel, voir plus bas).
y fferpes pudendi.^-^Lsk vulve, les petites lèvres, la face interne des grandes, le vestibule et l'entrée du vagin sont quelquefois le siège d'un berpès semblable à celui que nous avons décrit sur le prépuce. Quelquefois il y a ane vaste exulcération occupant une grande partie de la vulve ; celle-ci est le siège d'un sentiment de cuisson et de brûlure qui augmente pendant la marche et pendant l'émission de l'urine, lorsque ce liquide vient à baigner les surfaces malades.
Diagnostic. — Au début, lorsqu'il existe deux ou trois vésicules développées sur une base enflammée, et qui sont le siège de cuisson et de prurit, il est impossible de dn^ si c'est un herpès ou un chancre syphilitique qui commence ; mais le doute disparaît bientôt. En efl'et, l'ulcération syphilitique est remarquable par si profondeur, par la couenne épaisse et blanche qui recouvre sa surface, et par ses bords indurés et relevés, tandis que l'ulcération herpétique offre des conditioos tout opposées. Elle est superficielle, plus ou moins irrégulière, sans induration ni au pourtour ni à sa surface ; celle-ci est rouge ou grisâtre ; cette ulcération n'est jamais très sensible et ne produit pas d'engorgement dans l'aine, ainsi que cela a si souvent lieu pour le chancre. S'il n'existait pins que des puâmes, on ne croirut pas à une syphilide, attendu que celle-ci produit des croûtes épaisses, dures et noirâtres.
Etioloyie. — L'herpès du prépuce n'affecte guère que les adultes etles jenoes gens; le défaut de propreté. Je coït avec des femmes sales, des frottements contre des- vêtements grossiers, sont les causes principales de la maladie. Chez la femme, l'herpès vulvaire atteint spécialement celles qui n'emploient aucun soin de propreté; il est surtout fréquent dans les derniers mois de la grossesse.
Traitement, — On lave le prépuce ou la vulve avec une décoction d^ guimaufe additionnée de quelqes gouttes d'extrait de Saturne ; lorsqu'il existe une ulcératioa, on la recouvrira de charpie râpée. L'herpès chronique exige des lotions alcalines, des bains de vapeur alcalins, sulfureux, et quelques laxatifs ; on s'opposera an resserrement du prépuce. L'opération du phimosis ou la circoncision pourront devenir quelquefois nécessaires. MM. Ricord et Diday ont préconisé contre Yherfiet prœputialis la médication substitutive avec le nitrate d'argent ; ainsi ils appliquent sur le mal quelques bourdonnets de charpie imbibés, deux fois par jour, d'une soiotion de nitrate d'argent (k grammes de sel pour 30 d'eau).
B. Variétés de forme.
1* Zona ou v^er. — I/herpës zoster ou zona est caractérisé par des groupes phis
DE l/llERPÈS. 565
OU moms nombreux de vésicules siégeant sur une base enflammée et occupant seu • lement une des moitiés du corps.
Symptâmes. — Le zona a souvent des prodromes, tels que malaise, accablement^ troubles divers des organes digestifs. Bientôt toute la peau oOr Téruption va se faire devient, dans les douze ou vingt-quatre heures qui précèdent celle-ci, le siège de cuissons, de picotements et de brûlure. L'éruption commence par des taches d*tin rouge vif, irrégulières, apparaissant en général les unes après les autres et à la surface desquelles se dessinent tantôt de petites saillies qui ont d'abord la couleur de la peau, mais qui s*en distinguent bientôt pour constituer de petites vésicules transparentes. En trois ou quatre jours la métamorphose de la plaque est complète. En générai la rougeur dépasse de 1 à 2 centimètres, plus ou moins, les limites des vésicules : celles-ci offrent tous les caractères des vésicules d*herpès. Ce sont, en effet, des groupes tantôt discrets et tantôt confluents de vésicules aplaties, opalfncs on violacées, qui siègent sur un point de peau enflammée et sont séparées par des portions saines.
Cette éruption est toujours bornée à une moitié du corps ; c'est à peine, en effet, si quelques vésicules au nombre de cinq ou six dépassent parfois le raphé médian, soit antérieurement, soit en arrière. On a cité pourtant des zona qui auraient occupé tout le tour du corps; mais, ainsi que M. Gazenave le remarque, ces faits appartiennent plutôt à l'herpès phlycténoîde dont nous parlerons bientôt. J.-F. Frank a TU pourtant en 1818, à la clinique de Wilna, un cordonnier qui avait deux demiceintores très distinctes et placées sur deux plans différents, car il y avait trois cen-* timètres de différence entre la zone du côté droit et celle du côté gauche.
On observe, en général, le zona sur le ventre, ou bien sur la poitrine, où il forme une demi-ceinture de 3 à 5 centimètres dé large ; beaucoup moins souvent il siège sur les membres, soit qu'il reste borné à l'un d'eux, soit qu'il affecte simultanément les membres supérieurs et inférieurs du mémç côté : plus rarement encore il se développe sur le cou ou sur une moitié de la face et du cuir chevelu , quelquefois même, dit M. Gazenave, il s'étend jusque dans la bouche. La maladie occupe plus souvent le côté droit que le côté gauche, et cela dans le rapport de 19 à 1, d'après J. Frank, et dans celui de 37 à 16, suivant M. Rayer. MM. Gazenave et Scbedel ont également reconnu la fréquence plus grande du zona sur le côté droit du corps : Reil est du petit nombre de ceux qui ont émis une opinion contraire.
Les vésicules du zona, dont quelques unes peuvent acquérir le volume d'une lentille ou d'un gros pois, deviennent opaques au bout de cinq à six jours; la rougeur diminue en même temps. Parmi les vésicules , les unes se flétrissent par l'absorption du liquide, d'autres se déchirent et laissent à nu le corps muqueux excorié; enfin, dans la plupart des cas, des croûtes jaunâtres et minces se forment. Lorsque celles-ci tombent , on trouve que la peau qu'elles recouvrent est brunâtre et violacée ; quelquefois elles laissent à nu des excoriations , ou plutôt des ulcérations qui se cicatrisent assez lentement, en laissant des marques indélébiles; enfin, chet des vieillards débilités, on a quelquefois vu la peau, siège de l'éruption, être frappée de gangrène. L'éruption des groupes de vésicules s'étant faite successivement, souvent à plusieurs jours de distance , il s'ensuit qu'on peut voir sur le même sujet la maladie panenue à ses différentes phases. La durée du zona varie entre un et trois septénaires : il ne passe pas à l'état chronique.
Cette maladie ne s'accompagne jamais d'accidents graves. Dans la période la plus aiguë, les malades ont des élancements, de la cuisson , de la chaleur, et un sentioMnt de brûlure dans les parties affectées ; les souffrances sont quelquefois
assez aiguës pour empêcher complètement le sommeil. Souvent il y a un a| fébrile médiocre, de Tinappétençe, de la soif, de la coostipation oo uo peu de dévoiement; enfin « pendant la convalescence, quelques inalides se phigneot d*éprou>er des élancements douloureux dans les points que réraption a occupés : ces douleurs qui, quelquefois, persistent indéfmiment, semblent dépendre (Tune névralgie des nerfs intercostaux.
Diagnostic, — Le caractère vésiculeux de la maladie , les vésicules dispotées par groupes, siégeant exclusivement sur une moitié du corps, foronentiinerénaiQo de caractères qui n*appartiennent qu'au zona. Il est inutile , par conséquent, de réfuter ces auteurs, qui n*onl décrit le zona que comme une variété de TérysipèJe; car si ce dernier, comme nous gavons vu , se complique parfois de vésicules, celles-ci néaiiaKjios sont irrégglières , et il est impossible de les confondre avec celles qu*on trouve dans le zona.
Pronostic, — Le zona n'est presque jamais grave, excepté pourtant dans les es très rares où la maladie est suivie de gangrène : on dit que quelquefois il a été criUqot Etiolofjie, — Le a^ona aiïecte plus souvent les hommes, les sujets jeunes, ceax dont la peau est blaqcbe ; il est plus fréquent dans les saisons chaudes et humides; on Ta vu quelquefois régner épidémiquement. Les causes qui le développent sool à peu près inconnues ; les seules dont M. Cazcnave ait constaté ou plutôt soupçooné Texistence , ce sont les perturbations nerveuses et les influences morales.
Traitement, — ^e repos, les bains ticdes, les ()oissons acidulés, les préparations d'opium si la cuisson empêche le sommeil , sont les seuls moyens qu'il cpnviest généralement d^employer. On s'abstiendra d'appliquer aucun topique, et surtool des cataplasmes , car i|s favorisent les ulcérations. M. Cazenave, pour prévenir le déchirement des vésicules, est dans l'habitude d'oindre avec un peud'bni^ks parties malades, et de les saupoudrer ensuite avec de l'amidon sec II en résohe l^ne espèce d'enduit inerte qui abrite la vésicule contre toute espèce de frottement, et lui permet de suivre ses phases sans être suivie de déchirures et d'ulcératîoiii. C'est donc là un moyen utile pour prévenir de petites complications , mais il n*abrége en rien la durée de raiïcction.
Quelques personnes ont essayé de faire avorter le zon^ en cautérisant les vésicules avec un crayon d'azotate d'argent; mais quoi qu'on ait dit, cette méthode n'a aucun avantage, et surtout elle n'abrège pas la durée de la maladie. Noos es dirons autant de^ applicaliops de collodion, qui en effet ne nous ont pas réo«L
Lorsque des ulcérations succèdent à la cbute des croûtes, on les panse avec ds cérat opiacé ou de Saturne. Enûn |es douleurs névralgiques qui persistent pendaat \x convalescence, si elles résistent à des applications sédatives, cèdent prescpie toujours à l'emploi d'un vésicatoire. Inutile de dire que chez les individus affaibb par l'âge ûu la misère , surtout lorsque des ulcérations se forment ou qçe la fgoBf grène est imminente , il faut seconder le traitement local par une médleaiion générale : c'est ici que les toniques, le quinquina, le vin et une alionentation sobftantielle sont spécialement indiqués.
2° Herpès circinnatus, — V herpès circinnatus est caractérisé par des vésicoks très petites , siégeant sur un fond rouge et formant des aiyieaux ou dey cerdei complets dont le centre est intact.
Symptômes, — Une rougeur pouvant n'avoir que l'étendue d'une pièce de 1 franc, ayant d'autres fuis 5 ou 6 centimètres de diamètre, de forme ronde oo ovale , moins foncée au centre qu'à la périphérie , constitue le premier degré delà maladie. Bientôt la circonférence se garnit de vésicules très petites et gbbulei