‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 141 sur 148 · DE LA POLYSARCIE, OU OBÉSITÉ · texte numérisé non relu

DE LA POLYSARCIE, OU OBÉSITÉ

L'accumulalion de la graisse, devenue assez considérable pour gêner quelquesunes des fonctions de l'économie, constitue l'étal morbide connu sous les noms de jx)ltj8arcie ou d' obésité,

La polysarcie est locale ou générale. La première est plutôt une difTormité qu'une maladie ; on l'observe surtout dans les parois abdominales et dans l'épiploon, chez les hommes après trente-cinq ans, et chez les femmes qui ont eu beaucoup d'enfants. Cette accumulation partielle de la graisse occasionne rarement de la gène dans les digestions; niais le plus souvent elle rend difficile ou même impossible la flexion du tronc en avant '

Lorsque la polysarcie est générale, le corps a acquis un volume énorme; il peut peser 150, 300 et jusqu'à ^00 kilogrammes. La graisse, qui, chez un adulte d'embon|)oint ordinaire, n'entre guère que )X)ur un vingtième dans le poids total du corps, peut en former la moitié, les deux tiers, et jusqu'aux quatre cinquièmes. Le cor|)s présente alors un volume énorme ; ses diverses parties sont déformées. Ces individus se meuvent avec peine; ils ont une démarche roide toute particulière, en raison de la difficulté qu'ils éprouvent à étendre et surtout h fléchir les articulations. La plupart ne peuvent faire le moindre exercice sans être essoufflés, baignés de sueurs, et sans éprouver des palpitations. Les uns mangent h peine; mais la plupart sont assez voiaces; chez beaucoup la tête se congestionne après chaque repas, et ils ont une grande tendance à dormir. Ces individus sont, dit-on, peu portés pour l'acte vénérien. Les femmes obèses sont souvent stériles, et chez beaucoup la menstruation est irrégulière. Mais c'est à tort qu'on a accusé les sujets obèses d'être incapables de se livrer à aucun travail intellectuel, car l'histoire et l'observation contemporaine nous ap|)rennent ([u'une foule d'hommes éminents dans toutes les carrières ont été atteints de l'infirmité dont nous parlons. Un grand nombre de ces individus sont emportés |)ar des congestions ou par des a|)opIexies viscérales ; la plupart meurent de maladies du cœur ou d'hémorrhagie cérébrale : on dit aussi que, chez eux, les maladies aiguiis se terminent plus souvent par la mort.

Diar/Hostic. — Lo diagnostic de la polysarcie est facile: la fermeté des chairs, l'absence de l'impression du doigt quand on les presse, empêcheront de la confondre avec l'anasarque.

Pronostic. — Cette affection est grave, en raison des incommodités qui l'accotnpagnent et de la difficulté de la traiter. Qnand elle aiïecte des jeunes gens, elle Ole tout es]K)ir de longévité. Il n'en est pas absolument de même des individus qui deviennent obèses dès les premières années de la vie, car 11 arrive souvent alors que l'excès d'embon|)oint disparaît spontanément. M. Raige-Delorme a cité à ce sujet le fait très curieux d'un enfant qui, à l'âge de douze à quinze mois, avait une obésité énorme, ce qui occasionnait chez lui une respiration tellement courte et précipitée, qu'il semblait continuellement menacé de suflbcation ; néanmoins H parvint à l'âge de deux ans et demi sans éprouver d'accidents; débarrassé depuis lors de son infirmité, il ne se montra en rien différent des antres enfants de son Ige, sinon qu'il était remarquable par une tailla i velte et élincée.

768 DES SÉCRÉTIONS MORBIl^S.

Causes. — La polysarde e^t une affection souvent héréditaire; il n*cst pis rare qu^ellc débute dès la plus tendre enfance ; nous ravons même vue portée ao pbs haut degré chez un enfant de trois ou quatre ans. En générai, elle commence vers la trentième année et augmente surtout après quarante. Celte affection survient spécialement chez les sujets qui mènent une vie oisive, sédentaire, et qui usent d*une nourriture succulente. Il parait aussi que les substances huileuses ou graisseuses, toutes celles enfin qui sont riches en carbone, favorisent i*accumulatioo de la graisse dans le corps. Les causes qui précèdent expliquent pourquoi ceUe afiection est si commune dans la classe riche de la société, et pourquoi elle est an contraire si rare chez les paysans, excepté pourtant chez ceux qui , comme les fermiers, vivent dans Taisance. L'obésité est une infirmité très fréquente chez les gw de bureau et de cabinet, chez les prisonniers, à cause surloot du peu d'exercire qu'ils font ; elle est commune chez les ecclésiastiques, chez les bouchers et les durentiers, à raison de la bonne chère qu'ils font et de la vie peu active qu'ils mèneoi. C'est cette dernière cause ^ui explique pourquoi l'obésité n*est pas rare chez \» officiers de cavalerie, et même chez les simples soldats de cette anne ; tandis qo^elle est beaucoup moins commune chez les fantassins, surtout cliez les individus noo gradés. Les climats humides, froids, y prédisposent; on dit qa*ellc est pins fréquente en Hollande, en Angleterre, en Egypte et en Italie que partout ailleurs. Enfin, la castration, la perte d'un membre, etc., sont encore des circonstances qui favorisent le développement de la polysarcie.

Traitement. — Dès que l'individu manifeste une disposition à l'obésité, B faut diminuer la quantité des aliments, choisir ceux qui contiennent le moÎBS de principes nutritifs ; on donne la préférence aux légumes herbacés. On fera faire le plus possible d'exercice à pied ; le sommeil sera court ; on excitera toutes les évacuations si)écialeipcnt les sueurs, les selles, les urines et le sperme. Ces moyens seront continués avec persévérance. Le vinaigre qu'on a préconisé, et que le vulgaire emploie encore, n'a aucune efficacité, et sou usage immodéré n'est pas sans danger. Dans la polysarcie locale, on aura surtout recours à la compression.

DE LA SIALOBBÉE.

Syhortmie. " Flax de Mlive, piyaUsme, taUrmUon.

L'augmentation morbide de la sécrétion salivaire a reçu les noms de sialarrhée, de ptyalisnie ou de salivation.

Le ptyalisme est un accident qui accompagne fréquemment plusieurs des maladies qui siègent dans la bouche, spécialement les diverses formes de la stomatite, et particulièrement la stomatite mercurielle, Tinflammation de la langue et des gencives, les douleurs de la dentition et même la carie des dents et des os maiii' laires. Enfin, dans certains cas de trismus et de névralgie du nerf de la cinquième paire, on observe encore une salivation parfois considérable, ce dont on se rend compte dans la névralgie, par l'état d'excitation des nerfs qui entourent ou pénètrent les glandes salivaires, et dans les cas de trismus, par la pression mécanique des glandes et des conduits salivaires. Je me contente de mentionner ces faits, renvoyant pour plus de détails à chacune des uialadies dont le ptyalisme est uo dei symptômes ou un des accidents. Je ne dois m'occuper en ce moment que des C0 où la salivation ne se lie à aucune lésion matérielle appréciable. Cependant, s alors le ptyalisme ne s'accompagne d'aucune altération manifeste daot les ^JÊtàf

DE LA SIALORRHÉE 769

salivaires, dans les parois de la bouche et dans les organes contenus dans cette cavite, il est rare néanmoins que l'augmentation de la sécrétion salivaire soit un état morbide tout à fait isolé. Presque toujours on'recoimaît que la salivation sç lie sympathiquement à la souffrance d'un organe plus on moins éloigné: c'est ainsi qu*on Ta fréquernnlent observée dans le cours de certaines ûèvres continues où intermittentes, dans quelques névroses, comme dans Thystérie, dans les cas de suppression ou de troubles quelconques survenus dans la menstruation ; chacun sait, en outre, que la salivation est, après les vomissements, l'accident sympathique qu'on observe le plus communément dans les premiers mois de la grossesse. Enfin, il est constant que les maladies du pancréas, et surtout que les lésions organiques de ce viscère, s'accompagnent souvent d*une salivation abondante. On rencontre pourtant des cas où le pty^alisme, survenant sur un sujet bien portant, ne se lie à aucun état morbide bien caractérisé ; mais ces faits sont excessivement rares. ' ,

Symptômes, marche, — Le ptyalisme est caractérisé par l'afflux continuel dans la bouche d'un liquide incolore et aqueux, parfois mêlé à des mucosités. Ce liquide est en général insipide, inodore; mais dans quelques cas, il a une saveur désagjréable plus ou moins slyptique, et exhale une odeur fade ou forte, et plus ou moins fétide. La salive, ainsi sécrétée en plus grande abondance, est en partie avalée, en partie rejetée par un crachement presque continuel ; enfm, souvent aussi le liquide afflue en si grande quantité , qu'il s'échappe involontairement et d'une manière continue par la bouche, et se répand sur les lèvres et le menton : c'est ce qu'on observe surtout pendant le sommeil Chez ceux qui dorment la bouche exactement fermée, toute la salive pénètre dans l'estomac ; mais lorsque la quantité de liquide est trop considérable, elle peut, en obstruant momentanément la gorge et parfois aussi en pé^trant dans le larynx, déterminer un état de suiïocation qui réveille les malades, et produit pendant quelque temps un grand état de malaise et d'anxiété. Malgré cette supersécrétion, les glandes sali vaires ne sont ni tuméfiées ni douloureuses, et la membrane muqueuse de la bouche est plutôt décolorée qu'injectée. Cepaidant la perte de la salive, qui peut être de 3 ou ^ Iplogrammes dans les vingt- quatre heures , finit par nuire au travail de la digestion , et par produire l'amaigrissement et une diminution dans les autres évacuations, notamment une diminution de l'urine, de la transpiration cutanée et des matières fécales.

La salivation a en général une marche continue ; elle peut revenir périodiquement; dans ces cas# eUe se lie communément à une névralgie faciale, dont les accès soirt intermittents. La maladie persiste ordinairement pendant une ou plusieurs semaines ; il n'est pas très rare de la voir se prolonger pendant un ou plusieurs mois; on l'a même vue durer pendant un ou deux ans.

Il ne parait pSs que la salivation ait jamais produit la mort des malades; si quelques individus ont succombé , il faut l'attribuer aux complications qui sont survenues. En général, le ptyalisme diminue peu à peu : d'autres fois il cesse assez brus(iuemeut après l'apparition d'une diarrhée abondante , on par l'augmentation de la transpiration cutanée.

Traitement. — Les collutoires astringents faits avec des acides minéraux , avec le miel rosat, l'alun, l'acétate de plomb, le tannin, avec les décoctions de feuilles de noyer, etc. , sont certainement utiles; mais ce sont là des moyens accessoires. La principale indication à remplir dans le traitement du ptyalisme consiste à ettiter Im principales sécrétions naturelles. C'est dans ce but qu'on administre des pvr-

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gatifs ot des diurétiques. ËDiîn, les bains de vapeur seront aussi tr^s oUles, et remplaceront avec beaucoup d'avantages les substances dites sudorifjques , doot iKtioD est toujours plus ou moins incertaine. On a encore vanté quelques autres moyeu empiriques : tels sont le cbarbou , la cannelle, la magnésie , les eaux de\ichy%le calomel et les frictions mercurielles poussées jusqu'à salivation ; mais aucoD de ces moyens n*a produit des résultats comparables à ceux qu*on obtient par Temi^oi de Toplum à haute dose (20 à hO centigrammes dans les vingt- quatre heurs). Tous les moyens que je viens d'énumérer échouent généralement contre le ptnlisme sympathique de la grossesse ; cependant quelquefois , en conseillant ï b femme de cotiser ver habituellement dans la bouche un morceau de sucre caidi, une boule de gomme ou du jus de réglisse, on parvient , soit à modérer réelieoni la sialivation , soit k la rendre moins incommode pour les malades, qui avalent abn presque toute leur salive sans s'en apercevoir. Pour compléter l'histoire de la sain vation , je renvoie le lecteur à l'article Stomatite mercurieiie^ p. 222.

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