DE LA FIËVRI^ TYPHOÏDE
MM. Cbamei et Genest ont parfois rcucoiitré une tufiitratioti sangnine du tissu edlolaire soi»-iiiQqneux cbes des sujets qui avaient eu une hémorrhagie iutestinie dans les dernieri jours de la vie. Je n*ai pas encore constaté moi'^uidme cette aklntioD dans les cas semblables, quoique je l'aie recherchée un grand nombre de Tom ce qaej*ai vu, c'est une imbibition partielle ou générale des membranes, le sang exhalé dans les derniers temps de la vie a été retenu dans l'intestin. Ob comprend que ce n'est U qu'un phénomène purement cadavérique.
3* Foie. — Le foie n'offre rien âi noter, si ce n'est un certain degré de ramollis- •eneBi chei la moitié des sujets. La bile est généralement très fluide.
y Ln organes génito^wrinaires sont presque toujours sains, à part un peu de nuiollisirient du tissa rénal. Cependant, dans quelques épidémies, on a trotifé pirfus des altérations plus ou moins graves vers la vessie : c'était le plus souvent une gaagrèiie plus ou moins étendue, ainsi que cela résulte d'un travail de M. Gossy, inséré en 1843 dans les Archives de médecine.
4* Organes respiroioires. — Les poumons sont plus ou moins altérés dans la majorité des cas (dans les deux tiers environ ). Ils sont parfois seulemeat ou bien on y remarque les lésions caractéristiques de la pneumonie au premier oa au deuxième degré. L'induration envahit tantôt un ou plusieurs lobes «oiformémeot; d'autres fois elle est disséminée sous forme de noyaux ( pneumonie lobolaire ) ; nuis la lésion la plus commune est celle que nous étudierons plus tard (artide Pneumonie) sous le nom de spiénisaiion. Quelques personnes l'ont regtfdée comme spéciale à la fièvre typhoïde; mais c'est à tort, car on la rencontre presqpK dans la même proportion chex les sujets emportés par les autres maladies ailles. M. BaxîB, qui a étudié avec soin, dans sa thèse (année i834), les lésions que la fièvre typhoïde produit dans les poumons, a signalé aussi la formation, dans ces organes, de noyaux apoplectiques, que nous avons, en effet, rencontrés pluaieors lois nous-niêaie. Indépendamment des lésions pulmonaires dont nous venons de parler, M. Louis a noté aussi quelquefois des ulcérations à l'épigiotte et au lanBx; mais celles-ci sont moins fréquentes que cellesque nous avons déjà signalées dans k pharynx et dans l'eesophage.
5* Organes circulatoires. -^Chez beaucoup de sujets ( au moins la moitié ), on trouve le cœur plus ou moins ramolli et décoloré, surtout lorsque la mort a lieu à me époque peu éloignée du début. Ces altérations d'ailleurs ne se remarquent pas dans les muscles de la vie de relation, qui conservent leur couleur et leur consislance normales. Si la surface interne du coBur et des gros vaisseaux est souvent colorée en rouge ibocé, il fout l'attribuer, non pas è l'inflammation, mais li une tmbibitiou cadavérique qui se produit ici d'autant plus aisément que le dans un grand nombre de cas, tout li fait fluide, ou réuni en caillots noirfttres et mous.
6* Centres nerveux, -^ Les centres nerveux sont rarement affectés d'une manière profMide. On ne note le pins souvent qu'un peu de piqueté et une diminolion de consîstaooe du cerveau ; enfin, il y a communément une infiltration sonsarachnoîdienne dont l'abondance est généralement en rapport avec la longueur de l'a^oaie. Ces résultats ne sont guère d'accord avec ce qu'on dit dans quelques pays d'onire-Rhin. A Berlin, par exemple, le docteur Grossbeim prétend que la fièvre typboUe se complique toujours d'une inflammation de la moelle, altération à laquelle les auteurs allemands rap|XMtent une foule d'accidenu de la maladie, tels qne rabattement, la faiblesse, les évacuations involontaires, etc. ; mais celle n*a ancone espèce de fondement.
7*" Organes des sens. — Nous verrons bientiH que la plu|>art des iudi\idus atteints de lièvre typhoïde ont de la surdité. Cet accident se lie communément à des lésions matérielles de Toreille, c'est ce que j*ai vériûé plusieurs fois ; mais c'est on fait.qui a été récemment mis en lumière par le docteur Passavent de Francfort, Ayant examiné un grand nombre de rochers de sujets morts dans le cours d*une Qèvrc typhoïde^ et qui avaient offert pendant la vie divers troubles de Fouie, ce médecin a toujours rencontré dans Foreille interne des lésions proportionnéesaux altérations fonctionnelles. Ainsi, la membrane du tympan était rouge, épaissie ; le conduit auditif injecté, la caisse et les cellules mastoïdiennes contenaient un mucus épais, et la trompe d'£ustache était rouge et engorgée. Il n*y a pas jusqu'au labyrinthe qui n'offrait quelques lésions, mais moins constamment que les autres parties. Ces dés* ordres anatomiqucs sont, pour ainsi dire, spéciaux à la fièvre typhoïde; M. Passavent, en effet, ne les a point constatés chez les individus morts do toute autre affec* tion {Gazette médicale de 1851, p. 11).
8** £tat du sang petidant la vie. — Les médecins humoristes admettaient pour la [dupart que le sang était profondément altéré dans la fièvre typhoïde ; mais les recherches des auteurs modemeg, celles surtout, si nombreuses et si exactes, qui ont été faites par MM. Andral, Louis, Chomcl , Genest et Forget , ont prouvé depuis longtemps que nous ne connaissons encore aucune altéraition du sang qui soit spéciale à la fièvre typhoïde. Il est vrai que, dans cette dernière affection, le liquide n'offre pas, en général, l'aspect qu'il présente dans quelques autres maladies, comme la pneumonie, et surtout le*rhomatisme. Dans la fièvre typhoïde, en effet , le caillot est moins dense ; la couenne, quand elle se forme, est moins épaisse et moins consistante, et se lie peut-être toujours à une complication phlegmasique , comme tendent à le démontrer les recherches de MM. Andral et Gavarret. Mais l'absence des caractères franchement inflammatoires ne présente rien de caractéristique, et qu'on ne retrouve en même temps au même degré et aussi fréquemment dans plusieurs autres états morbides. Nous dirons même que la diffluence du gang , que son état cailleboté ou sirupeux , que M. Bouillaud ( le seul peut-être aujourd'hui } regarde encore comme caractéristique de la fièvre typhoïde, et ne pouvant être observé dans aucune autre maladie , a été ,' au contraire , rencontré par tout le monde dans la plupart des affections que l'on traite par la saignée, et cela presque aussi souvent que dans la fièvre typhoïde elle -même. Ce que je dis s'applique à toutes les périodes de la maladie ; ainsi il n'est pas exact de prétendre que /dans le troisième degré le sang est toujours diflluent, puisque nous avons vu qu'il n'était pas tel sur tous les cadavres. D'ailleurs, M. Forget, qui, comme M. Bouillaud, saigne à toutes les périodes de la maladie, a trouvé que sur vingt-huit saignées faites dans le troisième septénaire et au delà, le caillot n'avait été ramolli que dans un septième des cas. Non seulement l'altération appréciable du sang dans les différentes périodes de la fièvre typhoïde n'est pas le fait le plus général ; non seulement, lorsque cette altération existe, elle n'a rien de spécial ou de caractéristique, mais encore elle n'est pas nécessairement proportionnée à la gravité des accidents, et elle n'est pas toujours en rapport avec les périodes de la maladie.
Je ne prétends pas dire cependant que le sang ne soit point altéré dans la fièvre typhoïde, mais je veux seulement établir que cette altération doit être rechercliée ailleurs que dans les simples apparences extérieures : or, même en soumettant ce liquide aux expériences chimiques, ainsi que MM. Andral et Gavarret l'ont fait, on ne trouve autre chose que l'altération qui existe dans toutes les autres pyrcxies, c'est- <i-dii'c la conservation de la fibrine dans ses proportions iionnalcs, ou la di-
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mÎQDtkm de ce principe. MM. Becquerel et Rodier concluent également de leurs recherches que , dans les fièvres typhoïdes , le sang ne présente aucun caractère tranché, poshif, constant: ainsi au début de raffection il n'y aurait, en général, d'après eux , aucune altération du sang , mais dans des cas très aigus pourtant et qaand il existe une prostration considérable et des hémorrhagies , on obseneratt one dimimition simultanée des trois principaux éléments de ce fluide, et en particafier une diminution de la fibrine. Plus tard , cependant , lorsque la maladie est confirmée, les globules et l'albumine diminueraient sous Tinfluence de la diète et des pertes subies par les malades (épistans , diarrhée , etc. ) , la fibrine resterait Donnale ou bien elle diminuerait lorsque la maladie s'aggrave et surtout lorsqu'elle se complique d'accidents adynamiques (1).
La diminution de la fibrine du saûg coïncide donc toujours, ainsi que nous l'avous dit précédemment (p. 13), avec l'apparition de symptômes graves. C'est alors aussi que le sang retiré de la veine se présente dans cet état de diffluence dont nous avons parié. Le caillot est large, et son volume est en rapport inverse avec sa densité ; ce qui tient d*une part à ce qu'une portion du sérum n'a pu être exprimée, et de l'autre k une augmentation du nombre des globules, surtout dans les premiers temps de la maladie. Suivant M. Andral, ceux-ci, en effet, loin de diminuer comme le Ciit la fibrine, peuvent être, au contraire, beaucoup plus abondants. Cette surabondance des ^obules n'est pas pourtant un ca^lct^re de la maladie, mais elle dé* pend de ce que la fièvre typhoïde atteint très fréquemment des individus qui, par leur âge et leur constitution, sont dans un état de pléthore plus ou moins considérable, état qui, comme nous le verrons plus tard, est surtout caractérisé par l'augmentation des globules du sang. Notons enfin que lorsque la fièvre typhoïde se complique de quelque phlegmasie grave , telle qu'une pneumonie, la quantité de fibrine augmente, ainsi que cela a toujours lieu dans les inflammations ; mais cett| au$;mentation , comnne nous le dirons plus tard (voy. Inflammation en général y fiât du sang) , est moins considérable que si la phlegmasie était primitive.
Les oltfrations dans la fièvre typhoïde diffèrent - eltes suivant les âges? -— Lfrs résultats fournis par Tanatoraie pathologique diflèrent peu chez l'adulte et dans le jeune âge. Il résulte, en eflet, des recherches de MM. Rilliet, Barlhez et Taupin , que chez l'enfant la fièvre typhoïde a les mêmes carnct('res anatomiques que chez l'adulte, et que chez l'un comme chez l'autre les lésions secondaire!^ sont «'-gaiement fréquentes; il parait seulement, d'après les deux premiers auteurs, que les ulcérations des follicules sont moins nombreuses, moins larges et moins profondes, et qu'elles se forment plus tardivement chez l'enfant que chez l'adulte; enfin, les tissus membraneux ont moins de tendance à s'ulcérer chez le premier que chez le second.
I oleur des altérations dans la fièvre typhoïde. — Dans les nombreuses altérations qne nous venons d'énumérer, il en est deux, celle des plaques et celle des ganglions, qui, étant constantes, ou presque constantes, forment le caractère anatomique de la fièvre typhoïde. La lésion des follicules isolés et agminés est surtout remarquable, en ce qu'on ne la rencontre jamais avec les caractères que nous lui avons assignés dans aucune des maladies aiguës ou chroniques actuellement nftijwes. On a dit pourtant que dans la scarlatine, dans le choléra et la phthisie, les follicules présentaient des altérations analogues à celles de la fièvre typhoïde ; mais comme on le verra plus tard aux articles consacrés à ces maladies, la ressemblance
(4) Traité d€ chimie pal hologiijuet p. 137.
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est tellement grossière^ qu'elle ne |)ourraiL en imposer qa'aux personnes qui sont presque étrangères aux recherches d*anatomie iiatliologique. Ainsi la lésion des follicules intestinaux est propre à la fièvre typhoïde. Il n'en est pas de même de oelle des ganglions mésentériques, qu'on a trouvés altérés au même degré dans la peste et dans la dyssenterie, etc. Cependant nous dirons que^ si la lésion des ganglions n*est pas aussi patbognomonique de. la fièvre typhoïde que l'altération des plaques, elle n'en constitue pas uioins un caractère anatomique précieux , en raison de sa constance dans presque tous les cas de fièvres graves. U en est de même des altérations de la rate , qui , bien que ne se montrant point constamment ni exclusivement dans la maladie typhoïde , ne se retrouvent pourtant dans aucime autre affection (les fièvres intermittentes exceptées) ni aussi fréquentes ni aossi marquées. Les ulcérations que nous avons notées assez souvent du côté du pba« rynx, de l'œsophage, de l'estomac et de l'épiglotte, offrent encore, jiLsqu'à un cer^ tain point,, quelque chose de propre à l'affection typhoïde, puisque M. Louis a prouvé que de pareilles lésions se rencontrent à peine dans le cours des autres maladies aiguës. U n'y a gnère, en effet, que la fièvre typhoïde dans laquelle les tissus membraneux aient une aussi grande tendance à s^ulcérer.
Quant au ramollissement du cœur, des parenchymes et des muqueuses, ce sont des lésions secondaires qu'on observe presque dans la même proportion chex les sujets emportés par les autres maladies aiguës. Nou^ avons prouvé en outre, précédemment, qu'elles dépendaient de l'appareil fébrile, et qu'elles étaient proportionnées à sa durée et i son intensité.
Nature des altérations. — Parmi les lésions anatomiques que nous avons énumérées, il en est qui sont le résultat de l'inflanrmiation ; il en est d'autres qui en paraissent indépendantes. Au nombre des premières sont , sans contredit , l'alté-
Km des follicules intestinaux et des ganglions mésentériqoes, les ulcérations de tes les muqueuses, les fausses membranes, ainsi que les suppurations sous^ muqueuses. Les altérations que je regarde comme indépendantes de tout travail inflammatoire sont : le ramollissement du foie, des reins, du cœur, du cerveau , et même celiii de la muqueuse de l'estomac et de l'intestin, la rougeur du cœur et de l'aorte, ainsi que les diverses altérations dont la rate est le siéf^. Néanmoins je ne puis m'empêcher de faire remarquer que, bien qu'étant certainement de natoÉÉ^ inflammatoire, les lésions caractéristiques de l'affection typhoïde, quand elles existent seules, n'ont pas le pouvoir de produire dans le sang l'augmentation de fibrine que toutes le^ phlegmasies déterminent ; c'est là une exception fort remarquable.
Symptàmei de la fièvre typlmde. Irumion. — La lièvre typhoïde débute quelquefois brusquement au milieu des apparences de la santé la plus parfaite » mais cbex le plus grand nombre des malades on observe différents phénomènes précurseurs. Ainsi, ces individus perdent l'appétit et les forces ; ils deviennent tristes, abattus, peu aptes aux travaux intellectuels ou manuels ; ils ont des inquiétudes dans les inembres, ils épitmvent des frissons, et parfois un peu de diarrhée : cet Hiài maladif peut persister d'un à quinze jours. Cependant les phénomènes d'invasion apparaissent bientôt Les plus constants sont une céphalalgie frontale vive , des frissons plus ou moins intenses et répétés, une faiblesse telle, que les malades . mit obligés de cesser à l'instant tout travail ; il faut encore joindre à ces symptômes das épistaxis, et surtout des coliques et la diarrhée, qu'on remarque dans la plupart des cas dès les vingt-quatre premières heures. Tels sont les phénomènes qui indiquent généralement l'invasion de la maladie. Bientôt de nouveaux accidents