‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 19 sur 148 · DE LA PIËVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

DE LA PIËVRE TYPHOÏDE

^^Ktoïi (Gazette médicale, 1863), que sur un rclcîé de mille malades atteints

et fièvre typhoïde, on en comptait cinq qui avaient de cinquante à soixante ans :

jftdieQt même un septuagénaire qui, succombant à une période avance de la

■aladie, présenta la lésion caractéristique des ganglions et des plaques. Si ce fait

€tf bîeo authentique, il sera, je crois, le seul que la science possède, car on doit

cfever des doutes légitimes sur le cas présenté, il y a environ dix-huit ans, par Prus

à la Société de médecine de Paris. Dans l'enfance, la fièvre typhoïde est commune,

oamne Tool prouvé les recherches de MM. Barrier, Taupin, Rilliet et Barthez. On

voit, en effet, par les travaux de ces auteurs, que Taffection dont nous traitons e«l

sortont fréquente de neuf à quatorze ans; qu'elle Test moins de cinq à huit, et

fi'eUe est tout à fait rare dans les premières années de la vie. Cependant on en a

QÉKrvé des exemples dès les premiers mois de l'existence; et un fait communiqué

par notre ami le professeur Charcellay à la Société de médecine d*Indre*et-Loire

prouve que la fièvre typhoïde peut même atteindre Tenfant dans le sein maternel.

t* Sexe^ conUUytioM et professions. — On ne sait rien de positif sur la prédis* poaitMNi exercée par le sexe, les constitutions, les professions, etc. Cependant on a dit que dans l'enfance la maladie sévissait davantage sur les garçons que sur les filles* et atteignait ceux qui étaient le mieux développés et avec les apparences de la meilleure constitution (Rilliet et Barthez). Ajoutons que, contrairement \ la plupart des autres maladies, la fièvre typhoïde sunlent presque toujours primitivement, et que chez l'adulte, comme dans le jeune âge, on ne la voit presque jamais atteindre des convalescents.

a* Changement d*habitudes, acclimatement. — MM. Petit et Serres, Louis et Chomel, ont démontré que le plus grand nombre de fièvres typhoïdes qu'on obserlail à Paris sévissaient sur des sujets arrivés des provinces^ et non encore acclimatés. Cela porterait à penser que le changement d'habitudes, de climat, de nourriture, constitue une prédisposition puissante pour la production de la maladie. Peut-être aussi, comme le croit M. Piorry, l'encombrement est-il une circonstance qui à elle seule peut développer l'affection. Quoi qu'il en soit, l'altération de l'air qui résulte de l'encombrement est une condition fàchense, et qui presque toujours rend la maladie beaucoup plus grave.

4* Climats, localités. — Nous ne savons rien de précis sur l'inlluence des diaals, si ce n'est que la maladie règne dans tous les pays d'Europe, et qu'elle est même assez commune dans l'Amérique du Nord, sans l'être cependant autant qu'à Paris. Elle se présente partout avec les mêmes phénomènes symptomatiques, partout aussi elle est caractérisée par les mêmes lésions anatoniiques, et reconnaît la plupart des causes prédisposantes dont nous avons reconnu l'influence à Paris.

Dans ces derniers temps, M. Boudin a avancé que les localités marécageuses se faisaient remarquer par la rareté relative de la fièvre typhoïde ; mais cette opinion ne doit être regardée, jusqu'à présent du moins, que comme une simple assertion ; car les documents réunis par l'auteur dans le 33* volume des Annales d'hygiène ne me semblent pas avoir une valeur suffisante.

5* Cames occasionnelles, — On a pendant longtemps accusé le froid, les priva* rions, la misère» toutes les causes débilitantes, comme ayant la plus grande part dans la production de la maladie : cependant les recherches de MM . Chomel et Louis ont prouTé que toutes ces causes avaient été admises assez gratuitement ; que, si parfois la maladie succède immédiatement à quelque cause occasionnelle, dans la iTiude majorité des cas elle sunient d'une manière tout à fait sponunéc, c'est-àdire que la cause qui l'eugcodre nous échappe cntRTement

Û^l DES FiËVHES,

^° Contagion, — La géuéralilé des médecjus, surtout à Paris, peuscul que la fièvre typhoïde n'est pas contagieuse. Ils fondent .leur opinion : 1*" sur le grand nombre d'individus qui s'exposent impunénieut à la contagion; 2*' sur ce que dans nos hôpitaux on ne voit pas l'affection se transmettre aux autres malades, quoique beaucoup d'entre eux couchent dans des lits voisins de ceux qu'occupent des individus atteints de fièvre typhoïde; mais ces objections ne sont que spécieuses. Si, eu effet, beaucoup de personnes peuvent soigner des fiovres typhoïdes sans en être affectées, cela prouve que la contagion de cette maladie n'atteint pas nécessairement tous ceux qui s'y exposent. Si dans les hôpitaux on ne voit pas la maladie se propager de lit en lit, cela n'a rien de si extraordinah*e, puisque nous voyons qu'il en est à peu près de môme pour plusieurs maladies manifestement contagieuses, comme la rougeole, par exemple, qui se pro|)age rarement dans nos hôpitaux d'adultes, probablement parce que la plui)art des individus ont eu la maladie dans le jeune âge, et qu'il en est ^ peu près certainement de même pour la fièvre typhoïde, que nous savons être très commune chez les enfants. D'ailleurs, il n'est pas sans exemple que des individus entrés dans un hôpital pour une affection quelconque aient été consécutivement atteints de fièvre typhoïde ; des faits semblables ont été vus non seulement par moi-même, mais aussi par MM. Louis, Ghomel, Genest, et par plusieurs autres encore. Mais que peuvent prouver des faits négatifs, lorsque la science possède déjà un si grand nombre d'oteervations qui démontrent la réalité delà contagion?

M. le docteur Bietonneau, le premier en France, a rapporté beaucoup de faits recueillis dans des villages ou des petites villes ( Archives, 1829), qui prouvent sans réplique la transmission de la maladie par contagion. Les résultats obtenus pendant l'épidémie qui régna à l'école de la Flèche, en 1826, méritent surtout d*être connus et médités. La fièvre typhoïde régnait à la Flèche et dans le collège; quatre pensionnaires ayant succombé et les caractères anatomiques de ta maladie ayant été constatés avec soin, l'école fut évacuée. Parmi les élèves qui furent renvoyés chez leurs parents, il y en eut vingt-neuf qui furent gravement affectés delà même maladie, et huit ia communiquèrent à plusieurs des personnes qui les soignèrent. On cite surtout un de ces élèves qui, à Versailles, transmit la maladie à sa sceur, celle-ci à sa femme de chambre, cette dernière à une amie qui vint la visiter. Cependant il fut bien constaté que la fièvre typhoïde ne régnait pas à Versailles avant ^'arrivée des pensionnaires de la Flèche. Un grand nombre d'autres exemples de transmission de fièvre typhoïde par contagion ont été vus par MM. Leuret à Nancy, Mistler et Ruef dans le département du Bas-Rhin, par MM. Putegnat à LunéviUe, par le professeur Forget à Strasbourg, par M. Patry à Ligueil, par MM. Lombard et Fauconnet à Genève, par M. Féron à Bayeux, par M. Gastella ï Neufchâtel, etc. Mais les observations les plus concluantes en faveur delà contagion ont été faites par le docteur Gendron, de Château-du~Loir. Ce médecin a prouvé, dans son beau travail sur les épidémies des petites localités, inséré dans les deux premières années du Journal des connaissances médico-chirurgicales, que la ^fièvre typhoïde pouvait être transmise directement par le contact immédiat des malades, ou bien par le séjour dans leur atmosphère ; indirectement ou à la snite de rapports médiats avec les individus qui approchent les malades, ou pour avoir touché aux effets qui ont servi à ces derniers. Le même auteur a prouvé que ces quatre modes de contagion étaient, quant à leur fréquence, dans une proportion successivement décroissante ; que la contagion agissait en raison de la fn^quence des communications et du nombre des malades, iiidépcndaïunienl de Tin-

HE LA FIÈVRE TYPHOÏDK. d'y

afabrité des lieux et de la misère des habitants; qne la maladie, rarement trans- ■fisîble daos les qninxe premiers jours, le devenait surtout dans le troisième et le ^trième septénaire, jusque dans la convalescence; qu*il y avait une période d*incibatioii €i«i pouvait n^être que de vingt-quatre heures, tandis que d*autres fois ede se prolongeait pendant quinze jours ; que dans la plupart des cas cependant fie ne dépasse pas huit jours. Enfln M. Gendron a démontré d'une manière in^ cooiestable Timmunité qu'acquéraient les individus qui avaient été atteints une première fois de la maladie.

Pios récemment» un autre médecin des départements, le docteur Piedvache, de Dinan, a soutenu également la doctrine dé la contagion dans son excellent travail cooroooé par l'Académie de médecine (1). Il croit que la maladie se transmet par i'infectioa des lieux, par le séjour prolongé dans la chambre où repose le malade ; â suppose qu'une maison contenant plusieurs sujets atteints peut bien devenir un byer de contagion pour les habitations voisines; mais, contrairement à M. Gendron, il ne pense pas qu'une personne ayant été en contact avec un malade puisse en infecter une autre.

Quoi qu'il en soit, les faits exposés par les docteurs Gendron et Piedvache sont importants ; ils ont été observés par des hommes instruits et habiles, et méritent par conséquent toute notre confiance. Il n'est donc plus permis aujourd'hui de révoquer en doute la transmission de la fièvre typhoïde par contagion. Celle-ci, il est ^rai, n'est pas aussi évidente à Paris qu'en province, parce que dans cette métropole, comme dans toutes les grandes villes, il est difficile de suivre les traces de la contagion. Ne voyons-nous pas, en effet, tous les jours, des individus être pris de «ariole, de rougeole ou de scarlatine, sans que nous puissions dire où et comment jb les ont contractées? et cependant ces maladies n'ont pu survenir que parle fait de la contagion. Ainsi donc la question de la contagion ne peut être étudiée que dans les petites localités, où tout le monde se connaît, où le même médecin, voyant tous les malades à plusieurs lieues à la ronde, peut suivre pas à pas le début et le mode de propagation des maladies. M. Piedvache croit que si l'on constate plus souvent la contagion en province qu'à Paris, cela tient aux conditions hygiéniques, h rinsaiuiMÎté des lieux, au défaut d'aération, et parce que de nombreux individus y'joument habituellement et longtemps dans l'atmosphère non renouvelée du malade

Il résulte de ce qui précède que la fièvre typhoïde est contagieuse : aussi la pru* dence veut-elle que , lorsque la maladie éclate dans une famille, on éloigne du foyer du mal les individus qui, ne l'ayant pas encore eue, seraient, par leur âge, plus particulièrement prédisposés è la contracter. Mais tout en reconnaissant que la fièvre typhoïde est contagieuse, il faut aussi admettre qu'elle l'est à un moindre degré que beaucoup d'autres maladies, telles que les fièvres éruptives, par exemple. >ons croyons en outre que, contrairement à ce qui a lieu pour ces derniers, le développement de la fièvre typhoïde est beaucoup plus souvent spontané que l'efTct de la contagion , proposition que M. Gendron semble contester. >ous sommes Clément convaincu que ce médecin exagère les effets de la contagion, lorsqu'il avance que celle-ci est la cause principale des épidémies de fièvre typhoïde ; cellesci nous paraissent , au contraire , résulter plutôt des causes encore inconnues qui di'^f'loppent presque toutes les afiections épidémiques. Traitement. —Si l'on a lu avec quelque attention l'histoire que j'ai tracée pré-

(1) Mémoinê de l'Ataàémie impériale de médecine^ t. XV, année 1850.

A6 DBS PlfeVRE^.

cédemmcnt de la maladie, on aura de la peine à comprendre qu'on ait pu conseiller un mode uniforme de traitement applicable à tous les cas, à toutes les formes et li toutes les périodes de rafféction ; qu'on ait pu , par exemple, prescrire exclusivement les toniques et les stimulants , les antispasmodiques et les saignées chex les individus dont la faiblesse était extrême, le pouls petit et dépressibie, comme chez ceux dont les forces étaient moins prostrées, et dont le pouls était large et résistant ; c*est c-ependant ce qui a lieu. Beaucoup de médecins, ne voyant en eiïet, dans la fièvre typhoïde, qu'une maladie spécifique, ont voulu lui opposer une médication également spécifique, ou du moins une thérapeutique qui fût en rapport avec la nature vraie ou supposée de la maladie : c'est ce qu'on va voir par les détails suivants.

Médication antiphlogislique. «- M. le professeur Forget a prouvé , dans son excellent ouvrage, que presque tous les anciens médecins avaient employé les saignées, plus ou moins largement, dans le traitement de la fièvre typhoïde ; la méthode antiphlogislique fut même usitée par quelques uns dans les formes adynamique et ataxique. Je citerai particulièrement Botal et Chirac, qui faisaient souvent deux, trois et quatre saignées dans les vingt-quatre ou trente-six premières heures. De nos joursv la plupart des médecins dont la pratique mérite le plus de faire autorité n'emploient les antiplriogistiques qu'avec prudeuce et mesure, comme le faisaient autrefois Baglivi, Pringle, Oehaen. Ainsi MM. Andral, Chomel, Rosun» Cruveilhier et Louis, se bornent le plus souvent i faire une ou deux saignées générales et locales au début de la maladie. M. Forget saigne généralement un peu plus que ces messieurs, puisque, dans les cas graves, il a retiré, en moyenne, par les saignées générales et locales, 1 kilogramme 93 grammes de sang, et qu'on peut évaluer en moyenne à 8/i3 grammes la quantité qu'il a extraite ^ chacun de ses malades. Mais, quoique M. Forget admette que les saignées doivent faire la base du traitement des fièvres typhoïdes, il exige cependant qu'elles soient proportionnées k la violence de la maladie, à ses phases, à ses complications. Quoi qu'il en soit, il ne ressort |>as des résultats obtenus par M. Forget que la saignée employée comme il le fait ait de l'utilité, puisque sa mortalité générale a été d'environ 1 sur /i; elle a été un peu moindre de 1 sur fi chez ceux qui furent saignés, quoique la maladie fût légère ou de moyenne intensité dans près des deux tiers des cas.

M. Bouillaud est, parmi les médecins modernes, celui qui use le plus largement de la saignée, puisqu'il retire quelquefois jusqu'à 2 kilogrammes i/2 de sang i ses malades. On sait aussi qu'à l'imitation de Chirac, il est dans l'habitude de faire les saignées à de courts intervalles qu'il détermine d'avance. Mais aujourd'hui le temps a fait justice de cette méthode, qui d'ailleurs n'a jamais trouvé que des opposants et presque pas d'imitateurs. Les prétentions de M. Bouillaud ont été justement appréciées par M. Louis dans la deuxième édition de ses Recherches sur la fiènre iyphotde. Ce médecin a prouvé, en effet, que loin de ne perdre qu'un neuvième de ses malades, M. Bouillaud avait, dans la fièvre typhoïde, une mortalité d'un sixième, résultat qui prouve d'ailleurs que si les saignées coup sur coup n'ont pas les avantages que leur avait assignés leur auteur, elles n'ont pas non plus la funeste influence qu'on serait tenté de leur attribuer de prime abord

M. Louis est partisan des saignées médiocres, et il en a démontré les avantages d'une manière rigoureuse ; il a prouvé, en effet, que la saignée faite dans les dix premiers jours de la maladie, à la dose de 360 grammes, et répétée deux fois dans les cas graves, diminuait la mortalité et abrégeait la durée de la maladie. Cependant il faut bien se persuader que la saignée n'est pas indispensable, et qu'avant do la

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