‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 20 sur 148 · K LA FIÈVRE TYPHOÏDE, A · texte numérisé non relu

K LA FIÈVRE TYPHOÏDE, A

pndqoer il faut qne TéUt du pouls n*y. mette point obstacle La forme ioflammamire est celle qui permet d*empIoyer le plus largement la méthode antiphlogistique. D'aiilears, aucune des autres formes de la maladie ne contre-indique Tusage de la ajgoée, si Tétat du pouls ne s*y oppose pas.

Il est géDéralement préférable de tirer le sang par une veine du bras ; cepen* àmU si le ventre, et surtout si la fosse iliaque étaient le siège d^une douleur très me, il serait convenable de faire une application de sangsues dans ce point Nous le voyons aucune utilité de mettre ceUes-ci à Tanus; cette pratique aurait même des incoDvéoients dans beaucoup de cas. On a vu souvent, en effet, des piqûres» irritées sans cesse par le contact des matières fécales et de l'urine, lorsque les éva* ciutioos sont intoloutaires, s*irriter, se transformer en pustules douloureuses, puis s*ulcérer ou se gangrener.

Les émissions sanguines ne seront donc pratiquées que pour obéir à une indication précise. On devra toujours user de ce moyen avec prudence et réserve. Il est rare qne Tétat des forces permette de faire plus de deux saignées de 360 à ^50 grammes chacune. Il vaudmit beaucoup mieux, dans la fièvre typhoïde, tirer moins de sang qu'il ne convient, que de pécher par un excès contraire ; cette excessive réserve est surtout commandée pour les enfants, chez lesquels, d'ailleurs, il est rare d*obtem'r quelques bons effets de la saignée. Les travaux de MM. RiUiet , Bartbez et Taopin, tendraient même à prouver que les émissions sanguines dans le jeune âge ont pour inconvénient d'aggraver les symptômes nerveux, et de favoriser les complications en débilitant les malades. On devra donc s'abstenir généralement de ce moyen chez les enfants, n'y recourir que chez ceux qui sont robustes et dont la maladie n*a pas encore dépassé le dixième jour; on les emploiera surtout pour combattre le délire et la violence des coliques. Dans le premier cas, on mettra des sangsues derrière les apophyses mastoïdes; dans le second, on les placera sur le ventre. Leur nombre ne dépassera pas 4 ou 6 pour les enfants âgés de moins de cinq ans ; on en posera de 6 à 15 chez les plus âgés. Enfin, on surveillera l'écoulement sanguin, dont la durée ne devra pas dépasser une heure.

Les malades devront boire la plus grande quantité possible de boissons douces et ten^rantes, telles que les solutions de sirop de gomme, de guimauve, de capiilairer de groseille, de cerise, de framboise, ou bien de la limonade, de l'orangeade, ou une décoction d'orge, de chiendent, de mauve, etc. , diversement édulcorée. Ces boissons seront données tièdes ou fraîches, suivant l'intensité de la soif. On joiot avec avantage aux moyens précédents les fomentations ou mieux les cataplasmes émollients sur le ventre, les lavements de guimauve et les bains tièdes. On retire sortout des effets avantageux de ces derniers quand la fièvre est violente et la chaleur des téguments vive et sèche ; ils ont souvent pour effet immédiat de rendre la peau souple et de diminuer sa température.

Médication contre-stimulante. — Dans l'histoire que je viens de tracer de la médication antiphlogistique, je n'ai rien dit, à dessein , de la méthode contrestimulante par le tartre émétique, conseillée par Rasori, et dont il parait avoir fait on henreux emploi pendant la fièvre pétéchiale de Gênes. Mais il est impossible de jnger cette méthode d'après les vagues indications qu'on trouve dans l'ouvrage de Rasori, et personne après lui n'a, que je sache, suivi les mêmes errements.

En i840, sor les indications du docteur Broqua, médecin à Plaisance, on a expérimenté ï Paris le sulfate de quinine, on en donnait 2, U et 6 grammes par jour, agissant alors à titre de contre-stimulant Mais les résultats qu'on a obtenus de cette méthode n*ont pas été de nature à encourager les médecins. M. Briquet résumait

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récemment (i] ce que son expérience propre et les travaux des autres lui ont appris, observe avec raison que le sulfate de quinine ne' peut constituer une méthode générale et banale de traitement de la fiè>'re typhoïde, et que le plus souvent elle ne peut, à Texemple de la plupart des médications, être employée que comme moyen de combattre soit certaines formes de la maladie, soit certains accidents prédominants. Le sulfate de quinine donné à haute dose exerçant une action sédative sur le cœur et la calorification, M. Briquet le croit indiqué dans les cas où la lièvre est très vive ; il le regarde également comme pouvant modérer les accidents qui dépendent d*une excitation cérébrale, tels que céphalalgie vive et délire ; tandis que si on le donnait dans les cas de coma et de prostration des forces , on aggraverait beaucoup les accidents ; il en serait de même s'il existait des signes d'une phlegmasie intense du tube digestif.

Le degré d'utilité que peut avoir le sulfaté de quinine, quand on le donne comme il vient d'être dit, est fort contesté par la plupart des médecins, mais tous recon* iMônent que ce précieux agent trouve son application utile dans les cas où il existe ÔÊB phénomènes rémittents. Administré alors à la dose de 50 à 60 centigrammes^ il (ait justice de la complication , mais sans toutefois entraver la marche de la maladie.

Médication abortive. — M. le professeur Serres, dans une note lue à l'Académie des sciences dans les séances des 19 juillet et 10 août 1847, a proposé l'emploi des mercuriaux à l'intérieur et à l'extérieur, afin de résoudre Taltération des plaques ou d'en arrêter le développement Dans ce but, il fait tous les matins sur l'abdomen des frictions avec 8 ou 10 grammes d'onguent mercuriel double, et il administre intérieurement le sulfure noir de mercure à la dose de 1 gramme à 1 gramme 50 centigrammes; d'autres préfèrent le calomel.

J'ai dans ces dernières années expérimenté le traitement par les mercuriaux, et j'avoue n'y avoir reconnu aucun avantage : la mortalité n'a pas diminué, et dans aucun cas je ne suis parvenu à faire avorter la maladie. Je reviendrai d'ailleurs sur ce point en traitant bientôt de la médication purgative.

Médication antiputride , antiseptique, — Les médecins qui crurent que l'essence de la fièvre typhoïde consistait dans la pntridité des humeurs, ceux qui, à l'exemple de Petit, regardaient la maladie comme étant essentiellement et primitivement adynamique, conseillaient Si toutes les périodes une méthode de traitement tonique. Ils choisissaient toutes les substances auxquelles on attribue des vertus antiputrides : ainsi , le quinquina , le camphre, le musc, les plantes aromatiques, le vin , l'alcool , les acides minéraux donnés à l'intérieur ou appliqués sous forme topique, furent les médicaments qui ont joui à cet égard de la plus grande faveur. Cette méthode, qui fut généralement suivie en France sous le règne de la nosographie philosophique , compte encore de nombreux prosélytes en Angleterre , en Italie et surtout en Allemagne, mais elle ne mérite aucune espèce de confiance. Ainsi, sur quarante malades dont M. Andral parle dans le tome I*^ de sa Clinique, comme ayant été soumis au traitement dont il s'agit, il y en a vingt-six qui succombèrent. Quant aux quatorze individus qui guérirent, il n'y en a que trois chez lesquels les toniques ont été manifestement utiles, puisque l'amendement suivit de très près la médication : chez tous les autres , au contraire , on peut conserver quelques doutes sur l'efiicacité du traitement , puisque l'amélioration a été lente et telle qu'elle eût été obtenue par la méthode simplement expectante. De pareils

(i) Traité thévûpeuHque du quinquina^ p. 894.

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«atoCs doivent faire condamner à jamais la médication tonique, employée du aâs comme méthode exclusive dans le traitement de la fièvre typhoïde. Ce|)enèM oo rencontre dans la pratique des cas assez nombreux dans lesquels les tonifKS sont otîles ; mais il importé de bien préciser les circonstances qui sont favoaUo l leor action et celles qui en contre-iudiquent l'emploi.

Lo tonîqaes et les excitants sont généralement nuisibles pendant les premières périedes de la maladie, lorsque la réaction fébrile est très forte, lorsque le pouls oifréqaent et que la chaleur de la peau est acre et sèche. S'il arrive que, dans des os pareiis, on administre les vins généreux ou le quinquina pour remédier à une itfwmie profonde, il est rare qu'on en obtienne d'heureux effets ; le plus souvent b accidents continuent à s*aggraver, et si par extraordinaire une amélioration a fies, elle est généralement si lente, qu'on peut se demander s'il faut la rapporter 2 b médication tonique ou l'attribuer aux efforts de la nature.

Les circonstances qui sont les plus favorables à l'emploi des toniques sont , f après MM. Ciiomel et Louis, une chaleur peu élevée de la peau, un pouls peu (rèqnent ou même lent, une diarrhée légère et pas de météorisme. Quand ces conditions existent, dit M. Louis, la faiblesse semble d'autant plus facile à surmonter qa*elie est plus considérable. Je n'ai rien à ajouter h ces remarques, dont j'ai bien Kmrent vérifié toute la justesse. Les toniques les plus usités sont les vins généreux et k quinquina. Lorsque i'adynamie est médiocre ou lorsqu'il y a du délire , on doBoera de préférence des vins froids, tels que ceux de Bourgogne et de Bordeaux, fliélés anx boissons par quart, par tiers, par demie. Si I'adynamie est extrême, on y joindra Tusage des vins du Midi, tels que ceux de 31adère, de Malaga, d'Alicante, de Bagnols, qu'on donne le plus souvent purs à la dose de 125 à 250 grammes. Le qujoqmna est un des toniques les plus puissants et dont on retire le plus d'avantage; on le prescrit communément, sous la forme d'extrait sec ou mou, h la dose de 1 ^ H grammes : on peut même le porter quelquefois jusqu'à 30 ou 60 grammes en potion et en lavement D'autres fois le quinquina est prescrit en infusion , en décoction, oo mieux encore en macération aqueuse qu'on édulcore avec le sirop de linMNi. On y joint souvent les lotions et fomentations vineuses ou avec de l'eau-devie camplirée. Si la prostration était extrême, la peau froide, la vie près de s'éteindre, H faudrait alors ranimer le principe vital par des agents dont l'action est presque instantanée : tels sont les préparations éthérées et le café. Dans les cas où l'emploi en toniqoesest indiqué, il faut procéder avec prudence et bien étudier leur action immédiate snr la drculation, la caloriGcation et le tube digestif. Employés dans les drcoostances que j'ai précisées et de la manière que j'ai dite, les toniques produisent souvent de véritables résurrections, et ramènent à la vie des malades qui paraissaient être auparavant dans un état désespéré.

n faut encore classer dans la médication antiputride l'emploi des chlorures alcalins, employés depuis la dose de quelques gouttes jusqu'à celle de 8 à 1 0 grammes dam les potions et les tisanes, ainsi qu'en lavements, en lotions et en bains ; pour ces derniers les chlorures seront donnés à la dose de 60 à 120 grammes. On peut aussi entretenir une atmosphère de chlore autour du malade, en laissant sous le lit des chkHiires on en faisant des fumigations. Ce moyen, qui parut momentanément avoir quelque utilité dans les mains de M. Ghomel, n'a pas justifié la confiance qu'il sem- 14ait d'abord mériter : aussi est-il aujourd'hui à peu près généralement abandonné. Médication évacuante. — Les anciens médecins ont tour à tour adopté et pro- Krit l'emploi des évacuants dans le traitement des fièvres continues, suivant les théories qu'ils se formaient sur la nature de la maladie. Quoique partisans des saî- T. I. — s* *Dr». ^

gnées, la plupart voulaient pourtant qu'on évacuât de temps en temps le tube digestif, pour le débarrasser des matières acres et septiques qu'il contenait. Fizes, de Montpellier, dit, dans son petit Traité des fièvres^ qu'il évacuait dès le début, pur^geant ensuite tous les deux jours , et donnant .souvent une infusion de séné dans l'intervaUe. Mais la médication évacuante fut généralement abandonnée, quoiqu'elle comptât parmi ses défenseurs Rivière, Huxbam , Pringle, Baglivi, StoU, Tissot et une foule d'autres praticiens éminents. Les préventions contre les évacuants étaient si grandes il y a peu d'années encore, que MM. Bretonneau et Lerminier, qui, presque seuls, avaient conservé les anciennes traditions, n'avaient pu parvenir à rassurer les médecins contre les dangers qu'on attribuait aux substances purgatives mises en contact avec les surfaces ulcérées des intestins. Mais, dans ces derniers temps, M. Delarroque, ancien médecin à l'hôpital Necker, a démontré combien ces craintes étaient mal fondées^ et il a prouvé par une série considérable de fiaiits bien observés les avantages de la méthode évacuante dans le traitement des Gèvres graves. Ce médecin administre les remèdes dont je parle dans toutes les formes et à toutes les périodes de la maladie, dans tout son cours, et jusqu'à complète convalescence. En général , M. Delarroque commence le traitement par un éméto-cathartique ; puis les malades prennent tous les jours une bouteille d'eau de Sedlitz, ou 30 gram* mes d'huile de ricin, de crème de tartre, ou 2 grammes de calomel. Les douleurs de ventre, les coliques, la diarrhée, le niétéorisme, loin de contre-indiquer l'usage des purgatifs, doivent au contraire, suivant lui, engager à y recourir. Si, par extraordinaire, les purgatifs augmentaient les coliques, ou produisaient des superpurgations, ou conseille d'en suspendre l'emploi pendant vingt-quatre heures. M. I>C' larroquc joint à ces moyens les boissons douces, les cataplasmes sur le ventre, et il donne les toniques dès que la lièvre s'est amendée. £n suivant le traitement dont je parle, M. Delarrdque n'a perdu qu'un dixième de ses malades. Les faits rapportés par cet honorable médecin méritent toute couûance : aussi sa méthode a-t-elle été essayée par beaucoup de praticiens à Paris , particuUèrement par MM. Honoré , Guéneau deMussy, Bricheteau, Beau, Piedagnel, Jadioux, Andral, Louis, etc.» et tous ont reconnu les bons effets de la médication évacuante. M. Louis, après avoir analysé les principaux modes de traitement suivis dans la fièvre typhoïde, est porté à regarder les évacuants comme supérieurs aux autres moyens thérapealiques. Non seulement , en effet, ils diminuent la mortalité, mais ils ont aussi pour résultat d'abréger la durée de la maladie. L'observation clinique m'a conduit aux mêmes i*ésultats. Ainsi la fièvre typhoïde, non épidémique, traitée comme le conseille M. Delarroque, ne m'a donné dans ces dernières années qu'une mortalité de près d'un septième, résultat bien favorable, si je le compare à la méthode de l'expectalion, ou à la méthode dite rationnelle, par laquelle j'ai perdu un quart de mes malades (1). La médication a aussi pour effet de hâter le moment de la convalescence , que j'ai vue se déclarer, terme moyen , du vingtième au vingt-deuxième jour de la maladie. Il est incontestable aussi que nulle autre médication ne produit des soulagements aussi marqués et aussi rapides dans une maladie d'ailleurs contre laquelle la thérapeutique a si peu de prise, qu'on a pu dire d'elle, avec juste raison, qu'elle était Vopprobre de Vart. Enfin, j'ai en outre constaté que par l'emploi des purgatifs, on ne favorisait le développement d*aucune des complications,

(i) Je dois déclarer pourtant que, pendant les années 18&S et 1847, ayant continué à traiter la fièvre 1 jplioîde par la méthode é? acoante , j*ai eu à déplorer une mortalité uo peu plus con- •idérable que précédemment. Elle s'est élevée, en eifet» à un sixième environ.

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