‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 26 sur 148 · DEUXIÈME GENRE DE FIÈVRES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME GENRE DE FIÈVRES

DEfI FIÈVRES ËMJPTIVES.

STxnnrmc rr éttmologu. — Petite vérole oa picote. — Tariole vienl de varut, boorgeon, oa de , varié, k nAaon de la diTerttté de couleur que la peau prétente dans celte maladie.

1/é finition. — La variole est un exanthème contagieux dont l'éruption est précédée de prodromes pendant deux ou trois join-s , et qui est caractérisé d*abord pfar des élevures dures ou vésiculeuses qui se transforment bientôt en pustules omhiliqnées àlenr centre, lesquelles après avoir complètement suppuré, se dessèchent et laissent à leur place des taches qui s'effacent peu à peu, ou bien des cicatrices irrésolières, de forme variable et indélébiles.

Hittcrique. — Tous les documents historiques que l'on peut consulter prouvent que la variole a été complètement inconnue des Grecs et des Romains. Ce fut, dit- 00, en l'année 622 de notre ère que Aaron ou Aaroun indiqua pour la première fois la variole sous le nom de djidri ; mais ce n'est que vers le x« siècle que la maladie fut un peu convenablement décrite par Khazès (1). Originaire de quelque prof ince de l'Asie centrale, la variole a été importée par les Sarrasins en Afrique d'abord , et plus tard dans toutes les provinces méridionales de l'Europe que ces barbares ont envahies. La maladie s'étendit ensuite assez lentement vers le nord » et ce ne fut guère qu'à l'époque des croisades que ce fléau infecta toute l'Europe.

(1) Son féritable nom est Abu-Becker-Mobammed, né à Rey , ville de Tlrack, en Perse. C'est da liea de sa naissance que lai est venu par corruption le nom de Rhazès. Son Traité de la va* TioU^ d'an ■édiocre intér^ est traduit à la Gn du tome !•' des Œuvres de Mead.

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:Aiuit dans réconomie jus(|H*à et» (|ue le pi'n-

. iucubalion, il \ a toutes les ap))urences de la

: w : elle serait de cinq à sept jours suivant Sloll

. ^ x: x:.. M. llayer; elle était de sept à huit jours dans

- . . — L'invasion est marquée par des sjmplôuies . .^ ù»ons \ioIenls aaomj)agnés de frécjuenee du K •.>^- dr la peau ; les ujalades accusent une céplia- '.lulues, des douleurs parfois atroces dans Ivs ^ , * cu'i^asilre; ils ont des nausées, des \omissenjcnls

^ ., . ;i.^ > ::l du délire ou toujhent dans le coma, beaucoup X ■ lî X ;:>. i:n(in, dans les cas les plus gra>es, des liémnr- , XV U'..:'.viîi par la nnupicuse des ()r;;anes génito-urinaiirs vxi . - • VH»>-cutané. On a \u des malades succomber dans .. ..-^^riiie est de deux ou trois joms. ... - I/éruplion a lieu connnunément le deuxième .X .-A vv.A>. Il est très rare qu'elle ne se manifeste (pie le ;.., . . . ■. /.: : une seule fois je l'ai \ ue n'apparaître (|ue le sep- . , V. i^.v.viwnr à la face, et surtout sur le menton, ainsi que .....'. .v^ ..>.<>. des taches rou^Ts, au cenlrii desciuelles est une , , V .; tvijnlue. Parfois on y rea)nnaît dès son ap|writioii .... , . ...V .M emahil successi\ement après la face, le tronc, les . X .-»>: *'l'^- ^i'^lfeclue ainsi en deux , trois ou quatre

.j^ », ...,x V -o. u^ujoui-s très considérable, \arie pourtant beaucouj». ^ .. I, .V ,^ v; jlkvulante, surtout à la face, que les éle\ ures sont livs ^ ., ^ * J ^ -c::.^::àui> |^i" It*»»' circonférence; on dit alors que la va- •^ "^ ... •;. Dans d'autres Ciis, la cordlueijce, au lieu d'èire

\^. ^: ;*a: v*"J^'^*-* •** P*"*" îî'"""P^''^ • ^■^* ^""ï *^*s rttriijlcs en aaf/mùvs ;

* " . . ^ ■ ,v dj>s*'niiiiée ; la \ariole est dite alors discri-fe. { ne érun-

^ ^^ ^ \.^^. ,î^» i4 jvju se faisant sur la \oùte palatine, sur le \oiledu

„ .' ; l|l^ lo pharvnx, on aperçoit sur toutes ces i)arlies des sali-

V . ^..s.„ ,r dun*s; on ujénic ti'm|)s les malades éprouvent de la

,^..,^y^ ^\^^ la dilliculté à avaler, et ils sont pris d'un plyalisme plus

^'/^^^.. . i no iou\ raiu|uc, déchirante, une >(»ix \oiIée, indiquent

.. JI.V «v.;MaNo s'est faite aussi dans la partie supérieure du lar\n\.

*> >nuiilàuwi incoinuMHk's (prou observait pendant les prodromes

Mnenl ou cessent dès que l'éruption est complète , la fièvre même s'apaise, 'ipadaot , lorsque la Yariole est confluente ou grave , les malades continuent à «p agités et à se plaindre, la fièvre augmente ; c'est dans cette période que la tem-t ^ératnre acquiert son maximum d'intensité (hO* d'après M. Roger] : souvent il y 8 il délire, des hémorrhagies ont lieu parfois, elles ont dans certains cas le caractère icdf, mais le plus souvent elles sont tout à fait passives. On voit quelquefois encore ledételopper à cette période diverses phlegmasies viscérales, noitamment des ^résies , des pneumonies ou des péricardites môme ; ces inflammations sont ordioaireiiieot latentes, et , opérant une sorte de révulsion fâcheuse, elles s'opposent au développement de l'éruption cutanée, qui est alors suspendue, flétrie,

Dans les quatre premiers jours de l'éruption, les papules de la variole s'agrandisKnt, elles sont entourées d'une auréole rouge; leur sommet offre bientôt uns i«»ciile présentant une dépression circulaire ombiliquée à son centre. Cette dis* positioo existe en général pour toutes les vésicules dès le troisième jour de l'éroptioD. Lorsque la variole est très confluente, il est impossible de voir la disposition ombiliquée ; car alors toute la figure du malade semble recouverte d'une pellicule Uancbâtre et presque uniforme. L'aspect des pustules varie d'ailleurs suivant les régioi» : Tolumineuses à la face, petites sur le scrotum, elles sont larges, un peu bombées et non ombiliquées à la paume des mains ; elles forment partout une cer* taioe saillie , excepté à la plante des pieds, où, en raison de répaissetu* de l'épiderme, elles ont l'aspect de simples taches circulaires, violacées, entourées d'un liséré bbuc. A cette époque, la peau est partout tuméfiée ; à la face, par exemple. Ces paupières recouvrent le globe oculaire , et il y a souvent du ptyalisme. Cette pàiode, pendant laquelle beaucoup de malades succombent, finit du septième au faifidème jour.

(Quatrième période, ou de suppuration, — Cette période est caractérisée par l'in* tcnsité de la fièvre, qui, calmée aussitôt après l'éruption, redouble à cette époque et prend le nom de fièvre secondaire. En même temps le gonflement des parties augmente. Cette tuméfaction peut être considérable, même lorsqu'il n'y a pas beau* coup de postules ; elle est surtout très marquée au visage. Les pustules, continuant à s'accfoltre, se remplissent d'un liquide opaque, purulent; les malades salivent eocore abondamment ; ils ont de la douleur, de la difficulté pour parier et pour avaler. Chez les enfants, le ptyalisme est moins fréquent que chez l'adolescent et que cha l'adulte , et il est souvent remplacé chez les premiers par une diarrhée plus ou Dooins abondante. En général, la salivation, qui a conrnnencé du troisième au septième jour, cesse vers le neuvième ou le dixième ; le gonflement de la face dimimc peu après, et parfois il est remplacé alors par un gonflement douloureux des pieds et des mains. Lorsque la variole est grave, on peut observer la plupart dis accidents que nous avons notés dans les périodes précédentes. Dans ces cas, les postules, dont la suppuration est imparfaite, s'affaissent, se rident, prennent une teinte violacée ; quelques unes se remplissent de sang noirâtre , ou bien des pécécbies se forment dans leur intervalle, et diverses autres hémorrhagies ont lieu. Ce sont surtout des épistaxis , des hématuries , et chez les femmes des ménorrfaagies ; enfin , la mort survient au milieu d'une agitation et d'une anxiété extrêmes. La période de suppuration est celle pendant laquelle on voit survenir le plus grand nombre de complications; c'est ce qui explique pourquoi la plupart des individus qui sont victimes de la variole succombent dans la période dont nous parlons. Deux des phénomènes prédominants de cette époque, l'enflure et la fièvr*-

6h DES FIÈVRES.

reconnaissent bien pour cause principale la formation du pus; mais il y a néanmoins dans ces deux symptômes, dans le second surtout, quelque chose de spécial et presque d'indépendant de la suppuration ; car, ainsi que Hallé Ta démontré (1) il suffit de quelques boutons pour les produire.

Cinquième période. — La dessiccation des pustules commence à avoir lieu dès le huitième ou le neuvième jour. On Tobserve d*abord à la face, où elle est souvent terminée avant même que les pustules des membres soient parvenues à leur maturité ; elle se fait successivement sur le reste du corps et suivant l'évolution des pustules, aussi elle n*est complète que du quatorzième au seizième jour.

La dessiccation se fait de deux manières : tantôt les pustules se déchirent et le pus qui s'en échappe se concrète au contact de Tair ; ou bien la pustule se ride , s'affaisse et se convertit en une croûte grise ou brunâtre, exhalant une odeur nauséabonde toute particulière. Les malades éprouvent alors sous les croûtes un sentiment de tension et un prurit qui les porte à se gratter, à s'arracher. Dans les cas ordinaires, les croûtes, plus humides dans les varioles confluentes que dans celles qui sont discrètes , après avoir persisté quelque temps , tombent spontanément du quinzième au vingtième jour de la maladie , et sont le plus souvent remplacées par des écailles qui peuvent se renouveler plusieurs fois. Dans quelques cas, les pustules s'ulcèrent, et l'ulcération détruisant une partie ou la totalité du derme, il en résulte des plaies saignantes, grisâtres, recouvertes par des croûtes humides, noirâtres, et qui produisent sur le visage ces cicatrices couturées et ces brides qui défigurent quelques individus. Dans la plupart des cas, la chute des croûtes ne laisse qu'une teinte vineuse , plus ou moins uniforme , qui disparaît lentement ; c'est alors qu'on aperçoit plus complètement ces cicatrices lenticulaires plus ou moins nombreuses qui sont les stigmates indélébiles des sujets qui ont eu la variole.

Les pustules que nous avons dit se développer sur quelques muqueuses ont une marche plus rapide que les pustules cutanées, il n'y a pas à proprement parler de dessiccation, mais la pseudo-membrane formée sous l'épithéhum se détache vers le cinquième ou sixième jour, et laisse une petite ulcération ou plutôt une légère érosion qui guérit promptement sans laisser de cicatrice appréciable.

Divers accidents peuvent survenir pendant la période de dessiccation : ainsi on voit quelquefois les pustules s'affaisser, se flétrir tout à coup; en même temps les malades tombent dans la prostration ; ils ont des frissons irréguUers, du délire et du coma, de l'oppression, de l'anxiété; la fièvre redouble ; la langue se sèche, elle noircit; un dévoiement fétide a lieu ; en un mot, on voit survenir des symptômes qui font soupçonner une infection purulente. Dans cette même période, quelques malades succombent brusquement, soit par la syncope, soit par une sorte d'empoisonnement ; d'autres sont emportés par un dévoiement colliquatif, par des accidents cérébraux, ou par une pneumonie intercurrente, et beaucoup plus rarement par une laryngo-trachéite simple, ulcéreuse ou pseudo-membraneuse.

En résumé , on voit que la variole peut se montrer sons la forme bénigne ou sous la forme grave. Il ne faudrait pas croire que les varioles confluentes sont les seules qui s'accompagnent de symptômes fâcheux ; on rencontre, en effet, parfois, surtout en temps d'épidémie, des varioles discrètes qui sont fort graves et qui ont une issue funeste : fiurserius et Mortou en rapportent des exemples.

On vient de se convaincre que les varioles , comme presque toutes les autres maladies, ne se présentent pas toujours sous la même forme symptomatique : ainsi,

(I) Mémoirft dt la Société royale de médecine^ t. VII, p. 423.

m Toit tantôt prédominer les phénomènes inflammatoires ; d'autres fois , ce sont ies symptômes adynamiqnes, ataxiques ou bilieux. Ces accidents varient beiaucoup flÉraot les saisons, les pays, les constitutions médicales ou épidémiques , suivant biodifîdos, etc.

Suiies de la maladie. — La variole peut laisser après elle des maladies ou des ■finnités plus ou moins graves. Je ne dirai rien des furoncles , des pustules i'ecthyiBa , ni des érysipèles ; mais beaucoup de malades sont affectés d*otorrhée pnoleote , s*accompagnant parfois de la perforation de la membrane du tympan ce de la carie du rocher ; d'autres, en plus grand nombre, conservent des ophthal* aies rebelles , avec ulcération du bord libre des paupières et chute des cils. Ces iphtiialmies datent ordinairement de la troisième période : elles sont souvent soifies d^opadté de la cornée; d'autres fois celle-ci se ramollit, se perfore, l'œil le vide , ou bien un staphylôme s'établit. A la suite de la variole , on voit encore sarrenir, dans différentes parties du corps , des abcès nombreux qui se forment r^MdemcDt d'un jour à l'autre, et presque sans douleur. Il y a chez ces individus ■ne sorte de diathèse qui fait que du pus se produit promptement et en abondance par suite de la plus légère irritation locale. Enfin il est des malades qui, après afoir échappé à la variole, succombent à une diarrhée opiniâtre; celle-ci se lie le plos souvent à des ulcérations ou à un ramollissement avec destruction de la muqueuse du côlon ; d'autres individus, enfin, deviennent phthisiques.

Cependant, dans quelques cas, rares d*ailleurs, la variole a guéri certaines maladies rebelles , ou modifié avantageusement certaines constitutions débiles. On Ta vue surtout amener fréquemment la guérison d'engorgements ganglionnaires et d'éruptious chroniques à la peau. M. Legendre a cité récemment, dans ses Retherches artatomo-patliologiques sur quelques maladies de l* enfance ^ des cas d'ecxéma, A* impétigo figurata, de lichen et de prurigo chroniques guéris, chez des enfants , par l'éruption varioleuse. Dans ces cas , on verrait communément les postules varioleuses être plus nombreuses et même confluentes là où la maladie cotanée est le plus prononcée. La variole , à son tour, parcourt plus rapidement, dans ces points, ses diverses périodes. Ici la contagion varioliquc a agi à titre d'agent substitutif en modifiant la vitalité des tissus malades depuis longtemps. Parfois la variole agit par un autre mécanisme; c'est ainsi que la révulsion violente qui s*étabL't sur la peau pendant l'éruption a quelquefois sufli pour faire avorter ou pour arrêter brusquement des phlegmasies viscérales, comme la pneumonie : M. Andral en cite un exemple curieux dans le tome III de sa Clinique (observ. 6* de la V édition). Enfin MM. Rilliet et Barthez ayant fréquemment rencontré des tubercules à l'état crétacé chez les sujets emportés par la variole, ou succombant qoeique temps après celte éruption , en ont conclu que celte maladie tendait à guérir les tubercules en leur faisant subir la transformation crétacée. Mais cette coodusion ne paraîtra pas sans doute très rigoureuse. D'ailleurs, l'opinion de ces médecins ne nous semble môme avoir aucune vraisemblance ; car on ne peutsuppoier avec eux qu'il puisse suffire de quelques jours ou de quelques semaines au plus pour opérer dans la constitution du tubercule un changement qui d'ordinaire ne s'effectue que par un travail de plusieurs années.

Récidives. — En général , la variole n'atteint qu'une fois les individus dans tout le cours de la vie. Cependant les cas de récidives ne sont pas fort rares; (peiqoes uns les évaluent approximativement à un cmquanlièinc ; M. Gaultier de Claobry dit qu'elles sont dans la proportion de 1 à 63.

AmtUcmie pathologique. — Lorsque l'éruption varioliquc n'est eOfiOt

l*éui papnleux, répidermc est déjà ramolli et presque séparé du derme; bientôt 'P une exhalation de sérosité se forme, plus tard c*est une production concrète. En ^ disséquant, en eiïet, la pustule variolique, on trouve sous un épiderme qui a oon- ^ serve à peu près son épaisseur une pseudo-membrane d'un blanc mat, assez ferme, H un peu friable, ayant la forme d'un cône tronqué, de 1 millimètre d'épaisseur, et « déprimée à son centre» Ce disque adhère plus à l'épiderme qu'au derme. Âu-des- -^ sous de cette production pseudo- membraneuse , le derme est finement injecté » on ecchymose. Ix)rsqu'on examine les pustules à une époque plus avancée , on y ft trouve du pus jaunâtre et consistant. On a dit que la forme ombiliquéc des pus- i. tules était produite par un filament celluleux qui s'étendait de l'épiderme atl il derme ; d'autres la font dépendre de la traction exercée sur l'épiderme par les conduits excréteurs des glandes cutanées. Mais, d'après ce que j'ai dit, on voit que .la disposition ombiliquée dépend de la forme même du disque. \

On trouve des pustules sur plusieurs des muqueuses, telles que la conjonctive i et la pituitaire, sur la muqueuse de la vulve, du prépuce, de la bouche, et beau* i; coup moins souvent sur celle du larynx, de la trachée et des bronches, plus rare* \ ment encore peut-être à la surface de l'œsophage , de l'estomac et du rectum « peut-être jamais dans les autres parties du tube digestif. Les pustules qu'on rencontre sur les muqueuses sont en général affaissées, vides de pus ; elles sont parfois i remplacées, surtout sur la muqueuse du larynx , par des ulcérations arrondies , grisâtres , plus ou moins coufluentes.

Che:^ les sujets emportés par la variole, on ne trouve aucune lésion constante dans les organes intérieurs. Les plus fréquentes sont le ramollissement partiel de là muqueuse gastro- intestinale , des pétéchies, des congestions sanguines vera les poumons, quelquefois l'hépatisation, la splénisation de ces organes , qui peuvent aussi être le siège de noyaux d'apoplexie ou d'abcès métastatiques commençants. Le cœur est flasque, ramolli ; le sang est pâle, séreux, diflluent, ce qui explique la facilité avec laquelle il pénètre les parois des vaisseaux, qu'il colore en rouge ou en noir. Enfin, du côté des centres nerveux, on ne trouve guère qu'une injection des méninges et du cerveau , avec un épanchement séreux qui est généralement en rapport avec la longueur de l'agonie (pour l'état du sang, voir plus bas. Nature des fièvres éruptives).

Diagnostic. — Parmi les symptômes prodromiques que nous avons énumérés, il n'en est aucun qui indique sûrement une éruption prochaine de variole. Aussi est-on exposé à confondre souvent la variole à son début avec une autre affection, surtout avec une fièvre typhoïde. Cependant un appareil fébrile intense, débutant presque toujours brusquement chez un sujet non vacciné , et s'accompagnant de céphalalgie, d'envies de vomir, et surtout de douleurs très vives dans les lombes^ doit faire soupçonner une variole plutôt que toute autre affection. L'éruption , dès qu'elle est visible , est caractéristique , et ne pourrait être confondue avec une autre affection que par une personne ignorante. D'ailleurs nous verrons plus tard en quoi l'éruption variolique diffère de la varicelle, de la rougeole, delà scarlatine, de l'érysipèle, etc. (voyez plus bas l'histoire de ces affections).

Dans la variole, l'éruption n'est qu'un des éléments de la maladie; cependant ce n'est que d'après elle qu'on peut établir le diagnostic de l'affection. On dit pourtant qu'il y a des varioles dans lesquelles l'éruption manque tout à fait , et qui ne sont caractérisées que par des symptômes généraux. Cette idée malheureuse appartient à Sydenham, qui, en donnant à la fièvre putride de la constitution de i 667 te nom de varioleuse, inspira aux auteurs l'idjée d'un morbus variolicus sine

DE LA YARIOLE. 87

nffàis: opinion qoi jusqu'à ce jour a été généralement acceptée comme vraie,

fia cda tans examen et sans qu'on poisse invoquer aucun fait clinique en sa

jpear. Pent^ondire, en effet, qu'an indîTidu a eu la variole lorsque, s'étant

opoié à la contagion, il éprouvera seulement des frissons, du lumbago, de la

iphalalgie , des vomissements, et une fièvre intense et continue pendant deux

flfiéiiairesT Y a-t-ii dans quelques uns de ces symptômes ou dans leur ensemble

fKÉque chose de caractéristique, et ne rencontre-t-on pas le même appareil

nipiomatklae an début ou dans le cours d'une foule d*autres maladies? Ainsi

tDoc« je le répète , la variole ne peut avoir d'autre caractère essentiel , pathognd-

■■iqae que Téruption ; la maladie ne peut exister ou du moins être diagnostiquée

Miette.

Pnmoitic. — La variole est une maladie grave. Des calculs nombreux ont ffoové qu'elle avait fait beaucoup plus de ravages que la peste elle-même, psisqne, aviot li vaccine, elle enlevait à elle seule la quatorzième partie de l'espèce koaine. Elle fait périr du sixième au huitième des individus qu'elle attaque ; et, qnad elle règne épidémiquement , la mortalité peut s'élever au quart et même

Id grand nombre de circonstances individuelles ou extérieures influent sur le pkn on BMHDsde gravité du pronostic. Nous allons énumérer les principales.

L*ftge des individus entre d'abord comme élément important dans le pronostic : ainsi co peut établir que les enfants et les jeunes gens surmontent les dangers de la maladie plus facilement que les adultes, et surtout plus aisément que les vieillards. U lint excepter les enfante très jeunes, nouveau-nés ou à la mamelle, qui succom^ hmt en effet, presque tous pour peu que la variole soit confluente. La grossesse etf également une circonstance très aggravante , car l'avortement ou l'accouchement prématuré a presque toujours lieu , et il est rare que la malade sur\'ive II un ptTPil accident. Ainsi, sur vingt-sept femmes qui, dans le cours de la grossesse, (■rent atteintes de variole , M. Serres en a vu vingt-trois avorter et une seule survivre ; trois n'avortèrent pas et guérirent (i). La maladie , toutes choses égales d'a/fleors, est aussi beaucoup plus fâcheuse en temps d'épidémie et quand elle n-fue, pendant la saison froide , ou bien encore lorsqu'elle affecte des femmes on des individus débilités par une cause quelconque. C'est ce qu'on voit journellement, dans les hôpitaux, chez ceux qui contractent la variole dans la convalescence d'une aSectirjn grave.

l n grand nombre de symptômes ou d'accidents de la maladie ont également une hante valeur pronostique. Uliazès a établi avec raison que , lorsque la fièvre angmeDte ou persiste au même degré après l'éruption , on doit concevoir des craintes sur l'issue de la maladie. La gravité du pronostic est généralement proportiflooée an nombre des pustules : c'est ainsi que la variole confluente doit être coniîdérée comme une des maladies les plus graves dont l'homme puisse être atteint. L'affaissement subit des pustules, on bien leur mollesse survenant dès le début, «nt des signes qui doivent faire redouter une issue funeste. Les hémorrhagies , par quelque ioie qu'elles se fassent, constituent aussi toujours un symptôme fâcheux. S'il sunient des défaillances , on ne doit , dit Rhazès, presque plus coujorver d'espoir. Il en est de même de toutes les complications phlegmasiques qui se font dn côté des cavités splanchniques. Au contraire , Sydenham regardait la

(I) Mead préteod que si la femme n*avortc pas, Tcnfant est exempt de la variole pour le reste de SCS joars, à moins qu'il ne vienne au monde avant la maturité des boatoos. G*cst là un frit qui nus eacore à vèrifiaSi

88 DES FIÈVBES.

salivation, le gonflement de la face, celui des pieds et des mains, comme étant d*un ■< favorable augure. Il signalait la non-manifestation des deux premiers j^iénomènes pi comme une circonstance très fâcheuse. Ainsi THippocrate anglais considérait *■ comme voués à la mort tous ceux chez lesquels le ptyalisme , cessant au onzième bi jour à partir du débuts n'était pas suppléé par le gonflement de la face, qui doit iCi persister encore à cette époque, ainsi que par une tuméfaction analogue qui cora- lÉ. mence à envahir les pieds et les mains. Des faits nombreux ont prouvé qu'on ne iû| pouvait pas accepter dans toute sa rigueur la proposition de Sydenham , pour ce ili qui concerne du moins la tuméfaction des mains, qui peut manquer ou être peu m appréciable; mais il n'en est pas de môme de la tuméfaction de la face, et, pour àb ma part, j'ai constamment vu succomber les individus chez lesquels ce symptôme li avait fait défaut ou avait prématurément cessé. Tous les accidents cérébraux ont -m de la gravité, mais surtout les convulsions , bien que Sydenham , CuUen , Mead et {| d'autres aient prétendu que, survenant dans les prodromes, elles indiquent que l'éruption sera bénigne. Le coma, le délire violent et persistant se lient égalemeat aux formes graves de la maladie ; le délire est surtout fâcheux lorsqu'il se déclare à une période voisine du début. Ainsi Freind n'a jamais vu guérir aucun des ma* ^ lades qui avaient commencé à délirer au quatrième jour de l'éruption.

Etiologie, — La variole afiecte les individus de tout âge, de tout sexe, de toute constitution; cependant l'enfance, surtout après six ans, la jeunesse et le sexe féminin y prédisposent davantage. Elle sévit également dans tous les climats et sur toutes les races humaines. Plus de quarante observations consignées dans les annales de la science prouvent que la variole peut atteindre le fœtus en même temps que la mère; d'autres fois le fœtus seul est frappé ; on dit même que, dans un cas de grossesse double, un seul des enfants a été infecté (1). On observe la maladie dans toutes les saisons; cependant elle se montre ordinairement au printemps , elle sévit avec plus de force en été , s'adoucit en automne, et s'éteint souvent pendant l'hiver. U est des individus privilégiés qui ne contractent jamais la variole ; tandis que d'autres, comme nous l'avons déjà dit, sont aptes à la gagner plusieurs fois sans qu'on connaisse la cause de ces anomalies. La variole est essentiellement contagieuse. Son développement dans notre climat n'est probablement jamais spontané. Elle se communique par contact immédiat ou médiat Le caractère contagieux commence avec la suppuration des pustules , et persiste jusqu'après la chute des croûtes. Une variole discrète peut donner lieu à une variole confluente, et réciproquement

Le virus varioleux est très volatil, et néanmoins il peut, dans certaines conditions, se conserver intact pendant plusieurs, et quelques uns disent pendant ungrand nombre d'années , comme dix, vingt et trente ans. On parle, en eflet, de cadavres de varioleux qui, exhumés après ce long intervalle , auraient communiqué la maladie aux fossoyeurs ou aux assistants. De pareils faits ne sauraient être acceptés qu'avec la plus grande réserve.

Traitement curatif. — Lorsque la variole, qu'elle soit discrète ou confluente,

(1) La variole qui aUeint le fœtus est en général discrète ; on ne coniplc au plus qu^une centaine de pustules sur tout le corps. Les pustules, réparties à peu près également sur toute U surface des téguments, et baignées par le liquide amniotique, ne marchent pas comme si dies avaient le contact de Tair, mais elles ressemblent davantage par leur évolution aux pustules qui se développent sur les muqueuses. Ainsi, quelques unes se résolvent, d'auircs s'ulcèrent promptement après la chute du disque pseudo-membraneux et la petite solution de continuité se cicatrise sans laisser le plus souvent aucun vestige : quelquefois pourtant il y a des cicatrices caractéristique!, mais peu profondes. Voy. une bonne thèse de M. Chaigneau, n* 21. Paris, i8â7.

fJE LA VARIOLE. 89

^^^piiiereraenx sa marche sans présenter aucune complication grave ni ^ ^^me pr^doixiinant, on prescrira une médication purement expcctante. Sf^ Tes*erot\x oonohés, on les couvrira modérément, on entretiendra ^^t^ement ime température de 12 à U» R.; on les soumettra à une diète \gg^\^ prendroiiX une |^us ou moins grande quantité de Ix^ssons douces, iaç^Vft,^^^^^» tempérantes. On administrera des pédiluves au début, et Ton ^gi^g^g(^i^ caVaplasYiies sinapisés sur les extrémités inférieures, afin de calmer ^*JnW^ Oa \>aigxiera les yeux avec une décoction émoUiente tiède lorsque knpm^iifeï» seront le siège de pustules douloureuses. On prescrira quelques garfRBDotoMAWeTiXs pour adoucir les douleurs de la gorge et de la bouche. Dans faosdeàè^utition très difficile, quelques auteurs, notamment Mead et Hnxham, OMaibkikl d*appU€|aer des vésicatoires sur le cou on derrière les oreilles; mais iotdoateux qae cette pratique, inusitée aujourd'hui , ait quelque avantage. Si hcmstipatkm , qu'il est Ordinaire d'observer dans les trois premières périodes, lénie à l'usagie des lavements, on administrera utilement un léger laxatif; si, au CQOtnire« il sorvient une diarrhée abondante qui empêche le développement régulier de l'émption, on administrera les mucilagineux, et une petite quantité d'opium pvb bouche ou en lavement. C'est contre cet accident que Lassonne conseillait, daa ks Jfemot res de la Société royale de médecine (an 1779), comme un remède souverain , l'usage du lait qu'il coupait avec la tisane de racine de persil. Lonqae les malades sont agités, inquiets, tourmentés par l'insomnie, on les calme mieol en donnant un bain tiède d'une demi-heure de durée. Je crois aussi qu'en (ocflcas on peut , à l'exemple de Sydeuham , prescrire une préparation opiacée. Ce girand médecin donnait tous les soirs quatorze gouttes de son laudanum, et cela ï partir da cinquième jour jusqu'à la fin de la maladie. Les craintes que ce médicament inspire encore à quelques personnes ne sont donc pas justifiées : Cullen, qui avait une si grande expérience, en donnait à presque tous ses malades dès le cinquième jour et pendant tout le cours de l'affection ; il ne le proscrivait que pendant i*état inflammatoire. Disons enfin que IVlorton, Werlhoff, Freind, fioerhaave, Yan Swiéten , de Haën ont reconnu également l'utilité des opiacés dans le traitement de la variole.

Sydenham voulait que les malades restassent levés pendant les cinq ou six premiers jours de l'éruption; il en agissait ainsi surtout chez les enfants et pendant Fêté : il avait cru reconnaître qu'il prévenait par cette précaution la tendance aux bémorrhagîes passives. Mais les avantages de cette pratique n'ont pas encore été SBflhanment démontrés.

Cependant , dans un grand nombre de cas, le traitement de la variole ne peut être anssi simple. Lorsqu'en effet il y a dès le commencement de l'affection une violente réaction fébrile, lorsque le pouls est large et dur, lorsque l'on obser\e les âgnes de quelque congestion viscérale, on devra pratiquer aussitôt une saignée générale ou locale ; mais il faudra toujours n'employer les émissions sanguines qo*avec la plus grande réserve, et lorsque l'indication est positive. Nous ne saurions par conséquent conseiller d'imiter la conduite de Mead, qui regardait les émissions tangoines comme le premier et le plus nécessaire de tous les remèdes , et qui , CDDséqnent avec cette doctrine erronée, pratiquait deux ou trois saignées dans les deux ou trois premiers jours de la maladie, et ne craignait pas d'y revenir même pendant la période de suppuration, lorsque la chaleur fébrile était trop vive. M. Bonilland se loue aussi de l'application qu'il a faite au traitement de la variole conflnenie de sa méthode des saignées coup sur coup, sans pourtant la poo»^

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aussi loin que dans les pblegmasies franches. Mais ce professeur n*a apporté encore aucune série de faits en faveur de ce mode de traitement que pnMque tous les praticiens repoussent, et qui déjà avait trouvé, dans le siècle dernier, deux ardents défenseurs dans Chirac et dans Sylva.

fl-.est difficile de dire la conduite qu'il faut tenir dans les varioles graVes qui s'accompagnent d'un trouble considérable du système nerveux. Les saignées, les antispasmodiques, comme le camphre et le musc, ainsi que les purgatifs, échouent presque toujours; dans ce cas, la plupart des médecins ont alors recours aux révulsif cutanés , tels cpie sinapismes ou vésicatoires. Mais ces moyens sont sans effet; ils sont en outre irrationnels, puisqu'ils viennent ajouter une nouvelle inflammation à celle qui occupe déjà toute la surface de la peau. Il n'y a donc aucun agent efficace à opposer au délire ou aux convulsions violentes : cependant Gullen dit avoir combattu avec succès ces derniers par de foi*ies doses d'opium ; ce moyen ne saurait donc être négligé. Dans les cas où la variole s'accompagne d'accidents adynamiques, lorsque surtout des hémorthagies passives ont lieu, le vin, le quinquina et les acides minéraux seront indiqués.

Lorsque l'éruption semble se faire lentement et avec peine, on conseille généralement les bains chauds à 28 ou 30° R. , et même tes bains de vapeur ; les boissons chaudes diaphorétiques , quelques stimulants, comme l'acétate d'ammoniaque (8 à 16 grammes et plus dans la tisane), et même quelques toniques si le malade est en même temps affaibli ou prostré ; la peau sera aussi excitée par des sinapismes et par des frictions sèches ou aromatiques. En pareil cas, Huxham se louait beaucoup de l'administration d'un léger émétique. Lorsqu'enûn le défaut d'éruption coexiste avec une chaleur vive et sèche de la peau , avec un état d'éréthisme et d'excitation, il suffira souvent de donner un bain tiède et d'administrer d'après le conseil de Desbois de Rochefort, une petite dose d'opium pour voir presque aussitôt le calme s'établir et l'éruption se faire régulièrement.

Un des principaux dangers de la variole résidant dans la quantité et dans le développement des pustules, beaucoup de médecins ont tenté, à différentes époques, d'en limiter le nombre, ou, une fois développées, de les faire avorter : c'^t dans ce but qu'on a employé les saignées copieuses, les aiïusions froides, qu'on a administré les vomitifs et les purgatifs répétés, et donné à l'intérieur des doses considérables d'acides minéraux, de préparations antimoniales et mercurielles..Mals ces remèdes violents n'ont jamais produit les heureux i^>sultats qu'on s'en était promis, et c'est avec raison qu'on y a généralement renoncé. J'en dirai de même de b pratique de M. Ëichhorn , qui conseille dans la fièvre d'invasion , ou au plus tard dès que l'éruption commence, de pratiquer sur la peau quarante à cinquante incisions, et d'y introduire la plus grande quantité possii)le de virus vaccin.

Quelques uns, dans l'espoir de prévenir les accidents de résorption, ont conseillé de considérer les pustules comme de peiiis abcès , et d'en faire l'ouverture : mais leur nombre rend cette pratique tout à fait inexécutable. D'ailleurs la simple incision, laissant l'épiderme en place, n'empêche pas le pus nouvellement sécrété de s'accumuler et de séjourner au-dessous.

La cautérisation des pustules par le nitrate d'argent, conseillée par MM. Brotonneau. Serres, Velpeau (c'est la méthode ectrotique), acompte beaucoup de partisans. Mais pour que cette méthode fût efficace , il faudrait cautériser chaque pustule en particulier, ce qui est peu avantageux dans la variole discrète, et tout à fût impraticable dans la variole conflueote : aussi, dans celle-ci a-t^on conseillé de faire la cautérisation m masse, à l'aide d'un pinceau trempé iêas une solution con»

(éitrée d'aiotace d'irgeat* Mais rexpérience ne 8*est pas prononcée en faveur de ode pratique donlourense, qui rarement d*aiUears a été utile, et a peot^tre quel* ^kIoîs été cause de graves accidents. Quelques uns de ceux qui n*ont pas adopté Il cautérisation comme méthode générale, en ont néanmoins r^ervé l'emploi pour ttre avorter les pustules du bord libre des paupières : mais nous n'avons recgonu 8DCUB avantage k cette médication, qui est aujourd'hui assez généralement aHûi- (laoée. Si l'on veut obtenir de la cautérisation l'effet qu'on désire, on devra la faire dans les quatre ou cinq premiers jours de l'éruption.

Sailloa, et plus tard Zimmerman, Rosen, etc., avaient autrefois remarqué que des emplâtres mercuriels avaient arrêté le développement des pustules varioliques. ûa Caits avaient été presque oubliés , lorsque M. Serres , et plus récemment MM. Briquet et Nonat, entreprirent de nouvelles expériences qui ont prouvé l'utiité des tq>iques mercuriels , et surtout de l'emplâtre de Yigo. Ainsi M. Briquet, qui a pabbé sur ce sujet le travail le plus complet dans les Archives de l'année 1818, a reconnu que, lorsque dès son début on recouvre l'éruption pendant quatre ou cinq jours d'un emplâtre mercuriel , on empêche le travail de suppuration de se frire et l'on détermine la résolution de quelques pustules; mais la plupart sont truMfoiTDées en vésicules ou en une sorte de tubercules durs. Pour produire ce rfsuhat , on se sert communément de l'emplâtre de Yigo cum mercurio, qu'on étend ee couche de /i à 5 millimètres d'épaisseur sur une toile assez grossière ; on l'applique ensuite sur le visage , qu'on recouvre complètement , en ménageant cependant des ouvertures au niveau des narines, de la bouche et des yeux. Cet emplâtre est maintenu sur la face à l'aide d'une bandelette de diachylon placée transversalement sur la lèvre supérieure, que l'on croise derrière la tète, et dont les deux bouts viennent ensuite se réunir au milieu du front. M. Briquet conseille aussi de mettre le même emplâtre sur la plus grande partie de la peau. Il semble qu'il est prudent d'imiter cette pratique, puisqu'elle a pour effet de s'opposer à la suppuration, à tous les accidents qui en sont la conséquence, de calmer les symptômes généraux, de les rendre moins graves, et d*empêcher les cicatrices dif« formes. Cependant quelques objections peuvent lui être faites. Le traitement par l'emplâtre de Yigo n'offre certainement aucun danger quand on n'agit que sur la face; mais en serait-il de même si l'on opérait à la fois sur la plus grande partie du corps? Ne pourrait-il pas en effet en résulter une répercussion fâcheuse? C'est ce qu'on ignore ; mais il a eu parfois l'inconvénient grave de produire une salivation plus ou moins abondante. Le traitement de l'emplâtre de Yigo est d'ailleurs incommode et pénible, il reste souvent sans effet, ou du moins il n'a que des effets incomplets en raison de la difficulté qu'il y a de maintenir très exactement l'emplâtre sur tous les points de la face et parce que les malades le détachent quand ils ont du délire. C*est en raison de ces inconvénients qu'on a proposé d'étendre l'emplâtre de Yigo â l'aide d'un pinceau après avoir été préalablement fondu et maintenu fluide au hiin-marie. Mieux vaut peut-être encore se servir de l'onguent mercuriel qu'on étend en couches minces sur les points envahis; mais la pommade fondant facilement, il est nécessaire de la renouveler souvent, on évite en partie cet inconvénient en solidifiant un peu la pommade mcrcuriellc par son mélange avec un tiers d'amidon. L'emplâtre de Yigo n'agit point par compression, mais uniquement par la préparation mercurielle qu'il contient. C'est en vain , en effet , que j'ai comprimé les pustules varideuses avec des bandelettes de diachylon ou un bandage roulé, je n'ai jamais pu réussir à les faire avorter, tandis qu'on peut arriver à ce résultai cp faisant dea onctions avec une poounade mercurielle. i%

On a encore conseillé, dans ces derniers temps comme moyeu abortif, de recouvrir la face d'une couche de collodion. J'ai quatre fois expérimenté ce moyen sans aucun succès. Une fois même pour rendre le résultat plus évident, je n'ai enduit de collodion qu'une de& moitiés de la face, abandonnant l'autre moitié aux seuls efforts de la nature, et contrairement aux prévisions, celle-ci a guéri plus promptemént et a offert des cicatrices moins difformes que la première. J'ai répété la même expérience et avec le même résultat sur les avant-bras. On s*explique pourquoi les cicatrices ont été plus nombreuses et plus profondes sur les points touchés par le collodion , quand on réfléchit que cet enduit a dû empêcher la suppuration de s'écouler librement et l'a tenu par contre eu contact prolongé avec le derme. En Allemagne, le docteur Cfaristen est arrivé au même résultat {Gazette médicale, année 1853).

Lorsque les pustules ont suppuré, lorsque la tuméfaction est considérable, il convient , pour prévenir la résorption du pus et l'érosion de la peau , de percer le sommet des pustules avec unç lancette, et d'absterger avec soin la matière qui s'en écoule. Cette pratique, employée anciennement par les Arabes, a été aussi préconisée avec raison par Yan Swiéten , par Tissot , par Rosen, par StoU et par les deux Frank. Pendant la période de dessiccation, on suiTeillera les malades; on les empêchera de se gratter et d'arracher les croûtes, ce qui irrite et rend saignantes les surfaces dénudées, et devient souvent la cause de ces cicatrices couturées qui défigurent beaucoup d'individus. On tâchera de calmer le prurit, et l'on favorisera la chute des croûtes par des onctions huileuses et des lotions faites avec une eau mucilagineuse et narcotique (décoction de graine de lin et de têtes de pavot). On devra aussi changer de linge aussitôt qu'il est roide et puant ; c'est un soin qu'on néglige trop souvent. Pendant la convalescence, il faut surveiller le régime des malades, et éviter qu'ils ne se donnent des indigestions, que leur voracité rend très fréquentes.

Variole inoculée. — Les médecins ayant remarqué que dans certaines épidémies la variole emportait presque tous ceux qu'elle atteignait, voyant en outre que la gravité de cette maladie dépendait souvent des circonstances accidentelles au milieu desquelles elle s'était développée, proposèrent de l'inoculer, ce qui permettait de choisir le temps, l'âge, la disposition du corps la plus favorable pour le développement et la terminaison heureuse de l'éruption. Cette pratique, usitée depuis longtemps en Orient , ne se répandit en Europe que vers 1675. Cependant elle était encore presque inconnue en France au commencement du xviir siècle : ce fut vers cette époque que, défendue et prônée par les philosophes et surtout par les deux plus grands d'entre eux, par Voltaire et J. J. Rousseau, ayant aussi pour défenseurs Antoine Petit, Bordeu et la Faculté de médecine, elle ne tarda pas à se répandre , et elle était assez généralement adoptée par les médecins lorsque la vaccine fut découverte. Inusitée complètement aujourd'hui , on ne devrait pas hésiter à y recourir encore si , aux prises avec la variole, on manquait de virusvaccin. C'est ce que Jenner lui-même fit pour son propre fils.

On inoculait la variole de la même manière qu'on inocule de nos joui^ la vaccine. Au troisième jour, une papule se développait au point d'insertion du virus ; au quatrième jour, on apercevait une vésicule qui blanchissait, s'aplatissait, s'ombiliquait vers le sixième jour, et s'entourait d'un cercle rouge phlegmoneux ; mais au septième jour apparaissaient des phénomènes nouveaux : la maladie , locale jusqu'alors , devenait générale. Les individus avaient tous les prodromes de la variole discrète, et,||^rès trois jours, apparaissaient sur divers points du corps

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iraieoQ quarante boutoDS qui suppuraient en trois ou quatre jours, sedessé- (iûQt ensuite, et ne laissaient presque aucune trace. Telle était dans la plupart écas h marche de la variole inoculée. Cependant quelquefois on a vu une variole carfoente se déclarer et la mort en être la conséquence.

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