‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 27 sur 148 · DE LA VACCINE , OU DE LA PROPHYLAXIE DE LA VABIOLE · texte numérisé non relu

DE LA VACCINE , OU DE LA PROPHYLAXIE DE LA VABIOLE

n se développe spontanément sur le pis des vaches une éruption particulière lomaiée cowpox^ de deux mots anglais, cow, vache, eipox^ variole (variole des taches). Les pustules qui constituent cette éruption contiennent un fluide virulent appelé vaccin, lequel, inoculé à l'homme, détermine à son tour une éruption spécak nommée vaccine, qui a la propriété de préserver l'individu de la variole.

Historique, — Quoique la vaccine ait été connue des médecins indous et per- BDs; quoique depuis le milieu du dernier siècle on ait à plusieurs reprises, tant eo An^eterre qu'en France, signalé la possibilité d'inoculer la picote des vaches à rbomme pour le préserver de la variole , cependant on ne saurait contester à Edouard Jenner la gloire d'avoir réellement démontré la vertu préservatrice de la Tacdne et d'avoir popularisé cette admirable découverte. Ce ne fut qu'en 1798, c'est'^-dîre après douze ou treize ans de pénibles recherches, que Jenner publia ses premiers travaux, qui ont immortalisé son nom, et lui ont assigné une place émioente parmi les plus grands bienfaiteurs de l'humanité (1).

La vaccine a été en France l'objet de quelques travaux sérieux. Nous citerons surtout ceux du comité central de vaccine et de M. Husson , son secrétaire. Ce médecin a publié , en outre , dans le Grand Dictionnaire des sciences médicales, QD bon article qu'on lira avec intérêt (article Vaccine). Nous mentionnerons aussi rexceflent livre de M. Bousquet : ce médecin est aujourd'hui en France celui qui s'occupe avec le plus de succès de tout ce qui est relatif à l'histoire de la vaccine. Enfin, M. le docteur Steinbrenner a publié un grand travail couronné par l'Académie des sciences, et où l'on trouve exposées avec conscience et talent toutes les questions relatives aux vaccinations et aux revaccinations.

Précautions à prendre pour la vaccination ; manière de la pratiquer, — On peut vacciner dans toutes les saisons et à tout âge. On attend généralement que les enfants soient âgés de deux ou .trois mois pour les inoculer ; mais cette pratique n'a aucun avantage, et ce retard a été cause que beaucoup ont eu une variole qu'on aurait pu leur éviter. Nous croyons qu'il ne faut pas tarder plus d'un mois pour vacciner les nouveau-nés. J'ai inoculé mes deux enfants dès la fm de leur première semaine, et si l'on était en temps d'épidémie de variole, il faudrait le faire dès le premier jour de la naissance. A plus forte raison doit-on en a^ir ainsi quand les individus vivent dans une atmosphère varioliquc ; et quand leur constitution étant affaiblie, une invasion de variole serait à redouter. Telle n'est pas l'opinion de M. Legendre qui, regardant la vaccine comme une maladie, craint que si, à la secousse produite dans l'économie par l'inoculation du vaccin on joint celle qui détermine b variole, on aura deux maladies au lieu d'une, circonstance grave chez des sujets affaiblis (2) ; MM. Barthez et Rilliet ont les mêmes craintes. Ce sont là des idées

(I) Le docteur Michéa a publié, dans le numéro du 11 septembre 1847 de V Union médicale, UD article prouvant que Tinoculation , et chose plus merveilleuse encore , la vaccine , étaient coooues des médecins indous. L'extrait qu'il donne du Sateya Grantham, livre sacré attribué i Dkanwantarit le prouverait sans réplique.

(î) Archivée de médecine, année 1844, ou Recherches anatoma-pathologigues et chimiques, p. ai».

9/i DES nÈVRES.

au moins exagérées. On verra, en effet, bientôt que la vaccine c(MElfliiioiiTeau*nés constitue moins une maladie qu'une indisposition. Gomme d'ailleurs, lorsqu'un individu est en rapport avec des vanoleux, on ignore l'instant précis où il est impressionné par le contagium , il y a toujours urgence à lui inoculer le vaccin pour le préserver d'un péril imminent, et, si la variole survient, pour la modifier parfois, ainsi que M. Legendre lui-même en établit la possibilité.

Il n'y a aucune préparation à faire subir aux sujets qu'on doit vacciner. L'opération de la vaccine est fort simple. Yaccine-t-on de bras à bras, on déchire d'abord l'épiderme qui emprisonne le pus , on en prend une goutte sur la pointe d*une lancette, puis l'opérateur saisissant avec la main gauche la partie postérieure du bras du sujet, de manière à tendre la peau, de l'autre main, armée de l'instrument, il introduit celui-ci horizontalement sous l'épiderme dans une longueur de quelques millimètres. On retire bientôt la lancette, en retournant un peu la lame de manière à l'essuyer. Si le vaccin dont on se sert est solide, on ne l'inocule qu'après l'avoir délayé dans une très petite quantité d'eau. Il convient de faire ainsi deux ou trois piqûres à chaque bras; elles seront distantes les unes des autres de 1 centimètre environ, et l'on devra les faire préférablement vers Tinsertion du deltoïde, et jamais sur l'épaule, afin d'éviter, chez les petites filles surtout, des cicatrices désagréables. On est dans l'habitude de faire quatre à six piqûres, parce qu'il est rare que toutes réussissent. Quelques uns croient aussi avec Ëichhom, que plusieurs boutons préservent mieux et plus longtemps qu'un seul. Cet auteur a prescrit même de faire seize ou vingt piqûres pour exciter une réac- . lion fébrile qu'il regarde comme indispensable, et d'un effet d'autant plus certain qu'elle est plus vive. Cependant personne en France n'a adopté cette pratique, car il n'est nullement prouvé que la vertu préservatrice de la vaccine soit d'autant plus certaine que les effets locaux et généraux sont plus intenses.

L'absorption du vaccin se fait avec une rapidité cxti*aordinaire ; ainsi non seulement le i)etlt écoulement de sang qui a lieu par les piqûres n'entraîne pas le virus au dehors, mais Ilard a même cherché vainement à prévenir l'infection en lavant les piqûres aussitôt faites et en activant l'écoulement du sang par l'application d'une ventouse.

Effets de V inoculation vaccinale, — Au moment de l'inoculation, il se forme presque toujours autour de la piqûre une aréole rôuge qui disparait après quelques minutes, et qui ne présage pas, comme on l'a dit, le succès de la vaccine. Pendant les trois premiers jours, la partie vaccinée ne présente aucun changement; mais dès la fin du troisième ou du quatrième jour ^ on conunence à sentir au niveau de^s piqûres un point dur et saillant, qui grossit le cinquième jour ^ et devient le siège d'un prurit ; au eixième, il s'élargit, s'aplatit , s'ombilique à son centre, et prend une teinte d'un blanc bleuâtre. Au septième et au huitième jour^ la pustule augmente; une aréole l'entoure; l'inflammation s'étend au tissu cellulaire. Au neuvième et au dixième jour, l'aréole s'étend, l'engoi-gcment augmente ; il y a par fois un peu de fièvre, d'agitation ou de malaise. Ces phénomènes de réaction sont généralement à peine marqués chez les enfants, quelque jeunes qu'ils soient. Il n'en est plus de même des adultes. Chez eux, en effet, la fièvre est plus forte, la rougeur et l'induration phlegmoneuse sont plus étendues, et les ganglions axillaires, enfin, sont plus souvent tuméfiés et douloureux que chez les enfants. Quoi qu'il en soit, au onzième jour, la pustule se flétrit; elle brunit, l'aréole pâlit et jaunit. Du douzième au treizième jour, la dessiccation s'opère; enfin, la croûte tombe du vingtième au vingt^inquièmejour^ et laisse à découvert une cicatrice gaufrée et rayonnée*

DE là. TACGINE. 95

SFoo éifÊdie anatomiquement le boatoo vacciDal, on voit qu*il siège dâus le ovp nraqueui. Coniiiiué d'abord |)ar an tubercule, il offre plQ« tard, quand on ''wtmt, une foule de petites cellules séparées, sans communication entre elles, cou* lEsant on fluide, le vacciu. Cette disposition existe surtout du sixième au neuvième jaor. Enfin, lorsque la suppuration est bien établie, toutes les cloisons se rompent, et l'on ne trouve plus qu'une cavité.

La vaccine n'offre pas toujours une marche aussi régulière que je viens de le dire: ainsi la période d'iucubation peut être ou plus longue, ou plus courte; ce knàtr cas doit toujours inspirer des doutes sur la bonté de l'éruption. Si plusieurs hmitùtm surviennent sur le même sujet, ils ont presque toujours la même marche et le même développement : cc|)eudant il n'est pas rare d'observer le contraire, de w, par exemple, des pustules toucher à leur fin, tandis que d'autres ne font que ée commence.

Dans la presque totalité des cas, les pustules ne se développent que sur les points Bémes où l'inoculation a été prati(iuée : cependant ou a vu exceptiomiellement ine éro|ition vaccinale, plus ou moins abondante, se montrer plus ou moins loin èi lien d'insertion sans qu'on puisse expliquer ce fait par une inoculation secon- Qoelques personnes ont regardé ces boutons sumumérairet de vaccine appartenant à des varioles bénignes modifiées par la vaccination. Mais si cette opinion est vraie, pour quelques faits rapportés notamment par Woodville, «lie ne serait plus juste pour beaucoup d'autres.

Fmtme vaccine, — Indépendamment de l'éruption que nous avons précédemaoeat décrite, l'inoculation vaccinale |)eut en produire une autre, différente de la première par sa marche, sa forme et sa durée. Elle se montre dès le premier ou dès le deuxième jour, n'offre ni dépression centrale, ni bourrelet, ni éclat argenté; kr boaton est acuminé, et lorsqu'on le perce il laisse échapper un fluide qui^ en se desséchant, ressemblée de la gomme; la tumeur se vide tout d'un coup, parce que, contrairement \i la pustule vaccinale, elle n'est formée que d'une cavité. Enfin, cette éniption parcourt toutes ses périodes en six ou sept jours, c'est^^i-dire qu*elle fmtt à répoque où la bonne vaccine est sur le point d'arriver ù son apogée. L'éruplion dont je \iens de parler s'appelle fausse vaccine, parce qu'elle n*a aucune vertu l^réservatrice. Les causes ordinaires de la fausse vaccine sont l'inoculation d'un laccin vieux ou altéré, ou bien l'insertion du virus sur un individu qui a eu jadis la variole on une vaccine régulière.

Le» auteurs parlent encore d'une éruption vaccinale qu'ils nomment vaccinelle^ qai serait à la vaccine ce que la varioloîde est à la variole. C'est en effet une vacrine véritable, puisqu'elle peut se reproduire, se transmettre par inoculation : mais elle est moins régulière que la vaccine franche. Ainsi les pustules ayant des bords iplat», irréguliers, contiennent peu de liquide ; il n'y a pas d'induration ; rinllammation marche avec rapidité, et dès le septième ou le huitième jour les croûtes sont déjà bieu formées.

Lorsqne la vaccine n'a pas pris ou lorsque l'éruption n'a pas offert les caractères de b vaccine régulière, il faut renouveler l'opération après une ou plusieurs 8c« naines. Il faut souvent répéter plusieurs fois l'inoculation avant d'obtenir un bon résnltat Cette résistance se remaitjue surtout chez les jeunes gens et chez les idnliea. Mais il est infiniment rare de rencontrer des individus qui soient absolument réfractaires à l'inoculation vaccinale. Aussi, en cas d'insuccès, il vaut mieux, lÎDsi que le remarque M. Husson, multiplier les essais indéfiniment, plutôt que de i^aadomiir dans vue fausse sécurité.

Traitement. — Il n'y a rien à changer aux habitudes d'un sojel vacdné. Si l'inflammation locale était trop vive, on couvrirait la partie de catapbsmes émoilients ; s'il y avait un peu de fièvre, on prescrirait la diète et l'usage de quelques délayants.

La vaccine n'est pas tme affection purement locale. — En effet, la vertu préservatrice de la vaccine, et les cas bien constatés de boutons sumieméraires^ prouvent sufiisamment que le virus résorbé agit sur toute l'économie.

Epoque à laquelle la vaccine est préservatrice de la variole, — On n'est pas d'accord sur l'époque à laquelle la vaccine commence à être préservatrice. Les uns disent que ce n'est qu'au neuvième jour, c'est-à-dire à l'époque où l'on suppose que le virus résorbé agit sur toute l'économie; d'autres, au nombre desquels il faut citer M. Bousquet, prétendent que l'infection s'accomplit pendant la période d'incubation, et, regardant le développement du bouton comme la conséquence ou la preuve de cette infection , ils admettent que la vaccine est préservatrice dès le troisième jour au plus tard. On ajoute même que l'éruption peut manquer complètement, que du malaise et de la fièvre arrivant du troisième au huitième jour peuvent être les seuls accidents de l'infection , et qu'ils suffisent pour préserver les individus de la variole aussi bien que ceux qui ont eu une vaccine régulière. Cette opinion ne me semble pas encore être appuyée sur des faits suffisamment nombreux et parfaitement authentiques. Nous doutons aussi que la vaccine ait acquis toute la plénitude de sa vertu préservatrice avant le sixième ou le septième jour : ce qui semble le prouver, c'est que plusieurs médecins, notamment Mongenot, Eichhom, M. Taupin et M. Bousquet lui-même, ont donné une vaccine régulière à des enfants avec du vaccin pris sur ces derniers, et provenant d'une inoculation faite sur eux cinq ou six jours avant

A quelle époque peut-on prendre du vaccin dans les boutons? — M. Bousquet s'est assuré qu'un bon vaccin existe déjà dans un bouton qui ne fait que de naître ; mais il est en petite quantité , et on ne l'extrait qu'avec peine. Ce n'est que du sixième au huitième jour qu'il convient de s'en servir. U n'y a aucun inconvénient pour les enfants à recueillir du vaccin sur eux. La préservation est aussi complète chez eux que chez les individus dont on a respecté les pustules.

Qualités du bon vaccin. — Le bon vaccin est liquide, clair, limpide, diaphane, parfois un peu jaunâtre, légèrement visqueux ; il sort lentement du bouton piqué, et se dessèche promptement à l'air sous la forme d'un enduit gommeux. Ce fluide n'est point volatil ; appliqué sur l'épiderme, il n'y exerce aucune action : il faut , pour qu'il soit absorbé, que la peau soit dénudée. £n règle générale, plus le vaccin est jeune, plus il est actif; ses effets sont d'autant plus sûrs que le bouton en ocmitient moins. Toutes choses égales d'ailleurs, le vaccin qu'on prend sur les Jeunes enfants a des effets plus certains que celui provenant de personnes âgées. Dans le monde, les pai*ents se préoccupent beaucoup de l'idée que leurs enfants ponrndeiit être vaccinés avec du mauvais vaccin , c'est-à-dire provenant de sujets maisaios. Quoiqu'il n'y ait pas plusieurs qualités de vacchi , quoique le virus qu'on retire d'un enfant fort ou faible, d'un individu ayant la syphilis, les scrofules, etc. , ait en général la même efficacité , cependant il y a toujours intérêt à prendre du vaccin chez des sujets vigoureux , attendu que , chez les individus faibles, on voit le virus dégénérer promptement : c'est du moins ce que les expériences de M. Bousquet semblent établir.

Le virus vaccin devra être renouvelé le plus qu'on pourra ; mais comme le cowpox n'est pas aujourd'hui chose commune , quelques personnes avaient pensé qu'en

C le Taccki de l'homme à la vache on lui donnerait une nouvelle énergie. fis lùBiefS d'expériences , faites par ordre du gouvernement bavarois dans ces fine dernières années, confirment cette doctrine; mais en France elle a trouvé nadvemire redoutable dans M. Bousquet, qui, ayant répété les mêmes expériiois, a vu que h vache rendait le vaccin tel qu'on le lui donnait , c'est-à-dire ni jks ni moins actiL

Mode de conservation du vaccin, — Le vaccin est conservé généralement entre en pbcpies de verre Intées avec de la cire et entourées d'une lame de plomb. OiKsert aussi de tubes de verre capillaires. Pour les remplir, ils doivent être «fcm à leurs deux extrémités; on en met une en contact avec une goutte de faodn , qui pénètre par capillarité. Le petit tube rempli , on le ferme à la lampe. Quand <mi veut s'en servir, on casse les deux bouts du tube , et , soufilant par une ia extrémités, on projette sur une cuiller, ou tout autre corps poli, le vaccin qui y ot cooteou. Gomme on le voit, la conservation du vaccin dans les plaqua est plus commode et partant préféraUe à la méthode des tubes. Celte dernière a été adoptée par l'Académie de médecine, et je suis heureux d'invoquer aussi en faveur de mon opinion l'autorité de M. Bousquet , qui en cela , comme pour tout ce qui concerne la vaccine , a une grande expérience. Mais il faut reconnaître que la vaccination laite avec le virus conservé dans les plaques ou dans les tubes échoue très sou-> fcnt, et que, par conséquent, il faut, autant que faire se peut, vacciner de bras à bras, c*€st-^-dire prendre le vaccin directement sur un enfant.

Le virus vaccin a-t-il dégénéré depuis Jenner? — La chose me parait incontestable. U y a peu d'années , M. le docteur Perdreau ayant découvert du cowpox sur one vache i Passy, M. Bousquet le recueillit, l'inocula sur un bras, et vaccina avec rancien vaccin le bras opposé. Or il résulta de cette comparaison que le nouveau virus réussissait dans des circonstances où l'autre échouait : le premier donnait des pustules plus larges, plus belles, plus brillantes, et excitait une inflammation et une fièvre plus fortes. Des expériences semblables faites en Angleterre» en AUemagne, en Italie, et renouvelées il y a peu d'années en France par MM. Magœdie et Fiard, ont donné les mêmes résultats. Le vaccin dégénère donc ; d'où il soit qn'on doit, ainsi que Jenner l'avait d'ailleurs conseillé, le renouveler le plus nuvent possible.

Durée de la vertu préservatrice de la vaccine, — Dans ces derniers temps, on a beaucoup discuté la question de savoir si la vaccine préservait pour toujours de la variole, ou si elle n'avait qu'une vertu préservatrice temporaire. Cette grave qoestâon d'hygiène publique n'est pas encore suffisamment résolue. Cependant il résnltie des documents officiels très nombreux recueillis surtout en Danemark, en Soède, eo Allemagne, en Prusse et en Angleterre, documents qui ont été analysés en partie par deux médecins distingués, MM. Dezeimeris et Hardy, dans le tome II* da joamal V Expérience^ que la variole est très fréquente chez les sujets vaccinés. Ce lait est incontestable, il est d'ailleurs connu depuis longtemps. Ainsi, en France, par exemple, les personnes vaccinées sont entrées, dans ces dernières années, pour oa peu plus d'un tiers dans la somme totale des varioleux (Serres), et celte proportion tend même à augmenter d'année en année. Enfin la variole , rare avant la aenvième année de vaccination, sévit surtout chez ceux dont la vaccine remonte déjâi une époque éloignée, comme dix, quinze ou vingt ans. Cela autoriserait donc \ penser que le virus vaccin ne présene que pour un temps de la variole, et qall convient de faire des revaccinations. Mais on peut objecter à cela un fait iacontesuble, savoir que, passé trente-cinq ans, l'aptitude des vaccinés ii contractar

T. t. — 6« iWT. "ï

9S DBS tnÈTRES.'

la variole défient très faible, presque nulle ; ce qui prouTé, dit M. SiHtas dans Sett remarquable Rapport sur le prix de vaccine pour 1865, que Taffaiblisseinent présumé de la vertu préservatrice de la vaccine n'est pas Tunique causé de l'atteinte des vaccinés par la variole. Il faut, en effet, faire ici la part de l'aptitude extrême qu'a l'organisme dans le jeune âge ^ contracter la variole, aptitude qui s'affaiblit à mesure qu'on avance dans la vie. Quoi qu'il en soit , on en a conclu avec raison à la nécessité des revaccinations.

Revaccinaiions. -^ La pratique des revaccinations est généralement adoptée dans les pays du Nord , et elle tend aussi k se répandre en France. On peut invoquer en sa faveur qu'une foule d'épidémies de variole, sévissant chez des vaccinés, se sont tout k coup arrêtées dès qu'on eut soumis à la revaccination les individus exposés à la contagion. Ces faits sont désormais acquis à la science. C'est à l'aide de la revaccination, appliquée comme méthode générale, qu'on a presque complètement éteint la variole dans les armées de Prusse et dans le royaume de Wurtemberg.

Quoique tous les auteurs qui se sont occupés de la question que nous agitons ici s'accordent à reconnaître qu'il est difficile de [préciser exactement l'âge où les revaccinations doivent être faites de préférence, cependant on croit assez généralement qu'il est prudent d'y recourir en temps d'épidémie entre la huitième et la neuvième année, et hors de ce temps à partir de la quatorzième jusqu'à la trentième ou trente-cinquième. On revaccinera indistinctement tous les sujets, sans avoir égard à l'aspect des cicatrices; car celles-ci, quelque belles qu'elles soient, n'indiquent pas que la vertu préservatrice de la vaccine sera absolue. Avouons cependant qat la réussite des revaccinations ne trahit pas toujours d'une manière certaine une aptitude plus grande des individus à contracter la variole ; mais c'est simplement une probabilité, car on connaît actuellement un grand nombre de médecins d'hôpital qui, ayant eu la variole dans leur enfance^ qui, soignant journellement des varioleux, se sont vaccinés dans ces conditions, et ont vu une vaccine régulière se développer. U est donc des organisations qui sont aptes à ressentir successivement les effets de la variole et du vaccin ou ceux du vaccin et de la variole ; nous savons aussi qu'il en est chez lesquels une première atteinte de variole ne préserve pas d'une seconde, et qu'il en est beaucoup d'autres qui peuvent ressentir plusieurs fois les effets du covpox, ainsi que Jenner l'a d'ailleurs établi le premier. Si donc la variole n'est pas toujours un préservatif certam, absolu pour elle-même, il serait injuste de vouloir exiger plus de h vaccine. Mais s'il est vrai ( et cda est incontestable) que la vaccine ne met pas nécessairement à l'abri d'une variole copséctitive, il est certain du moins qu'elle rend celle-ci tellement bénigne, que la mort en est rarement le résultat Ainsi, tandis qu'en 1 Slii la variole a emporté en France plus d'un septième de ceux qu'elle a atteints et qui n'avaient pas été vaccinés. Il mortalité n'a été que de 1 sur 100 pour ceux qui ont contracté la maladie après avoir eu la vaccine (Gaultier de Claubry). L'épidémie de Marseille de 1828, et celle que Thomson a observée à Edimbourg en 1818, ont môme prouvé que la variole avait été moins souvent funeste chez les sujets vaccinés que chez les individus qui avaient eu antérieurement une première petite vérole. Quoi qu'il en soit, presque tous les vaccinés qui sont impressionnés par le contaglum variolique ont une variololde plutôt qu'une variole; et dans les cas rares où il y a variole, on trouve que l'éruption dans les trois quarts des cas est très discrète. La variole peut même être modifiée dans ses symptômes et dans sa marche, lorsqu'elle se développe concurremment avec la vaccine. Cette modification sera d'autant plus marquée,

DE LA TAftIOLOÎDE. M

pins sûre, qne la vaccine sera parvenue à une période plus avancée au de Témplion varioliquc. Il paraît aussi que, lorsque la vaccination est faite ic la période d'incubation de la variole, celle-ci peut modifier la vaccine dans isprincipaax phénomènes locaux: ainsi Taréole inflammatoire esté peine mar- ^■ée; Fengorgement du tissu cellulaire est peu senable ou manque même complet teOKBi, et les cicatrices succédant à la chute des croûtes sont moins profondes. M. CSéranlt, qpii a étudié cette question dans sa Thèse (18^5), a t^uvé que, sur 4i cas de vaccine compliquée de variole, la première a présenté 55 fois ks modffiotioQs qne je viens de signaler. Des faits semblables sont également cités dans le mémoire de M. Legendre dont j*ai parlé précédemment

Q^eit-ce que U virus vaccin? — On a pu juger, d'après ce qui précède, de raaalogîe et des différences qui existent entre l'éruption varioliqne et l'éruption vaocmale. Mais quel rapport y a-t-il entre les deux virus? On a soutenu que le liras vaccin n'était autre chose que le virus varloleux, qui, inoculé à la vache^ t'écaic aiiui modifié et adouci. Un médecin anglais a prétendu» en effet, qu'ayant iMcnié la variole à une vache en l'enveloppant de la couverture d'un varioletix, ranimai avait pris la variole, et qne celle-ci, reportée sur l'homme, s'était changée en vaccine. Ce fait, s'il est exact, est unique dams la science ; car jusqu'à présent loos les expérimentateurs qui se sont occupés de cette question ont toujours échoué loraqn'ils ont voulu transmettre la variole de l'homme à la vache. Nous ignorons dûBc encore les rapports que les virus vaccin et varioleux ont entre eux. Y a-'t-il ideatilé, ou solidarité, ou bien incompatibilité? C'est ce qu'il est impossible de dire dans l'état actuel de la science. Le mode d'action du vaccin peur préserver de la variole est encore un de ces mystères qu'il ne nous a pas été permis de percer.

De^ d'utilité de la vaccine. — Il est des auteurs enthousiastes qui ont fait de la vaccine nne panacée pour toutes les maladies de l'enfance, tandis que ses détracteurs l'ont accusée de produire le rachitisme, les scrofules et la phthisie. L'obset^ ?atioa a depuis longtemps fait justice de toutes ces assertions ; on peut affirmer SDÎoard'hni que la vaccine ne guérit aucune maladie de Tenfance, et qu'elle ne peut préserver les individus d'aucune autre affection que de la variole.

Que dire de cette étrange doctrine mise en avant par un mathématicien, que la laccine aarait transformé la variole en la fièvre typhoïde , et qu'en faisant disparaître à peu près la variole, elle aurait donné naissance à une maladie non moins danleereiise et transporté la mortalité du jeune âge sur l'âge adulte , de sorte que rhamanité aurait plutôt perdu que gagné à la pratique des vaccinations! Le bon scDs comme la science proteste contre une pareille hérésie, et il n'est pas besoin d'apprendre à des médecins instruits que la fièvre typhoïde n'est pas nouvelle, qu'avant le bienfait de la vaccine elle exerçait les 'mêmes ravages que de nos jours, et qaVlle respecte aussi peu les vaccinés que ceux qui ont été varioles ; c'est ce que la pratique des hôpitaux nous apprend journellement.

DE LA VARlOLOÏDiE.

SrvoinrviE. — Variole modifiée ; varicelle (Hisluleuse umliiliqtiée.

Le mot varioloîde a été proposé par Thomson pour désigner une éruption cutanée pustuleuse qu'on n'observe guère que chez les sujets vaccinés ou chez ceux qui ont ea déjli une première variole; elle ne diffère de cette det*nière affection qae par h rapidité de sa marche et par l'absence de toute fièvre secondaire.

100 DES nÈTRES*

Bisiùrique. — La varioloïde n*est point une affection nouvelle, commB quelques personnes Tout pensé. Si, en effet, on parconit la relation des principales épidémies de variole que les anciens nous ont laissée, ou voit que ces auteurs ont souvent remarqué que des individus ayant eu déjà une variole à une époque plus ou moins éloignée contractaient parfois une éruption varioliforme^ dont ils n*ont pas su toujours bien définir les caractères, et qu'ils ont décrite, soit comme une varicelle, soit comme une variole ordinaire ; mais leur description a plus de rapports avec ceUe que nous allons présenter de la varioloîde. Quoi qu*il en soit, ces varioles consécutives ou modifiées ont plus spécialement fixé Tattention des médecins depuis rintroduction de la vaccine.

Symptômes etmarclie. — La varioloîde s'annonce par les mêmes symptômes prodromiques que la variole. Nous les avons vus aussi intenses, aussi violents que dans les varioles confluentes. L'éruption commence du troisième au quatrième jour par des taches rouges, au centre desquelles est une papule dure et saillante. L'éruption a presque toujours lieu simultanément ou presque simultanément sur tout le corps; d'autres fois, plusieurs éruptions successives se font à un ou deux jours de distance. Le nombre des boutons varie : dans quelques cas on n'en trouve que dix à douze disséminés sur la figure, sur le tronc et les membres ; le plus souvent leur nombre dépasse cent ; enfin, il n'est pas rare de voir l'éruption être confluente et recouvrir la presque totalité du corps. Dès le lendemain de leur apparition, le^ élevures contiennent un fluide séreux; vers le troisième ou le quatrième jour, elles sont aplaties, et pour la plupart ombiliquées. Elles résistent au toucher, et sont entourées d'une aréole rouge. Au sixième ou septième jour, le liquide qu'elles renferment est opaque : il cominmence à se concréter dès le septième ou huitième ; la dessiccation est complète vers le neuvième ou dixième. Les malades n'exhalent pas alors l'odeur fétide qu'on remarque chez les varioleux ; enfin, \ la chute des croûtes, on trouve rarement de petites cicatrices circulaires, mais ce sont plus souvent des points indurés, des tubercules qui se résolvent très lentement, ou bien de simples taches violacées qui peuvent persister plusieurs mois. La varioloide s'accompagne de fièvre, d'inappétence et de malaise; comme dans la variole, on observe le gonflement de la face, et une éruption analogue à celle de la peau a lieu dans la bouche et dans le pharynx ; mais il y a rarement du ptyalisaie» et l'époque de la suppuration n'est jamais marquée par un redoublement de la fièvre. Celle-ci diminue ou cesse du cinquième au huitième jour de l'éruption.

Cependant la varioloîde n'est pas toujours aussi régulière ; sa marche peutmême être différente pour les boutons qui ont apparu le môme jour. Si, en effet, b plupart^ne contiennent du pus qu'après six ou sept jours, il n'est pas rare pourtant de voir des pustules se former en vingt-quatre heures, et présenter déjà un commencement de dessiccation dès le deuxième ou troisième jour. D'autres boutons restent stationnaires, et finissent par se résoudre sans se transformer en pustules. Il résulte de cette marche irrégulière de l'éruption qu'on peut trouver à la fois sur le même individu des papules, des vésicules, des pustules et des croûtes.

Durée ^ terminaison. — La varioloîde a une durée de dix à quatorze jours, et sa terminaison est presque constamment heureuse.

Diagnostic. — En résuuié, les varioloîdes dont la marche est régulière ne di(|èrent point des varioles discrètes pendant le premier septénaire. £n effet, les prodromes et les caractères primitifs de l'éruption sont les mêmes dans les deux cas; mais, plus tard, nous trouvons une différence capitale, car la fièvre secondaire ou de

uppuration, qui existe constamment du huitième an neuvième jour dans la va-

1)E LA VAR1G£LLE. iOi

nie, manque au cootraire toujours si c'est uoe varioioïde. Cette dernière présente î, dans la plupart des cas, une grande irrégularité dans la manière dont l'érup* je fait et dans la marche qu'elle suit. Enfin, on observe rarement à sa suite les cioirice» qui sont si communes après la variole.

La varioioïde n'est qu'une variole modifiée. — Ce sont en effet deux variétés (Tune maladie unique. On a prétendu trouver des différences anatomiques entre les postales de la première et celles de la seconde ; mais il n*y a rien de fondé \ cet égard, car les dissections ont démontré que les pustules avalent la même structure dans les deux cas ; toutes contiennent un disque pseudo-membraneux qui •fre seulement un peu moins de développement dans les pustules de la varioioïde. Tous ces faits semblent donc démontrer que la variole et la varioioïde ne coBstitaeat que des variétés d*une même affection. Mais d'autres considérations prou-» îent encore Fidentité des deux maladies. Ainsi la variole et la varioioïde existent

dans la même épidémie ; on a vu fréquemment la variole donner à la varioioïde, et réciproquement Enfin, quelques médecins, ayant eu h témérité d'inoculer le pus de la varioioïde, ont souvent produit des petites vé« rolcs qni ne différaient en rien des varioles spontanées ; d'autres fiais, l'émptioii Hiif ait la marche qu'on observait autrefois dans la variole inoculée, c'est-à-dire cjoedes postules se développaient d'abord au niveau des piqûres ; puis au septième joor, la fièvre, le lumbago, les nausées sar\'enaient, et une éruption consécutive ae fmaii sor le reste du corps. Ainsi, la variole et la varioioïde sont produites par le fliéaie virus ; ces deux maladies sont identiques: la varioioïde n'est donc, comme OB Fa dit, qu'une variole modifiée^ qu'on n'obsene guère, ainsi que noua l'avons dé^ établi, que chez des sujets qui ont en antérieurement la petite vérole, et surkNit chez ceux qui ont été vaccinés. Les cas de varioioïde primitive, c'est-à-dire, snrveaant chez des individus n'ayant jamais été vaccinés ni contaminés par la va-r riole, sont rares: cependant j'en ai observé plusieurs; M. Gendrin en cite aussi qoelqoes exemples, et M. Mohl de Copenhague en a vu dix-sept cas. La varioioïde peut affecter plusieurs fois le même individu ; elle a d'ailleurs la même vertu prélervatrice contre la variole que la variole elle-même.

Pronoêtic, — La varioioïde tue rarement les sujets qu'elle atteint; je ne l'ai janais vue avoir une issue funeste, même quand elle a atteint des convalescents, des njets affaiblis par une maladie antérieure. Cette terminaison pourtant peut avoir lîeu quand la maladie se complique d'accidents nerveux, d'hémorrhagie et de la* rvn^o-trachéite: c'est ce qu'on a observé plusieurs fois, dit-on, pendant l'épidémie meortrière de variole qui régna à Marseille en 1828.

Traitement. — Le traitement est le même que dans la variole discrète.

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