DES INFLAMMATIONS DES ORGANES DIGESTIFS
l>e la ttomatite.
Stomatite est un mot de création nouvelle, servant à désigner l'inflammatiou de la membrane muqueuse de la bouche.
La stomatite n'est pas une maladie toujours identique ; elle présente , au coutraire, des caractères très différents, suivant l'élément anatomique qui est atteint, suivant la forme ou la spécificité de la lésion qui la caractérise, et suivant la ûature des causes qui la dévelop})ent Aussi décrirons-nous successivement les variétés suivantes, savoir : la stomatite érythémateusc , celle avec altération de sécrétion {muguet et diphthérite) , la stomatite fol liculeuse et ulcéreuse , et la stomatite mercurielle. Quelques auteurs y joignent la stomatite gangreneuse ; mab la gangrène de la bouche est une affection qui doit être étudiée à part et à côté des autres affections de nature gangreneuse.
De la stomatite érythématetise.
La stomatite érythémateuse débute, en général, sans prodromes. EUe est carac« térisée par une rougeur plus ou moins vive, uniforme, et le plus ordinairemeiH partielle de la muqueuse buccale ; souvent en effet l'inflammation est bornée auf gencives ou à la voûte palatine; elle a reçu, dans le premier cas, le nom de ^^ givite , et celui de palatite dans le second. Cette maladie s'accompagne paribii d'une légère tuméfaction des parties, d'une douleur et d'une cuisson plus ou moini vive qui augmente i ar le passage de l'air froid , par le contact des aliments les plus doux , et même par la simple pression de la langue. La cuisson est surtout vive lorsque l'épithélium ayant été détruit , le corps réticulaire est à nu , ou Vxn* que la muqueuse est le siège de très légères érosions. La sécrétion buccale est, en . outre, modifiée. Ainsi, au début, il existe de la sécheresse, et, plus tanl, une
DE LA STOMATITE DIPUTHÉRITIQUE. 213
hooiidilé plus grande dans la bouche ; les malades rejettent une matière aqueuse, séreuse ou filante ; il survient quelquefois même un ptyalisme abondant. Cette naladîe, toajoars bénigne, ne s'accompagne presque jaipais de ûèvrc, môme chez les très jeunes enfants. Elle se termine par résolution au bout de peu de jours ; qnelqaefbîs l'épithélium se détache et s'enlève par plaques. La stomatite érytbénateuseest quelquefois le premier degré des autres formes de stomatites qui nous^ restent k décrire. ^^
Là stomatite érythémateuse est ordinairement produite chez les jeunes enfants par le tniTail de la dentition, et plus tard par l'introduction dans la bouche d'un Equide irritant, ou d'un corps trop chaud ou trop froid, ou bien encore par la carie dcataire et par l'accumulation du tartre. Dans quelques cas, Ja maladie est sponlasée; enfin, rous avons vu que la rougeole et que la scarlatine produisent une tfomatite érythémateuse, dans laquelle la rougeur offre exactement les mêmes ca* ndères que ceux de l'éruption cutanée. Elle est, eu effet, d'une rougeur uniforme 00 par pointillé régulier dans la scarlatine, par petites taches irrégulières et inégales dans la rougeole. Cette éruption ne détermii^een général aucune sensation pénible, fl ce n*est parfois un sentiment de chaleur.
Le traitement consiste dans l'emploi de quelques collutoires émollients, que les malades conserveront le plus longtemps possible dans la bouche ; ils s'abstiendront €0 même temps d'alimenls acres, échauffants, épicés ; ils choisiront des substances peu dures, incapables de blesser la muqi»euse, et qui n'exigent pas de grands efforts de mastication. Il faut enfin éloigner les causes qui ont pu déterminer ou qui entretiennent la maladie : ainsi on nettoiera les dents , et Ton enlèvera le tartre exactement toutes les fois que cette concrétion aura paru être le point de départ de b phlegaïasie.
De la stomatite avec altération de sécrétion.
Cette stomatite est caractérisée par la production d'une concrétion morbide à la ivlaee de la membrane muqueuse enflammée. On doit en distinguer deux es})èces, trop dissemblables entre elles par leurs causes, leurs symptômes et le Iraiieinetit, fMT pouvoir être comprises dans une-mOme description: ce sont la stoimdite éipkkériti'que et le muguet.
De la stomatite diphthéritique,
La stomatite diphthéritique on pseudo - membraneuse {stoniacace ou féyarite d» auteurs espagnols) est un peu l'analogue de Tangine couenneuse et du croup. Comme ces dernières maladies, elle est caractérisée par la furiuation sur la mufofuse de la bouche de pellicules grisâtres, ordinairement très minces, commenfaut presque toujours, d'après M. Brctonneau, par le bord sinueux des gencives, qui se gonflent et deviennent saignantes, puis s'ulcèrent bientôt. En même temps, me Crasse membrane, semblable à la précédente, se développe sur le point correspondant de la joue, et ne tarde pas à envahir les autres parties de la bouche. Ces concrétions adhèrent plus ou moins à la muqueuse, qui tantôt est rouge, gonflée, bienfttre , quelquefois ecchymosée , légèrement excoriée , ulcérée , et qui tantôt cooserre sa couleur naturelle. Lorsque ces plaques tombent, on les voit se renouveler Vite une grande rapidité. Souvent elles prennent une couleur noirâtre, à cause d'une petite quantité de sang exhalée au-dessous d'elles, ce qui, joint à l'odeur (ëtîde qui s'échappe de la bouche tontes les fois qu'elle est le sié^c d'uue '\v\Qaim-
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maljon , et surtout d'une inflammation couenneose, a fait croire parfois à l'existence d'une gangrène. Cette stomatite diphthéritique est souvent limitée à un pedt espace, comme la commissure des lèvres. D'après M. Taupin, elle serait fréquemment l)ornée à une moitié de la bouche ; d'autres fois, elle occupe cette cavité dans presque toute son étendue. Dans ce cas, les ganglions sous-maxillaircs sont gonflés, ^douloureux; toute la face est tuméfiée; la bouche est inondée de salive; il y a dé l'anxiété, de la fièvre et des symptômes variables, suivant le mode de terminaison. En général , la maladie a pou de tcndauce à s/étendre , et ce n'est que dans des cas extrêmement rares qu'on la voit se propager au pharynx, et surtout au larynx. On observe alors les symptômes propres à l'angine couenneuse et an croup; mais, hors ces cas , et ceux un peu moins rares où , sous Tinfluence d'une mauvaise prédisposition, la maladie se termine par une gangrène de la bouche, on peut dire que la stomatite diphthéritique est une maladie dont la terminaison est toujouit heureuse, quoiqu'il ne soit pas rare pourtant de la voir persister avec opiniâtreté pendant plusieurs mois de suite. Lorsqu'elle doit cesser, les plaques se détachent et ne se reproduisent plus; d'autres sont résorbées sur place, les ulcérations se cicatrisent , et il reste pendant quelque temps à leur niveau un léger épaississement avec dureté de la muqueuse ou des tissus subjàcents, et un aspect gaufré, ï larges alvéoles.
Diagnostic, — Le diagnostic de cette affection est toujours facile ; ainsi qu'ôa le verra par la suite , on pourra la distinguer aisément de la stomatite mercDrielle, maladie dans laquelle on observe fréquemment des concrétions membraniformes et qui reconnaît une cause toute spéciale. Nous croyons aussi que cette forme de la stomatite est distincte de la gangrène buccale dont nous parlerons daoi le deuxième volume. M. Taupin croit pourtant à l'identité des deux affections, se fondant sur ce que, au-dessous de la pseudo-membrane qu'il regarde comme une escarre, il existe toujours une perle de substance, et qu'en s'aggravant la maladie revêt tous les caractères de la gangrène profonde, et parce qu'enfin elle n'a nulle tendance à s'étendre au pharynx, comme devrait le faire une affection diphthéritique ; mais ces raisons ne sont pas acceptées de chacun, car il est impossible d'atsimiler la pseudo-membrane à une escarre, et surtout on ne découvre au-desMMii d'elle aucune solution de continuité.
Pronostic. — Le pronostic peut être fâcheux chez les individus affaiblis, cacochymes, chez lesquels elle peut provoquer une gangrène étendue de la touche. Hors ces cas, elle a une issue toujours heureuse.
Étiologie. — La stomatite diphthéritique affecte surtout les enfants ; ou la rencontre dans les hospices d'orphelins, dans les pensions, et généralement chez cedi qui vivent entassés dans des lieux bas, humides, ou qui sont renfermés dahs do espaces étroits. C'est ainsi qu'on l'a vue quelquefois régner d'une manière épidèmique dans les casernes (Bretonneau). Dans ce dernier cas, tout porte à penijBr qu'elle est contagieuse. A l'état sporadique , la maUdic sunieut le plus sonvélft &OUS l'influence d'une excitation toute locale, comme la carie ou la saillie d'une dent qui blesse la muqueuse en rapport avec elle.
Traitement. — On combattra la diphthérite buccale par le même traitement qu'on oppose à l'angine couenneuse , et que nous ferons connaître en traitant de cette dernière. Disons seulement ici qu'à l'hôpital des Enfants M. le docteur Boaneau préconise beaucoup, contre la maladie dont nous traitons, le chlorure de chaux sec, qu'il applique plusieurs fois par jour, toutes les deux heures, si c'est possible , sur les parties malades. Pour faire cette petite opération , on humecte