DU MUGUET
après un, deux ou (rois jours, on voit apparaître sur les côtes du freiu de la luugue, sur les bords de cet organe, et à la face interne des joues et des lèvres, ainsi que sur les gencives , une matière crémeuse très analogue pour l'aspect au caséum ; elle est disposée , comme nous Tavons déjà dit, par petits points semblables à des grains de semoule, tantôt discrets, tantôt confluents, pouvant alors recouvrir toute la moqueuse, sur laquelle elle forme une couche uniforme ou bien des plaques comme mamelonnées. Les enfants exercent alors, pour la plupart, un mâchonne-i^ ment continuel ; ils tirent fréquemment leur langue hors de la bouche , comme pour expulser un corps étranger qui les gêne. Il est certain que , dans quelques muguets étendus, les enfants éprouvent de la douleur ; car si on leur introduit te doigt dans la bouche, au lieu de teter, souvent ils se rejettent en arrière et pleurent comme si une douleur vive avait été provoquée. Chez beaucoup , comme nous FaTons dit, on constate Texistence d*ulcéi^tions ovalaires à bords taillés à pic, à surface Manche ou rougcâtre, et siégeant sur le palais ou sur le frein de la langue. D'après M. YaNeix, ces solutions de continuité se montreraient dans la majorité des cas avant même l'apparition des premiers grains de muguet , et 11 n'est pas rare, d'après cet observateur, de les voir guérir dans le cours de la maladie, alors même que sa terminaison est funeste.
Le muguet, s'il est simple et très discret, peut ne réveiller aucune sympathie morbide ; mais presque toujours le pouls s'accélère, la chaleur de la peau s'élève, le ventre est douloureux à la pression ; il survient de la diarrhée, du météorisme, des selles liquides , jaunes d'abord, plus tard verdatres , et auxquelles se joignent ensuite des vomissements de même nature. Dans les évacuations alvinès, on découvre souvent une matière crémeuse, pultacéc , signé certain que l'exsudation qui existe dans la bouche s'est également formée dans le tube digestif. Dans ce cas, les symptômes sont plus graves ; il y a une soif inextinguible ; l'exsudation buccale est brune ou noirâtre; la diarrhée est plus abondante, et il survient un amaigrissement rapide et tel qu'en peu de jours ces enfants ont les yeux caves et éteints, la figure rabougrie et ridée comme celle d'un vieillard; leur voix est cassée, ils tombent dans le coma ; leur pouls devient insensible, la chaleur s'éteint, l'érythème des premiers jours se propage au loin, la peau s'ulcère dans divers points, surtout fers les malléoles et les taloi^s (Valleix) ; enfin la mort arrive dans un état de prostration extrême.
Cette terminaison est presque constante lorsque le muguet s'étend dans l'intestin , ou bien lorsqu'il existe du côté de la poitrine ou des organes digestifs quelques imes des graves complications que nous avons énumérées. La maladie peut alors se terminer en trois ou cinq jours. Dans la plupart des cas, pourtant, la mort est moins prompte; mais la guérison n'a presque jamais lieu : celle-ci ne se remarque que dans les cas où le muguet est bénin et ne détennine point ou que peu de fièvre. Alors, au bout de quelque temps , l'exsudation tombe sans se reproduire, ou bien elle ne repullule que dans quelques points. Enfin, assez rarement, la maladie semble passer à la chronicité , c'est-à-dire que pendant un ou plusieurs mois on volt de temps en temps apparaître, dans diverses parties de la bouche , quelques parcelles de muguet sans qu'il en résulte ordinairement aucun trouble bien notable dans les principales fonctions.
Diagnostic. — Le diagnostic du muguet n'offre aucune difficulté; car la présence de petites concrétions blanchâtres, molles, peu adhérentes, le diiïérencic des apbthes dont nous parierons plus bas , et surtout de la stomatite pseudo-membrançusCy dont nous avons traité plus haut. Celle*ci, en effet, se distingue du muguet
par la production de larges plaques pseudo-membraneoses grisâtres, commençant sur le rebord des gencives, qui sont ordinairement molles , gonflées, ulcérées , et exhalent une odeur infecte.
Pronostic, — Le pronostic du muguet est favorable toutes les fois que la maladie, atteignant un enfant bien constitué, n'excite point ou à peine de fièvre et de diarrhée; toutes les fois, en un mot, qu'il constitue une affection idiopathîque de la bouche. Dans le cas contraire , le pronostic est des plus fâcheux , car on voit succomber la plupart des enfants qui en sont atteints. La mortalité est surtout grande en temps d'épidémie, et chez les enfants recueillis dans les hospices. La considération du nombre et la gravité des complications viscérales , qui existent presque constamment alors, détermineront le degré d'espoir qu'il est petmis de conserver dans chaque cas en particulier.
La manifestation du muguet chez un individu déjà malade, quel que soit d'ailleurs son âge, est toujours une circonstance du plus fâcheux augure; car, comme ledit avec raison M. Chomel, son apparition dans les maladies chroniques 6te presque tout espoir d'une heureuse terminaison ; elle est , en effet , presque toujours l'avant-coureur d'une mort assez prochaine. Dans les maladies aiguës, sans offrir le même degré de gravité, elle ajoute néanmoins toujours à ce que les autres symptômes peuvent offrir d'inquiétant.
Etiolofjie, — Le muguet existe à tous les âges; mais il est plui commun chex les enfants â la mamelle , surtout dans les deux premiers mois de l'existence. Ce n'est guère que chez eux qu'on rencontre le muguet idiopathique; car plus tard, et surtout chez l'adulte et le vieillard, le muguet constitue une lésion secondaire, qu'on n'observe que chez des individus atteints de quelque affection grave. On n'est pas encore bien fixé sur l'influence que la constitution individuelle exerce sut la production du muguet : les uns, avec M. Valleix , regardent la maladie comme étant plus commune chez les sujets forts; la plupart, au contraire, soutiennent avec plus d'apparence de raison qu'une constitution chétivc est une prédisposition k la maladie. On ignore l'influence que les climats exercent; qiiant aux saisons, M. Valleix a vu que plus de la moitié de ses malades avaient été atteints dans les trois mois les plus chauds. Il est bien reconnu que des circonstances hygiéniques défavorables, comme une habit<ttion humide, malpropre, les émanations animales» l'entassement des enfants dans des salles peu aérées , et la mauvaise alimentation , sont des causes très actives de muguet, et expliquent pourquoi cette maladie règne si souvent endémiqoement ou épidémiquement dans la plupart des hospices d'orphelins; c'est aussi ce qui rend compte pourquoi le muguet est comparativement plus fréquent chez l'enfant du pauvre que chez* celui du riche. Chez ce dernier» là maladie reconnaît presque toujours une cause locale , conime l'allaitement artificiel , des efforts de succion nécessités par un mamelon très court , trop gros ou crevassé , ou bien encore l'irritation produite par un bout de sein inégal ou trop dur. Dans aucun cas , le muguet n'est contagieux.
Traitement. — Le traitement du muguet consiste surtout dans des applications locales. Ainsi, dans la première période, les malades feront usage de collutoires émollients. Les enfants ne pouvant se gargariser, on touche les parties nialades avec un pinceau imbibé des mêmes liquides émollients, mucilagineux. Plus tard , lorsque la bouche est recouverte d'une exsudation épaisse, consistante , on ajoute au liquide un quart de liqueur de Labarraque, ou bien un acide végétal, comme du vinaigre, du citron. Préférahlement aux acides minéraux, Guersant conseiUe les solutions d^alun plus ou moins étendues ; la plupart vantent celles de borax •
DES APHTHES. 219
dont j*aî moi-même constaté toute l'efScacité daus les nombreux muguets que j'ai TUS chez des nouveaux-nés Ik riiôpital Saint-Antoine. Dans aucun cas, on ne devra tirailleries fausses membranes pour les détacher, car ces manœuvres excitent de la douleur et augmentent l'inflammation.
M. Trousseau use en général, dans le muguet, d'un traitement plus actif, et qui rarement me paraît devoir être utile. Ainsi, dès la première apparition des plaques, il conseille un collutoire avec parties égales de mid rosat et de borax. Si la maladie est réfractaire , il substitue l'alun ; mais le plus souvent il a recours à l'acidë chlorbydrique fumant , ou à la cautérisation avec le nitrate d'argent.
Les moyens généraux à employer seront déterminés d'après l'état du sujet et la période de la maladie. Au début , lorsqu'il n'existe pas de fièvre , on se bornera aux lotions émollientes , à l'usage de l'eau d'orge ; on fera moins teter l'enfant, qui d'ailleurs sera soumis à un régime exclusivement lacté. S'il y a de la fièvre , des symptômes inflammatoires vers l'abdomen, on prescrit quelque»sangsues sur le ventre ou à l'anus , des bains tièdes , des cataplasmes , des lavements catmants, additionnés d'une ou de deux gouttes de laudanum de Sydenham , et une diète plus ou moins complète. Enfin, les accidents adynamiques indiiquent l'emploi des toniques (sirop d'écorce d'orange, quinquina, etc.) , mais presque sans espoir de succès. C'est ici que l'eau de sauge, tant vantée dans le muguet presque conune on spécifique, peut trouver son emploi. Les complications, si fréquente.<i du c6té du tube digestif, feront toujours redouter l'usage des émétiqucs et des purgatifs, que quelques auteurs ont préconisés dans la première période de raffection. Cependant M. Trousseau se loue, dans l'entérite du muguet, de l'emploi de l'ipéca à dose vomitive. Il donne , en outre , le soui>-ditrate de bismuth , et» dans les diarrhées rebelles, il va jusqu'à proposer des lavements a\ec le nitrate d'argent ; c'est ce que nous n'avons jamais osé tenter nous-môme. L*érythème, M fréquent dans le muguet, n'exige d'autres soins que des lotions avec l'eau blanche.
Dans le muguet qui arrive à la période ultime des maladies aiguës et chroniques, on se bornera à calmer la chaleur dont la bouche est le siège par quelques gargarismes simplement émollients ou rendus légèrement astringents par de l'alun ou du borax.
Nature, — Le muguet est une forme particulière de la stomatite ; 11 constitue parfois une aflîection toute locale et primitive, mais ayant dé la tendance, surtout chez les enfants pauvres, chez ceux des hospices particulièrement, h s'étendre dans le tube digestif et à se compliquer de quelque lésion grave de ces organes. Chez ces derniers, surtout, on voit encore la maladie survenir comme une afl'ection secondaire; mais ce n'est pas là une raison suflisante pour regarder le muguet, avec M. Valleix, comme étant on épipbénomi^nc ou bie:) une lésion consécutive de renlérite du jeune fige; la pratique civile contredit tous les jours cette proposition, et dans les hôpitaux où, comme à Saint -Antoine, sont reçus des enfants allaités par leurs mères, rien n'est plus commun non plus que de rencontrer des cas de muguet tout à fait idiopthique. Cependant nous n'hésiterons pas à reconnaître que souvent le muguet se montre comme complication d'un état grave de l'économie, spécialement d'une phlegmasie du tube digestif.
Des aphthe$ ou de la stomatite folliculeuse.
La stomatite aphtheuse, aussi nommée ulcéreuse ou folliculeuse, est caractérisée par Téruptioa dans la bouche de petites vésicules transparentes ou d'un gris de
perle qui preuiieut au boul de quelques heures l*aspect pustuleux , se transfert uieut, dès le deuxième ou le troisième jour, en ulcèratious douloureuses, dont la cicatrisation se fait quelquefois attendre pendant un ou deux septénaires, mais qui ne laissent d*autres traces qu'une petite tache rouge qui disparaît très promptement.
On distingue deux espèces d*aphthes, suivant le caractère discret ou confluent de Téruption. I/aphlhc discret est très fréquent ; il constitue oixlinairement une affection toute locale. On n'observe alors que quelques vésicules dans la bouche, spécialement derrière les lèvres, sur les bords de la langue ou à la partie moyenne des joues. Le jour même, ou au plus tard dès le lendemain de leur apparition, elles s'entourent d*uii bourrelet grisâtre, blanchâtre, dur, ce qui donnç alors à la maladie un caractère pustuleux : bientôt Tépithélinm se détache, et Ton voit à nu une ulcération lenticulaire pouvant avoir presque l'étendue d'une pièce de 25 ou 50 centimes ; ses bords et sa surface sont saillants, durs, grisâtres, souvent saignants et toujours très douloureux. Les malades éprouvent de la sécheresse ou une sen» sation insolite d'humidité dans la bouche ; l'haleine est fétide comme dans toutes les. stomatites ; la mastication et l'impression des substances chaudes exaspèrent les souffrances ; chez les enfants à la mamelle, la succion parait douloureuse, et les fluides qui baignent la bouche sont souvent assez irritants pour excorier le mamelon. Souvent, dans les cas dont nous parlons, les ganglions sous-maxillaires augipentent de volume et deviennent douloureux. Souvent aussi il y a du malaise, de l'inappétence, un peu de diarrhée et un léger mouvement fébrile qui persiste peu de temps. Cette période d'ulcération ne dure ordinairement que trois ou quatre jours ; elle peut parfois se prolonger pendant un et même deux septénaires. Lorsque la guérisou survient (et c'est là la tef minaison constante de la nuiladie), les bords s'affaissent, la surface se déterge, prend une couleur rouge ; puis brusquement, c'est-à-dire en trente-six heures ou même du jour au lendemain, elle se cicatrise, et la place qu'elle occupait est à peine marquée pendant quelques jours par une petite tache rougeâtre.
Il n'en est plus de même de la forme confluente, qui, rare en France, est commune en Hollande, où elle règne parfois épidémiquement. Ici l'éruption est précédée et accompagnée de Bèvre et de troubles graves du côté des organes digestifs. Les aphthes recouvrent la face interne des joues et des lèvres ; on les retrouve sur le voile du palais et dans l'arrière- bouche. Ils sont partout plus ou moins confluents et ressemblent assez à une éruption varioleuse ; c'est ce qui explique le malaise et les douleurs que les malades éprouvent pendant la déglutition. Dans ces cas la bouche est le siège d'une vive cuisson : elle est sèche ou baignée par un liquide filant; il y a des vomituritions, de la diarrhée, une angoisse inexprimable» de la fièvre ; la mort arrive souvent alors au milieu d'accidents typhoïdes fort graves, dont la manifestation parait coïncider le plus souvent avec la reproduction, sur la muqueuse gastro-intestinale, des ulcérations aphtheuses qui existent dans la bouche. Cependant on ne pos.sède encore à ce sujet aucune recherche positive. D'autres fois les accidents adynamiques sont consécutifs à la gangrène qui s'empare des ulcérations aphtheuses ; celles-ci deviennent alors noirâtres et fétides. Là mortification peut aussi s*étendre aux parties molles de la bouche. Cette terminaison toutefois est rare, et on ne l'observe guère que chez les sujets débilités ou qui sont placés au milieu de conditions hygiéniques défavorables. Quoi qu'il en soit, k*s aphthes confluents se prolongent communément pendant deux septénaires ; ils ont, comme on le voit, ime marche assez lente.
Diagnostic. — Nous verrons qu*il est très facile de distinguer Taphlbe qui con-
DE DBCX AUTRES FOBMES DE STOMATITE GLCÊRbUSE KT PUSTULEUSE. 221
siste dans TalGération des follicules inncipares, dos solutions de continuité produites parle virus syphilitique et par l'action du mercure. Le caractère ulcéreux distingue Faphthe du muguet, loi-s même que quelques petites concrétions existenient an pourtour de l'ulcération. EnOn la stomatite diphtliéritique, par la formation des fausses membranes qui tombent ou qu'on détache, et par l'aspect de la muqueuse, rqui au-dessous d'elles est communément violacée, ramoHie, saignante; nkérée, n'offre pas même de Tanalogie avec l'inflammation aphtheuse.
PranoUic. — Le pronostic n'est grave que lorsque l'éruption aphtheuse est confinente ou lorsqu'elle est suivie de gangrène.
Etiologie. — Les aphthes sont surtout très fréquents dans TenÊince et la jeunesse, mais ils peuvent se montrer également à tous les autres âges. Une constitotioD lymphatique, une mauvaise alimentation, semblent y prédisposer ou les dé-* terminer. Cependant le développement de h maladie a lieu si fréquemment dans les cooditions les plus opposées, qu'il est impossible d'émettre sur son étiologie aocone opinion raisonnable. Les aphthes semblent d'ailleurs constituer souvent oae affection symptomatique, quelquefois consécutive à un état général plus on moins grave : c'est ainsi qu'ils existaient fréquemment dans Tépidémie de Gœttingne, dont Rhoederer et Wagler nous ont laissé la relation. Souvent ils coïncident arec on état saburral des premières voies, ou bien ils régnent pendant certaines OMistitations médicales. Ce sont des accidents assez fréquents dans le cours de l'état poerpéraL
Traitement, — Â l'apbthe simple, discret, il suffit presque toujours d'opposer an traitement topique, consistant au début en des lotions mucilagineuses, émollientes, rendues plus calmantes par l'addition de quelques gouttes de laudanum. Pub, dès que la douleur et la tension des parties ont diminué, on remplace les moyens précédents par des astringents, comme l'acétate de plomb, le sous-borate de soude, l'acide chlorhydrique, l'alun ; enfin, il sera souvent utile, pour modifier promptement la surface de l'ulcération, de la toucher avec un crayon d'azotate d'argent Ce moyen a même été conseillé comme utile dès le début, et comme pouvant arrêter le mal dans son développement II est vrai que quelquefois on a réussi de la sorte à faire avorter un aphthe commençant, mais le plus souvent nous, avons vu un résultat contraire, de sorte que nous ne croyons ce moyen utile qu'après la période inflammatoire, lorsqu'il importe de modifier l'état local pour déterminer la cicatrisation. A ces moyens on joindra un régime doux, l'usage de boissons acidulées, de bains tièdes, et parfois l'emploi d'un laxatif. Dans les aphthes confluents, indépendamment de la médication locale qui est la même, il convient souvent de tirer du sang par la veine ou par une application de sangsues sons les mâchoires.
Nature et siège. — Les aphthes sont une fonne d'inflammation des membranes muqueuses; la vésicule constitue l'élément primitif de la maladie. Quant à son siège. Billard a essayé de le placer dans les follicules mucipares ; d'autres, dans la muqueuse elle-même ; Bichat et Gardien n'ont pas osé se prononcer, et nous imiterons knr réserve, car cette question ne nous parait pas encore résolue. Si nous ne consuitions que nos propres observations, nous dirions que les aphthes n'ont pas, k proprement parier, de siège anatomique ; en ciïet, ils nous ont semblé se développer tantôt sur les folicuies et tantôt sur la muqueuse seule.
De deux autres formes de stomatite ulcéreuse et pustuleuse. On pourrait encore admettre plusieurs autres formes de stomatite : ainsi il 6S(
des ulcères de la bouche qui surviennent après une solution de continuité de la membrane muqueuse, produite par un corps étranger ou par la pression d^une dent inégale, déviée, rompue. Ces ulcères, qui siègent surtout aux joues, ou tout k ffiit en arriére, au voisinage des dernières molaires, sont souvent très douloureux, et peuvent acquérir une étendue égaie à une pièce de 2 francs; leurs bords ont une dureté squirrheuse ; leur surface est inégale, grisâtre, saignante, et exhale une odeur fétide très désagréable. Il est de ces ulcères qui ont un aspect vraiement repoussant, çt qui, à la vue et au toucher, pourraient donner Tidée d'une production cancéreuse, si la cause qui les a produits et la marche qu'ils ont suivie n'en indiquaient gisement la nature.
\a traitement sera le même que pour les aphthes ; il faut surtout se bâter de (POdifier la surface à Faide du nitrate d'argent
Une autre forme de ^tpmatite que nous devrons signaler est celle qu'on pourrait iippeler pifstuleme, car elle est caractérisée par le développement de pustules sur la muqueuse buccale, spécialement à la face interne des joues et sur la voûte palatine. Qn l'observe toujours dans la variole ; l'éruption de la bouche est ici de même nature que celle des téguments. Des pustules semblables suniennent a^8si fréquemment sur les mêmes parties, et dans le pharynx, après l'enoploi de l'^étiquç ^ haute dose, (.es malades se plaignent, dans ces cas, de chaleur et de cuissqp d^us la bouphe, Cette cavité est inondée de salive et souvent tapisséie de mucosités fdantes. Il suffît généralement de quelques collutoires émollients on légéiremeiil acidulés pour triomplier de la maladie en quelques jours.
De la stomatite mercurielle.
On design^ sous les noq)s de ptyalisme mercuriel^ de salivation^ ou de stoma-' tite mercurielle, l'iqQammation de la bouche qui se développe consécutivement à l'absoiption du mercure, et qui résulte de l'action spéciale que ce métal exerce sur la membrane muqueuse et sur les glandes salivaires.
Symptômes, piarche, terminaisons, — Au début, les malades éprouvent dans la bouche m)c sensation insolite de chaleur et de sécheresse ; ils ont une saveur métallique désagréable. Bientôt les gencives se tuméfient, deviennent douloureuses, saignent et sp ramollissent ; elles sont d'un rouges blafard dans la plus grande partie de leur étendue, excepté vers le collet des dents, où elles offrent un liséré rouge et violacé, et plus tard blanchâtre ; bientôt elles s'ulcèrent et se détachent des dents. Celles-ci, couvertes d'un enduit sale, limoneux, sont comme écartées, puis vacil* lantes, agacées ; les malades éprouvent, toutes les fois qu'ils rapprochent leurs mâchoires comme pour mâcher, une sensation qui leur ferait croire que leurs dents sont allongées. Cet allongement d'ailleurs est peut-être réel, et s'expliquerait par l'ébranlement que les dents ont subi, et par la propagation de la phtegmasie dans leurs alvéoles. La bouche du malade exhale dès le début une fétidité toute spéciale qui diffère de celle qu'on trouve dans toutes les autres stomatites ; elle a ici un caractère particulier et vraiment pathognomouique. La muqueuse buccale est généralement tuméfiée et comme infiltrée ; elle offre çà et là un enduit blanchâtre d'abord pointillé ; plus tard ce sont des plaques : cette disposition est surtout remarquable sur la langue. A cette époque, l'état de sécheresse de la bouche est remplacé par une sécrétion abondante de fluide salivaire. Si la maladie continue de s'accroître, la tuméfaction des parois buccales et des parties renfermées dans cette ^vité augmente \ le^ joues^ au niveau desi grosses molaires, les lèvres^ surtout J'in-
DE LA STOMATITE UERCCBIFLLE. 223
férieore, et h langue, à sa pointe et à son bord, présentent des sillons verticaux, et lûentôt de véritables ulcérations, souvent couvertes de pseudo-membranes et séparées par des crêtes d*un rouge vif qui correspondent à la saillie des dents et aux intervalles qui les séparent. A un degré encore plus avancé, la langue acquiert un volome pins considérable ; parfois même, ne pouvant plus être contenue dans la boache, elle sort de cette cavité et fait saillie au delà des arcades dentaires, qui pressent dooloareusement sur elle. La pointe de l'organe ainsi exix)séq à Tair se denèche et brunit ; la pression contre les dents étant alors plus forte, on voit les okérations s'agrandir,' prendre une couleur grisâtre ; souvent aussi des escarres se foraient. Tonte la face est tuméfiée ; le gonflement s'étend aux glandes parotides, sous-maxillaires et aux ganglions : la pression exercée sur ces parties est très douborense. Delà bouche entr'ouverte s'écoule sans cesse un liquide clair, grisâtre et très fétide» dont la quantité peut s'élever à 1, 2 ou 3 kilogrammes dans les vingtquatre heures. Quelques malades se plaignent aussi de la gorge et souffrent des oreilles, par suite de l'extension de la phlegmasie au pharynx et aux trompes d'Eust^che. Ces malheureux sont alors dans un état de malaise inexprimable : ils se peuvent ni mâcher, ni avaler, ni entendre, ni parler ; les douleurs qu'ils éprouveatv aussi bien que la sécrétion incessante de la salive qui s'écoule hors de la boache, empêchent tout sommeil. La face est pâle ; il y a une céphalalgie \ive, une rcactioa fébrile plus ou moins considérable, et, comme dan» toute autre iuflammatjon, la quantité de fibrine du sang est augmentée. Si la stomatite, au lieu de s'amender, continue ses progrès, les gencives (ombcnt en putrilage ; la phlegmasie se propageant an périoste alvéolp-dcntaire, on voit les dents noircir, devenir vacillantes, pnis tomber ; les joues se gangrènent, et une portion considérable des os maxillaires peut aussi se nécroser. L'état général est en rapport avec ces graves désordres, qui heureusement sont rares aujourd'hui, mais qui, communs autrefois, ont provoqué b mort de beaucoup de malades. Ceux qui, plus heureux, y ont survécu, ont souvent eu des cicatrices vicieuses qui les ont défigurés, ou qui ont gêné ou empêché les fonctions de la bouche et des organes qui y sont contenus. Plus souvent on voit les malades atteints d'un ptyalisme aussi abondant tomber dans le marasme, puis SQCConiber inévitablement si la sécrétion morbide ne s'arrête bientôt ; ceux qui se rétablissent restent longtemps pâles, amaigris, et ont toujours une convalescence extrêoiement longue. Lorsque la stomatite marche vers la guérison, la tuméfaction et le ptyalisme diminuent, les ulcérations se détergent, les dents reprennent leur solidité, les malades peuvent manger sans douleur des substances molles, humides ; mais ce n'est que plus tard qu'il leur est possible de mâcher des corps solides, comme du pain, sans provoquer des douleurs vives et le saignement des gencives. Uurée. — La maladie a une durée plus ou moins longue. Lorsqu'elle est très bénigne, elle peut se terminer en quatre ou six jours ; mais pour peu qu'elle soit grave, elle se prolonge pendant au moins deux septénaires et quelquefois au delà. Il n'y a pourtant pas toujours un rapport exact entre la gravité de la maladie et sa durée : il n'est pas rare, en effet, de voir des stomatites mercuricllcs de médiocre intensité produire pendant plusieurs mois une salivation abondante qui épuise les maladesw Ces ptyalismes mercuriels à marche chronique sont presque toujours entretenus par quelque altération de la muqueuse, qui est gonflée, saignante, ulcérée dans quelques points; cependant, chez un petit nombre, les parties molles semblent être revenues à leur état physiologique; elles sont alors plutôt pâles que rouges : on dirait qu'il n'existe dans ces cas qu'une simple habitude de sécrétion morbide. Le plus souvent la guérison , une fois survenue, est définitive : cepen-
22r> DES INFLAMMATIONS.
tiuu suflit souvent à elle seule |Xiur guérir des ulcéralious qui avaient rcvsisléb (ous les autres moyens. Il est inntile de dire que, lorsque la maladie est très algue , il faut soumettre les malades à une diète rigoureuse; plus tard, quand rinflamroatio.i se modère, on donne du lait, du bouillon, des potages, des Imaillies, des gelées, ou tout aliment qui ne nécessite pas des efforts de mastication.
Prophylaxie, — Nous n'ajoutons aucunt' confiance auv moyens vantés jadis pour prévenir la salivation. Les uns conseillaient d'associer au mercure, soit le camphre, soit le soufre, Tiode, le sulfure de chaux ammoniacal ou Thydràtede chaox^ Ces diverses substances étaient mêlées à l'onguent mercuriel qui senralt iUx frictions. I..es seuls moyens prophylactiques efficaces de la stomatite mcrcuridle appartiennent à l'hygiène. Ainsi les malades seront garantis du froid humide, • ili Kfont vêtus de flanelle, on excitera les fonctions de la peau, et l'on entretiendra exactement la liberté du ventre.
Nature. — Beaucoup de médecins, même encore de nos jours, regardent la tlomatite mercurielle comme une maladie des glandes salivaires, spécialement des parotides ; mais il suffit d'avoir lu avec quelque attention la description précédente pour être convaincu que ce qu'on nomme vulgairement la salivation mercurielle n'est autre qu'une variété de la stomatite. L'inflammation des glandes salivaires ne constitue jamais le phénomène prédominant; il est toujours consécutif. La aupersécrétion de la salive qu'on observe dé|)cnd d'ailleurs bien moins d'une action directe que le mercure exercerait sur les glandes salivaires que de Tinflammation de la muqueuse buccale, qui agit sympathiquement sur elles, en vertu de cette loi qui veut que la plupart des séci^étions soient augmentées lorsqu'une phleguia.HÎe •xiste à l'extrémité d'un conduit excréteur. Ajoutons enfin que le fluide qui .s'échappe de la bouche est en grande partie fourni par les follicules de la mnqucus<'. Quoi qu'il en soit, il est probable que le mercure agit directement sur la membrane, et qu*il est peut-être éliminé par la sécrétion dont celle-ci est le siège.
9% la glotrile.
La gloaiite» ou inflammation de la langue, peut n'occuper que la membrane muqueuse; d'autres fois, elle envahit primitivement ou consécotivementle tissu même de l'organe; de là la distinction de la glossite en superficielle et en pro»
fonde,
SymptùmeSf marche^ terminaisons. — La glossite superficielle peut être caractérisée par les diverses altérations qu'on rencontre dans les variétés de stcmiiUte que nous venons d'étudier. C*est ainsi que nous avons vu lo muguet commencer presque toujours par la langue. On voit également cet organe être fréquemment le siège d'aphthes, de productions membraneuses et d'ulcérations diverses. Il est une forme de glossite superficielle dans laquelle il existe à peine une très légère tuméfaction de la langue ; la surface de l'organe, rouge, sèche , entièrement dé«> pouillée d'épithélium, montre à nu ses papilles saillantes, ce qui explique la dou- Jiaur cuisante que le contact des substances les plus douces excite. Le goût est en même temps perverti, altéré ; la parole est diflicile, les ganglions du cou sont fréquemment tuméfiés et douloureux. Souvent aussi il existe des troubles primitib ou sympathiques du côté des organes digestifs. Cette espèce de glossite a presque toujours une heureuse terminaison : cependant on l'a vue quelquefois être suivie de gangrène
D'autres fois, l'inflammation semble n'affecter que l'appareil folliculaire, surtont
DE LA r.l.OSSITK. 227
criai de la base de Forgane ; c'est cette forme de glossite que M. Requin désigne .snos le nom de papillaire. Les papilles, rouges, dures et saillantes, déterminent alors un sentiment de chaleur, de picotements, qui augmente et devient insup- («rtable pour peu que les aliments soient sapides. Comme M. Requin, je n'ai encore rencontré cette forme de glossite que chez des femmes nerveuses, hystériques ; elle est ordinairement très opiniâtre.
Dans la glossite profonde ou parenchymateuse, les symptômes sont bien autrement gn? es : en quelques heures, on voit la langue acquérir un volume tellement consîdérible, qu'après avoir rempli toute la bouche, elle sort en partie au dehors, landis que sa base fait saillie vers le pharynx et repousse Tépiglotte, ce qui produit fréquemment des accidents d'asphyxie On conçoit aussi que, dans ces cas, la déglutition et l'articiilation des sons doivent être impossibles. Enfin, la circnbtion cérébrale épronve dle-même une gêne extrême, par suite de la compression dei vaisseaux du cou : c'est ce qui explique les symptômes apoplectiques que quelques malades présentent; la face est alors bouffie et bleufttre; la partie de la langue qui sort de la bouche est tendue , rouge ou violacée. Les symptômes généraux sont PD raison directe de l'intensité de la phlegmasie et du trouble des fonctions respiratoires.
La glossite peut être générale ou bien être limitée à une moitié de la langue; dans ce dernier cas, l'organe est pour ainsi dire contourné : de sorte que c'est le bord gDoflé et non la pointe qui sort entre les arcades dentaires.
lA glossite parencbymateuic peut se terminer par résolution ou bien ôtre suivie d'induration , de suppuration et de gangrène» L'induration persiste souvent très longtemps, c'est-à-dire des mois et môme plusieurs années avant de se résoudre; c'est ce qu'on voit , par exemple, dans un fait rapporté par M. Graves. S'il y a sappuratioQ» l'abcès siège le plus ordinairement à la base de Torgane. Cette circonstance fait qu'il est parfois difficile de reconnaître la présence du pus , les malades ouvrant la bouche à peine, et l'intumescence de l'organe mettant également obstacle à une exploration régulière.
Quelques individus ayant une glossite meurent asphyxiés. L'asphyxie survient ordinairement à une époque encore peu avancée de la maladie, c'est-li<^re au bout de trente-six à quarante-huit heures^
diagnostic. — D'après ce que je viens de dire, il est évident que le diagnostic d^ la ^ossite est toujours facile.
Pronostic, — On comprend aisément combien le pronostic doit être grave lorsque l'inflammation occupe les tissus cellulaire et charnu de rorgatic. La gangrène ■e laine guère d'espoir de salut ; cependant il existe dans la science plusieurs cas où , nonobstant une si fâcheuse terminaison , la guérison a pu avoir lieu.
Etiotogie. «— La glossite superficielle reconnaît ordinairement les mêmes causes qae la stomatite. On la voit surtout se développer par le contact des corps brûiaoïs, des substances acres et caustiques. Un habile médecin de Rennes, M. Toulniooche, a signalé dans la Gazette médicale de ibU2, comme une cause fréquente de glossite ou plutôt de ginsso-slomatitc, l'habitude vicieuse des fileuses de chanvre, qui se servent de leur salive pour façonner le fil , et ne cessent de toucher avec leur langue la filasse et leurs doigts : aussi voit-on l'inflammation commencer ordinairement par les papilles, qui sont rouges, saillantes, très sensibles, et se détruisent ensuite très souvent par une sorte d'érosion superficielle ou profonde. Cette espèce de giossîte n'a qu'une durée de trois ou quatre jours.
La glkwite profonde paraît être rarement primitive : elle est quelquefois pro«
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(liiitc par une blessure de Torgaue ; plus souvent elle est Teffet de l*acCion du mercure; elle accompagne souvent la stomatite mercorielle; parfois elle se déclare comme lésion secondaire dans certaines fièvres graves.
Traitement, — La glossile profonde exige un traitement extrêmement énergique : ainsi ou devra pratiquer une ou plusieurs saignées larges ; on mettra nn grand nombre de sangsues sous la mâchoire inférieure ; on insistera sur les révulsifs cutanés et les purgatifs drastiques. Enfin , si les accidents sont tellement intenses que le malade soit menacé de suffoquer par suite du volume excessif de la langue, il faut pratiquer une scarification profonde dans toute la loagueur de l'organe, et intéressant le quart et même le tiers de son épaisseur ; cette opératico amène souvent un dégorgement rapide. Si, nonobstant cela, Fasphyxie était imminente, on n'aurait d'autre espoir que dans la larj'ngo-trachéotomie. Inutile de dire que si un abcès s'était formé, on devrait l'ouvrir avec le bistouri ou bien eu provoquant le vomissement à l'aide de l'émétique.
La glossite superficielle exige l'emploi de collutoires mucilagineux qu'on rend légèrement résolutifs et astringents avec l'alun, l'acétate de plomb, le borax, aussitôt que l'inflammation commence à s'éteindre.