‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 95 sur 148 · INFLAMMATION DE QUELQUES UNS DBS SENS · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DE QUELQUES UNS DBS SENS

Du oorysa.

— EhinlU, rhome de cerveau, calarihe nasal, fravedo, enchifrènement.

Le coryza, on rhinite, est l'inflammation delà membrane muqueuse qui tapisse les fosses nasales. On l'observe à l'état aigu et à l'eut chronique. Le coryza chro-

nique se subdivise en deux espèces, suivant qu'il est simple ou qu*il se complique d'ulcération; dans ce dernier cas, il constitue une affection distincte, quenoos décrirons sous les noms d'ozène ou de coryza ulcéreux.

Anatomie pathologique. — Ce n'est guère que chez les très jeunes enfants qu'on a eu occasion d'examiner les altérations que le coryza produit sur la membraDe pituilairc. A Yétat aigu, on a trouvé celle-ci plus ou moins injectée, rouge, noirâtre, bleuâtre, boursouflée, épaissie par places, et friable; enûn quelques aateun, et Billaixl en particulier , l'ont vue tapissée par des concrétions pseudo-mend^nneui^cs.

: Dans le coryza chronique, la muqueuse pituitaire est plus dense ; elle est inégile, rugueuse ou mamelonnée à sa surface , et tellement épaissie que le canal nasal peut en être obstrué ou môme oblitéré. Elle est, en général , friable , et présente .une coloration d'un blanc opaque ou bien noirâtre , et surtout ardoisée. . Symptômes. — Au début, le coryza produit une sensation de sécheresse iocommodc dans les fosses nasales, accompagnée de picotements et de prurit, ce qui provoque de fréquents étcrnumenls. Il s'établit par les narines un écoulement plus ou moins abondant d'un mucus transparent, séreux, d'une saveur salée , qui souvent rougit et excorie les narines ainsi que la lèvre supérieure ; l'odorat est diminué ou même tout à fait éteint. A cette période, on voit souvent apparaître de nouveaux symptômes dépendant de l'extension de la phlegmasie. Ixirsqu'eo eflet celle-ci se propage aux sinus frontaux, les malades accusent une céphalalgie frontale gravalive, qui s'exaspère par les mouvements et les secousses du corps, et qui parfois est assez incommode pour rendre impossible tout travail inicllectaeL Plus rarement l'inflammation s'étend dans les voies lacrymales, ce qui produit Tinjec* tion de la conjonctive, avec larmoiement et sensibilité vive à l'impression de h lumière. Enfm, si la muqueuse du sinus maxillaire s'enflamme, le malade se phint d'une douleur assez vive dans la joue correspondante; quelquefois même ceDe-d paraît légèrement tuméfiée; il y a un sentiment de tension dans la mâchoire, et souvent les dents qui s'y implantent sont endolories.

Le coryza ne produit le plus souvent que ces accidents locaux : cependant S arrive quelquefois qu'il s'accompagne de malaise, d'inappétence et d'un léger moofement fébrile, précédé ou accompagné de frissons irréguliers. En général, au hmi de deux ou trois jours, les symptômes s'amendent , la douleur et la tennoo diiûnuent; la fièvre, s'il eu existe, cesse; l'écoulement prend plus de consistance , 0 devient blanc, puis jaunâtre, verdàtre, opaque; il exhale une odeur fade, apcrmatique ; il se détache difficilement, se dessèche rapidement, et produit des croèlci qui, obstruant les fosses nasales, gênent le passage de l'air, et donnent \ la voix un timbre nasonné , qui d'ailleurs existe souvent dès le début, et qui s'explkpe par le boursouflement de la membrane muqueuse. Cette obstruction des fMBCi nasales étant beaucoup plus complète chez les nouveaux-nés, en raison de rétnitessc naturelle de ces cavités, il en résulte des accidents plus ou moins, gratcf, qui ont été parfaitement décrits par Billard , dans son livre , et aianl loi par M. Rayer (1). Ainsi l'enfant est obligé de dormir la bouche ouverte; sa respiratin est bruyante, sifllante, difficile; son agitation, ses cris et sa physionomie expriment la douleur et la gcnc excessive qu'il éprouve. Si on lui présente le seii, Tanxiété et la suflbcation redoublent aussitôt : il y a menace d'asphyxie, puisque l'air ne peut plus pénétrer alors ni par les fosses nasales , bouchées par le goofc-

(i) Coryza dn enfanté à la mamelle, Paris, 48S0.

DU GOHYZA. /i3T

ment de la muqueuse et par Jes produits sécrétés , uï par la bouche , qui est remplie parle mamelon, et par le lait qui s*en écoule : aussi l'enfant, continuellement agité par le besoin de la faim et par Timpossibililé de la satisfaire , tomberait dans répoisemeot, et finirait par succomber avant d'arriver à un degré de marasme atiQcé , si l'on ne cherchait pas à Talimentcr autrement

Nous ne ferons que rappeler ici pour mémoire une forme de coryza aigu dont nous avons déjà parlé , et qui , toujours consécutive à la stomatite et à l'angine diphthéritique, est caractérisée par un suintement séro-sanguinolent fétide et par rexpnbion de fausses membranes grisâtres. Nous ne dirons rien non plus du ooryza ulcéreux qu'on observe dans la mone , car nous en parlerons en détail dans k deoxième volume, lorsque nous décrirons cette affection.

Marche^ durée, terminaisons. — Le coryza a une marche rapide; il se pro-^ longe rarement au delà d'un septénaire. Il a le plus souvent un cours régulier; qnelqaefoîs pourtant il présente des exacerbations. Enfin on l'a vu être périodique et ne céder qu'à l'usage du quinquina. Il peut occuper d'emblée les deux fosses aanles; mais presque toujours il oITre une intensité inégale dans ces deux cavités; le plus souvent la maladie, d'abord limitée à l'une d'elles, s'étend ensuite à l'autre loraqae déjà la phlegmasie est en décroissance dans.la première. Le coryza se termine presque toujours par résolution ; il passe rarement à l'état chronique. Chez radolie, il a toujours une heureuse issue; ce n'est que chez les enfants qu'on l'a m se terminer par la mort

Lorsque le coryza est chronique , qu'il soit primitif ou consécutif à l'état aigu , fl n*excite communément aucune douleur, mais seulement un sentiment de gêne dans le nez et de pesanteur à la racine de cet organe. La sécrétion de la membrane muqueuse est augmentée ; il s'écoule par les narines un fluide presque toujours épais, opaque, grisâtre, jaune ou vert , inodore , d'une odeur fade , quel-» qoefoîs d'une fétidité insupportable, bien que la membrane muqueuse ne soit le «ég^d'aucune ulcération. M. Cazenave, de Bordeaux , fait observer que les individus atteints de coryza chronique n'ont jamais la voix pure, et qu'ils se fatiguent fromptement en parlant et en chantant. Cette forme de la maladie ne s'accompagne jmuûs d'accidents généraux. Elle a une marche lente, irrégulière, et l'on observe mufent des exacerbations qui peuvent persister chaque fois une ou deux semaines. Si durée est indéterminée; elle peut continuer toute la vie sans altérer notablement la santé générale. Elle peut, à la longue, amener une suppuration dans répaisseur de la cloison ; cet effet pourtant est assez rare , et succède plus commu* nément à une contusion du nez.

Diagnostic. — Le diagnostic du coryza aigu ne présente pas de difliculté. Il faut mroir seulement que cette affection n'est pas toujours idiopathique, mais qu'elle est souvent la conséquence d'un état général ; c'est ce qu'on voit, par exemple, dans h rougeole. Le coryza des nouveaux-nés est caractérisé par la suffocation qui aceompegne l'action de teter. Cet accident pourtant pourrait être produit par un vice te eonformation de la bouche, de la langue, des fosses nasales ou du mamelon ; mab» dans ces cas, on aura égard d'abord aux résultats fournis par l'inspection directe des parties. Dans le coryza, en effet, on trouvera une légère tuméfaction do nez, avec couleur luisante de la peau , avec rougeur et boursouflement de la onKIuense. Les enfants respirent uniquement par la bouche, qui i*estc entr'ou verte, et h déglutition des liquides s'opère, pourvu qu'on les donne par cuillerées. On remarquera , en outre, que si les troubles que l'on constate tenaient à un vice de conformation, l'impossibilité de teter ren^onterait à la naissance, tandis q^<^^

lorsque les accidents dépendent d*un coryza , on apprend que l'enfant tetnt libre^ ment avant l'invasion de la maladie.

Le coryza chronique pourrait être confondu avec des polypes maqueox; maïs lorsque, ceux-ci existent, t'enchifrènement ne suit pas la même marche que dans le cor}'za ; il augmente dans les temps humides, ne produit pas oa à peine d'écoiH lement ; enfin , Tinspection des fosses nasales finit bientôt par faire constater la présence des corps étrangers. Un abcès de la cloison ne saurait non plus en imposer en raison de la tuméfaction, de la douleur tensive que les malades accment, et de la pos^bilité qu'il y a de constater la fluctuation. Il n'est besoin ici que de préreoir le lecteur , pour qu'il ne regarde pas comme appartenant au coryza chronique l'impétigo des narines ,. caractérisé par l'éruption à l'orifice de celles-ci de petites pustules qui sont remplacées bientôt par des croûtes.

Les qualités des matières excrétées révèlent souvent l'état anatomiqaa de la membrane de Schneider. Ainsi, lorsque les mucosités sont puriformes et fétides, on devra redouter qu'il n'existe quelque ulcération dans le nez.

Pronostic, — Le cor}za n'oiïre de gravité que chez l'enfant noD?eaii-né on à la mamelle.

Étiolofjie, -^ I^ pituitaire est de toutes les muqueuses celle qui s'enflamme le plus souvent. Quoique le coryza soit une afl'cction commune à tout âge, il paraît pourtant qu'il règne surfont dans l'enfance et chez les jeunes sujets. Il le montre souvent d'une manière épidémiquc après les variations brusques de température ou au connnencement des froi(b rigoureux. Le conza chronique a été regardé comme appartenant spécialement aux enfants lymphatiques. Il a été pinsieurs fois consécutif à l'habitation dans les lieux humides, à la suppression de la sueur des pieds, à l'habitude d'aller nu-tête, à l'usage du tabac, etc. Une idée assez répandue en Allemagne, est que le coryza est contagieux; mais cette opif||oo n'a aurune espèce de fondement.

Traitement, — Le coryza aigu n'exige presque jamais un traitem^t actif» de moins chez Fadultc. Si la céphalalgie est vive, il convient de conseiller l'usage de pédiluves et de manuluves irritants; on évitera toujours l'action du froid elle régime sera doux. Si le liquide qui s'écoule irrite le nez et les lèvres, on oindra ces parties avec de l'huile d'amandes douces ou avec la pommade de concombre, qa'oi portera même profondément dans le nez. Le traitement préconisé par ledoêlev Williams, consistant dans Vabstinence complète des boissons pendant trente-six se quarante-huit heures, ne saurait être adopté, car cj(t serait faire subir un Tèritafats supplice pour une maladie de peu d'importance. Les fumigations émollîentes, qoe beaucoup de personnes conseillent, nous ont paru , comme à M. Cliomei, être le plus souvent nuisibles; en efl'et, elles exaspèrent ordinairement la céphahlgte» ei rendent la respiration plus difficile, en augmentant le boursouflement de la ntqueuse. Cependant les fumigations émollientes pourraient être utiles s'il exislait une grande sécheresse des narines et si cet état était désagréable pour les mabdci Si le coryza affecte un nouveau-né, et s'il est assez intense pour produire Tocdu* sion presque complète des narines, il faudra remplacer l'allaitement naturel* deiew dès lors impossible , en donnant le lait par petites cuillerées à café, ceqni, as nécessitant pas une occlusion parfaite de la bouche, permet encore l'introductioa d'une quantité d'air suflisanli^ pour Hiématose. On pourra, en même temps, €■ployer quelques révulsifs sur les extrémités, tels que quelques cataplasmes rhaadi ou un doux minoratif ; enfin, les enfants seront maintenus au milieu d'une temper^tua' douce.

DK l'ozëne. 639

Dans en derniers temps , M. Teissier a proposé d*appliquer au coryza le traileinent abortif, qui réussit si généralement contre les phlegmasies de plusieurs autres membranes muqueuses. Il conseille d'introduire dans les narines un pelit bourdonnet de charpie trempé dans une solution de 25 à 30 centigrammes de nitrate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée , et de le promener pendant six ou huit letondcs sur la partie antérieure et inférieure de ces cavités. Il faut quelquefois KnoovcJcr l'application plusieurs jours de suite ; cependant une seule a réussi parfois à enlever un coryza après dix ou douze heures. Je doute cependant que cette méthode réussisse te plus souvent, à cause de la difficulté qu'il y. a de promener le caustique sur toute la surface malade.

Dans le coryza chronique, on fera d'alK)rd cesser l'action des causes qut l'ont produit ou qui l'entretiennent. On administrera quelques boissons sudorifiques et quelques laxatifs ; on fera dans les fosses nasales des fumigations , d'abord émoliienles, puis aromatiques. Si ces moyens échouent, on appliquera un vésicatoire à h nuque, ou bien encore on établira une dérivation sur un organe voisin, tel que la bouche, à l'aide de masiicatoires plus ou moins puissants , comme le serait dn tabac Enûn, dans ces derniers temps, on a beaucoup vanté la médication topique portée sur l'organe malade; on a surtout préconisé les préparations mercurielles et les cautérisations avec le nitrate d'argent : nous en parlerons dans l'article suivant.

l>e Toiène.

fttsmmnE. — Cerysa alcérfliu, rhiDÎto ulcircaM, pnnuUle, etc.

Nous donnons les noms d'ozone ou de coryza ulcéreux à une forme de la rhinite apaiomiqucment caractérisée par des ulcérations dans les fosses nasales. Quelques auteurs ont signalé la fétidité des narines comme constituant le caractère distinctif de la maladie; niais c'est l«i un accident commun à plusieurs affections des fosses Basâtes (telles ({uc coryza simple cl ulcéreux, vices de conformation , etc.) ; on ne lanrait, par conséquent, en faire un signe pathognomonique : cependant il est assez important pour qu'on doive, dans la description, diviser les ulcérations des fosses sasales en féiides et en non fétides,

. Caractères amtomiques, — Lorsqu'on examine les fosses nasales dans le coryza ulcéreux, on trouve la membrane muqueuse épaissie, gonflée, mamelonnée, friable» décollée par un pus fétide et détruite dans dilTérents points. Les ulcérations sont très variables quant à leur siège, à leur nombre, «i leur étendue et à leur aspect. Les unes sont |)etitcs, n'intéressant qu!.> la membrane muqueuse, et elles siègent ordinairement , suivant Boycr , à la partie antérieure de la cloiso.i , au point de réunion des portions cartilagineuse et osseuse. Les autres se rencontrent le plus communément à la racine du nez, sur la mu(|ucusc (pii tapisse les os propres et le vomer. Quelquefois petites, et alors très nombreuses, il est plus commun de n*eo voir qu'une, deux ou trois au plus, mais très larges. Les unes sont superficielles; les autr)cs, profondes, pénètrent jusqu'à Tos, qui, ii ce ni\eau, est carié, ramolli ou nécrosé. Les bords de ces solutions de continuité sont trt's irrègniiers. Un mucus puriforme, sanguinolent, et des croûtes bruucs, r.oirâires, obstruent les fosses nasales, qui exhalent le plus souvent une odeur fétide. Lnfin, on peut trouver des désordres plus grands encore, comme la destruction des os propres du nez, de la cloison, du vomer; le nez lui-même peut être détruit en totalité ou en partie.

640 DES INFLAUMATIONS.

Symptômes. — Le coryza ulcéreux succède quelquefois au coryza aîga, oa bien 5on début est obscur, et ne diiïère en rien, par ses symptômes comme par sa marche, du coryza chronique, dont nous avons précédemment parlé. L« mahde, en eiïet, est habituellement enchifrené ; il mouche beaucoup de mucus, épais, jaunâtre, verdutre, purulent ; il éprouve de la gêne, rarement de la doulcnr, dans les fosses nasales. Celles-ci sont obstruées par des croûtes adhérentes, que la plupart des malades arrachent avec leurs doigts, ce qui produit parfob ua suintement sanguin ; rinflammation augmente à la suite de ces manceuvres, qui, répétées fréquemment, peuvent rendre la guérison difficile ou impossible. Cependant, dans une forme plus grave de la maladie, le fluide qui s'échappe est îchof eux,* fétide, et l'air qui traverse les fosses nasales pendant rexpiration est luimême imprégné de cette odeur pénétrante, insupportable, qu'on a comparée à celle de la sueur des pieds ou des macérations anatomiques, ou bien à celle d'oae punaise écrasée; de là le nom de punaisie donné à la maladie, et celai de punaisj sous lequel on désigne quelquefois les malades. Lorsque l'alcérailoQ s'étend aux os ou aux cartilages du nez, on voit cet organe se tuméûcr, se déjformer et devenir d'un rouge violacé. £u pressant à ce niveau avec les doigts, oo constate souvent de l'empâtement, de l'œdème, une sorte de crépitation due ï l'altération des os propres, qui finissent par se détacher et sortir, soit par les fosses nasales, soit par une ulcération des téguments. Dans ce cas, le nez s'affaisse à sa base, tandis que sa pointe se relève, ce qui donne à la face quelque chose d'igooble et de hideux.

Marche^ durée ^ tertainaisons. —Le coryza ulcéreux a toujours une marche chronique : cependant il peut présenter de temps eu temps des exacerbatioos qui lui donnent momentanément l'apparence d'une maladie aiguë. Cette affection, qui n'a pas de tendance h guérir spontanément, a presque toujours une durée longue, îadéterminée. Elle rend souvent la vie incommode, insupportable, mais elle ne l'abrège pas sensiblement ; lorsque la mort survient, c'est toujours par suite de quelque complication.

Diagnostic. — Lorsqu'il n'existe que de l'cnchifrènemcnt, ainsi qu*an écoulement jaune, verdâtre ou purulent, 11 est impossible de dire si le coryza est simple ou bien s'il est ulcéreux. La fétidité des narines n'est pas non plus un caractère distinciif, puisque nous avons vu qu'on pouvait l'observer dans les deux fonnesde la maladie, et même chez les individus qui ont la base du nez aplatie, les fosses nasales étroites et vicieusement conformées. L'inspection seule des parties, commeh pratique M. J.-J. Cazcnave, pourrait pourtant permettre d'établir le véritable caractère de la maladie, s'il est vrai qu'on puisse manœuvrer comme Tiodique le médecin de Bordeaux. Quoi qu'il en soit, M. le docteur Cazenave procède à l'examea en plaçant d'abord son malade en face d'une croisée bien éclairée ; Il lui renverse h tête en arrière et fait parvenir les rayons lumineux aussi profondément que possible. S'il existe des croûtes, il fait des lotions et des fumigations émollientes, afin dekf détacher sans effort. Si cette exploration ne fait rien découvrir, M. Cazenave prend un sylet mousse, flexible et recourbé à son extrémité en forme de crochet; il l'introduit dans la fosse nasale aussi profondément que possible ; puis, en le ramenant d'arrière en avant, et eu lui faisant exécuter de légers mouvements de rotation, il explore avec l'extrémité mousse toute la surface delà membrane pituitaire. Celle-ci est-elle exempte d'ulcérations, le stylet glisse sans sentir d'inégalités; mab si, au contraire, la membrane offre des solutions de continuité, l'extrémité de l'instrument est retenue par les bords de l'ulcération. L'exploration dont Je parie

DE L^OZËNE. iiUi

defOL sortoat être faite sur la partie de la cloison qui e&i voisine de la racine du nez, puisque nous avons vu que c'était là le siège de prédilection des ulcérations. Mais il nous semble fort douteux qu'on puisse arriver par ce moyen à un résultat utile, et nous ne sachions pas d'ailleurs que jusqu'à présent personne ait vérifié les asser* lions du médecin de Bordeaux.

C*e8t encore par l'inspection qu'on pourra différencier le coryza ulcéreux d'avec nn polype, d'avec l'inflammation phlegmoneuse ouïes abcès de la cloison, ainsi que nous l'avons exposé plus haut Je ne dirai rien du coryza qui accompagne la morve et le larcin chronique; car c'est le symptôme d'une affection générale qui, comme nous le verrons plus tard, a des caractères particuliers.

Enfin, le coryza ulcéreux diagnostiqué, il faut reconnaître sa nature. S'il y a peu de douleur, si le mucus nasal est peu altéré, s'il n'exhale non plus que l'air aucune odeur fétide, il est probable qu'il n'existe qu'une ulcération simple, dont la guélîsoa sera facile. Mais si l'odeur est fétide, si l'écoulement nasal est ichoreux, purulent, on devra regarder Tulcère comme étant plus grave, et l'on recherchera alors s'il n'est pas symptomalique d'un état constituiionnel, tel que syphilis et scrofules ; on éclaircira ce problème par l'étude des commémoratifs et des symptômes concomitants.

Pronottic. — Si le coryza ulcéreux ne compromet pas l'existence, il constitue du moins une affection incommode, répugnante, et qui peut produire à la longue une déformation et môme une mutilation.

Etiologie. — Le coryza ulcéreux est rare avant dix ans; on l'observe surtout dans la jeunesse et dans l'âge adulte; on ignore quelle est l'influence du sexe; il a paru être parfois héréditaire. Une constitution molle, scrofulcuse, semble y prédisposer; on ne sait pas précisément si les personnes qui sont sujettes aux coryzas aigus y sont plus exposées que d'autres. Quant aux causes occasionnelles, elle nous sont inconnues dans la plupart des cas ; toutefois il est hors de doute que l'ozène a été plusieurs fois consécutif à l'extirpation ou à l'arrachement des polypes; d'autres (ois la maladie semble être un accident des scrofules ; enfin, plus souvent encore i'ozène est produit par la syphilis constitutionnelle: c'est surtout lorsqu'il reconnaît cette cause qu'on observe la destruction des os et des cartilages du nez.

Traitement, — On a conseillé un grand nombre d'agents thérai)eutiques contre lecori'za ulc-éreux. Il faut, lorsque les accidents aigus existent, les combattre par le régime autiphloglstique et par les révulsifs, par des lotions, des injections et des fumigations émollientcs; c'est par ce dernier moyen qu'on provoquera la chute et l'issue des croûtes qui obstruent les fosses nasales, et qui sont une cause permanente d'irritation : les malades ne devront jamais les arracher. Plus tard ou a recours aux injections détersives avec le chlorure de calcium ou de sodium (2 grammes pour 150 à 200 grammes d'eau d'orge ) avec une décoction de roses rouges ou avec une solution de sous-acétate de plomb. On peut aussi faire, soit avec celui-ci, soit avec le minium et la cérusc, une pommade, un cérat, que l'on introduit dans le nez à l'aide d'un pinceau ou d'une tente. Depuis près d'un siècle les mercuriaux ont été administrés à différentes époques contre le coryza ulcéreux non syphilitique. M. Trousseau a , dans ces derniers temps , remis cette pratique en honneur ; il a conseillé aux malades atteints de coryza chronique , simple ou ulcéreux, de prendre sept ou huit fois par jour une pincée d'une poudre faite avec on mélange de protochlorure de mercure (1 gramme 30 centigrammes), d'oxyde rouge (60 centigrammes) et de sucre candi (16 grammes). M. Trousseau injecte aussi une solution de sublimé. On peut , par exemple , dissoudre 8 grammes de

hk2 DES IMIXAMMATIONS.

sublimé dans 380 grammes d*eau ; puis on prend une demi-cuillerée à café juiqul deux cuillerées de cette solution qu'on met dans un verre d'eau pour eo faire des injections. Ces topiques seront surtout indiqués lorsque Tozène est de nature vénèr jriennc; mois dans ce cas il faudra de plus soumettre le malade à un traitemenl mercuriel régulier, auquel on associera l'usage des sudoriflques. I^ cdUtitotioD scrofuleuse exigera k son tour l'emploi des toniques, des ferrugineux; enfio, dans les cas rebelles, on modifiera les surfaces par la cautérisation. Pour la pratiquer^ M. J.-J. Cazeliave, qui a surtout préconisé ce moyen, porte un crayon de nitrate 4*argent sur l'ulcération ; et, s'il n'a pu la découvrir, il introduit et promène it caustique le plus loin possible dans l'intérieur des fosses nasales. Si cela échoue, M. Gazenave propose de porter alors un pinceau imprégné d'une solution de nitrate d'argent (1 ou 2 grammes pour 30 grammes d'eau), ou d'injeaer cette mên» solution à l'aide d'une seringue recourbée en donnant pourtant aux maladei une position telle que le liquide pénètre le moins possible dans le pharynx. Dans kt cas où tous CCS moyens échouent, ou a conseillé quelques palliatifs pour maaqoer l'odeur fétide que les malades exhalent : dans ce but on leur fait renifler pliisieon fuis par jour de l'eau tiède chlorurée , ou une eau rendue odoriférante avec la menthe, la sauge, l'eau de mélisse, etc. Mais les injections aqueuses jeront encore le meilleur moyen. Il résulte en eiïei d'une communication faite k l'Académie de médecine dans sa séance du 10 janvier 185/i que M. Maisouncuve, pour remédier à l'odeur infecte que les punais exhalent, a conseillé de faire, dans les narines, dci injections à grande eau à l'aide d'une grosse seringue dont on presse le piston avec force. Ce serait la seule manière, d'après M. Maisonneuve, de chasser des cavités anfractueuscs où ils stagnent les fluides qui, en se corrompant, infectent l'air qui les traverse. M, Maisonneuve s'est assuré par de nombreuses expériencéi que l'eau injectée comme il le recommande, loin de pénétrer dans la gQrge« comoU on le croit, revient par la narine opposée, parce que le voile du palais en se rclsvaut forme une sorte de gouttière qui dirige le liquide de ce côté. M. MaifCM* neuve annonce que par ce traitement on enlève à l'instant Todeur delà pniiliriit et que bientôt les conditions de la muqueuse étant modifiées d'une manière durable on arrive à une guérison définitive.

De l'otite.

. Sous le nom A* otite, on comprend toutes les inflammations de rintérienrde Poreille. On les divise, d'après leur siège, en externe et en interne. Dans le prtmier cas, la phlegmasie, bornée au conduit auditif externe, ne dépasse pas la mein* brane du tympan ; dans le second , elle occupe une ou plusieurs des parties qui constituent l'oreille interne. Eu égard à sa marche , on divise encore l'otite es aiguè et en chronique.

Caractères anatomiques, — Dans l'otite aiguë externe , la peau Gne qui tapisse le conduit auditif est injectée, rouge et souvent assez tuméfiée pour oblitérer tout \ fait ce canal; elle a alors l'aspect d'une membrane muqueuse. On peut voir ^ Si surface des vésicules, des pustules, de petits abcès et des ulcérations ; quelqoefob elle est décollée par du pus, et il est commun aloi s de trouver les cartilages solyicents ramollis et perfoiés. Les os, au conlralre, sont rareine:it altérés; souvent h membrane du tympan est perforée ou détruite. Dans l'oiiie interne, on trouve les différentes parties constituantes de l'oreille interne, notamment la cavité du tympan, les cellules masloïdes, le conduit d'£ustacbi, tapissés par une muqueuse roop.

DE l'otite. 4&S

ie, raïuoliie, ulcérée; ces cavités et les canaux demi-circulaires eux-' ut parfois remplis d*une matière sanieuse et purulente; enfin, les os fiuisôt par être attacjués à leur tour. Ces lésions sont bien autrement graves les dans l'otite chronique, plus généralement désignée sous le nom d'o/orlente. Ici, en eiïet, on trouve des végétations fongueuses dans le conduit eme; la membrane du tympan est complètement détruite; et les osselets M>nt détachés, libres, ou bien il n'en existe plus de trace, la suppuration entraînés pendant la vie. Les os sont cariés dans un ou plusieurs points ; e surtout la carie de l'apophyse mastoïde et celle du rocher au voisinage. X demi-circulaires : le conduit auditif interne est beaucoup plus rarement ins les cas où le rocher est ainsi carié, nécrosé, vermoulu dans toute son odtobserve souvent des lésions graves vers le cerveau et ses membranes, nre-mère est noirâtre, détachée de l'os, et la portion correspondante du it ramollie ou est devenue le siège d'un vaste abcès, le plus souvent çu-> Il la cavité communique quelquefois avec l'intérieur de l'oreille à l'aidc! irs ouvertures uu pertuis du rocher. Les désordres pourtant n'ont pas ton* ; étendue ni cette gravité. Souvent, en effet, l'inflammation chronique de loyenne est seulen)cnt caractérisée par un épaississement, par un bonrit de la muqueuse, avec accumulation de concrétions diverses à sa surface* des altéraiious les plus fréquentes, au rappott du docteur Toynbée, ce irmation de brides membraneuses dans les différentes parties de la cavité n; elles sont parfois si nombreuses, d'après lui, qu'elles la remplissent out entière. Ces adhérences sont surtout très prononcées entre les jambes * et les parois contiguës de la cavité du tympan. Il doit en résulter, on le I aisément, un trouble plus ou moins profond dans les fonctions de l'orouïe. (Tome VIII des Transact, méd, -chirurg, de Londres, année 1 SU5») 5me8 et marche de l'otite aiguë, — 1" Otite externe. — Dans sa forme la e, c'est-à-dire dans l'inflammation érysipélateuse du conduit auditif, lorsigeur ne s'accompagne d'aucune tuméfaction, les malades accusent dans D peu de chaleur, et surtout un prurit incommode. Bientôt surviennent élancements avec des douleurs de tête : il y a des bourdonnements, puis ité et le méat rougit. Dans cette affection on voit des squames peu épaisses , et le cérumen, plus consistant, devenir parfois brunâtre et même uoir^ m est aussi parfois augmentée. C'est souvent à la suite de cette inflamjère que se forment dans le fond du conduit auditif des es|)èces de boude tampons durs comme un morceau de craie, qui irritent, enflam- Nlion du conduit avec lequel ils sont en contact, et parfois la membrane 0 elle-même ; aussi en résulte-t-il un écoulement puriforme et souvent té complète.

icrétions de l'oreille ont souvent les apparences des calculs biliaires ; ils is seulement constitués par du cérumen et par les débris épidermiques, ne M. Ménière le fait remarquer, on y trouve encore une grande quantité )ides et courts, qui peuvent provenir en partie du tragus et des bulbes ni garnissent l'orifice du méat externe ; ce médecin croit aussi que Tin- D de la peau du conduit auditif peut provoquer le développement de ces

ne forme plus intense de l'otite, le conduit auditif est le siège d'une chante ; souvent il y a des élancements , il est plus ou moins rétréci , et ur le méat des vésicules et des pustules d'un petit volume, ou des espèces

kllU DES INFLAMMATIONS.

de végétations fongueuses ou charnues ; la peau ronge et sèche sécrète bieotôt an liquide séreux ou mucoso-purulent. Cette cs|>èce d'otite , dans laqudle le tissu glandulaire est peut-être plus spécialement atteint, a été nommée caiarrhale; die persiste souvent des années entières sans 8*étendre, dit Kramer, au delà de Tépaisseur de la peau, sans gagner les os, sans provoquer la perforation de la membrane du tympan, qui pourtant est rouge; mais il arrive néanmoins quelquefoB que sons l'influence d*un refroidissement, la phlegmasie se propage à l'oreille interne, et jusqu'au cerveau lui-même. Chez quelques sujets l'écoulement peut cesser tout \ fait, de manière à faire croire à une guérison complète ; mais si en pareil cas, dit Kramer, on examine le fond du conduit auditif à l'aide du spéculum , on trouve les parties intérieures toujours altérées, le fluide sécrété est plus épais ; il s'accu* mule et se condense profondément. ^

Dans une troisième forme d'otite, l'inflammation devient phlegmoneuse, c'est-àdire qu'elle gagne jusqu'au tissu cellulaire. Les malades ressentent alors des douleurs vives, lancinantes qui leur arrachent des cris ; la mastication, les mouvements, l'impression du chaud et du froid les exaspèrent; l'ouïe de ce côté est diminuée ou perdue : les malades se plaignent d'éprouver des bourdonnements et des sifflements, par suile du gonflement de la membrane qui obstrue ou qui oblitère le conduit. En même temps, il existe un état de malaise, quelquefois une fièvre Intense avec céphalalgie, avec hémicrânie. Si la douleur d'oreille est très vive, et si le sujet est nerveux , il peut survenir du délire. Cependant, vers le troisième ou quatrième jour, ces symptômes diminuent d'intensité , et cet amendement coïncide presque toujours avec l'écoulement d'un pus inodore ou fétide , qui a lieu par le conduit auditif, et qlii s'arrête généralement au bout de quelques jours. Parfois la suppuration continue, mais le méat est alors tellement rétréci, que le pus ne peut s*en écouler; ce fluide, s'accumulant dans le conduit audilif, comprime la membrane do tympan et devient une cause de douleurs souvent très vives.

2" Inflammation aiguë de la membrane du tympan. — Cette maladie, dit Kramer, débute tout à coup; elle donne lieu h une douleur plus ou moins vire, occupant le fond du méat, s'étendant au sommet du pharynx et au cou ; elle s'accompagne ordinairement de bourdonnements et de bruits variés. La membranedn tympan, mise à découvert à l'aide du spéculum, est n)uge par placés; lorsque h maladie est plus aiguë, toute la membrane est envahie; elle est d'un rouge vif et hérissée d'une foule de petites saillies glandulaires. Sa dépression centraient effacée et l'on ne distingue plus l'insertion du manche du marteau. Les malades ac* cusent en même temps des douleurs déchirantes; l'ouïe est faible; il y a de h fièvre et la sécrétion du cérumen est suspendue. Si la maladie est mal traitée, osa elle est abandonnée à elle-même, un écoulement puriforme, strié de sang» a lieu par l'oreille. La surdité fait des progrès, et si Vo\\ examine de nouveau l'état de h membrane, on la trouve percée de plusieurs ouvertures, qui peuvent n'être pai plus larges que celles que ferait une piqûre d'épingle; mais quelquefois elles ont le diamètre d'un pois. Enfin , dans des cas plus graves encore , les deux tien da tympan sont détruits et les débris de la membrane sont couverts d'excroissances on de végétations. Si la maladie est convenablement traitée, la fièvre cesse, les dosleurs se calment, les bourdonnements disparaissent ; mais la surdité augmente en raison de l'épaississement que subit le tympan par suite d'une infiltration séreuse qui se fait entre les feuillets membraneux qui le composent II peut même -subir k transformation cartilagineuse ou osseuse, et devient alors tout à fait insensible m contact des instruments.

DE l'otite* A45

3* Inflammation catarrhaie de f oreille moyenne, — Cette maladie, soit qu'elle n'aflecte qu'une oreille, soit qu'elle atteigne les deux , ne s'accompagne généralement d'aucune douleur; mais les malades ressentent profondément, les uns des démangeaisons, d'autres des craquements : il y a des bourdonnements et de la surdité daus tous les cas. Le cathétérisme de la trompe d'Eustachi et Tinsufflatioa de l'air sont, dit Kramer,.les deux moyens indispensables pour arriver à un diagnostic certaia. On ne peut, en eiïct, ajoute le même auteur, conserver le moindre doute sur l'existence d'un engorgement muqueux de la caisse quand l'air qui est poussé par la trompe y arrive et vient éclater derrière le tympan avec un bruit de gros râle humide. Ce diagnostic est encore bien plus positif quand , «i la suite de ces phé* Domcnesje malade remarque qu'il entend mieux. C'est dans ces cas d'engorgement calarrbai que M. Ménièrc a noté, comme un phénomène constant et en quelque sorte pathognomonique, une coloration insolite de la membrane du tympan, qui, d'an rouge foncé d'abord, aiïecte bientôt une couleur plombée et même ardoisée.

L'engouement de l'oreille moyenne est une aiïeclion de longue durée; il se lie iOOTent à une constitution strumeuse , et succède fréquemment à une affecliou catarrhaie de la gorge et à l'impression du froid humide.

h* Inflammation de l'oreille interne, — Sous le nom d'otite interne on comprend généralement l'inflammation du tissu cellulaire et du périoste de la caisse. Ici les accidents sont bien plus graves que précédemment. La douleur d'oreille est eo eflet atroce, intolérable ; il y a de la fièvre, des nausées, des vomissements, une céphalalgie vive, de l'agitation, de l'insomnie, parfois des convulsions, du délire ou dncoma. Ces phénomènes ne sont, le plus souvent, qu'un effet sympathique; mais quelquefois aussi ils indiquent une complication inflammatoire du côté des méninges ou du cerveau. En général, dans les cas dont nous parlons, la déglutition et la mastication surtout sont difliciles et douloureuses.

La maladie se termine rapidement par suppuration. Lorsque du pus est accumulé dans la caisse du tympan, on peut, en auscultant l'oreille, entendre souvent pendant les violents efforts d'expiration, et lorsque l'air de la trompe traverse le liquide, une sorte de râle sous-crépitant ou muqueux, et parfois un véritable garfooillement (Ménière). Cependant le pus, après être resté plus ou moins longtemps emprisonné dans l'oreille, finit par se frayer une issue au dehors; souvent il s'échappe brusquemment et comme par flots par le conduit auditif externe, après avoir perforé la membrane du tympan; plus rarement il s'écoule par la trompe d'Eustachi ; les malades rejettent alors par expuition une matière puriforme, ce qui entretient dans leur bouche une saveur et une odeur désagréables. Enfin, l'apophyse mastoide peut se carier et se perforer; le pus alors s'échappe par cette voie, après avoir produit un abcès extérieur. La suppuration a plus de tendance à perforer le tympan et à s'écouler par le conduit auditif externe qu'à s'échapper par la trompe, parce que, d'après la remarquewd'Itard dans les maladies de l'oreille moyenne, la trompe participe à l'afTeclion au moins neuf fois sur dix. Nous devons noter encore qne, lorsque le pus se fraie une issue à travers l'apophyse mastoïde, il arrive parfois, ainsi que l'a noté J.-L. Petit, que l'abcès disparait au moment où l'on s'apprêtait à l'ouvrir, mais il reparait avec la même facilité, et cela presque à volonté, CD faisant soufiler avec force le malade, tandis que la bouche et les narines sont maintenues fermées. Quoi qu'il en soit, il y a dans tous ces cas des altérations plus ou moins profondes dans l'oreille ; les osselets sont presque toujours détruits ; la membrane du tympan , perforée, se couvre de végétations ; le nerf facial est comprimé oo détruit, ce qui produit une hémiplégie faciale.

ilM DES INFLAMMATIONS.

Durée, terminaisons, — L'otite aiguô peut durer cinq ou six jours; d'autres fois elle se prolonge pendant un mois : au delà de celte époque, on dit qu^elle est chronique.

La forme catarrhalc est celle qui a le moins de tendance à se terminer spontanément par la guérison. Lorsque Tinflaromation n'atteint que le conduit citerne, les malades guérissent complètement : cependant il arrive parfois qu'ils conserreot pendant longtemps un peu de dureté de l'ouïe , ce qui dépend probablement de l'épaississemcnt de la membrane tympanique. Mais , à la suite de l'otite interne, ii est rare que les malades ne restent pas avec une ouïe dure; souvent même ils sont complètement sourds. Quelques uns succombent à la violence des accidents cérébraux.

Symptômes, marche et suites de l'otite chronique. — L'otite chronique peut succéder à Tétat aigu ou bien être primitive. A l'instar de l'inflammation aiguë, eUe peut être externe ou interne, être bornée au conduit auditif ou intéresser aussi la membrane tympanique. L'otite érythémateuse chronique se caractérise seulement par du prurit, par une altération du cérumen, et par la formation de concrétions an fond du conduit auditif; c'est cette forme de la maladie que quelques auteurs ont nommée sèche, parce qu'elle ne s'accompagne, en eiïet, d'aucune sécrétion morbide. Dans ce cas, le conduit auditif externe est d'un rouge vif et ne sécrète presque pas de cérumen ; l'ouïe est plus ou moins altérée.

Si l'otite est catarrhale ou plilegmonciise , on voit , par suite du passage de la maladie à l>6tat chronique, le conduit auditif rempli de végétations fongueuses, et la peau qui le tapisse épaissie, inégale, ce qui produit une surdité plus ou moins complète. Beaucoup des malades dont nous parlons n'éprouvent aucune donlcor; leur maladie consiste surtout en un écoulement d'un pus jaune ou grisâtre, abondant, avec bruissement et dureté de l'ouïe. Si la membrane du tympan est en même temps affectée, le spéculum oris fait constater qu'elle est opaque, épaissie, inégale ; souvent elle est perforée, surtout au-devant ou au-dessous de la longue branche du marteau. Lorsque cette altération existe , on voit Tair sortir en booillonnant ou avec sifflement par le conduit auditif externe aussitôt qu'on fait sodDer fortement le malade , comme dans Taction de se moucher ; il faut avoir soin alors de serrer le nez entre les doigts pour empêcher Tair de sortir par les narines, et pour le forcer à s'insinuer dans Foreillc par l'ouverlure de la trompe d'EustacU.

Lorsque l'oreille interne est envahie , l'ouïe est presque toujours entièremeirt perdue, à cause des graves désordres qui existent; la suppuration est aJors ph» abondante ; elle est grisâtre, sanieuse, noirâtre, fétide, mêlée â des fragments d'oi, qu'on reconnaît pour être le plus souvent les osselets de l'ouïe cariés ou nécroiéi Si le rocher est altéré, on finit par observer divers accidents cérébraux : c'estaînil que quelques malades ont une paralysie faciale lorsque la lésion occupe riqucdoc de Fallope, et que le nerf moteur de la face qui k traverse se trouve comprimé et quelquefois même détruit. Beaucoup plus rarement le ganglion de Casser a disparu par les progrès de raltération ; on observe alors une paralysie du sentiment dans la moitié correspondante de la face. Si le rocher est altéré dans toute épaisseur, des symptômes cérébraux ne tardent pas à se manifester, tantdt d*i manière aiguS s'il y a encéphalite ou méningite , tantôt lentement si on abcès âttkysté se forme. Dans l'un et Tautre cas, la séci*ètion du pus diminue ordinairemeût, ce qui s'explique par le travail inflammatoire du cerveau, qui agit sur roreih oomihe un moyen révulsif. C'est dans ces mêmes cas que M. Bruce, de Llverposi, a vu survenir quelquefois rinflammation des sinus de la dure-mère, ce qu'on

DE t OTITE. Si?

cerri lis^inent si l'on se rappelle les rap[>orls des sinus ]X^[rcux avec l'angle supénenr du ivmporal. et loraqii'on sait que les sinns Inti^rauK lo^^'s dnns une gouliière profimilc lie la face p^sléricurp rie l'o.s ue sont séiwrés que par une l^ère cloisnn osKuso des cellules inastuidiennes et de la cavité du tympan.

Diagtiostic. — Le diagnosiic de l'oliie externe no peut présenter aucune diflieuité. Cepcudani on voit assez souvent commcllrc des erreurs grossières, Fréquemmenl, en effet, on regarde coiiiine atteints de surditi'-s incurables des individus ifoi. par suite d'une otite superficielle, ont dans le Tond du conduit auditif un aiuax dp matière c^ru-uînease plus ou moins dessécliéc. et qui, mliïée ï des lamelles ^pidemiiques et h des poils courts et roides . fortne un bouchon qui rend l'ouïe dure, on qui mtoe l'abolit tout ii fait Pour découvrir ce corps étranger et l'éini aoatnniique de la membrane du conduit, il suffit souvent , comme le dit Kramer, it tirer l'oreille en haut et en arrii-re , et d'exposer l'orifice du m^al aux rayons du soleil. Mais mieux vaut encore se servir du spéculum oris , qui fait aisément découvrir la cause de la surdité.

L'ioOainmaiiun de la membrane du tympan, surtout à l'état chronique, est prciqae toujours méconnue, parce que rarement on examine l'organe malade, et ceprndani ce n'est que par l'application du spéculum <iu'oii peut arriver à la conftaUlion de La lésion. Lorsqu'en effet il n'y a encore aucun écoulement, la violence de 11 douleur et les accidents cérébraux qui existent pourraient faire croire D une Béfûngite. Hais, dans l'otite, la douleur, quelque générale qu'elle soit, siège surtoot dans l'oreille. La pression exercée sur l'os temporal et surtout sur )'a|iophyse HUtoIdo l'exasptrc; il eu est de mémcdes mouvements de h m3cboii-e. Lesbour-

IlamiriDents d'oreilles, la surdité et les résultais d'auscultation permettent aussi d'établir le diagnostic de la maladie. Os caractères dilTérencient encore l'oiite do iMaigit, sortu de névralgie d'un des nerfs de l'oreille (nerf acoustique, corde du lUmpan, rameau anasiomutique de Jacobson) ; car, dans l'otalgie, il y a tme douleur tive. atroce, qui se développe subitement et cesse de mâme. Lorsque du pus l'rcbappc au dehors, on ne peut plus conserver de doute sur la nature de la maladie : cependant il importe d'être priiveau que la suppuration peut être évacuée par la trompe d'EusUchi, Ajoutons encore que l'otalgie est une maladie cncffitsive- «fut rare . »i rare qu'un homme d'une vaste expérience , comme le docteur Kmaier, en conteste mûme l'eiisteucc. Ce célèbre médecin aurisle déclare, en effti, n'avoir jamaiti vu de douleurs aiguës dans les oreilles qui ne dépendissent de Usioiis inHammaloires bien reconuaissables, soit dans les parois du ca'taal, soit i la mimibrane du tympan. De Va la nécessilé, dans tous les cas de douleurs d'oreilles, (t gÊDéraIcment dans lou.i les troubles de l'ouïe, d'explorer l'organe â l'aide du ipAculum. Il importe encore, pour le pronostic, de di-terminer avec le plus grand wiu l'étendue des désordres. Pour y parvenir, on n'a qu'à se rappeler ce que nous tfoni dit plus haut sur les signes qui anuoncent la perforation du tympan et la carie do rocher.

PriMOitic. — L'otite externe, qui est superlicielle et qui a pour effet de produire ijct concrétions céruminenses. est sans gravité, lien est le plus souvent de même d» otites catarrliale et phlcgrannense. Cependant il n'est pas très rare de voir surtenir coiisécuiitementdes lésions graves qui allèrent l'ouïe pour toujours. L'otite . ulenic peut être fâcheuse aussi par son extension au tympan et \ l'oreille moyenne. ■ l'oliie externe qui est partielle, celle qui se concentre au fond du méat, au poor- Vfenr de la membrane du tympan, est souvent incurable, car celle-ci est fri:qu~Q. Psieut épaissie et indurée ou perforée. L'otite interne constitue toujours uqq ,.

lion grave, puisqu'elle occasionne presque nécessairement une infirmité incanble, et que souvent elle a une issue funeste, par suite de Tcxtcnsion de h phlegmasie aux centres nerveux.

Etiologie, — L'otite affecte surtout les enfants et les jeunes gens. On dit que les scrofuleux y sont davantage prédisposés; mais les nombreux éocalemenls d'oreille qu'on observe chez eux ne dépendent pas toujours d'un travail inflammatoire; plus souvent ils sont l'effet d'une simple sécrétion . morbide , d'an catarrhe, ou bien ils dépendent d'une altération des os, semblable à celle qu'on observe dans plusieurs autres parties du corps, et à laquelle l'inflammation est toot à fait étrangère.

Il est plusieurs maladies vers le déclin desquelles l'otite survient très fréquemment : ce sont surtout la rougeo!e, la variole, la fièvre typlioîde et la phibisic pulmonaire, hans la plupart des cas, l'otite arrive d'une manière spontanée on soc» . l'influence de causes toutes locales, telles que l'impression d'un courant d'air froid reçu sur l'oreille, l'accumulation du céiumen, l'introduction d'un corps étranger, certaines opérations |)our détruire des végétations et des polypes. Avicennc, Bonnet et Itard parmi les modernes, ont cru qu'un abcès primitivement défeloppé dans le cerveau pouvait, en s'ouvrant dans l'oreille interne , enflammer celle-ci et produire une variété d'otite qu'on a nommée otorrhée cérébrale ; Morgagni, an contraire , admettait que le pus de l'oreille se faisait jour dans le cerveau. Des iaiti plus sévèrement obsenés, ceux surtout que M. Lallemand a analysés dans sa 4* lettre, ont prouvé que l'abcès cérébral était presque toujours une lésion consécutive à l'inflammation de l'oreille et à la carie du rocher. Il serait difficile d'admettre que l'abcès cérébral fût primitif, les malades, en effet, ne pouvant Tim assez longtemps pour que le rocher fût détruit par la suppuration.

Traitement, — L'otite érysipélatcuse n'exige guère que l'emploi de quelques injections émollientes. Lorsqu'elle a eu pour résultat la production d'un tampoB cérumincux oblitérant tout à fait le conduit auditif, il ne faut point vouloir enlever celui-ci avec des pinces, car on déterminerait de vives douleurs et l'on opérera^ des déchirements ; mais il faut pousser dans l'oreille, à l'aide d'un clyso-pompe, n jet d'eau assez fort pour ramollir la masse , qui, en effet, se détache bientôt d'ellemême, et sort tout d'une pièce ou par fragments : aussi la surdité cesse-t-dle I l'instant. Mais comme, au-dessous de la concrétion, la membrane du conduit reste ordinairement rouge et sensible, il faut pendant plusieurs jours de suite renouveler les injections-émollientes en rendant celles-ci légèrement résolutives par l'additioo d'une petite quantité de sous-acétate de plomb.

A l'otite plus aiguë il faut opposer un traitement antiphlogistique. Au début, on peut, si la phlegmasie est de médiocre intensité , se borner à faire quelques injec^ tions émollientes, à appliquer des cataplasmes calmants sur l'organe, à donnerdes pédiluves irritants. Mais si la douleur est très vive, il est indiqué d'appliquer avait tout un certain nombre de sangsues sur l'apophyse mastoïde et à la tempe ; s'il f a beaucoup de fièvre, on ouvrira la veine du bras. Kramer blâme, en pareil cas, l0 injections opiacées préconisées par quelques personnes. Les moyens qui précèdeit, auxquels on associera les évacuants intestinaux et surtout les drastiques, ainsi qae les révulsifs sur la peau de la région mastoïdienne , conviendront aussi bien dam l'inflammation de la membrane du tympan que dans l'otite interne. Il (audira lement dans celle-ci pousser le traitement avec beaucoup d'activité, et se comme on le ferait vis-à-vis d'une maladie grave pouvant entraîner rapidement h mort

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DE l'inflammation DES BEINS. &(|9

Lorsque la soppuralion s'est accumulée dans Toreille interne, il Taut se hâter de réracuer en raison des graves désordres qui peuvent en résulter. On a proposé , dans ces cas, de désobstruer le conduit d'Ëustachi,. de perforer l'apophyse inastoîde 00 la membrane du tympan; ce dernier moyen est généralement celui qu'on préfère. La perforation de l'apophyse mastoïde a été à peu près abandonnée depuis les trois insuccès d'Itard : cependant M. Dezeimeris, relevant dans le journal /'^x/>«'rience de 1838 les principaux cas où celte opération a été faite, a vu que sur quatorze perforations il y en a>'ait eu neuf qui avaient réussi. Quoi qu'il en soit, l'abcès «ne ibis ouvert, on favorisera la sortie du pus par la position et par les injections» Celles-ci n'ont pas gi^nde utilité dans Totorrhée purulente ; elles ne servent guère, en effet, qu'à entraîner le pus. Elles devront presque toujours être émollientes ou légèrement détersives; les liquides irritants ou astringents, qu'on emploie souvent trop tôt, ont fréquemment pour résultat de faire naître des accidents aigus. Cependant, dans l'otite catarrhale, lorsque la peau du méat est seulement rouge, mais sans érosioiis, ni vésicules, ni fongosités, Kramer se loue beaucoup des injections satur- BÎnes (5 centigrammes h 5 décigrammes de sous-acétate de plomb pour 30 grammes d*eao). Quant aux huileux, qui sont d'un usage si général, il faut s'en abstenir ; car ffaniie, en rancissant, devient irritante, et en se concrétant elle forme obstacle à récoalement du pus, ce qui est toujours une circonstance fâcheuse. Pour modifier l'état des surfaces suppurantes, on devra surtout espérer de bons effets d'une médîcatioa révulsive : ainsi on commencera, pour l'otite externe, à appliquer un vési* catoire derrière l'oreille ou à la nuque; mais, dans l'otite interne, ce moyen est nsoflfaant , et il convient de le remplacer par un séton. Il faudra en même temps ionner à l'intérieur les médicaments propres à combattre certains états généraux» qnpemrentà eux seuls produire ou entretenir l'otorrhée : telle est, en particulier» h constitution scrofuleuse, à laquelle on opposera les moyens appropriés. S*il y a des 08 , on essaiera également l'usage des eaux minérales , alcalines et sulfuk l'intérieur, et à l'extérieur, en bains, injections et douches. Contre l'otite lèdie, si elle occupe le conduit auditif externe, on opposera les injections sédatives, mdbi^neuses, puis légèrement alcalines; si ces moyens échouent, on modifiera Tèlat des surfaces par la cautérisation avec le nitrate d'argent Enfin, à l'engorge- MDt chronique de l'oreille moyenne on opposera le cathétérisme de la trompe f Bostachi avec insufflation d'air.

nSFLAMMATION DES ORGANES DE Là SÉCRÉTION ET DE L*EXCRÊTION

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