‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 11 sur 265 · D£ LA COÙQUB DE PLOMB · texte numérisé non relu

D£ LA COÙQUB DE PLOMB

Ln coliques hé|ia(M|uc et néphrétique, par la violence des douieui^s, par les" umiaseineRts sympathiques qoi les accompagnent et Tapyroxie complète qui eiiste du moins au début, pourraient eu imposer au médecin. Mais le siège de la donlear dans Thypochondre droit pour la première, dans les lombes pour la seconde, ricCère dans le cas de colique hépatique, la suppression ou la diminution derarioe, le retentissement de la douleur dans les bourses, la rétraction du teslicnleeorrespondant, si la colique est néphrétique, le début et la cessation brusque des accidents dans les deux maladies, constituent des caractères suffisants pour ne pas faire confusion.

Les seules maladies qui offrent quelque analogie avec la colique saturnine, ce »nt : les névroses douloureuses des voies digestives (gastralgie et entéralgie ). lif y a, eo effet, dans les deux cas, des douleurs vives, atroces, survenant rapidement, le calmant par la pression , ne s*accompagnant point de fièvre et coexistant en général avec des vomissements et de la constipation. Cependant, dans la gastroentéralgie, la constipation est incomparablement moins opiniâtre que dans la colique latumine; les vomisseiuents sont aqueux, muqueux, mais rarement bilieux et* porracés ; le ventre n'est pas rétracté , mais il est le plus souvent développé par des - . pz qui sont expulsés en abondance par la bouche et par Tanus ; les crises douloureuses, survenant rapidement, cessent souvent de même; enfin les antécédents des malades, tels sont les éléments principaux qui feront établir le diagnostic avec quelque certitude.

On a beaucoup discuté depuis un siècle pour savoir si Ton devait rapporter à la colique de plomb diverses maladies abdominales observées dans plusieurs contrées d*nne manière endémique eu épidémique : telles sont les coliques végétales du Poitou , de Normandie, du Devonsliire et de Madrid. €e|)endant, en lisant les principales relations qui nous ont été laissées parles auteurs, on voit que les médecins ont souvent décrit sous le même nom des maladies très distinctes, et qui n*ont entre dies aucuQc ressemblance. Ainsi on reconnaît souvent dans leurs descriptions, des entérites, des colites, des dysseuleries ; d*autres fois ce sont manifestement tous les symptômes de la coUque saturnine survenue probablement par suite de la sophistication du cidre et du vin. La vigilance de Fautorité rendant ces fraudes beaucoup plos rares aujourd'hui, on s'explique pourquoi l'on n*entend presque plus parler ictnellemeat de ces coliques végétales qui étaient si communes dans le dernier siècle. Opendant, si la colique végétale est rare chez nous, elle paraît sévir assez toovent dans certains pays. Dans Tlnde et en Chine, par exemple, elle succède presque toujours aux vicissitudes atmosphériques ; elle ressemble tellement à la colique de plomb par ses symptômes, par sa marche, par ses suites et ses complications (délire, convulsions, paralysie), qu'il est presque impossible de tracer aocuoe ligne de démarcation. (\oir cette maladie.)

Prwu»tic. — La colique saturnine est une maladie grave , en raison des doulenn» qui l'accompagnent, et surtout parce qu'elle se complique quelquefois «i'accidents cérébraux , et que souvent, en outre, elle est suivie de paralysie.

Traitement. — On a préconisé contre la colique de plomb plusieurs médications rarement employées aujourd'hui, car Texpénence en a démontré Tinutilité et même \ot dangers : tels simt les antiphlogistiques , les émollieots, le tabac, la noix «omîque, les eaux sulfureuses, l'alun, la limonade sulfurique et les révulsifs cutanés.- J'ai expérimenté ou vu essayer par d'autres la plupart de ces méthodes; mais elles o*ont pas donné les résultats hetu*eux que quelques auteurs proclament. Ces mo^eus pnvenl bien Xnompbcr par/akf de coÛques béâigoes, mais ils sont inripuissaûVa ««&/

33 1>E3 ËMPOISONNËHENTS.

d*iiQ effet douteux quand la maladie est grave, et n'ils guérissent, ce ii*est qu'après un temps plus long, inconvénient majeur dans une affection douloureux et si souvent compliquée d*açcidents nerveux. Il n*y a pour nous que deux ordres de remèdes qui aient réellement de l'efficacité : ce sont les narcotiques et les évacuants. On peut les administrer seuls , mais le plus souvent on les combine ; on sait qu'unis aux sudoriPiques, ils forment la base du traitement dit dt la Charité. (Iclui-ci se compose d'une foule de formules très compliquées, mais d'une grande efljcacili', et que beaucoup suivent à la lettre (i). Voici quelle est atyourd'hui la manière la plus commode de traiter la colique de plomb :

Lorsquu les malades sont tourmentés par des envies continuelles de vomir, lorsqu'ils ont la langue sale et couverte d'un enduit épais ^ il faut commencer par administrer mi éméto-cathartique (émétique, 10 ou ) 5 centigrammes; sulfate de soude, 23 grammes) ; celui-ci ne déterminant pas le plus souvent, ou déterminant à peine des évacuations alvines , il faut administrer le même jour 1 ou même 2 lavements fortement purgatifs (séné, 20 graounes ; jalap en poudre, k grammes; miel mcrcurial, 50 grammes; eau, 500 grammes); en nïéme temps, le ventre sera recouvert de cataplasmes émoUients, et une pilule d'opium de 5 à 10 centigrammes sera dunuée le soir pour procurer un peu de sommeil. Lorsque Tindicalion vomitive n'existe pas, il faut tout de suite administrer les purgatifs drastiques tels qu'ils sont formult^s plus haut dans le ti*aitement de la Charitq.

A l'exemple de M. Tanquerel, nous donnons souvent alors l'huile de crotoii k If dose do 3 ou 3 gouttes en i ou en 2 pilules, ou dans une cuillerée de tisane. Si l'huile agit comme vomitif, ou si, trois ou quatre heures après son administration» elle n'a produit encore aucun résultat , on devra donner une nouvelle pilule d'une goutte. Il convient, en géaéral, de continuer l'usage de ce pui^alif pendant deux

(i) Le traitement dit de la Charité a stibi plasleurs modificattoiis depuis leOS, époqoe à la- (fQeUo il eomineiiça à atre employé par les religieux qui detservaient l*bôpilal de ce nom. Voie! aujourd'hui à peu pr^ en quoi il consiste :

PaiMiER JOUR — Eau de casse avec les grains (décoction de 6â grammes de tamarin daoa iOOO grammes d'eau ; ajootei : émétique, 15 centigrammes). Pour boisson, tisane sudorifique simple (décoction de gaTac). Le matin, un lavement purgatif (infusion de séné, 8 grammes pour 500d*eau : sulfbte de soude, 70 gramme5; électualre diapliœnix, 32 grammes; jalap pulvérisé, i gramme 8 déeigrammea}. Le soir, lavement anodin (huile de noix, 125 grammes; vin rouge, 3iÀ grammes); bol calmant (tbériaque, d grammes; opium, 5 centigranmies).

DauxiiHK JOUR. *-« Bau bénite (eau, 500 grammes; émétique, 25 centigrammes); tiêanc s^dorifique simple: lavement purgatif ^omv le malin. Le soir, lavement anodin: thériaquegt opium, comme ci-dessus.

TaoïsibiR JODR. — Tisane sudoriflque laxative, S verres (infiision de séné et décoction de galac, parties égales, IOOO grammes) ; tisane sudorifique simple; lavement purgatif, lavement anodin ; bol calmant, ut suprà.

QuATaiàm jova. — Potion purgative dee peintres, le malin (séné, 8 grammes, infusé dans 350 grammes d'eau; électuaire diapbœnix et sirop de nerprun, 3â grammes de chaque; jalap en poudre, i gramme 3 décigrammes} ; tisane sudorifique simple. Le soir, bol de tbériaque et opium»

CfHQPifcifB JOCR. — Tisane sudoriflque laxative, 3 verres; tisane sudorifique simple; lavement purgatif. Le soir, lavement anodin ; thériaque et opium,

SixiàMB jovR. — Potion purgative le matin, tisane rtudorifique simple: lavement purgatifs lavement anodin ; thériaque et opium,

SsPTiàMi JOUR. — Tisane sudorifique laxative, tisane sudorifique simple; lavement pur^ gatif, lavement anodin : bol calmant,

Daos le traitement de la Charité, les malades sont à fa diète; en général, on commence à du bmrtnoa le ^iratrième oo le ehiqtiiène jour, ùà aogmeate emoHe gradaeNenent.

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OQ trois jours de suite , loi*s même que les coliques auraient entièrement cessé. Il suffit alors le plus souvent de donner une demi-goutte le matin ; et si Ton trouvé, le soir, que reflet purgatif a été insuQisant, on administre, comme adjuvant, le lacement formulé précédemment. Pour peu que le soulagement se fasse attendre, il vaol mieux suivre à la lettre le traitement si efficace de ta Charité. Ces moyens, aidés du repos, d'une diète absolue, de 1* usage d'une boisson acidulé (limonade), douce, laxative (petit-lait, eau de veau), sutFisent généralement. Il ne faut cornoiencer à alimenter les malades que lorsque toute douleur de ventre a cessé et lors(|ue les selles sont bien rétablies. Le régime sera surveillé avec grand soin ; comme les rechutes sont assez fréquentes , on devra s'enquérir de Tétat des fonctions digesti\es. Si les selles devenaient rares, on reviendrait aussitôt soit à Tusage de rhuile de croton ou de la potion au jalap ; mais cependant il n'est pas nécessaire alors de conseiller les drastiques ; les purgatifs doux , huileux ou salins suffisent le plus communément.

Tel est le meilleur traitement de la colique de plomb. Il ne faut pas hésiter d'insister sur les purgatifs ; on ne préférera pas les laxatifs aux drastiques, dans la crainte d'enflammer la muqueuse intestinale ; car on ne voit presque jamais cet accident survenir. Ce n'est pas un des points les moins curieux de l'histoire de la colique saturnine que de voir les malades (|ui , succombant après avoir pris des doses souvent considérables de drastiques, ne présentent néanmoins pas même de la rougeur dans le tube gastro-intestinal.

Ou a dit que, lorsque les douleurs étaient trop violentes, on devait les calmer par Topium avant de chercher à vaincre la constipation ; c'est la méthode que Stoll a préconisée, et qui, depuis lui, a été suivie par quelques médecins. La quantité d'opium qu'on prescrit varie suivant l'intensité des coliques; rarement moindre de 10 ou 15 centigrammes, on la porte quelquefois à 50 et 60 centigrammes, et plus, dans les vingt- quatre heures ; les douleurs calmées, on voit parfois les selles se rétablir spontanément, mais lo plus souvent l'intervention des purgatifs est nécessaire. Cette méthode , qu'on peut employer lorsque les coliques sont excesûves, nous a paru pourtant moins efficace et d'un efl*et moins prompt que la méthode évacuante ; nous croyons, en outre, que les drastiques, en rétablissant les selles , soulagent les coliques beaucoup plus promptement et d'une manière plus durable que ne le fait l'opium seul. Pourrait-un, lorsque les douleurs sont atroces, chloroformiser les individus? En nous rappelant les succès qu'on obtient souvent dans les crises de névralgies, nous ne verrions aucun inconvénient à le tenter ici. Ou dit aussi que , par l'application du chloroforme sur le ventre , et en administrant aussi ce médicament en potion et en lavement à la dose de 20 à 40 gouttes , on a réussi à modérer les souffrances, et même à guérir Taffeclion. J'ai été moins heureux dans quelques essais que j'ai tentés. Le soulagement que j'ai obtenu le plus souvent par les applications du chloroforme sur l'abdomen n'a été , en effet, qae passager, et il ma fallu, vaincu par les souffrances des malades, recourir au traitement que l'expérience a démontré comme le plus efficace.

Pour la prophylaxie de la colique, voir plus bas.

Mntute. — On ne conçoit pas (|u'on ait jamais pu regarder la colique saturnine ONnuie éunt de nature inflammatoire. Il a fallu tout l'aveuglement dont ont donné tant de preuves les adeptes de la doctrine dite physiologique pour soutenir une si monstrueuse opinion, qui n'éuit justiûée ni par les symptômes, ni par les résultats ■écroscopiques, ni par le traitement. Aujourd'hui , tout le monde est )l peu pt^ d'accord pour regarder Js colique métêlUque comme une névrose douloureuse Àeft

nerfs intestinaux. Le caractère de la douleur, qui se calme le plus souvent par la pression, Fabsence de fièvre , et de lésions après la mort, Tutilité des narcotiques et des évacuants , ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. Nous localisons Taffection dans les nerfs intestinaux et non dans la moelle épinière, comme quelquesuns Font fait après Aslruc, parce que, dans les cas simples, rien ne démontre une souffrance rachidienne, tandis que la souffrance intestinale est palpable.

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