DES DOULEURS SATURNINES DES MEMBRES ET DU TRONC
Nous avons dit qUe les individus atteints de colique saturnine se plaignaient le plus souvent de douleurs plus ou moins vives dans les articulations ou dans la continuité des membres, plus rarement dans les lombes , dans les parois thoraciques, et à la tête. Ces douleurs peuvent aussi exister seules; elles surviennent alors dans les mêmes circonstances que celles-ci; elles |)araissent être plus communes que ne Test la colique chez les ouvriers qui travaillent le minium ; tandis que le contraire a lieu, dit-on, chez les cérusiers. Ces douleurs correspondent au rhumatisme métallique de Sauvages. M. Tanquerel, qui les a bien étudiées , leur a donné le nom A*arthralgiey mot impropre, puisque semble indiquer qu*clles n'occupent que les jointures , tandis qu'on les observe aussi très communément dans la continuité des membres et même au tronc et à la tête.
Symptômes, — Lorsque les douleurs saturnines ne surviennent pas dans le cours d'une colique , elles sont précédées, pendant quelque temps, de lassitude et d'engourdissement dans les parties qui vont être envahies. Bientôt les malades ressentent des douleurs simplement contusivcs, ou bien lancinantes, térébrantcs ou dilacérantes ; elles sont continues, mais offrent des exacerbations irrégulières, qui arrivent souvent pendant la nuit, et privent les malades de sommeil. Ces douleurs, que la pression soulage le plus ordinairement , s'exaspèrent souvent par la chaleur du lit, tandis que l'exposition des parties au froid extérieur les calme; toutefois le contraire a lieu très fréquemment Elles ne s'accompagnent ni de fièvre , ni de chaleur, ni d'aucun changement de couleur à la peau ; elles siègent le plus souvent dans les grandes articulations, et si elles occupent la continuité des membres, c'est ordinairement dans le sens de la flexion; elles affectent plus communément les membres inférieurs; au tronc, elles n'envahissent guère que les muscles lombaires et parfois ceux des |)arois thoraciques. Ces douleurs rendent les mouvements difficiles; il est très commun de voir certains muscles (ceux du mollet, par exemple), dura, contractés, et devenant alors le siège de crampes très pénibles. Les douleurs dont je parle, quoique ayant le plus souvent un caractère névralgique , ne s'irradient pas néanmoins, suivant le trajet connu d'un nerf. Ont-elles toujours le même siège? C'est ce que j'ignore; en les étudiant avec soin on croit voir que tantôt elles siègent dans les muscles , tantôt dans les os, ou bien dans les tissus fibreux.
Marche, durée^ tei^minaisom, — Les douleurs saturnines ont une marche très irrégulière. Leur durée est très variable : elle peut n'être que de quelques jours, ou bien se prolonger pendant des semaines et même |)endant des mois entiers. Lorsqu'on les abandonne à elles-mêmes, elles |)euvent cesser, puis reparaître, gagner successivement toute l'étendue d'un membre; mais on ne les voit jamais avoir la mobilité des douleurs rhumatismales, et se porter, par exemple, d'un membre dans un autre. Ces douleurs sont quelquefois suivies de la paralysie des muscles; dans d'autres cas, ces deux accidents se développent simultanément, et coexistent peaàanl quelque tempe. Cependant les douleurs finissent bientôl par
DUS A<:CIDK.NTS CÉRÊBBAUX SATURISIMS. 25
cèkr, tand» que la paralysie persiste ensuite d*une manière indéterminée. La termnaisoo esl toujours heureuse, à moins de quelque complication. A l'autopsie, les pMties qoi étaient douloureuses pendant la >ie ne sont le siège d'aucune altération appréciable.
Diagnottic. — Les douleurs saturnines ressemblent beaucoup à celles d'un rbumatisme chronique : toutefois elles en diffèrent en ce qu'elles sont moins mobiles et beaucoup moins tenaces ; si elles occupent les articulations , celles-ci ne se défonnent jamais ; lorsqu'elles siègent dans les muscles , et notamment dans ceux des lombes et dans les parois thoraciques, il est presque im|M)ssible, d'après leur caractère seulement, de déterminer quelle est leur nature ; mais les commémoratils senmt ici d*nne grande utilité. Ces douleurs, siégeant souvent sur les os, et s'exaspérant pendant la nuit, pourraient aossi être confondues avec des douleurs osléocopes syphilitiques; mais l'absence d'exostosc et d'autres symptômes d'infection vénérienne, et, d'autre part, les commémoratifs apprenant que les individus maaient les préparations de plomb, éclaireront le médecin sur la véritable nature de ces souffrances.
Traitement. — Le repos su£Gt quelquefois pour faire disparaître les douleurs saturnines. Lorsque celles-ci accompagnent les coliques , il faut se borner à traiter ces dernières par les moyens indiqués plus haut. Quand les douleurs existent seules, on administrera tous les jours un bain sulfureux; s'il y a de l'insomnie, 00 donnera le soir une pilule opiacée. Sous l'inlluence de cette médication, on voit presque toujours les douleurs cesser, au plus tard, au bout d'un septénaire. Dans les cas rebelles, on aura recours à quelques vésicatoires volants qu'on pansera pendant quelques jours avec un sel de morphine à la dose de 2 à 5 centigrammes.
IIES ACXIDENTS CÉRÉBRAUX SATURNINS, OU ËNCÊPHALOPATHIE SATURNINE.
Les préparations saturnines absorbées portent souvent leur action délétère sur l'encéf^iale, et produisent l'exaltation, la perversion ou l'abolition des fonctions de cet organe.
Historique et divisiotis. — Les accidents cérébraux , quoique assez fréquents , n'avaient pourtant que peu fixé l'attention des médecins qui, depuis deux siècles, ont le mieux étudié la colique métallique ; on voit même qu'à une époque très rapprochée de nous (1812), Mérat les regardait comme des complications étrangères à la maladie saturnine. Cejiendant, depuis cet auteur, on a publié dans les thèses et dans les recueils périodiques un certain nombre d'observations d'affections cérébrales évidemment déterminées par l'alisorption du plomb , comme la colique , avec laquelle elles coïncident presque toujcmrs. La science ne possédait encore que ces faits isolés, lorsque j'entrepris, à la fin de 1836, de tracer l'histoire de cette grave maladie, et j'en décrivis les formes principales (1). Vers la même époque, M. Nivet publia dans la Gazette médicale un travail à peu près semblable. M. Tan<|uerel , écrivant sur le même sujet trois ans après moi , n'a fait , sous beaucoup de rapports, que compléter mes descriptions, (|u'il a souvent daigné copier mat à mot^ sans rien y ajouter de capital. Plût à Dieu qu'on pût croire , dans son intérêt, que ces nombreux emprunts ne sont que des réminiscences! Pour moi, je suis tout disposé à admettre que l'auteur dont je parle avait complé-
(1) JonrmiU kekdomadmrt, t. IV, année t836, où fai oonMCfé quarante et une pa^ ^ réivde des acddcvl» doatJepÊHe,
36 DES EMPOiSONNESdENTS.
temeiit oublié la nature de mon travail Iorsqu*il s*est posé, dans son livre, comme le premier historien de i*encépbalopathie saturnine, mot sous lequel ce inédecia comprend Tensembie des accidents cérébraux produits par l'action du plomb sur l'encéphale (1).
Cette action se traduisant à l'extérieur par des troubles fonaionnels diCférents, j'ai établi, dans mon premier travail, et je conserverai encore ici trois formes principales de la maladie, qui sont : 1** la forme délirante ; T la forme convulsive ou épileptique; 3*" la forme comateme. J*ai dit ensuite que ces trois formes pouvaient se combiner entre elles, c'est-«i-diré , coexister ensemble ou se succéder les unes aux autres.
Anatomie pathologique, — Chez un peu plus de la moitié des individus qui succombent aux accidents cérébraux saturnins , on ne trouve ni dans Tencéphale ni dans la moelle épinière aucune lésion appréciable. Chez les autres, au contraire, surtout s'ils ont été emportés par des attaques épileptiques ou épilepliformcs , on trouve les circonvolutions aplaties, pressées les unes contre les autres; les anfractuosilés sont à peine marquées , de sorte que la surface des hémisphères est presque unie. La pulpe cérébrale a parfois une légère coloration jaunâtre ; elle n'est presque jamais injectée; le plus souvent môme elle est presque exsangue; elle a tantôt sa consistance; quelquefois celle-ci est augmentée, d'autres fois elle est un peu diminuée, et, dans ce cas, le cerveau colle un peu au doigt, et donne une résistance pâteuse que nous avons souvent comparée, avec M. Martin-Solon, à la sensation que donne la pâte de guimauve; les ventricules ne contiennent point ou à peine de sérosité , et leur cavité est quelquefois diminuée d'un tiers et même de moitié.
L'aplatissement des circonvolutions cérébrales indique que l'encéphale a été fortement comprimé par les parois du crâne ; il est certain que , dans ces cas , le cerveau , obéissant à un effort d'expansion , se trouve à l'étroit dans la cavité crânienne : c'est ce dont on peut se convaincre d'ailleurs en appliquant une ou plusieurs couronnes de trépan , car aloi*s on voit le cerveau faire hernie à travers l'ouverture , et dépasser même le niveau de la surface externe des os du crâne. Enfin, lorsqu'en séparant la voûte crânienne, on met à nu la dure-mère, celle-ci est fortement tendue : il est impossible de la saisir, soit avec les doigts, soit même ajrec des pinces; et lorsqu'on l'incise, on voit aussitôt la masse cérébrale se précipiter au dehors. Enûn, le rétrécissement que les ventricules subissent dans certahis cas est encore une preuve de l'augmeotation de volume du cerveau. Cet organe semble être affecté d'hypertrophie; toutefois, en considérant la rapidité avec laquelle la maladie se déclare et poursuit sa marche, on devra admettre bien moins une hypertrophie , c'est-à-dire une augmentation de nombre et de volume des molécules cérébrales , qu'une sorte de turgescence qui peut très bien s'expliquer par l'organisation même du tissu cérébral.
Quelle que soit d'ailleurs l'opinion qu'on se forme sur la nature de l'altération , il est inutile d'insister ici pour prouver qu'elle n'est pas inflammatoire. Chez les individus qui succombent, en effet, aussi subitement aux accidents cérébraux saturnins , on ne trouve aucune trace de plilegmasie ni dans les méninges , ni dans le cerveau, ni dans la moelle épinière; celle-ci a toujours été vue exempte d'altération , et elle participe même fort rarement k la coloration jaunâtre qui existe parfois
(i) Ce mol encèphalopathic a élé proposé par M. Tanqtierel, a l'occasion d'une $eule obter» vation que ce médecia inséra dans le manie volume du Journal hebdomadaire^ peu de temps araDl Jo publicaUon de mon travail.
DES ACCtO£MT$ CÊBÉBRAUX SATURNINS. 37
an» le cerveau, MM. Andral et Gavarrct, ayant deux fois analysé le sang après la oort , ont trouvé la fibrine eu quaniité normale.
Prodromes. — Les accidents cérébraux, quelle que soit leur forme , peuvent se déclarer subitement, et frapper l'ouvrier au milieu d*une santé parfaite en apparence. C*est ainsi que nous avons vu deux cérusiers, sortant h peine de prendre leur repas, être comme foudroyés au milieu de leur travail, et présenter, 1 un des accès d'épilepsie, Tautre un alTaissemcnt comateux. Dans un grand nombre de cas pourtaot (la moitié environ) , on peut noter des phénomènes prodromiques : ce not, par ordre de fréquence, une céphalalgie frontale ou sincipitale plus ou moins vive, avec ou sans vertiges, de la somnolence ou un sommeil agité et fréquemment ialerrompu, un regard hébété, Taccélération du pouls, un état d'inquiétude et de tristesse qui pousse le malade à pleuVer ; enfm, quelques-uns sont frappés subite meut d*amaurose, ou éprouvent des engourdissements, des fourmillements ou des douleurs dans les membres.
Dans les deux tiers des cas, nous avons vu les accidents cérébraux se déclarer cbez les individus atteints déjà de colique saturnine : la violence de celle-ci a parfois expliqué le développement des symptômes cérébraux ; mais chez les trois quarts des individus, ceux-ci ne sont sunenus que lorsque les douleurs abdominales avaient déjà considérablement diminué , et que la maladie était en vole de guérison ; de sorte qu'on ne peut pas considérer ici les troubles cérébraux comme étant un effet purement sym|)athique des souffrances abdoniinales.
Symptômes. — Les symptômes variant beaucoup suivant la forme que la maladie revêt, nous allons les étudier dans chacune des divisions que nous avons établies précédemment.
1" Forme délirante.
Le quart des individus qui présentent des symptômes cérébraux saturnins sont affectés de délire ; celui-ci est quelquefois (chez un tiers) calme et ne consiste qu'eu une divagation dans les idées, sans aucune espèce d'agitation. Mais il n'en est plus de même cliez les autres malades (deux tiers) , dont le délire est furieux : ceox-là jurent, crient, vocifèrent, mettent en pièces leurs vêtements, rompent les liens qui les retiennent dans leur lit, courent dans la salle , injurient , battent et renversent les personnes qu'ils rencontrent, tiennent les propos les plus obscènes; enfin, il en est dont l'agiution maniaque est encore excitée par des illusions ou des hallucinations. Ce délire , quelle que soit sa forme , est dans les trois quarts des cas continu; mais il piésente alors des exacerbations irréguhères, qui ont lieu presque indifféremment le jour ou la nuit. Le délire n'est pas toujours complet, universel : souvent, en effet, on peut obtenir des réponses justes aux questions qu*on adresse aux malades ; beaucoup rendent un compte fidèle de leurs douleurs» ec offrent ce mélange de délire et de raison qui caractérise cette forme de folie qu'on nomme raisonnante. Mais, au moment du paroxysme, toutes les idées sont ÎDCobérentes : le malade offre alors exactement l'image des maniaques eu fureur.
Après avoir duré pendant un ou plusieurs jours d'une manière continue, on voit cbez quelques malades l'agitation se calmer; bientôt ces individus s'endorment, et après un touuncil paisible de cinq, six ou douze heures, ils se réveillent tout à (ait niaounables, n'ayant aucun souvenir ou ne conservaiit qu'une idée confuse des toèoes de la veille. Le plus souvent alors les malades sont guéris; mais chez quelques-uns on voit, après une suspension d'un à trois jours, les mêmes acc\deû\s raparailre.
28 1>£S KMPOISONNLMKNTS.
Quelques malades succombent brusquement au milieu même de la violence de leur délire : ils sont comme sidérés; d'autres, probablement égarés par quelque vision ou hallucination, se tuent; enfin, chez le plus grand nombre, ou les trois quarts environ, on voit des convulsions ou un état comateux succéder au délire.
2" Forme convuisive ou épileptique,
La forme convulsive est la plus fréquente de toutes. Toutes les fois qu'il m'a été possible d*inlerroger les malades sur les sensations qu'ils ont éprouvées avant leurs attaques, je n'ai jamais pu constater chez aucun d'eux l'existence d*une aura epileptica. La forme de l'attaque varie suivant les cas. Un septième des individus n'éprouve au début qu'une sorte de vertige épileptique : lorsqu'il en est ainsi, les malades tombent subitement privés de connaissance; la sensibilité générale est abolie, les yeux sont fixes , et l'on n'observe aucune convulsion. Cet état diffère pourtant du vertige épileptique ordinaire par sa durée plus grande. Il persisté, en elTet, le plus souvent pendant plusieurs heures, tandis que dans le vertige épil^tique simple, l'anéantissement des facultés cérébrales disparait après une ou deux minutes seulement Lorsque, dans les cas que j'étudie actuellement , les malades reprennent connaissance, ils ne jouissent pas immédiatement de la plénitude de leurs facultés intellectuelles; ils ne se rappellent ni leur attaque, ni souvent les circonstances qui l'ont précédée; leur physionomie porte l'empreinte d'une stnpeur profonde; leurs membres sont tremblants; ils chancellent s'ils sont debout, et ne saisissent les objets extérieurs qu'avec hésitation ; leurs idées sont confuses ; leur parole est lente, embarrassée ; bientôt après, c'est-à-dire au bout de huit on dix minutes, d'une ou de plusieurs heures, une attaque nouvelle se déclare. Celleci s'accompagne ordinairement de mouvements convulsifs : on voit alors la figure du malade s'injecter tout à coup ; puis, et en un instant presque indivisible, la couleur rouge est remplacée par la pâleur de la mort. Si l'individu est debout, il tombe à la renverse comme une masse inerte, insensible à tous les excitants extérieurs. Aussitôt tout son corps se roidit ; les membres, les supérieurs surtout, éprouvent de légères secousses, mais on n'observe pas généralement ces mouvements désor> donnés qui poussent les malades hors du lit où ils reposent. Presque constamment laroideur, quelquefois tétanique, prédomine dans un côté: alors la face est horriblement défigurée, les commissures sont fortement tirées à droite ou à gauche; les paupières sont fermées ou largement ouvertes; les yeux sont fixes ou roulants; toutes ces parties sont agitées de petits mouvements convulsifs. La langue, dans la moitié des cas, saisie entre les dents, est déchirée ; une salive écumeose, très rarement sanguinolente, inonde les lèvres, en même temps que le gonflemeot des veines du cou et la turgescence violacée de la face viennent augmenter encore l'horreur d*un pareil tableau. Pendant que ces phénomènes existent, la respiration est courte et pénible ; elle devient bruyante, stertoreuse, lorsque la résolution arrive. Alors la ))âleur remplace la teinte violacée de la face, la peau se couvre de sueur; les membres sont dans une résolution complète; les pupilles sont largement dilatées, la sensibilité générale continue d'être abolie ; mais l'attaque est terminée après une dui^e moyenne de quelques minutes seulement. Quant à la marche ultérieure de l'afTection, elle varie suivant les cas. Sur plus de la moitié des individus, après quatre à dix minutes, la sensibilité revient progressivement, l'intelligence reste obtuse ; les malades pourtant sont aptes à percevoir quelques sensations ; ih peuvent fournir des renseignements, mais communément ils expriment nud'
DES ACCIDkM$.CI%RÉUKAi;X SATURNINS. 29
Ifors pensées et balbutient souvent des mots inintelligibles. Quelques-uns, h peine nheîllés, s*agitent et Tocifèrent : ils sont devenus maniaques; d'autres sont tourmentés par des idées sinistres ou bien ils ont des visions eiïrayantes. Cette agitation foriboode , ces pensées tristes, cessent au bout de quelques minutes, ou au plus tard après quelques heures; elles sont remplacées par une nouvelle attaque d*épikpsie ordinairement plus intense que la première. Alors les accès se rapprochent de plus en pins, ils deviennent presqne subintrants lorsque la maladie doit avoir one terminaison fâcheuse : dans leurs intervalles, qui sont fort courts, les malades ■e recouvrent pas leur intelligence, mais ils restent plongés dans un état comateux cl dans une insensibilité absolue.
Dans quelques cas peu fréquents (une fois sur six) les convulsions sont irrégu- Kîères et difficiles à caractériser : c'est ce qui fait dire à StoU que presque tous les gienres de convulsions ont lieu dans la colique saturnine ; mais principalement la plus grave de toutes, et qui attaque tout le corps, Tépilepsie, qui saisit, quitte, reprend les mabdes dans tous les temps et lorsqu'ils y pensent Je moins. La forme convulsive peut être irrégulière dès le début , ou le devenir après des attaques d'épilepsie souvent répétées; dans ces cas, les convulsions sont partielles; elles affectent la face entière ou Tun de ses côtés seulement; un membre ou plusieurs à b fois sont frappés d'une contracture permanente qui persiste sans interruption troîsy quatre, six heures et plus, jusqu'au terme fatal. Ënûn, on a vu des malades devenir cataleptiques; mais cette forme de convulsion est la plus rare de toutes : nous ne l'avons jamais rencontrée.
La mort arrive souvent après des phénomènes d'asphyxie , tantôt subitement , comune s'il y avait alors suspension de l'action nerveuse, tantôt après un coma qui peut persister depuis quelques heures jusqu'à un jour. Stoll disait alors que les malades tombaient des convulsions en apoplexie^ laquelle, ajoutait*il, se dissipe le plus ordinairemenL II en a vu périr deux seulement qui étaient entrés tout récemment à l'hôpital et n'avaient encore fait aucun remède. Mais Stoll me parait avoir méconnu dans ces cas le véritable caractère de l'alTection et avoir porté un pronostic généralement trop favorable. Il faut, en effet, dans les convulsions épiieptiques, distinguer deux états comateux ou apoplectiques, pour me servir de l'expression du célèbre professeur de Vienne. L'un succède aux accès convulsifs : c'est leur terminaison ordinaire. Si la maladie doit avoir une issue favorable, ce coma n'est que passager, et je crois que Stoll n'a voulu désigner que cette espèce ^apoplexie. iMais il en est un autre qu'on ne doit pas confondre avec le précédent Celui-là survient par suite de l'affaissement du cerveau, de son défaut de réaction après des accès trop souvent répétés ; il n'a d'autre terme que la mort même des malades.
Les convulsions saturnines, si fatales à l'homme, ne le sont pas moins aux animaux domestiques qui fréquentent les ateliers. Les chiens et les chats meurent presque tous de convulsions; tantôt ils sont foudroyés et succombent presque instantanément, tantôt ils courent, et souvent, frappés de cécité, ils vont se heurter contre les corps qui se trouvent sur leur passage. Leur course est interrompue de temps en temps par des mouvements convulsifs au milieu desquels ils meurent. Ces accidents nerveux surviennent quelquefois après plusieurs jours de malaise, pendant lesquels l'animal est triste et abattu ; chez plusieui^s, on a \u les symptômes se déclarer après avoir bu dans les ruisseaux une eau blanchie par les molécules de carbonate de plomb tenues en suspension.
3° Forme comateuse.
La forme comateuse tient le troisi^me rang pour la fréquence. Nous ne parlons ici que des cas où le coma est primitif, et non de ceux où il est consécutif aux autres formes. Dans les premiers temps , le malade peut être encore sensible à quelques excitants extérieurs : on peut le tirer momentanément de son état d*affaissement; il est possible quelquefois d'obtenir de lui, sinon des renseignements précis, du moins quelques données sur ses sensations actuelles ; mais quant au passé, le souvenir en est perdu. Le pouls et la respiration sont sans fréquence ; le malade reste ordinairement paisible dans son lit ; il a Taspect d*un homme profondément endormi; de temps en temps ce sommeil léthargique est interrompu par des cris, et plus souvent par des plaintes. Tantôt on observe un peu d'agitation; le malade se remue d'un c6té et d'antre, se lève sur son séant, se met à genoux, et dans ces divers mouvements ses yeux sont fermés ou largement ouverts; mais dans ce dernier cas même, il semble ne distinguer aucun objet extérieur, ses pupilles sont larges ou médiocrenient dilatées et ont peu de mobilité, les conjonctives sont sans injection. La cessation de ces accidents se fait progressivement : ainsi l'amanrose dbparatt peu à peu ; les malades regardent fixement les personnes qui leur parlent sans leur répondre; puis ils répondent à certaines questions faciles, et souvent d'une manière incomplète, mais prouvant du moins qu'ils ont saisi en partie le sens des paroles qu'on leur a adressées. Peu h peu ils reconnaissent leurs parents, leurs amis, et les facultés intellectuelles reprennent leur empire. Mais néanmoins le malade n'a aucun souvenir de tout ce qui a eu lieu pendant Tattaque ; il croit se réveiller d'un sommeil profond; il est fatigué, et la première sensation pénible qu'il éprouve est celle de la faim.
Ces trois formes primitives de l'aiïection cérébrale saturnine peuvent, comme je Tai déjà dit, se combiner entre elles et se remplacer. Nous avons vu d'abord que, relativement à leur fréquence, on peut les classer ainsi : !• forme convulsive, 2* forme délirante, S"* forme comateuse. Quant au mode de combinaison de ces accidents entre eux, il est impossible de rien indiquer de constant; toutefois on peut établir que, quelle que soit la forme que la maladie revêt primitivement, dans le tiers des cas, néanmoins, les convulsions épileptiques se déclarent, soit an début, soit dans le cours de l'aiïection. Je puis même indiquer ici les convulsions comme constituant l'accident le plus formidable et celui qui entraîne le plus promptement les malades, surtout lorsqu'il se déclare chez les individus dont la puissance nerveuse est aiïaiblio, soit par le délire, soit par un état léthargique antérieur.
Durée, — La durée de la maladie varie suivant la forme des accidents. Le délire, s'il est intermittent, peut se prolonger sans entramer la mort pendant quatre, six, neuf et dix-sept jours. Les attaques d'épilcpsie peuvent se répéter à des intervalles plus ou moins rapprochés, depuis quelques minutes jusqu'à six ou sept jours. Enfin, l'état comateux persiste te plus souvent de deux à dix jour&
Mais dans quelques cas, heureusement fort rares, la durée de l'aiïection est très courte; car quelques heures, quelques minutes, quelques secondes même, suffisent pour emporter les malades.
Bécidives. — l,cs accidents cérébraux que j'ai précédemment décrits sont sujets ^ récidives, non seulement lorsque les individus s'exposent de nouveau aux émanations saturnines, mais même lorsqu'ils se sont soustraits depuis un temps assez
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loaç ^ Finfluence délétère du plomb. Ainsi gardons-nous de croire qu'un connF icscent a recoa\ré ta santé dès le moment que les accidenls nerveux ont cessé, car * h cause toxique de ta maladie subsiste encore ; après avoir pour ainsi dire soQineîllé quelques jours, elle peut renaître encore, spontanément, ou après un écart de régime, après une émotion morale, etc. Pendant combien de temps le plomb peut- il exercer sur l'économie cette influence fâcheuse? Il est impossible de le prédxr. Tootefois, dans les faits que je possède, cette influence ne s*est pas étendue an delà du quatrième septénaire.
Accidents consécutifs, — Ceux qui survivent recouvrent pour la plupart une noté parfaite ; cependant, chez un quinzième environ des sujets, on observe une paralysie consécutive des membres ou des sens (notamment de la vue). Cette pa* rdysie peut persister toute la vie ou se dissiper après un temps plus ou moins long. Ceux qui ont eu des convulsion^ ne sont point sujets par la suite à des accès d*épilepsie.
Diagnostic. — Dans tous les accidents cérébraux que je viens de passer en revue , on ne peut rien découvrir de spécial. Il est impossible en les voyant , et si Ton n*a pas recours aux commémoratifs, de dire si ces phénomènes reconnaisseut pour point de départ une cause spécifique, car le délire, les convulsions, le coma , peuvent appartenir à des causes variées , et qu'il est diflicile , dans Tétat ictuel de la science, de discerner entre elles. Mais des accidents saturnins antérieurs, et à plus forte raison des symptômes abdominaux actuels, mettront sur la voie pour connaître la cause spéciale des troubles nerveux que nous observons : l'msi on puisera les éléments du diagnostic bien moins dans la forme et dans la nature des accidents cérébraux que dans l'existence des symptômes caractérisant one colique saturnine. Enfin , on tiendra compte aussi de certains phénomènes qui , quoique n'étant pas exclusifs à l'affection saturnine , n*en constituent pas moins des circonstances capitales pour éclairer un diagnostic incertai:i ; je veux parler de l'amaurose et de l'état de la circulation. L'amaurose, dans quelques cas, fst le premier accident insolite que l'on observe; c^est, pour ainsi dire, un signe avant-coureur d'autres accidents plus graves, dette amaurose a pour caractère spécial de survenir brusquement et de cesser, en général, après une durée qui varie entre douze heures et huit jours. La lenteur du pouls a été regardée comme se montrant fréquemment dans un grand nombre d'affections cérébrales ; mais néanmoins Tapyrexie n'accompagne guère la pretuière période d'une maladie aiguë inflammatoire des centres nerveux, tandis que, pour les accidents cérébraux sa tamins, quelle que soit leur forme, la lenteur du pouls est un phénomène assez ordinaire, du moins dans les premiers temps de la maladie. Toutefois, il y a des circonstances dans lesquelles il est impossible de constater ce caractère important fourni par la circulation : ain^i, lorsque le malade est agité i)ar un délire fréné • tique, on bien lorsque les accès convulsifs sont intenses et très rapprochés, la circulation participe à cet état d'excitation. Mais ici l'accélération n'est que momentanée, \ moins que le malade ne touche au terme fatal. Dans quelques cas cependant on pourrait prouver de la difficulté pour distinguer la forme délirante do rafîeclioo saturnine d*avec le delîriwn tremens, attendu que la plupart des ouvriers, sortoQt ceux qui sortent des fabriques de céruse, sont adonnés à Tivrogncrie. Daos le tf f /intim tremens^ comme dans le délire saturnin, en effet, les malades ont des emportements furieux ; ils ont de l'insomnie, et l'affection se juge communément cfaei eux par un sommeil long et profond. Mais dans le délire des dipsola contraction musculaire est plus ou moins lésée; les mouvements sofH
OU moins pervertis, ils se fout sans précision ; si le malade est debout, il perd réquilibrc ; les objets ne sont saisis qu*avec une sorte d'bésitation, parce que les mains de ces malheureux sont agitées par un tremblement involontaire. Il y a, de plus, incertitude de la voix et tremblement des lèvres, phénomènes qui n'existent guère dans le délire saturnin, à moins qu'il ne soit suivi de paralysie. La forme délirante pourrait être confondue avec un accès de manie ; mais il est rare que celle-ci ne soit pas précédée de quelque dérangement notable de l'intelligence, ou tout au moins de quelques bizarreries dans le caractère. Ou pourrait encore prendre pour une démence, avec paralysie générale, certains délires saturnins se compliquant d'un commencement de paralysie des membres ; mais la marche comparative des deux maladies suflBra seule pour les distinguer. La première, en effet, est toujours chronique ; la seconde, au contraire, a toujours une marche aiguë, du moins quant aux troubles intellectuels. Enfin, chez certains individus affectés d'épilepsie saturnine, la forme des accès ressemble tellement à ceux de Tépilepsie essentielle, qu'il est impossible de distinguer les deux affections par aucun symptôme positif. M. Tanqucrel a prétendu pourtant trouver des caractères distioctifs, et a avancé que dans l'épilepsie saturnine on ne voyait pas, comme dans l'épilepsie essentielle, des convulsions plus marquées d'un côté du corps que de l'autre ; il ajoute que, dans la première espèce, les malades se mordent fréquemment, et que les accès sont beaucoup plus longs. Je ne doute pas que les médecins tant soit peu habitués à l'observation des névroses cérébrales ne trouvent une erreur dans chacune de ces propositions. Enfin, le même auteur soutient que l'épilepsie saturnine est toujours précédée ou suivie de délire ou de coma ; mais la même chose peut avoir lieu pour certaines épilepsies simples, surtout lors des premières attaques et lorsqu'elles affectent une marche très aiguë.
Pronostic, — Le pronostic est très grave, puisque plus de la moitié des malades atteints des symptômes cérébraux que j'ai décrits succombent. Le pronostic devra toujours être incertain dans les cas les plus bénins en apparence , car la marche est souvent insidieuse , et parfois on voit à des symptômes légers succéder brusquement les accidents les plus formidables. La nature des troubles qu'on observe doit également faire varier le pronostic. En général , les formes délirante et comateuse, quoique fort graves, semblent cependant entraîner, la première surtout, moins de danger que la forme convulsive. Le pronostic sera d'autant plus favorable xjue le malade luttera plus longtemps contre les accidents cérébraux, quels qu'ils soient : ainsi il est rare que l'individu succombe lorsque FaffecGon a atteint le sixième ou le septième jour; dans l'immense majorité des cas, en effet, la terminaison fatale arrive dans les deux ou trois premiers jours, et même dans les premières heures, à dater de l'invasion.
Il y a un phénomène dont la présence indique toujours un danger prochain, une mort h peu près certaine : je veux parler d'une rotdeur du cou, d'un certain degcé d'opistholonos qui peut persister après les attaques convolsiTes, et que j'ai noté chez quatre individus qui succombèrent. La roideur d'un membre ou d'une moitié du corps est aussi un symptôme du plus fâcheux augure.
Traitement, — On n'est pas encore bien ï\\^ sur le traitement ft plus conre^ nable à opposer aux accidents cérébraux saturnins. Quelques-uns ont employé la saignée ; mais outre que les ouvertures cadavériques n'en démontrent point l'utilité, puisqu'il n'existe ni inflammation ni même de congestion dans les centres nerveux, les observations cliniques ont, de plus, prouvé que les émissions sanguines étaient presque toujours nuisibles, et leur emploi suivi de redoublement dans les acci-
^is : iHHis eo diit)iis autant des applicaUous froides sur la léle. Les ri^ubifs Wf tars, tels que sinapismes et vésicatuircs, sout inônie d*uue utilité très contestable; il m*a para pourunl que, dans la forme comateuse, l'application d*un large vésicatoire sur toute la surfoce du cuir chevelu, préalablement rasé» pouvait être utile et Gootrîbuer à faire sortir Tindividn de 1 état d'affaissement dans lequel il est pk»gé. Les affnsions froides ont eu parfois le même effet; nous dirons toutefois qu'elles ne cmiviennent guère que dans les formes délirante et couvulsive. L'opium, préconisé par StoU, a été déprécié par d'autres ; il est indiqué pourtant chez les njets maniaques ; il suflBt, en effet, souvent, d'administrer un quart de lavement x%ec 16 ou 20 gouttes de laudanum de Sydenham pour les calmer, pour leur ptocurer un sommeil paisible, au sortir duquel beaucoup de ces individus ont recouvré tonte leur raison. L'opium ne convient pas dans la forme comateuse ni même dans la forme convulsive; les espérances que nous avions conçues de ce médicament dans notre premier travail ne se sont malheureusement pas réalisées : nous en dirons autant du sulfate de quinine donné à haute dose, des antispasmodiques (éther, valériane, asa icetida), qui ont toujours échoué contre les accidents couvulsifs;. EuGn, beaucoup de praticiens conseillent de combattre les symptômes cérébraux par le traitement de la Charité ; mais l'expérience nous a prouvé aujourd'hui que celni-ci est inutile quand les accidents cérébraux existent seuls, et qu'il n'est que très rarement efficace dans les cas où les troubles nerveux s'accompagnent de colique saturnine. En résumé, on voit que les ressources de la thérapeutique sont très bornées , et l'on ne peut guère espérer sauver par elle que la moitié des iiidividu&
M. Rayer, après avoir, comme nous, déploré pendant longtemps le peu d'utilité de nos agents thérapeutiques, a Gni par n'opposer aux accidents dont nous parkmsque l'expectatiou. Cette méthode, si nous en croyons M. Tauquerel, aurait rénssi au deb de toute attente, puisque de ZU malades, dont 8 étaient atteints de la forme délirante, 2 de la forme comateuse et 2U des trois formes réunies, un seul aurait succombé. Un pareil résultat doit désormais fixer l'attention des médecins, et les engager k expérimenter la méthode conseillée par l'habile et savant médecin de l'hôpital de la Charité. Disons pourtant que nous avons échoué sur 5 ou 6 malades chex lesquels nous l'avons mise en usage ; tous ont rapidement Miccombé.
DES PARALYSIES SATURNINES.
Le plomb a souvent pour effet, après avoir été absorl)é, de déterminer des |)aralysies plus ou moins étendues, qui portent le plus souvent sur la motilité, plus rarement sur la sensibilité.
Historique, — Dès la plus haute antiquité on a parié de certaines espèces de coliques qui éuient fréquemment suivies de la paralysie des membres ; ce ne fut pourtant que vers le milieu du xviil* siècle, aprt*s les travaux d'Astruc et de de Haëu, qn*on posséda quelques données précises sur la cause et les formes de ces paralynîtpiiMp depuis par tous les auteurs qui se sont occupés des maladies satur- (, elles ont été pour la première fois bien décrites par M. Tanquerd-Desplanches, a thèse d'abord, et plus tard dans son ouvrage ; il est même juste de dire qM son chapitre sur la paralysie est à peu près le seul où l'auteur ait largement pBtsé dans son propre fonds. Nous lui enipnuiterons la plupart des choses que nous alon!^ raconter plus bas.
\nninmie ptaholùgique. — Oiex les iiulifulm qm snrrombent dans le cwits
T. If' — ^' émr, ^
•I' DES CMPOISO^NEMRKTS.
be paratysid satamiiiè, en ne trouve aucune lésion appréciable dans les éenires nenreux ni dans le système ganglionnaire. Si l'aflectlon dore depuis longtem^m, nn constate dans les parties paralysées des lésions dépeôdani uniquement du long repos auquel elles ont été condamnées et de Tinertiede la nutrition : ainsi les mtis^ des sont flétris^ décolorés, soutent atrophiés : le calibre de» vaisseaux est diuiinuô ; il ea est quelquefois aussi de même du volume des cordonè nerveux.
Cirûmstcmceê dons lesquelUê le paraiyëie iUfvient,^ «^ La paralysie survient dans les mêmes circonstances que les autres maladies saturnitieë ; mais elle diffère de celles-ci en ce qu'elle est rarement pritnitive et que presque toujours elle sue* cMe à quelque antre forme de l'empoisofinement satumitt, surtout à la c4>lique, soit que cellcei etiste encore ou qu'elle vienne k peine de nnir quand la paralysie survient, soit que le malade e» ait éprouvé Une ou plusieurs attaques à une époque déjà plus ou moiff» éloignée^ En général, la paralysie île se déclare que chea les individus qui sont exposés depuis longtemps aux émanations saturninetf. Les coliques violentes ne sont pas plus souvent suivies de paralysie que cellen qui sont légères on modérées { Tanquerel ) | mais il est prouvé que certains modes de traitement qu'on leur oppose, et notamment le traitement pat* Tacide sttlfurique et par les antiphlogistiques^ retidcnt cet aeeideitt beaucoup plus oommnn4
Dans la plupart des eas^ lés symptômes tétébttnti lés douleurs névralgiques, et surtout la eoliquet précèdent là pafslyslie, et en coUstitueUt, pour ainsi dire, hfê prodromes. La paralysie est presque mujours aimoucée perdes lâssitudeè, par une sMisalion de froidi de torpeur, d'éngourâlsseiueut, par la lenteur des mouvemeftti dans les parties qui vont être frappées. Ces accidents peuvent disparaître tuomëtt» tauément par TtUrcitatlon de la marche i mais le plus sonvent ils persistent, et constituent le premier degi'é de la paralysie.
Sympi&meê. -^ LA paralysie est rarement générale et complète ; mais le plus souvent^ elle est bornéeii un système de muscles ; elle peut même être circonscrite à un seul muscle ou à un seul de ses faisceaux. Les membres supérieurs sont cinq ou six fois plus souvent atteints que les inréHettrs; il n*cst pas rare que les quatre membres soient simuluinément aflbctés. Presque toujours la paralysie est bornée aux muscles extenseurs ; elle S'étend fréquemment aussi aux muscles qui conoou» renia l'articulation delà voix. Des malades qui peuvent encorese tenir debouttrem^ blent néanmoins sur leuismcmbres ; leurs niouvements sont incertains; leurs jambes et leurs cuisses sont fléchies, à cause de la paralysie des muscles de la partie antérieure (muscles extenseurs); les membres supérieurs sont pendants le long du tronc, si la paralysie est complète. Le plus souvent pourtant celle-ci n'atteint guère que les muscles extenseurs du poignet et des doigts; ces parties sont alors néclnes ; les malades ne peuvent plus saisir aucun objet, tandis qu'ils conservent encore les mouvements de l'épaule et du bras» Chez ces individus, les lèvres sont ordinairement tremblantes; la langue semble se mouvoir difficilement; la parole est embarrassée i il y a parfois du bégaiement ; si la paralysie porte sur quelques muscles du larynx, il peut y avoir aphonie ; mais cet accident est rare. 11 en est de même de la paralysie des muscles intercostaux, qui, lorsqu'elle existe, amène bientôt^ mort par asphyxie. La sensibilité est presque toujours intacte dans les membres paralysés | mais, chez un vingtième des malades environ, les parties privées de mouvement sont également insensibles. L'insensibilité i)eut n'atteindre qUe la peau, ou frapper en même tempe les parties profondes. Dans les paralysies saturnines, certains mus-^ clés perdent en tout ou en partie la faculté de se contracter sous rinfluence du galvanisme, tandis qu'il existe une sorte d'immunité pour les autres muscles:
DE LA PABALtSIB SATURNINH. 16
c'€9t un peiot iotéretsant, que M. le docteur Ouchcs!iG a parfaitcnitint établi. La mincies qui ont perdu leur irritabilité galfaniqae sont les seuls qui« en réalité^ aient subi Tinfluence du poison, on du moins ({ni réprouvent au \yius haut degré ; car ce sont eux qui sodt frappés d'atrophie^ et dont la lésion résiste le plus long-» tsmpsà rioAuencedesdifers agents (liéropentiquesqu*on emploie pour lacombaftrêfi Lorsque* en effets Is paralfsie est détenue complote et persiste depuis lotig« temps, les muscles finissent par s'atrophier. 91 la paralysie n'affecte qu*uu sysloroë de muscles, ceux*ci sont les seuls qui s'atrophient \ ce qui fait un contraste fort remarquable avec les reliefs que forment les muscles des niémes parties qui de sotit pas paralysées. Cetix-cî alors, en imprimant à certaines régions du corps, comme au poignet, par exempte, un état de flexion forcée, et en les tiraillant, déterminent le déplacement et la saillie des tendons et mémo des os du Carpe.
Lorsque la paralysie saturnine est très étendue, la nutrition générale languît, lél malades s'affaiblissent, s'étiolent, les digestions se dérangent, les raembfes s'inflN treat« des escarres se développent sur les parties qui supi>ortcnt la pression dtr cotpê pendant le décubitus; enfin la mort survient dans le marasme ou par suite de quelque complication accidentelle.
Marche^ durée, terminaisons, — La paralysie suit ordihâiremènt utie ihât^hé lente et progressive^ Lorsqu'elle atteint les quatre membres, elle commence ordi< Bairement |)ar les inférieurs; ccuic^ji sont aussi les premiers h recouvrer le ttioii'* vement lorsque la maladie se termine heureusement. Quand la paralysie attehit tout le membre abdominal^ elle s'étend communément de haut en bas, c'est-àdire qu'elle frappe d'abord la cuisse, puis la jambe, et en dpniier lieu le pied ; li guérison, quand elle a lien, s'o|)ère en suivant la même marche. Dans la paralysie complète des uierol)re8 supérieui^, le mouvement revient d'abord dans les inos* clés fléchisseurs, puis dans les pronateurs et les supinatcnrs, et en dernier lieu enfin dans les extenseurs, quoique, le plus souvent, la pâhilysie ait commencé pat' eux (Tanquerel).
La paralysie saturnines une durée indéterminée \ eiic petit cesser après qdelqtiës jours, on persister pendant des années entières, et même toute la vie. La guérisotl peut être complète ou incomplète: dans ce dernier caÉ« il est commun de tolr li paralysie augmenter à chaque nouvelle colique (\uq le malade contracte.
I ariéié, — J'ai dit précédemment que la paralysie ne portait quelquefois qiié sur la sensibilité de certsines parties du corps ; celte forme de la maladie a été sttt^ loui étudiée par M. Tanquerel-Desplanche sous le nom iïanesthéêiè saittrnine. Elto peut, avons-nous dit^ atteindre les parties profondes, ou être bornée k la peau. Cette dernière forme est la plu^ remarquable : elle peut être complète t)U incomplète. Les malades ont quelquefois entièrement perdu la sensibilité tactile. Chez d'autres, cette faculté est conservée ou à peine obtuse, tandis qu'ils sont absolument Insen-* liMes à la douleur. L'anestliéslc se déclare ordinairement promptoment ; elle est tanM'it fise et permanente, tantôt elle est mobile, et elle se prolonge alors fatcment au delà de cinq h quinze jours. Elle siège sur les membres ou an tronc, et coïncidé presr|tie toujours avec une autre maladie saturnine h laquelle elle est consécutive. L*aoosthésie sersiti d'sprès la plupart des auteurs, utl accident rare dans l'intoxi^ cation saturnine. M. Beau, au contraire, la signale comme étant constante, sort qtic Is faculté tactile soit abolie, soit que, persistant, les individus soient deventis anat- {Brsiques, cVst-à-dîre insensibles à la douleur {Archives de 1868). C'est là un fait trai« mais dont on a eiagérô la fréquence. La punlywe peut se pmrtpr tumsl êiir qaelqnes-um (tes dt*ganes des s«*nH, Ot\ Att
3A DBS EMPOISONNEMENTS.
aToh* obsené une surdilé saturnino; mais la chose csl fort rare, laiulis qu'il est assez conunuu de voir la paralysie de la rétine. Celle-ci arrive ordinairement brusquement^ et affecte simultanément les deux yeux. Elle peut être complète ou incomplète; la conjonctive n'est jamais affectée; le fond de Foeil est noir; la pupille, ordinairement régulière, est contractile. L'amaurose est souvent le prélude des accidents cérébraux ; d'autres fois elle survient après eux, ou bien elle est consécutive à la colique. Elle a une marche rapide: sa durée moyenne n'est que dé quatre à cinq jours; on l'a vue très rarement persister un mois; jusqu'à présent on ne comuit qu'un seul cas où la maladie ait été incurable ; il a été rapporté par le docteur Duplay, dans un excellent travail que ce médecin a publié sur l'amaurose saturnine dans les Archives. àe 183(1.
Diagnostic. — la paralysie saturnine est presque toujours facile à diagnostiquer: ainsi les accidents qui l'ont précédée, son siège borné à certaines parties du système musculaire, et notamment aux extenseurs, enfin l'absence des signes pouvant caractériser une lésion organique de la moelle et do cei*veau, la profession du malade, ne devront laisser aucun doute sur la nature de la maladie.
Pronostic, — La paralysie est une des formes les plus fâcheuses de i'empoison^ nement saturnin, car elle est souvent incurable. Le pronostic est d'autant plus grave que la paralysie est plus com|dète, plus ancienne, qu'elle s'est développée plus lentement, que le sujet est plus affaibli. La paralysie des muscles respirateurs est la plus fâcheuse, puisqu'elle met immédiatement la vie en péril.
Traitement. — Le traitement de la Charité, que quelques personnes ont préconisé contre h paralysie, ne confient que lorsque celle-ci s'accompagne de colique ; dans le cas contraire, il est inutile et souvent nuisible, en affaiblissant les malades. Lorsque la constitution est détériorée, il faut avant tout chercher à ranimer la nutrition par une nourriture succulente, par l'usage d'un vin généreux, des préparations de quinquina et de fer. A l'extérieur, on emploie les frictions aromatiques et excitantes, les douches sur le rachis et sur les parties paralysées, les bains de mer, les bains sulfureux et ferrugineux, naturels ou artificiels. On a encore vanté les rubéfiants et les vésicants sur les parties malades et sur le trajet des principaux troncs nerveux. La strychnine, conseillée d'abord par M, Fouquier, est la médication qui compte peut-être le plus grand nombre de succès. Ce précieux médicament sera d'abord administré à l'intérieur, en commençant par gramme 0,007, 0,010 ( un huiiième-ou un cinquième de grain ), puis on augmente graduellement jusqu'à ce que l'on produise quelques mouvements spasmmliques dans les muscles paralysés; il est rare qu'on dépasse 10 centigrammes. On pourra aussi employer la strychnine suivant la méthode endcrmiqne: ainsi un vésicatoire étant appliqué sur les parties paralysées, on mettra à sa surface de la strychnine à la dose de 1 centigramme d'abord ; on s'élève successivement jusqu'à 7 ou 10 centigrammes, suivant les effets obtenus. Ces deux modes d'administrer la strychnine pourront être employés simultanément, ou bien l'un après l'autre ; enfin un moyen non moins puissant que le précédent est Télectricilé, et surtotit l'électropuncture. Ce que nous venons de dire s'applique aussi bien à la paralysie du mouvement qu'à celle du sentiment L'amaurose se dissipe presque toujours spontanément ; cependant, pour peu qu'elle persiste, il faudra employer contre elle les vésicatoires volants sur les tempes et au front, la strychnine et l'électro-punciure, en dirigeant les courants .sur le nerf frontal.
Nature, — La paralysie saturnine est, à proprement |>arler, une affection essentielle, puiscfu'elle ne s'explique à l'autopsie par aucune lésion appréciable des
I)i: I.A IMiOPHYLAXlE i)bS MALADIES bAlUKNIMiS. S7
s%»ic>uies cérébro-sfMiial et ganglion iia ire. Nous ignorons donc la niotlifiiHilion ([uc ces organes ont dû subir. Qooi qu*il en soit, il faut admeure que la paralysie ré^ snhe d*uue action diix^cte exercée parle plomb sur le système nerveux, plutôt que de la regarder, avec beaucoup de médecins, comme un elTet sympathique de la colique; car celle-ci manque quelquefois, (|uand la première existe: la paralysie u arrive que vers sou déclin ou lorsqu'elle a cessé; enfin, nous avons dit qu*il n'y avait aucune corrélation entre l'intensité des coliques et la fréquence de la paralysie.