DES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES ET OSSEUSES DES ARTÈRES
Nous avons dit dans le tome r% en parlant d(» l'artérite, quelles sont l'origine et lasHuatioa (fe^ plaques cartilagineuses des artères, nous n'y reviendrons |)as ici;
DES PBODUCnONS CARTILAGINEUSES ET OSSEUSES DES ARTÈRES. 395
mais nous devons nous occuper actuellement des productions osseuses ou ossiformes qu'on trouve si fréquemment à la face interne des vaisseaux artériels. Pour otttd étude, nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à M. Bizot les résdtaft0i|||li' lui ont fournis ses belles et laborieuses recherches.
Si Ton examine avec attention, dit M. Bizot, la face interne d*une artère qui au [premier coup d^œil ne semble offrir aucuqe altération, Taorte, par exemple, d'un sujet de quatorze à dix-huit ans, on trouve, dans le voisinage des artères coronaires et des orifices des artères iunominée, carotide, sous-clavière gauche et des artères intercostales, de très petits points d*un blanc jaunâtre, identiques avec ceux que oous avons précédemment notés sur les valvules des cavités gauches, A leur niveau et tout autour la membrane interne de Tartère est parfaitement transparente; elle a son épaisseiu* et sa consistance; en enlevant des lambeaux de la membrane interne, on entraîne les petits points jaunes qui adhèrent, quoique faiblement, à la face externe de cette tunique. Toutefois M. fiiz(>t a reconnu que ces points jaunes, qu'il nomme taches rudimentaires^ se développaient d'abord dans le tissu celluleux qui existe entre les deux membranes internes du vaisseau ; phis tard, ces taches prennent de l'accroissement et adhèrent exclusivement à la mem* brane moyenne, qui se ramollit. C'est de cette altération que M. Bizot fait dérivor la plupart des lésions chroniques des artères. Ainsi, suivant lui, ou voit quelquefois naître sur ces taches de petites tumeurs, dont les unes contiennent du pus, les autres une matière comme farineuse, sèche et humide, nuûs toujours jaunâtre; ou bien c'est une masse composée d'un grand nombre de petites paillettes très ténues et resplendissantes, les unes blanchâtres et argentines, les autres jaunâtres et ressemblant assez à de la poudre d'or. Ces petits foyers finissent quelquefois par user la membrane interne, qui se rompt, et l'on voit alors un plus ou moins grand nombre d'ulcérations. Plus souvent encore cette matière demi-fluide se con*crète, et forme ces amas de matières athéromateuses qu'on trouve si fréquemment dans les vaisseaux. Enfin, d'autres fois les taches primitives éprouvent la transfor" motion osseuse.
A leur centre il se développe alors un point dur, demi-transparent, de même couleur que la tache. D'abord ténu, ce noyau augmente peu à peu, s'accroissaut plus en largeur qu'en épaisseur, et envahissant de plus en plus la tunique moyenne ; peu à peu aussi la membrane interne est amincie, usée, détruite, de sorte que les hmes osseuses finissent par être immédiatement en contact avec le sang. Ces ossifications sont plus ou moins nombreuses; elles forment parfois une couche presque uuifonne et occu|)ent toute la circonférence et une longueur assez considérable du faisseau.
Les lésions précédentes, que je viens de considérer spécialement dans Faorte, se lrou\ eut aussi dans les artères des inen)brcs. Elles y ont encore, comme jwint de départ, les taches rudimentaircs dont nous avons parlé. Celles-ci apparaissent d'autant plus tôt que l'artère est plus voisine de l'aorte; elles sont en rapport direct avec l'âge des sujets, et sont également fréquentes dans les deux sexes. On les trouve principalement à l'origine des artères. M. Bizot a reconnu en outre qu'elles 80 développaient d'une manière symétrique, c'est-à-dire que lorsqu'on en trouvait dans une artère d uu côté du cor|)s, on pouvait presque affirmer qu'il eu existait de semblables dans les points correspondants de l'artère du côté opposé.
Ainsi donc, en résumé, d'après M. Bizot, les lésions communes à tout le système artériel ont pour point de départ une petite tache jaune développée euU<^ Ve&\m\ques interne et pioyenne; ceHe<i, uae toi» formée, s'accroU aux dfev^xa va^TGn^
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de la membrane fibreuse, dont elle provoque le ramollissement et répaississement, ^JÊÉÊLdie subit deux modifications différentes, Y ulcération et la transformation IfBmse. Ce))endant, dans quelques cas, la membrane moyenne peut être atteinte pnmitivement; die ne subit alors qu'une seule transformation, la solidification de ges fibres, qui, d'abord jaunâtres et moins élastiques, s'ossifient ensuite et offrent dans les points altérés un véritable amincissement.
Nous nous sommes déjà expliqué plusieurs fois sur l'origine des concrétions osseuses qui existent dans le système circulatoire. Les recherches de M. Bizot ont jeté un nouveau jour sur iapathogéniede ces productions. Il est incontestable ([ue celles-ci peuvent quelquefois avoir pour point de départ un travail inflammatoire : c*est ce qui a lieu notamment pour les plaques canilagineuses sus-jacentes à la n>embrane interne. Cependant, à quelque âge qu'on les obsene, on ne peut, dans la presque totalité des cas, saisir l'action d'aucune cause appréciable! Si l'individu est âgé, on ne verra dans les ossifications qu'un effet de la tendance naturelle qu'ont les tissus fibreux à s'incinister de sels calcaires. Si l'individu est jeune, on doit supposer une perversion spéciale de la nutrition qui provoque dans les tissiis des altérations qui n'auraient dû se produire qu'à une époque beaucoup plus éloignée. Constatons, en finissant, que ces lésions, presque inconnues dans les veines, sont communes dans les artères, ce qui dépend à la fois et de la nature différente du sang qui circule dans les vaisseaux, et de ce que l'élément fibreux est plus abondant et plus développé dans le système circulatoire à sang rouge.
Nous avons vu que les incrustations osseuses des artères étaient cause d'anévrysmes, qu'elles i)ouvaient diminuer le calibre du vaisseau, qu'elles gênaient le cours du sang et favorisaient la formation des caillots.
II n*est pas toujours possible de reconnaître pendant la vie les ossifications de l'aorte; cependant on peut quelquefois arriver à ce diagnostic. C'est ainsi qu'on devra admettre l'existence de la lésion dont nous parlons, loi^sque l'oreille appliquée sur le trajet de l'aorte fera entendre un bruit de frottement rude, étendu, que M. Bouillaud ajustement dénommé bruit d' étrille^ et qui s'accompagne d'un frémissement vibratoire plus ou moins fort. Ces phénomènes, on le devine sans peine, sont produits parles frottements que la cDionne sanguine exerce sur une surface inégale. Il est inutile de dire que les ossifications de l'aorte, quelque nombreuses qu'elles soient , n'entraînent pas nécessairement des désordres dans les fonctions du cœur. Lorsque les altérations dont nous parlons siègent dans une artère superficielle , oelle-ci est inégale , dure au toucher, et souvent on ne peut la déprimer : c*est une des causes de la force et de l'ampleur du pouls chez quelques vieillards; si le calibre est rétréci, on entend à ce niveau un bruit de râpe ou de souffle.
t)E3 POLYPES.
On sait que sous le nom de polypes on comprend diverses excroissances variables par la forme, le volume, la consistance et la structure, et qui se développent dans les cavités tapissées par les membranes muqueuses. Ces productions morbides, naissant ordinairement dans des points accessibles à la vue ou à nos instruments, comme les fosses nasales, le pharynx, le Vtigin, l'utérus, le rectum et le conduit auditif , et exigeant l'emploi de moyens chirurgicaux, ont dii rentrer forcément dans le domaine de la pathologie externe : aussi nous nous abstiendrons d'en traiter ici ; cependant nous voulons appeler un instant l'attention sur l'existence de certains polypes cstchés dans laprofondeor d(!!&\\âcèves,<viii ne se révèlent que
DBS POLYPES DES VOIES AÊRII^NES. 397
par des troubles fonctionnels, et qui, pour la plupart inaccessibles aux moyens chirorgicaux, doÎTcnt trouver place icL Tels sont les polypes qui naissent dans le tiè% gastro-intestinal et dans une partie des voies respiratoires; nous rechercheroÉI enfin s*il peut se développer dans le cœur des productions qui puissent être assimilées aux pol^-pes. ""
DES POLYPES DE L'eSTOMAC ET DE L'INTESTIN.
Presque toutes les productions d*apparence polypeuse qui se forment à la surface des organes digestifs ne sont le plus souvent que des v^étations cancéreuses ; nous en parlerons ailleurs. Dans quelques cas très rares pourtant, on voit naître dans Testomac, et surtout dans les intestins, de véritables polypes muqueux ou fibreux, simples ou multiples, pédicules ou à base large, et qui ne se révèlent ordinairement par aucun accident ; mais il n'en est plus de même lorsque, par leur vdume, ib gênent le cours des matières alimentaires. Ainsi un polype de Tœsopbage produit tous les accidents qu'entraînent les rétrécissements de ce conduit; implanté dans Testomac, le polype pourra n'exciter aucun désordre, ou bien il se bornera à rendre les digestions pénibles et douloureuses. Mais si, comme iM. Ifusson en a obsené un exemple, le produit morbide s'engage dans Torilxe pylorique et s'y maintient d'une manière permanente, il détehninera la plupart des accidents qui accompagnent la dégénérescence squirrheuse du pylore : ainsi il y aura des vomissements glaireux et alimentaires, des douleurs plus ou moins vives, les digestions deviendront impossibles, et la mort surviendra dans un état de marasme. Peut-être verra-t-on manquer alors les vomissements mélaniqucs et la teinte caur céreuse; mais même alors il sera impo^ible de reconnaître la véritable nature de la maladie. Avouons cependant qu'un polype disposé de manière à oblitérer le pylore est une lésion tellement rare, qu'elle devra à peine entrer dans les prévisions de lliomme de l'art.
Les polyi)es intestinaux ne peuvent, pas plus que ceux de l'estomac, être reconnus pendant la vie, si ce n'est lors<iu*ils sont implantés sur la moitié inférieure du rectum où le doigt peut les atteindre ; les cflbrts de défécation peuvent aussi les pousser au dehors et même les détacher. Nous avons dit, en traitant de la dysenterie, que par leur présence ils déterminaient souvent des accidents dysentériques ; ils peuvent aussi, en s'opposant au cours des matières fécales, être une cause de constipation ; on conçoit enfm que si elle s'accroissait beaucoup , la tumeur fmirait par oblitérer le calibre de l'intestin , et les malades pourraient alors succomber avec tous les accidents de l'iléus. Plus souvent peut-être on a vu le polype, poussé vivement par les contractions [)éristaltiques, entraîner avec lui la portion d'intestin à laquelle il adhère , et déterminer ainsi l'invagination du bout supérieur dans le bout inférieur.
On conçoit la possibilité d'une guérison s|)ontanée de ces tumeurs, qui, en effet, peuvent se détacher lorsqu'elles sont pédiculées, et sont aloi^s expulsées au dehors par les contractions de l'intestin : c'est ce qu'on obser\e siulout pour les polypes du rectum; mais dans ces cas il n'est pas rare de voir la maladie récidiver.