‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 130 sur 265 · DES CONCRÉTIONS SANGUINES DU CCEUR · texte numérisé non relu

DES CONCRÉTIONS SANGUINES DU CCEUR

On trouve dans le cœur de la plupart des cadavres des caillots sanguins variables par leur coloration et leur consistance, par leur nombre et leur volume, par leur état libre ou adhérent.

Historique, — Ces concrétions, décrites sous les noms de polypes, de matières ou concrétions poiy penses ou poiy pi fermes , ont été l'objet de grandes discussions parmi les médecins les plus illustres des deux derniers siècles, et surtout du xvir. Les uns, exagérant l'importance de ces productions, leur attribuaient les symptômes les plus graves et les plus variés , quoique le plus souvent ceux-ci trouvassent leur explication dans quelque lésion organique du cœur, des gros vaisseaux ou des poumons; les autres, au contraire, avec Kcrkring et Jos. Pasta, en contestant au sang la possibilité de se concréter pendant la vie, et en regardant toutes les concrétions sanguines du cœur comme un phénotaiène cadavériques les avaient pour ainsi dire exclues du domaine de la pathologie (1). Enfin cette opposition extrême à la doctrine des polypes du cœur donna lieu à une opinion mixte dont Senac et Morgagni furent les principaux interprètes, et qui consistait à regarder la formation des concrétions sanguines du cœur pendailt la vie comme possible, mais comme étant extrêmement rare. L'école anatomiquc moderne a sanctionné cotte opinion, et a même démontré que des concrétions polypcuses formées pendant la vie dans le cœur et dans les vaisseaux étaient un peu moûis rares que Senac et Moi^agni ne le supposaient. On pourra surtout consuher sur ce point curieux de pathologie les recherches de Laennec, et plus spécialement celles de 31. Douillaud, dans la 2' édition de son Traité des maladies du cœur, ainsi que la thèse inaugurale du docteur Legroux (1827).

Anatomie pathologique, — D'après ce qui précède, on voit qu'il faut admettre deux espèces de concrétions sanguines, savoir : celles qui sont cadavériques, c'està-dire celles qui se forment après la mort, ou plutôt pendant l'agonie; et celles qui, s'organisant pendant la vie, peuvent donner lieu à des troubles particuliers et subir ensuite diverses transformations oi^aniques; l'inspeclion anatomiquc les fera toujours aisément distinguer les unes des autres.

(i) Les idées de Jos. Posta sont exposées dans deux letlres publiées par son cousin André Pasta, et intitulées : De. moiu Mn^fViinii poat mof'/nii, et De cordis pdypo in. duMo revocata^ publiées eu 1737.

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Ainsi les caillots sanguins postérieurs à la mort ou formés pemiant Tagonie sont poar la plupart noirâtres, mous, friables et humides ; quelques-uns sont recouverts eo partie ou en totalité d'une couche fibrino-albumineuse plus ou moins épaisse, qui parait être analogue à la couenne inflammatoire du sang, et se former suivant le même mécanisme. Ces caillots existent indifTéremment, et le plus souvent simultanémentdans les deux côtés du cœur. Ils ont un volume très considérable; quelquefois as distendent une ou plusieurs des cavités, et se prolongent dans les vaisseaux qui partent ou qui y aboutissent : ceux-ci en sont parfois oblitérés. Ces coocrétions, dont le poids varie d^uLs 1 ou 2 grammes jusqu'à 5 ou 600, ne sont jamais adhérentes ; lorsqu'elles résistent à la traction, c'est à cause de leur enlacement avec les colonnes charnues et les cordons tendineux.

Les concrétions antérieures à la mort se présentent sous un aspect bien différent Ainsi que Laênnec l'a fort bien indiqué, elles sont décolorées, d'un blanc grisâtre on jaunâtre; elles ont une texture fibrineuse ; elles sont élastiques, résistantes; efles sont entrelacées avec les colonnes charnues, et adhèrent aux parois des oreOlettes et des ventricules, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire d'une fausse membrane grisâtre qui indique l'existence d'une phlegmasie antérieure, causé vraiment efficiente de la concrétion sanguine. Cette opinion nous paraît plutôt admissible que celle qui consisterait à regarder la fausse membrane comme consécutive à la concrétion sanguine, et produite par Tirrîtation que celle-ci exercerait par son contact sur l'endocarde. Ces caillots décolorés offrent la mOme variété de volume et de nombre que ceux que nous avons précédemment étudiés : cependant ils ne sont pas^susiceptibies d'acquérir le volume et le poids des premiers. Ain« les plus gros n'atteignent guère que le volume d'un œuf, d'autres n'ont que la grosseur d'un pois ou même moins; ces derniers adhèrent pour la plupart au bord libre des valvules. Les autres, situés dans l'organe, produisent souvent l'aplatisseinent et même l'effacement des colonnes charnues sur lesquelles ils sont appliqoés. Ils se prolongent souvent dans les vaisseaux ; d'autres fois ils sont bornés i une cavité du cœur : ils s'y présentent alors sous forme de masses plus ou moins saillantes. Dans quelques cas rares, ils sont étalés en couches minces comme membraniforraes.

Les concrétions entièrement jaunes ou blanches, élastiques, consistantes, fibrinenses, adhérentes, ne sont jamais cadavériques ; mais elles se forment plus ou moins de temps avant la mort. C'est à tort que Jos. Pasta, et récemment M. le docteur Paget {Gazette médicale de 18^1), ont soutenu l'opinion contraire. C'est d'ailleurs ce que j'ai démontré expérimentalement à la page 7^ de mon Traité de la pneumonie.

Il n'est pas très rare de trouver du pus infiltré ou épanché au centre des différentes espèces de caillots que nous venons d'étudier. Ce pus nous paraît avoir plunenrs origines. Parfois il a sa source dans un lieu éloigné, tel qu'une veine enflanmiée; entraîné alors dans le torrent circulatoire, le fluide morbide forme le noyau d'un caillot qui l'enveloppe de toutes parts. Ce caillot est le plus souvent complètement noir, et n'adhère point aux parois du cœur. Cependant, dans la plupart des cas, le pus trouvé dans les caillots a été sécrété par la membrane interne du cœur. Il faut supposer alors que le fluide morbide aussitôt exhalé a été enveloppé par une concrétion sanguine (Bouillaud) ; ou bien encore on peut admettre avec M. Cruveilhier que rinflainmation ayant eu |)our premier résultat de produire un caillot adhérent à la surface phlogosée, et relle-ci venant ensuite à sécréter dft pus, ce produit morbide pénètre dans le caillot d'une manière toute mécanique.

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