DE CHARBON
I..es auteurs ont parlé depuis longtemps, surtout depuis Bonet et Morgagni, des Goncrétions osseuses ou crétacées qu'on rencontre frêqdemment dans les pôdinons. La plupart ont rattaché à ces productions une série d*accidents plus oo moins graves : ainsi Cullen les considérait conmié une Cau^e assez fréquente d'asthme, et Bayle, on le sait, en faisait utie cause de pfatHIsié pilltnouaire. JDqmis Laénnec, depuis ses immortels travaux, on a mieux connu ces produits morbides : (:*est Laënnec, en effet, qui a établi le premier que non-seulement les concrétiaiià dont rtous parlons n'étaient pas une cause de consomption, mais qu*il fallait Ito regarder comme un mode de transformation de la matière tuberculeuse, comme on produit des efforts de la nature pour la çuration de la phthisie. Il a ajouté que le plus souvent leur existence dans les poumons n'était révélée pendant la vie par aucun symptôme grave. Tous les obsen'ateurs ont vérifié l'exactitude de ces propositions : aussi n'iusisterons-nous par davantage sur ces faits, dont l'exposition sera mieux placée lorsque nous traiterons sons peu de la phthisSe pulmonaire.
Il est une autre espèce de concrétion non moins commune que la précédente : je veux parler de la matière noire qu'on rencontre constamment dans les poumons des vieillards, et qui, lorsqu'elle existe sous fonrte de masses considérables, à été décrite tour à toiir sous les noms de squirrhe, de cancer, de mélatiose, etc. M. le professeur Natalis Guillot a publié en 48^5, dans leis Archives de médecine^ un travail remarquable sur ce point d'anatomie pathologique, et il est ^rvenu à démontrer de la manière la plus positive que cette matière noife n'était autre chose qucdii charbon qui se formait de toutes pièces pendant la durée de la vie htimaine. ISous allons, dans les lignes qui suivent, exposer brièvement les idées principrfes émises par ce savant médecin.
La matière noire commence à paraître pendant la durée de Fâge adulte, mais eDe s'accumule surtout pendant lés dernières années de l'existence. Elle àppanftt d'abord sous forme d'une poussière noire, irrégulièrement disséminée dans la trame des canaux aériens. Jus(|u'k ce que ces molécules aient formé des agglomérations d(* quelque volume, elles ne paraissent pas modifier sensiblement l'organisation intime des poumons; nrrais il n'en est plus de même lorsque la matière charbontieuse est accumulée entrertaine quantité, car alors elle détermine l'oblitération des petites extrémités vascnlaires provenant soit de l'artère, soit des veines jwilmonaires, de sorte que ces points sont dès lors devenus impmpres à. la respiration. Ajoutons encore, toujours d'après M. Guillot, que, dès qu(* les accmnulations de charbon sont assez considérables pour avoir acquis un volume égal en tous sens I un millimètre, elles ont aussi déterminé l'obstruction d'un ou même de pitisieurs canaux aériens.
Lés accumulations de charbon ont une étendue fort variable : fl y a, en effet, des nuances infmies, depuis la matière noire qui est disséminée sous forme de poussière, jusqu'aux masses compactes qui ont le volume d'une orange. I^rsqne celles-ci existent, le parenchyme jndmonaire, privé de mîs canaux aériens et veineux, ne forme plus qu'une sorte de gangue résistant au scalpel et à la prenion,
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quelquefois très dure, peu élastique, semblable à du carton luouillé et coloré en noir, quelquefois à du cuir qui aurait bouilli dans de l'eau saturée de noir de fumée. Cette matière se putréfie lentement, et 'l'on ne peut par le simple laYage eo isoler le diarbon< Pour y parvenir, il faut se livrer à une série d'eipériencaa chHnkpies qu'il ne nous appartient pas de décrire icL Quoi qu'il en soit^ la man tière noire une fois isolée, ou lui reconnaît tous les caractèiies, toutes les pro* priécés do charbon.
Les vieillards qui portent dans leurs poumons ces amas de charbon sont grêles^ piles, affaibtis, sans appétit; ils ont de|)uis longtemps une toux sèche, ou bien îh reiideot des crachats blancs ou opaques nageant souvent dans de la pituite dif-^ fluente, et qui parfois sont sanguinolents. Quelques-ims de ces malades ont déi hémoptysies plus ou moins graves ; le son est obscur ou mat dans un point du thorax, surtout au sommet; il y a du souille à l'expiration et à Tinspiration, et la voix y retentit II nous semble assez difficile d'arriver pendant la vie au diagnostic précis de Taltération ; nous croyons, nonobstant le témoignage de M. GuiUot, qu'on nie peut avoir à cet égard qu'une présomption fondée surtout sur l'âge des maladeSf sur la fréquence de la lésion à cette période de la \ie, et sur la rareté relative df TaOection tuberculeuse.
Quoi qu'il en soit, l'amas de matière noire dans les poumons peut être, d'après les recherches de iM. Guillot, la seule cause de la mort des v ieillards, en rendant une partie plus ou moins étendue de leui^ poumoi^s imperméable à la respiration et à la circulation. Ajoutons que dans beaucoup d'affections aiguës h, chroniques de la poitrine, chez les vieillards, la présence des molécules charbonneuses augmente le degré de gravité de ces maladies, et peut expliquer la terminaison fâcheuse do quelques-unes d'entre elles.
Le dépôt de matière charbonneuse que nous venons d'étudier s'opère d*ùno manière spontanée dans les |)Oumons d^ l'homme par le setil fait des progrès de l'âge. £lle ne dépend pas, comme le croyait Laënner, du transport mécaniqûo dons les organes respiratoires de particules charbonneuses répandues dans l'air par la fumée des. lampes et des corps combustibles dont nous npus senons jounielle-: ment. Ce n'est pas à dire, pourtant, que nous niions que de la |)oussière de charbon suspendue dans Tatmosphère ne puisse, en pénétrant dans les bronches, se déposer à la surface des canaux aériens ou dans des cavités accidentelles creusées dans le i)arenchyme pulmonaire ; car des faits recueillis en Angleterre par les docteurs G rc»gory, Carswell, Marshall, Graham, AV. Thomson, Calvert-Holland, et eu France par MM. Beliier et Rilliet, le prouvent d'une manière indubitable. On a vu, en elTet, plusieurs fois des in(li>idus, qui, par état, \ivaient dans lino atmosplière salmée de particules charlK)nn<;u.ses, mourir, les uns d'affections algues ou chroniques de la jwitrine, les autres iW maladies étrangères aux organes pectoranv, et présenter à l'autopsie dans les poumons, <les masses noirâtres qui, soumises à l'analyse, offraient tous les caractères du charlwn. (*<»s mêmes organes n'offraient parfois aucunes autre altération; mais, dans quelques cas, ils étaient creusés d'excavations probablomenl tuberculeuses. Celles- ci ont pani à MM. Gibson et Aodfai préexister \ l'intnKhiction d(»s particules charbonneuses dans les voies respiratoires, tandis (jue MM. (Jregmy et Marshall n^gardenf ces lésions comme consécutives à l'action du cliarlx)a , coiume déternn'nées i)ar elle. Cette dernière opinion est la moins probable; la science i)ourtant manque encore de faits suffisants pour résoudre tous les problèmes qui se rattachent à cette question inté-
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