‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 168 sur 265 · DU CANCER DES INTESTINS · texte numérisé non relu

DU CANCER DES INTESTINS

testîn grêle qui est affecté, les malades out des alternatives de diarrhée et de conatîpafion ; ils se plaignent de coliques ; ils ont une douleur plus ou moins fixe, et en palpant Fabdomen, on découvre souvent une tumeur dure, bosselée, doulooreose, mate à la percussion et plus ou moins mobile. Le cancer siége~t-il dans le reaum, souvent on peut en constater Texistence par le toucher : les malades éprouvent de la difficulté à aller à la selle, et ce n*est souvent qu'après des efforts inouïs qu'ils rendent des matières rubanées, ainsi que nous Tavons déjà exiposé précédenmient Les fèces sont souvent teintes de sang; ce liquide coule aussi quelquefois abondamment dans l'intervalle des selles. Mais le plus souvent, au lieu de sang pur, les malades rendent d'une manière continue une matière puri* forme, sanieuse, fétide, ce qui les force à se garnir. Quel que soit le siège du cancer, si celui-K:i rétrécit s^isiblement le calibre de l'intestin, on constatera tons les signes qu'on observe quand U existe un obstacle au cours des matières fécales ; et si l'oblitération devient complète, on verra se déclarer tous les symptômes de l'iléus.

Cependant il arrive parfois que les troubles qui indiquent un rétrécissement de l'intestin disparaissent : ainsi le ventre, qui était très météorisé, s'affaisse, et à la constipation succède de la diarrhée. Cet effet a lieu toutes les fois que le cancer, en se ramollissant ou en s'ulcérant, permet à l'intestin de reprendre au niveau des parties malades sou calibre primitif, et parfois même des dimensions encore plus considérables. Quelquefois aussi la cessation ou la diminution des accidents provient de ce qu'une communication insolite s'est établie entre l'intestin malade et nne portion saine du tube intestinal. Quand un cancer dé la partie inférieure do rectum vient à se ramollir, il existe non-seulement un suintement sanieux habituel mêlé à des détritus cancéreux, mais de plus il y a ordinairement iucontinaice des matières fécales. Beaucoup de malades éprouvent alors un sentiment de bien-être et se disent soulagés; cependant, dans ces cas, leur affection est réellement parvenue à une période plus avancée : l'amaigrissement , le marasme, et tous les signes de la cachexie cancéreuse, font des progrès encore plus rapides qu'auparavant, et la mort ne tarde pas à arriver.

La mort est la terminaison constante du cancer intestinal. Parmi les malades, les uns succombent lentement et par les progrès de la cachexie cancéreuse, les autres meurent avec des symptômes d'occlusion intestinale ; enfm il en est qui sont emportés par une péritonite produite tantôt par la seule présence du cancer, tantôt consécutive à la perforation ou à la rupture de l'anse intestinale.

Diagnostic. — Rien ne peut faire distinguer le cancer duodénal de celui qui affecte la portion pylorique de l'estomac. Le cancer de l'iléon et du jéjunum, celui du caecum et du côlon, sont aussi très souvent méconnus, lorsqu'ils ne déterminent pas de tumeur appréciable. Cependant les alternatives de constipation et de diarrhée, les signes d'un obstacle habituel au cours des matières intestinales, se révélant surtout par un météorisme permanent, et qui est d'autant plus général et plus intense que l'altération occupe un point de l'intestin plus voisin du rectum, sont déjà des signes qui doivent éveiller l'attention. Si en outre le malade maigrit, dépérit, sans qu'aucune lésion manifeste explique ces troubles de la nutrition ; si l'individu, enfm, est parvenu à cette |)ériode de la vie dans laquelle les affections carcinomateuses sur\ienncnt, on devra soupçonner cette dégénérescence dans un point du tubo intostiiial. Le diagnostic acqutTra un point de probabilité de plus lorsqu'on constate l'existence d*nne tumeur mate, dure, bosselée, plus o\irft»vw% douloureuse. On ne pourra /)as croire, en elfet, k un amas de malV^^tes \^c;3\^% c»c

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.■)62 DES PRoorns morbjdes accidkntkls.

dans ce cas, ou pourrait, par la pression, diviser ou au uioius liaire cheuiiner la tumeur ; celle-ci d'ailleurs se déplace spontanéiueut, et au ix)ut de quelque temps OU ne la trouve plus dans le nieine point ; Tadministration d'un purgatif suffit pour la faire disparaître; ajoutons enfîn qu'elle ue coïncide pas avec les signes de dépérisseuient qui existent dans les cas de cancer. Le diagnostic peut être établi d*unc manière tout à fait certaine, lorsque le cancer, occupant le rectum, produit an suintement sanguinolent îiabituel, et lorsqu'on, peut l'atteindre à l'aide du doigt indicateur. Cependant il faut savoir que des inflamiuatious chroniques de lajyartie inférieure du rectum et que des indurations de nature vénérienne simulent quelquefois à s'y méprendre un cancer de cette partie, et ont donné lieu souvent à des méprises fâcheuses. Ces indurations, qui sur> iennent communément à la suite d|hémorrlioïdes, d'abcès stercoraux, d'eczémas chroniques, etc. , peuvent offrir la plupart des apparences du squirrhe. Cependant les tissus simplement enflammés n'ont pas la dureté du sciuirrhe ; la pression est moins douloureuse ; il y a des inoments de calme et d'exacerbation plus marcjués que dans le cancer.. Quant aux indurations vénériennes, on aura ^gard aux conimémoratifs et aux symptômes concomitants. La ressemblance avec la dégénérescence squirrheuse est |)ourtant tellement frappante quelquefois qu'il faut recourir au traitement mercuriel pour pouvoir s'éclairer sur la nature de l'altération.

. Etiologie, — I^^ cancer intestinal paraît être plus fréquent chez l'hoinme que chez la femme ; c'est apivs quarante ans qu*il est le plus commun. Ses causes prédis{)osantes et déterminantes nous sont aussi inconnues (|ue celles du cancer de l'estomac Tout ce qu'on a dit de l'influence qu'exerceraient l'entérite, le mauvais régime, les excès, la consii|)ation, la sodomie, n'est point démontré.

Traitement, — Le traitement du cancer intestinal est purement palliatif. Â quelque hauteur qu'il siège, il faut conseiller au malade de se nourrir d'aliments donnant peu de résidus. Sil occupe le rectum, ou cherchera à le dilater par tous les moyens dont nous a\ons parlé précédemment (p. 300).

DU <:ax(:er ni pancréas.

Le cancer du pancréas est une affection très rare et fort jx'u connue dan> se» symptômes, coniine le sont d'ailleurs presque toutes les lésions de ce viscère.

Ia' cancer du pancréas s(> préseiit(* le plus souvent sous la forme du squirrhe, plus rarement sous celle de rrncépbaloïde ; il \w\\\ se ramollir, s'ulcérer et entraîner consécutivement la désorganisation d('S>iscères \oisins. Tous les auteurs qui se sont occupés de la pathologie du pancréas sont imanim<^ ix)ur dire que les lésions oi'ganiques de ce viscère sont d'un diagnostic extrêmement difficile, et que le phis sou>ent, à peine soupçmmées pendant la vie, elles ne sont reconnues qu*) Fouxerlure du !cada\re.

Tous k^s individus qui portent un cancer du pancréas éprou>ent quelques troubles du côté de^ fonctions digestif es ; ainsi la plupart ont d'abord des éructatioiB de matières nuiqueuses, blanchâtres, plus ou moins analogue^» à la salive ; som eut il y a des aigreurs qui déterminent un sentiment de brûlure le long de l'oesophage et à la gorge: plus tard ce sont des \omissements aqueux, bilieux, alimentaires, et qui sont généralement aussi opiniâtres que ceux qui tiennent au cancer de l'estomac. Ces \<Mnissements sont le plus souvent purement sympathiques, mais quel- 4{uefois ils simt produits par la compression que le [)ancréas exerce sur la portion pyloriqiw d<* l'estomac ou sur \e à\irà^iv\»u\ \«^ NQitD»&^\ssR:w\& bilieux se reinar-

Df CANCER DU PANCRÉAS. 563

qùeol siirloul quand, la compression portant sur la dernière portion du duodénum , la bile ne peut plus fluer librement dans rintestin grOle. Toujours il existe soit de la constipation, soit de la diarrhée; suivant Briglit, une partie des matières évacuées serait formée par une matière graisseuse ayant une teinte jaunâtre et exhalant une grande fétidité. Cette matière, qtic BoMock a analysée,, est regardée conune de Tadipocire; elle est sou\enl mêlée aux fèces, mais elle s'en sépare profflptement, elle surnage alors et elle Hotte à la surface, comme lè feraient des ^obules de suif figés, ou bien elle forme une croAte épaisse, surtout sur les bords du vase; enfin elle peut constituer une pellicule mince qui enveloppe toute la masse. Ce signe important, rencontré dans trois cas, a reçu une sorte de sanction des belles expériences dé >I. Bernard. (]e physiologiste distingué a établi, en efret,qne le liquide pancréatique était destiné, k Texclusion de tout autre, à émulsionner et à digérer les matières grasses contenues dans les aliments; cette transformation devient impossible lorsque le pancréas oiïre une des altérations qui s'opposent à la Sécrétion ou à l'excrétion du fluide pancréatique. Ces selles graisseuses, quand cdles existent, appellent donc Tattèntion stft* une lésion du pancréas sans pouvoir pourtant en préciser la nature.

I^ malades atteints d'un cancer du pancréas éprouvent luie douleur plus ou ' illoins vive, que les uns rap])oitent à Tépigastre, d'autres à l'ombilic ou vers tes hypochondres^ ou mfMne dans le dos. £n explorant le ventre avec soin, on constate souvent entn^ Fépisgastre et l'ombilic une tumeur profonde; peu mobile, généralement bosselée, mate, et qui est parfois soulevée par les battements de Faorte. Elle est le siège de douleurs vives, et quelquefois d'un simple sentiment dé pesanteur.

On regarde généralement la salivation comme un symptôme très fréquent dans les affections organiiiues du pancréas ; ce ptyalisme |)eut devenir excessif : ainsi J.-P. Frank parle d'un individu qui, emporté par un s([uirrhe du pancréas qui l'avait réduit au marasme, rejetait par jour 3 kilogrammes de salive. L'ictère est un symptôme moins fréquent que le précèdent; sans être pourtant très rare; on l'observe spécialement dans les cas où le pancréas squirrheux comprime le canal cholédoque et empêche la bile de fluer dans 1 intestin.

Le cancer du pancréas exerce loujoui*s une influence fâcheuse sur la nutrition : les malades maigrissent dès le début, et arrivent plus ou moins rapidement au dernier degré de? marasme.

En résumé, les i)hénomènes qui devront le plus spécialement fixer l'attention sont les troubles digestifs, surtout les vomissements aqueux, le ptyalisme, la diarrhée, les selles graiss(ms(»s, l'émaciation progressive, symptômes coïncidant avec t'appurition d'une tumeur dure dans le |)oint où le pancréas existe. Cette tumeur, par son siège et sa forme, ne peut jamais être confondue a\ec une saillie du foie. Il semble qu'elle |)ourrait se distinguer d'une tumeur du pylore par sa position plus profonde, mais ce caractère n'a pas une grande valeur. D'ailleurs, quand là tOte du [wncrcas vient s'appliquer contre le pUore et le rétrécir, il n'y a aucun moyen de préciser le ))oiiit de dé]>art de la tumeur ; dans ces cas, vu la rareté des affections du pancréas et la fréquence des maladies organiques du pylore, on est fctcusable de croire plutôt h celles-ci qu'aux premières, et cela avec d'autant plus de raison que la compression du pylore par la tumeur du pancréas produit des vomissements opiniâtres et la dilatation de l'estomac exactement comme si le rétrécissement était dû à la transformation ^quirrheusédes parois ^astr\<\w^, O^^^wdant l'absence des autres symptômes propres au cancer 4e Yeslolï\îlC^ VîV uoxaxwwkfcwv

:i04 DES PRODUITS MORBIDES ACCIDENTEI.S.

(les voraisseuienls noirs, d'autre part le ptydiisme et les' déjections hirileiises, pourraient peut-être autoriser le médecin à hasarder un jugement sur le siège de I affection. Mais il importe peu de donner au diagnostic ce degré de précision, car quel que soit le point de départ du cancer, qu'il affecte le pancréas, restomac ou le duodénum, le malade n*en est pas moins voué h une mort inévitable.

Le rôle du médecin se borne h faire une médecine purement palliative. L*opiam conviendra soit pour calmer les douleurs, soit pour modérer la diarrhée ; les boissons gazeuses et la glace seront employées contre les vomissements. Quant an ptyalisme, il est douteux qu*on puisse exercer une action sur lui. On n'en devrait pas moins essayer en pareil cas l'usage des collutoires astringents et les dérivatif cutanés, spécialement les bains de vapeur, pourvu toutefois que le malade ne soit pas déjà trop affaibli.

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