‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 169 sur 265 · DU CANCEK DU FOIE · texte numérisé non relu

DU CANCEK DU FOIE

Le cancer du foie est presque aussi commun que celui de l'estomac, d'est une des altérations chroniques du foie que .nous observons le plus souvent dans notre climat.

Anatomie pathologique. — Le squirrhe et l'encéphaloîde sont à peu près les deux seules ^nnes de cancer qu'on rencontre dans le foie : Ta seconde est la plos commune. Le cancer du foie peut envahir entièrement et uniformément une portion plus ou moins considérable de l'organe, comme un lobe, ou bien exister sons forme de tumeurs multiples. Ce dernier cas est le plus commun ; quelques faits nous portent même k penser que le cancer du foie existe toujours au début par masses distinctes, isolées, qui, en s'agrandissant, finissent par converger les unes vers les autres et se confondre. Quand on incise le foie à ce niveau, il n'existe plus de vestige du tissu propre de l'organe; mais à sa place on trouve un tissu blanc ou grisâtre criant sous le scalpel, ou bien une matière molle, rougeâtre, sillonnée de vaisseaux, et dans laquelle se forment parfois des foyers apoplectiques.

Quand le cancer existe sous forme de masses disséminées, on voit celles-ci être répandues parfois uniformément dans toute l'étendue du foie; lorsqu'elles s'occupent qu'un lobe, c'est presque toujours le droit; elles siègent de préférence à b superficie de l'organe, plutôt vers sa face convexe que du côté opposé; les plus volumineuses se rencontrent ordinairement, d'après M. Gruveilhier, au niveau do ligament suspenseur. Ces masses peuvent ne pas dépasser la surface de l'organe, ou bien elles forment un relief de quelques millimètres, et tranchent, par leur teinte grisâtre, blanchâtre ou rougeâtre, avec la couleur du tissu hépatique. Beaucoup de ces tumeurs sont colorées en vert ou en jaune par la bile; quelques-unes sont déprimées à leur centre en forme de godet; elles peuvent être dures ou ramollies en partie ou en totalité. Leur grosseur varie depuis l'état miliaire jusqu'au voliune d'une tète de fœtus; la plupart sont grosses comme une noix ou une amande. Leur nombre n'est pas moins variable : on n'en compte parfois que douie ou quinze; souvent il y en a plus de cinquante, plus de cent, et même un ou plusieurs mille; leur nombre est toujours en raison inverse de leur volume. Quant ï leur consbtance, les unes sont plus dures que le parenchyme hépatique, les autres sont molles et se réduisent même en bouillie rougeâtre à la moiudie pression. Dans leur intervalle, le parenchyme du foie est parfois sain, le tissu qui les entoure immédiatement semble n'être que refoulé; mais quelquefois il a subi une atrophie manifeste; ailleurs il est tantôt décoloré, tantôt injecté; parfois il est le siège d'hémorrhagies interstitielles. EnGn, ainsi que M. Monneret l'a remarqué, on peut encore

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trouver dans on foie cancéreux de la dégénérescence graisseuse, de la cirrhose, un épaissîssement, une induration de la capsule de Glisson. Les masses squirrheuses sont, en général, facilement éuudéables; elles ne paraissent avoir aucune connexion vasculaire avec le foie ; nous ne les avons jamais trouvées enkystées. Il est bien manifeste que ces tumeurs sont formées par un simple dépôt de matière cancéreuse an milieu du foie et nullement par une transformation de tissu. Cette matière commence par de petits points blanchâtres ou grisâtres. M. Andral a aussi supposé que les masses cancéreuses pouvaient avoir pour point de départ un épanchement sanguin, qui, après s*étre coagulé dans les tissus, y subissait ensuite diverses transformations. Sans nier la possibilité de ce fait, nous le croyons néanmoins foit rare.

En général, le foie cancéré est plus ou moins altéré dans son volume : celui-ci est presque toujours augmenté; dans quelques cas pourtant il est moindre, et Torgane subit même quelquefois une atrophie considérable.

Dans le cancer hépatique, les canaux biliaires sont souvent intacts; mais si le produit accidentel s'est développé dans le voisinage des voies biliaires, les conduits excréteurs de la bile, comprimés ou oblitérés dans un point, sont dilatés dans le reste de leur étendue. Quant aux troncs veineux, soit de la veine porte, soit des veines hépatiques, souvent on les trouve obstrués par la matière encéphaloîde.

Chez la plupart de ceux qui succombent avec un cancer du foie, on trouve une lésion de même nature dans l'estomac; ceUe-ci presque toujours s'est développée la première. Le plus ordinairement on trouve un épanchement ascitiquc ) lus ou moins considérable ; souvent aussi il y a des adhérences partielles ou générales entre le foie et les parois abdominales : c'est ce qui a lieu lorsque les masses cancéreuses, arrivant tout à fait h la surface, enflamment le péritoine.

Symptômes, marche, — Rien n'est plus variable que les troubles locaux et généraux produits par le développement des masses cancéreuses dans le foie; cependant voici ceux qu'on observe dans le plus grand nombre des cas. Les individus, d'après l'observation de M. Monneret, éprouveraient avant toute autro manifestation morbide, une ou plusieurs indigestions. Ils perdent l'appétit, leur digestion est pénible, accompagnée d'un dégagement considérable de gaz ; il y a un sentiment de malaise, de pesanteur à l'épigastre; prfois les malades se plaignent de douleurs violentes dans cette région ou à Thypochondre ; presque tous ont des nausées et beaucoup vomissent, soit à des intervalles rapprochés, soit de loin en loin. Les vomissements, très rarement sanglants ou mélaniques, sont formés de matières alimentaires, de mucus ou de bile. M. Monneret, dans l'excellent travail qu'il a publié sur le cancer du foie (1), insiste beaucoup sur les nausées et les vomituritions qui tourmentent les malades, ainsi que sur Tanorexie et la dépravation dû goût dont ib sont affectés. Au milieu de ces désordres, la langue reste humide, à peine couverte de quelque enduit blanchâtre, la soif variable <»st le plus souvent nulle, les selles sont souvent naturelles, i^rfois plus rares, en général colorées comme à l'état normal, à moins d'obstacles dans les canaux biliaires. Quelquesuns sont pris d'iclère, parfois dès le début, ordinairement \ une période plus ou moin» avancée du mal. U couleur ictérique peut offrir de nombreuses alternatives sans pourtant jamais cesser entièrement Le foie étant presque toujours augmenté de volume, on sent dans l'hypochrondre une tumeur, souvent inégale et bosselée. Elle n'a pas toujours la même consisunce : ainsi quelquefois elle a une

(1) Art)ùv€â généroleê de médecine, numéro de mai, anuét: i^b^*

dureté très grande, et donne, quand on la percute, une grande résistance au doigt; d'autres fois elle est élastique, rénitente; enfin elle peut être tout à fait nraUe* donner inême une sensation de flucluatiou, ce qui induit souvent eu erreur surb nature de la maladie. Lors(iue la surface du foie est bosselée par suite de la sailiifi que forment les masses cancéreuses qui y sont disséminées, on sent trfïs |>ieD ces inégalités à travers la paroi abdominale , et Ton reconnaît souvent qu'elles n'ont pas toutes la même consistance : ainsi il en est qui sont très dures et pointues, d'autres sont molles et se laissent déprimer par le doigt. Chez la plupart des individus dont je parle, on constate tôt ou tard un épanchement ascilique dont la formation s'explique par la compression que le foie, devenu plus volumineux, exerce sur les veines, et en raison d(» l'obstruction de ces vaisseaux par la matière cancéreuse.

Le cancer du foie modifie de bonne heure la nutrition : les inalades perdent dès le début un peu de leur embonpoint, ain^i que leurs forces; ces symptômes précèdent parfois assez longtemps les douleurs et les troubles digestifs. Fresque tous se plaignent d'oppression , d'étoufîements , et beaucoup ont des palpitations. Ces accidents, qui ont été surtout notés par MM. Ifeyfelder et Cruveilhier, s'cx|:iiquent surtout par la gène qu'apporte à la respiration le foie augmenté de volume et remontant assez haut dans l'intérieur de la poitrine. Les vomissements, presque toujours sympathiques, peuvent aussi s'expliquer mécaniquement par la compression que le foie volumii)cux exerce sur l'estomac et sur le duodénum. Nous aypP9 vif dans un cas des symptômes d'iléus résulter de la compression qu'une masse epcéphaloîde du foie exerçait sur le point de jonction d(*s colons ascendant et transverse : l'ictère lui-même dépend presque toujours d'un obstacle au cours d^ la bile. Enfin les gastrorrhagies et les entéroiThagies, qu'on observe dans des cas fort rare9, s'expliquent par la gêne que la circulation éprouve dans la \eine ix>rte et consécutivement dans les vaisseaux qui la forment Nous n'avons pas reconnu pourtant que les individus atteints d'un cancer du foie, ni de toute autre affection de ce visa>re, comme hypertrophie ou cirrhose, fussent |)ltis sujets que d'autres aux hémorrhoîdes.

Les sujets atteints de cancer du foie m'ont paru apy rétiques comme tous les cancéreux. M. Monneret noie pourtant à une période un peu avancée un étal fébrile soit continu, soit rémittent, soit intermittent, phénomène qui n'a pas encore su^isamment fixé mon attention.

Le cancer du foie a une marche toujours ascendante, et se termine constamment d'une manière funeste ; c'est un des cancers (fui marchent le plus \ ite. \\, .Monneret l'a vu se terminer en vingt jours, le plus souvent il dure quelques uiois seulement.

Diagnostic. — M. Heyfelder a dit avec raison qu'on ne |)ouvait diagnostiquer un cancer du foie qu'autant que l'organe avait subi une augmentation de \olumc, car c'est alors seulement qu'on peut sentir les tumeurs inégales dont nous avons |)arlé. Ces tumeurs se distin;;uent de celles qu'on rencontre dans quelques cas d'Iiypertrophie et de cirrliose par la sensation diiïérente (|u 'elles donnent au toucher. £n effet, les premières sont dînes, tandis que les autres sont niolles et dépre^if)ies; plusieurs même sont déprimées au centre, dis[>osition qu'im ne trouve pas dans celles auxquelles on les compare. Quand le cancer existe en masse , on pourrait croire -^ une hypertrophie du foie ou à l'existeuce d'un kyste hydatique; mais le cancer se distinguera del'hyptTtrophie en ce qu'il chnnp;e plus ou moins la fonliguntioQ de Torgane, tandis t^w Uîxus çeuc denù(r« la forme du foie ^\ n*?»*

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pectée Ed oulre la consistance, dans le premier cas, est ou plus considérable ou moindre, et souvent, eu palpant avec soin, on reconnaît divers degrés de résistance; ainsi, tandis que dans un point on sent au palper et à la percussion unç doreté extrême, iiansiin point voisin il existe delà mollesse et même de la fluctuatioQ ; c*est ce qui explique comment dans quelques cas on a pris un encépnaloîde ramolli pour un abcès. ïl nVi^t pas possible de faire une pareille méprise lorsque Tabcès succède à une hépatite aiguë | mais quand Tabcès sunient lentement, et lorsqu'il est précédé des troubles graves du côté de la digestion €t de la nutrition qu'on observe daDs l'hépatite chronique , nous croyons qu'on peut Otr^fort embarraû»sé. Cependant, en pareil cas, vu la fréquence des encéphialoîdes et la rareté de rhépatite chronique dàhs notre climat, on inclinera plutôt vers la première de ces maladies que vers la seconde. L'absence de la couleur jaune-paille pourrait, dans quelques cas, augmenter les doutes; c^r, dans beaucoup de cancers, cette coloration e3t masquée par celle de l'ictère, et celui-ci, une fois déclaré, reste à peu pW*s permanent. Enfin, dans le doute, on peut faire une ponction exploratrice, c'est ce que nous avons fait avec M. Richet dans un cas ou le diagnostic était des plus obscurs.

Pour les cancers du foie qui ne s'accompagnent pas de tumeur, on aura égard aux signes indiqués par M. Monneret, nausées, vomituritions, dégoût persistant » douleurs plus vives , appareil fébrile rémittent ou intermittent, marche rapide de l'afTection. (]es caractères diiïcrencient le cancer du foie du cancer si commun qui occupe la petite courbure de Testomac.

Pronostic. — Il est inutile de dire que le cancer du foie est incurable.

Eiiologie, — Ou ignore tout à fait les causes spéciales qui déterminent la diathèse cancéreuse h porter son action sur le foie ; totit ce qu'on sait à c<î sujet, c'est que l'altération est beaucoup plus commune chez les hommes que chesp les femmes, et que, rare avant quarante ans, elle atteint surtout les individus compris entre quarante et soixante-dix ans. Le cancer du foie, d'ailleurs, qui dans quelques cas est primitif, se dévelopjK», chez l'immense majorité des sujets, consécutivement ^un autre cancer externe ou \iscéra1; ainsi chacun sait combien il est commun de trouver des masses cancéreuses dans le foie chez les pemmnes emportées par un carcinome de l'estomac.

Traitement, — La médecine est encore ici toute i)allialive (voyez les autres cancers).

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