DU CANCER DE L'L'TÊRLS
L'utérus est, sans contredit, de tous les organes de la femme, celui qui est le las fréquemment affecté de dégénérescence cancéreuse : en effet, les relevés faits ir M"** Boivin et Dugès, et portant sur plus de st»pt cents cas, ont prouvé que lus de la moitié des cancers qu'on obser\e chez la femme occuv^wV VvWfetv»» V^^vks ordre de fréquence proportionneile , les ovaires vienneul «ptl*v. Vw\feTtx'&% ^^«^
r>70 DES PRODUITS MORBIDES ACCIDENTELS.
mamelles après Tovaire ; d'où il suit que, chez la femme, c'est dans l'appareil repro ducteur que l'on voit le cancer se développer le plus souvent
Anatomie pathologique. — Toutes Icvs formes du cancer peuvent se rencontrer dans l'utérus ; inais on y observe surtout le squirrhe, Fencéphaloîde et la Ibnne ulcéreuse : le cancxîr colloïde est fort rare.
Lorsque lutérus ast squirrheux, son tissu, d'un blanc plus mat et grisâtre, acquiert plus de dureté ; il est souvent inégal et crie sous le scalpel ; il s'accompagne en général d'une augmentation plus ou moins considérable de volmne; qudqriefois,
au contraire, son tissu est ratatiné, très revenu sur lui-même et comme atrophié.
Il faut séparer tout à fait du cancer les transformations cartilagineuses et ossiformes du tissu utérin, altérations dont quelques personnes ont fait une variété du squirrhe; mais c'est à tort, car ces lésions n'ont pas la marche du cancer, et elles ne produisent guère d'autres accidents que ceux qui peuvent résulter d'une augmentation de volume et de poids de l'utérus.
Presque toujours, chez les femmes qui ont succombé au carcinome utérin, oo trouve Porgane transformé, en totalité ou en partie, en tissu encéphaloïde ; le col et parfois une partie du corps sont détruite par l'ulcération. I^ surface de celoî-cî erf tantôt dure, inégale, et tantôt recouverte de végétations fongueuses, d'un rouge noir, violacées, saignantes, qui se détachent souvent à la moindre traction, et cdi d'autant plus facilement qu'elles sont parfois complètement sphacélées. Ces végétations remplissent et distendent ((uelquefois le vagin, formant alors une masse qui peut dépasser cinq ou six fois le volume de l'utérus. La dégénérescence peut être limitée au col ; mais le plus souvent elle atteint également une partie on la totalité du corps. Il peut se faire alors, ainsi que Dugès et M"'** Boivin l'ont constaté plusieurs fois, que la cavité de l'organe soit complètement oblitérée, non par la production desfongdsités, mais par suite de l'adhérence intime et d'une sorte de fnsioD des parois entre elles.
En général, le cancer n'est pas borné à l'utérus seul, mais il envahit plus ou moins les organes voisins, comme les ovaires, et surtout le vagin, qui peut être transformé dans une portion, ou dans la totalité de sa longueur, en un tissu dnr, squirrheux. Ou bien, au lieu d'un canal souple et dilatable, il ne fonne plus qu'on tuyau dur et inextensible. Fréquemment aussi Taltération se pro|)age aux parob recto-vaginale et vésico-vaginale, qui sont alors indurées, ramollies, ulcérées ; sou* ▼ent, dans ces cas, des masses de tissu encéphaloïde existent au centre de ces deux parois, et peu\ent acquérir un volume assez considérable )X)ur rétrécir et oblitérer presque lac^ivitédu rectum et celle de la \essie. Si l'altération siège dans le voisinage de l'insertion des uretères, l'orifice vésical de ces conduits peut être presque oblitèn', et la dilatation considérable qu'ils présentent alors jusqu'au bassinet prouve que l'urine a dû s'y être accumulée. Knfin ces massifs s'élant (|uelquefois ai)cédées et ulcérées, on voit alors la vessie et le rectum communiquer largement avec le vagin, transformé dès lors en un cloaque où l'urine et les matières fécales se mâent
Cliez les femmes emportées par les cancei-s utérins, on trouve fréquemment les membres inférieurs infiltrés, et les reines du petit bassin, et surtout les veines cmrah»s à leur partie supérieure, obstruées par des caillots lihrincMix mêlés presque toujours a du détritus cancéreux. Les parois veineuses sont tantôt intactes, tantôt elles sont manifestement enflammées. On peut sup|>oser que la matière cancéreuse qu'on trouve dans ces vaisseaux \ a pénétré par absorption : peut-être aus^ doit-ot admettre que la circulation venant à languir, à être gênée dans ces veines |)ar snîtf ^pauelauc compression, le sang y subit la transformation cancéreuse; car on 9
DU CÂiNCER DE L^UTÉRCS. 571
supposé que ce fluide épanché ou encore contenu dans les vaisseaux, mais privé de mouvement, peut passer de lui-nicine à Télat de tissu encéphaloîde. C'est probablement de cette manière qu'il faut expliquer la présence du détritus cancéreux dans )a partie supérieure des veines crurales et saphènes, tandis que les veines de TcxcavatioD pelvienne sont libres et tout à fait perméables.
Les gangliqns lymphatiques du bassin, ceux de Taine un peu plus rarement, et même les ganglions niésenrériques, sont parfois infiltrés de matière cancéreuse.
Sytnptômes^ marclie, — Si le cancer utérin survient chez une femme qui est encore réglée, les troubles de la menstruation seront généralement les premiers symptômes qu on observera : ainsi quelques femmes ont des retards; chez d'autres, au contraire, les périodes menstruelles sont plus rapprochées ou bien il y en a deux dans le courant d'un mois; souvent ce sont des |)ertes excessivement abondantes, ou bien enfin Técoulement menstruel ne présente d'insolite qu'une durée plus longue que de coutume. Beaucoup de ces femmes peuvent conserver dans l'intervalle des deux époques un petit suintement sanguin sans aucune odeur: mais, en général, une leuconhée plus ou moins abondante, un écoulement vaginal, tantôt blanc, tantôt jjuiDâtre, coexiste avec le suintement sanguin ou alterne avec lui. Quand le cancer aQecte une femme qui depuis longtemps a cessé de voir ses règles, il arrive que quelquefois un écoulement sanguin se fait de nouveau périodiquement comme autrefois par les parties sexuelles, sans aucun trouble fonctionnel. I^ plus souvent pourtant ces retours n'ont rien de régulier, ce sont communément de véritables i^trorrliagies auxquelles succède un écoulement leucorrhéi({ue.
La plupart des malades n'accusent aucune douleur \ ive ; presque Routes se plaignent seulement de tiraillements dans les aines, à la partie interne et su|)érieure des cuisses, dans les loud)es, ou de pesanteur vers le sacrum, \\ Thypogastre et à la région anale. Ces sensations sont plus pénibles {Mandant la station et dans la marche : aussi les femmes sont-elles promptement fatiguées; elles augmentent aussi pendant Tépoque menstruelle. Il est des malades ({ui éprouvent alors des souITrances aiguës. Quelques-unes peuvent se livrer à l'acte conjugal sans ressentir de douleur, maischez le plus grand nombre les rapports sexuels sont extrêmement douloureux; ils augmeutcnt aussi l'écoulement sanguin et provoquent quelquefois do véritables pertes. Les désirs vénériens sont très variables : conser\és chez la plupart des femmes, abolis chez quelques-unes, ils sont excités chez d'autres par un prurit voluptueux qui se fait sentir d'une manière continue ou pur intervalles à la vulve. Ce phénomène peut être encore observé à une [)ério(le très avancée delà maladie. Quelques femmes éprouvent aussi vers les seins diverses sensations douloureuses ; enfin il en est chez lesquelles d'anciens accès d'hystérie se réveillent. I^s malades accusent un ^nd malaise; elles sont en outre inquiètes (>t préoccupées.
Si l'on pratique le toucher, on constate que le col est volumineux, souvent h^qt, douloureux à la pression, dur et inégal, donnant, dit Montgomery, la sensation qu'on obtient on promenant le doigt sur les extrémités rapprochées et réunies d^ ^oigts de l'autre utain. L'altération peut être limitée à une des lèvres du museau de tanche ou les orrupcr toutes les deux ; elle envahit même souvent une partie ou la (otalité du corps utérin, cpii ))eut alors former saillie au-dessus des pubis, où on le sent à travers 1rs parois alKlorninales. Cr'jXMidant, pour bien juger de l'état du corps de l'utéras, il est nécessaire de porl<'r le doigt dans le rectum ; on distingue alqrs, à travers la paroi recto-vaginale, le coips utérin, dur, parfois inégal et douloureux. Le toucher vaginal fait en outre reconnaître que l'utérus est souvent eu ^t de prolapsus, d'fUUéversjon ou de rétroversion ; souvent îivk«À A ^, ^xyçkVwx^ ^^
adhérences dans ces positions vicieuses. Quand où cherclie à le refouler supérieurement, on reconnaît qu'il est beaucoup plus Lourd; souvent il est moins mobile et même tout à fait enclavé, ce qui |)eut tenir à l'excès de son volume et à des adhérences morbides qui le fixent solidement aux parois du bassin. L*examen par le spéculum, moins im|)ortant ici que le toucher, permet seulement de mieux apprécier le volume et la forme du col, l'état de sa surface, qui presque toujours est d'un blanc mat oii bien rougeâtre.
La maladie faisant des progrès, les douleurs deviennent plus vives ; elles siégeot surtout dans les aines, dans les fesses et à la région sacrée ; elles sont lancinantes, térébrantes ou sourdes ; l'écoulement blanc augmente; il est séreux, mêlé de sang; il a déjà un peu d'odeur ; les pertes sont plus copieuses et presque continues, elles redoublent seulement à l'époque des règles. L'écoulement leucorrliéique est aussi plus copieux; il est séreux et à peine albumiueux, comme l'indique le peu de roideur qu'il donne au linge en se séchant Cet écoulement séreux, quand il est considérable, était regardé par Dugès et M*"' Boivin comme annonçant le commencement ou l'inmiinence de l'ulcération du cancer. C'est aussi quand les tissus se détruisent qu'on voit survenir des signes de dépérissement. L'ulcération, conunençant par le col, s'étend plus ou moins rapidement en profondeur et en surface. En pratiquant le toucher vaginal, on trouve qu'alors une des lèvres ou que les deux sont détruites simultanément ; le doigt pénètre dans le col et parfois jusque dans le corps ; les bords de ces solutions de continuité sont déchirés, indurés, couverts souvent de bourgeons ou de fongosilés qui se détachent et sont entraînés au dehors avec une matière rougeâtre ichoreuse qui exhale une odeur infecte ; souvent on voit de temps en temps sunenir brusquement des hémorrhagies graves dépendant probablement de l'érosion des vaisseaux.
, Cependant le cancer, ne restant point borné à l'utérus, envahit bientôt et détruit les parties voisines; ainsi le vagin, induré, revenu sur lui-même, peut permettre à peine l'introduction du doigt ; il peut s'ulcérer et l'ulcération s'étendre jusqu'au péritoine; plus souvent les parois recto-vaginale et vésico-vaginale sont corroda, détruites, et les malheureuses femmes rendent alors par la vulve des gaz, des fèces et de l'urine, qui, s'accumulant dans le vagin comme dans une sorte de cloaque, favorisât la dégénérescence de ce conduit. Ces graves désordres sont ordinairement précédés de douleurs vives vers l'anus et vers la vessie, d'envies continuelles d'uriner et d'aller à la selle, et ce n'est qu avec des souffrances inouïes que les malades satisfont à ces besoins.
Comme toutes les affections analogues, le cancer utérin s'accompagne presque toujours dès le début d'amaigrissement et de dépérissement, et cda souvent avant roéfoe que les douleurs et les hémorrhagies se soient déclarées. A mesure que TaltératiOQ fait des progrès, les digestions deviennent pénibles, rap|)étil se perd, il survient du dévoiement; la peau pâle, anémique, prend une teinte jaune-paille; la face se bouffit; les membres inférieurs s'infdtrent par suite de l'organisation de caillots sanguios dans les \eines crurales ou dans celles de l'excavation i)elvienne; souvent aussi on épanchement ascitique se forme : c'est ce qu on observe fréquemment quand le cancer, s'élant propagé à la vessie et aiïectant l'orifice des uretères, s'oppose ï ce que l'urine arrive librement dans son réservoir.
Dans le cancer utérin, la mort survient le plus souvent peu à peu, dans le dernier
degré de marasme et par les progrès de la cachexie cancéreuse. Quelques femmes
sont emportées prématurément à une époque encore peu avancée de la maladie et
les unes alors meurent exsang;ues« p^Lt snvV^ ^<&V^\^>^^\&^ti et de Tabondance des