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DU CANCER DES OVAIRES

L'ovaire est assez rarement atteint primitivement de cancer, cette altération coexiste le plus souvent avec Thydropislé enkystée. De toutes les formes du cancer rencéphaloîde est celle qu'on rencontre le plus communément dans les ovaires.

Le premier symptôme appréciable est le développement d'une tumeur à la partie inférieure et latérale du ventre. Elle s'accroît plus ou moins rapidement Inégale ^ sa surface, plus ou moins molle, parfois fluctuante, elle est complètement mate quand on la percute ; elle est communément le siège de douleurs sourdes ou aiguès. Quel que soit d'ailleurs l'état local, les femmes ne tardent pas à maigrir, elles dépérissent et offrent tous les traits de la cachexie cancéreuse; en même temps, en rai^ son de la compression que la tumeur exerce sur les veines de la cavité abdominale, OQ voit souvent une ascite survenir et les membres inférieurs s'infiltrer.

Le cancer peut être méconnu lorsqu'il affecte un ovaire qui est en même temp$ le siège d'une hydropisie enkystée; cependant si l'on a égard à la dureté et aux inégalités que la tumeur présente dans quelques points, aux douleurs vives doflt elle est le siège, au dépérissement des malades, circonstances qu'on ne remarque pas le plus communément, du moins dans les kystes simples, on sera de la sorte conduit à reconnaître la nature de l'affection. Il faut prendre garde encore de s'en laisser imposer par des tumeurs fibreuses qui, développées dans l'épaisseur du tissu utérin, donnent à cet organe un volume considérable, le rendent dur et inégal; mais il n'existe alors ni les douleurs ni les signes de cachexie qui accompagnent les productions cancéreuses.

Le traitement est exclusivement palliatif. Non-seulement on doit calmer les dou-^ leurs ^ l'aide des sédatifs, mais s'il existe simultanément une hydropisie enkystée, on devra ponctionner la tumeur.

DE LA MÊLAN09E.

Nous définissons la mélanose une production accidentelle ayant pour caractère (listinclif une couleur noire plus ou moins foncée. Historique, — 11 ne iwraît pas. ainsi que M. Càiewavc Vu d*«i\\cwc% ^tevwv\x%>

T. II. —6' KDIT, v\

578 DES pnoDurTS mor^des accidentels.

qu'on ait parlé de la iri^lanose avant la moitié du xvir siècle. Bonnet, Morgagni, Haller, Lorry, la connaissaient; mais elle ne fut convcnablcnicnt étudiée qu^an commencement de ce si(>cle par Bayle, Dupuytrèn, et surtout par Laennec, qui paraît lui avoir imposé le nom qu'elle porte, et qui la décrivit comme un tissu accidentel. Divers médecins ont entrepris, depuis^ quelques recherches sur le môme sujet; nons citerons surtout un travail de Breschet, publié en 1821, un autre de MM. Trousseau et Leblanc, inséré sel)t années plus tard dans les Archives dt* médecine; l'article que M. Andral a consacré à la mélanose dans le premier Volume de son Anatomie pathologique, et celui que M. (iazenave a composé pour le tome \l\ du Dictionnaire de médecine, et dans lequel on trouve parfaitement résumé tout ce qu'on sait dé positif sur cette altération finfm nous mentionnerons, en terminant, l'excellente thèse du doctetlt* Lanrens (18.13).

Divisions. — La mélanose se rencontre rarement seule: presque toujours elle se montre unie à d'autres tissus accidentels, et notamment au cancer. File peut exister sous des formes différentes : 1° à l'état de masses plus ou moins volumineuses, enkystées ou non; T à l'état d'infiltration dans lès tissus; 3* ou bien elle est répandue sous forme de couches plus ou noins é])aisses à la surface libre des organes membraneux, et surtout du péritoine; U"" enfin elle peut exister à l'étal liquide. Celte classification, que j'emprunte h M. Andral, est aussi celle que M. Cazcnave a adoptée dans son article; elle difîère de celle de Laënnec en ce que cet illustre médecin ne reconnaissait que trois sortes de mélanose : il n'admettait pis la mélanose liquide.

Anatomie pathologique, i" Mélanose en mas^v. — La mélanose en masse se présente, dit J^enncc, sous deux états : à l'état de crudité et à celui de ramoUiisèment. Dans leur état de crudité, les niasses mélaniques ont une couleur brun jaunâtre, bistre, d'un noir d'encre ou de suie ; écrasées sur du papier, elles le colo^ rent comme le ferait l'encre de Chine. De formes diverses* mais le plus souvent sphériques, d'un volume qui varie depuis celui d'un grain de mil à celui du poing d'un adulte, on les voit s'aiïaisser spontanément pour reprendre ensuite leur volume habituel (Cazenave). I^es unes sont lisses, les autres sont inégales, mamelonnées, parsemées d'aspérités qui leur donnent quelque ressemblance avec la mûre; d*autres sont lobulées, et chacune d(îs divisions est séparée par du tissu r^^llulaire, ou bien elles semblent formées par un assemblage de lames, de feuillets su|>erpo0f9 et placés de champ. Elles ont, les unes la consistance du suif, les autres c(*ile des ganglions; on les a encore comparées à la truiïe ; elles ont, eu eiïet, souvent beaucoup de ressemblance avec ce tul)ercule par leur couleur connue par leur consistance.

Ladnncc, a\ons-uous dit, avait admis dans la mélanose une période de ramollissement Celui-ci s'ojKTerait du centre à la périphérie, et finirait \wx transformer le pixxluit morbide en une sorte de pulpe ou de bouillie noirâtre ; c'est alors qu'us travail inflammatoire, s'établissant au pourtour du cor|)s étranger, Téliiuinerait et laisserait à sa place une cavité ulcéreuse plus ou moins spacieuse, (iepeudant il faut convenir avec MM. Andral et Cazenave que ce ramollissement est un phénomène fort rare, et il faudrait bien se gaixler de considérer connue des exemples de mélanoses ramollies les faits que Bayle a rapportés dans son ouvrage (obs. XX et \XI); car toul |)orte à croire que la mélanose n'était ici (pi 'une ahération secondaire, coexistant avec des tubercules ou une dilatation bronchique. Nous avons déjà dit que la mélanose pouvait être enlcnirée d'un kyste, ou en Otre dépounue ; ce dernier cas est de beaucoup le plus fréquent; mais, dans Tune et l'autre cx)nditioo.

Dt LA MÊLANOSE, 579

on ne trooTe dans la mélanosc aucune trace (rorganisation : c'est donc un produit tout à fait inorganique.

2* Méiatiose. in filtrée. — On dit que la mélanose est infiltrée lorsqu'un organe, sdt en totalité, soit en partie, présente une coloration noire dépendant de l'infiltration du tissa par la matière tnélanique ; on obsérte spécialement cette forme dans les poumons et les ganglions bronchiques; les organe^ ainsi colorés sont aussi le plus souvent indurés. M, Andral croit, et Ton admet assez généralement ave6 lui, que, dans le plus grand rtombre des cas, l'induration est indépendante de 1» couleur noire, et qu'elle est le simple résultat d'une phlegmasie chronique; la ton* leur mélaniqttëest ici un simple accident de la maladie. C'est aussi à la mélanofw infiltrée qu'il faut rapporter avec M. Cazenave la couleur noire que prennent parfois quelques produits accidentels, spécialement les tubercules et le cancer.

3* La mélanose peut être déposée^ sous forme de couche, d la surface libre de plusieurs membranes et surtout sur celles des séreuses, — Ainsi il n'est pas très rare de trouver à la surface du péritoine, chez les sujets emportés par une péritonite chronique, tuberculeuse ou non, une couche de matière noire : cependant presque toujours, si l'on enlève celte couche, on reconnaît qu'elle a tous les cacactères été pseudo-membranes des séreuses, dont elle ne diffère que |)ar sa couleur noire ; de sorte qu'on peut conclure, avec M. Andral, que beaucoup de productions mtia* niques rangées dans cette troisième classe doivent rentrer dans la seconde, puisque, en dernier résultat, ce ne sont que des fausses membranes colorées en noir, ou infiltrées de mélanose. Comme M. Andral, je n'ai rencontré cette coloration noire que dans les fausses membranes du |)éritoine, et jamais dans celles de la plèvre et du péricarde.

h"" Mélanose liquide. — On a trouvé de la matière mélanique liqtiide dans les cavités closes uaturelies ou accidentelles ou dans Içs muqueuses ; mais la chose est rare.

Composition chimique. — La mélanose est inodore; elle a une saveur faible, se mêle à l'eau et à Talcool, se putréfie lentement et charbonne en répandant une odeur empyreumatique. Dans les diverses analyses chimiques qu'on a faites, on y a reconnu l'eustence d'une matière colorante spéciale. D'après Barruel, la mélanose serait principalement constituée par un dépôt de la matière coloiaute du sang unie à de la^ fibrine, l'mie et l'autre s'y trouvant dans un état particulier. Cet habile chimiste indique, de plus, l'existence de trois matières grasses bien distinctes. Mais M. Andral se demande si celles-ci, au lieu d'appartenir k la mélanose, ne proviendraient pas du ti.ssu de l'organe dans lequel cette production s'est développée, ou d'un produit accidentel avec lequel elle est combinée.

Nature de la mélanose. — D'après ce (jui précMe, il est évident que la mélanose n'est ])as un tiffsu analogue au cancer, ainsi que I^ênnec l'avait supposé. L'analyse chimique y ayant fait retrouver en forte proportion hi matière colorante du sang ou ses éléments plus ou moins modifiés, MM. Breschet et Rarruel en ont conclu avec quelque apparence de raison que ce [>roduit morbide n'était autre chose que du sang modifié II faudrait donc sup|x>ser, d'a{>rès cette théorie, que du sang exhalé ou épanché dans les tissus ou à la surface des organes peut y subir certaines modifications d'oii résulterait sa transformation en mélanose; mais on ne saurait encore considérer cette opinion que comme probable, et nullement comme étant démontrée.

I^L Lebert, après a\oir examiné la mélanose à l'aide du microscope, établit (yic ce n'est ni un tissu spécial ni une matière amorphe ei uiov%MÙc^<&^ tcvm ^>\ ^%-

ment noir qui se dépose sous forme de globules ou de granules dans des cdlules normales ou pathologiques (1).

JUélanose considérée dans les divers tissus. — Il n*est presque pas de tissus ni d*organes dans lesquels on n*ait rencontré la matière mélanique ; mais elle n'est pas également fréquente dans tous les tissus ni dans les parties diverses d'un même tissu. On l'a vue quelquefois dans le tissu cellulaire sous-cutané, surtout dans les points où il est plus lâche; phis rarement on l'a rencontrée dans le tissu cellulaire sous-muqueux, ainsi que MM. Andral et Gruveiihier en rapportent des exemples; ou bien dans le tissu cellulaire sous-séreux, ou bien encore dans celui qui sépare les interstices musculaires, ou dans celui qui forme collection dans qudques parties du corps. Ainsi M. Gfaomel a rapporté l'histoire d'un malade qui portait au fond de l'orbite une tumeur mélanique; des productions analogues existaient simultanément dans les poumons et dans le foie.

Ces masses mélaniques qui siègent dans le tissu cellulaire sous-cutané on sous^ muqueux finissent, en s'accroissant, par distendre et par user la peau et la moqueuse; il en résulte alors des ulcères par lesquels suinte une matière noirâtre mêlée à du sang et à du pus.

Plusieurs médecins, notamment Biett et Breschet, ont vu la mélanose infiltrer le tissu même de la peau; plus souvent encore on a trouvé quelques membranesséreuses imprégnées de la même matière, surtout lorsqu'elles sont chroniqucment enflammées. Mais il faut savoir que plus souvent encore la mélanose, qui paraît occuper les mepibranes séreuses, siège dans le tissu cellulaire subjacent et dans les fausses membranes qui les tapissent à l'intérieur.

Les membranes muqueuses, surtout celles des organes digestifs, sont, plus souvent que les.séreuses, imprégnées de matière mélanique; celle-ci peut alors exister dans le tissu cellulaire ou bien à la surface libre.

La mélanose a encore été observée dans l'épaisseur des artères, où elle est épanchée entre les tunique interne et moyenne, là où existe la matière atbéromateuse. La même disposition n'a pu encore être rencontrée dans le tissu veineux; là, en effet, la mélanose a seulement été vue à l'état liquide, sur la face interne des petites ramifications; Breschet, MM. Gruveiihier, Andral, rapportent des faiu de ce genre.

Les tissus fibreux et cartilagineux ont rarement offert des traces de mélanose ; il en est de même du tissu osseux. Quant au tissu musculaire, il ne paraît pas qu'on ait jamais vu les fibres mêmes être envahies par la matière mélanique ; presque toujours celle-ci est seulement infiltrée dans le tissu cellulaire interstitiel.

Si nous passons en revue les organes parcnchymateux, nous voyons que tous ne présentent pas la mélanose avec une égale fréquence; cette production est surtout commune dans les poumons, où elle existe en masse, ou bien infiltrée soit dans le parenchyme, soit dans les produits accidentels qui s'y forment, spécialement dans les tubercules. Nous devons rappeler ici que la coloration noire coexiste ordinairement avec une induration du tissu; celle-ci constitue alors la lésion primitive; nous sommes donc porté à croire, avec M. Andral, que l'induration noire du poumon n'est autre, dans beaucoup de cas, qu'une fonnc de pneumonie chronique. Ici l'induration est tout à fait indépendante de la coloration noire; celle-ci ne se produit qu'après coup et probablement par suite d'un changement de nature que le sang extravasé éprouve.

1)£ LA MÊLANOS£. 581

Les pounioiis sont fréquemment le siège cVune autre coloration noire ; celle-ci est même constante chez les vieillards. Nous en avons parlé précédemment (page A26) avec quelques détails ; elle n'a aucun rapport avec la mélanose; mais d'après les recherches de M. Natalis Guillot, elle paraît constituée par un dépôt de chartwn se formant spontanément pendant la durée de la vie. et pouvant dans quelques cas provenir de Tcxtérieur, comme le prouvent plusieurs faits observés depuis quelque temps en Angleterre et en France.

La mélanose a été très rarement rencontrée dans les ovaires, les mamelles; le corps thyroïde, dans la rate, le foie et les reins. Il n'existe, je crois, qu'un seul exemple de mélanose du ceneau ; il a été observé par BietL L'histoire de ce fait curieux a été rapportée par RL le docteur Behier, dans les Archives de 1838. Très rarement d'ailleurs la mélanose envahit isolément les organes ; mais le pltis souvent on la rencontre à la fois dans un plus ou moins grand nombre de tissuii, comme s'il existait dans ces cas une sorte de diatbèse mélanique.

La mélanose ne développe aucun symptôme qui lui soit propre. Les divers accidents qui l'accompagnent tiennent, dit M. Cazenave, dans les cas dé mélanose infiltrée, aux désordres inflanunatoires qui constituent la maladie. Quand cette modification de tissu accompagne les autres productions accidentelles, c*est à ces derniers qu'il faut rapporter les accidents. Enfin il est certains cas dans lesquels la mélanose devient la cause des phénomènes observés; ce sont ceux où elle gêne mécaniquement le jeu des organes ; elle agit alors comme ferait tout autre corps étranger. Lorsque aucune de ces circonstances n'existe, la mélanose peut naître et se développer dans un tissu sans que son existence soit révélée par aucun accident, par aucun phénomène morbide, soit local, soit général.

On pourra soupçonner que les troubles qu'on observe du côté des viscères tiennent à la présence des masses mélaniques, lorsqu'on verra de ces productions sur un ou plusieurs points de la surface du corps.

On ne sait rien sur les causes de la mélanose ni sur son traitement

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