‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 178 sur 265 · DES NÉVRALGIES EN GÉNÊBAL · texte numérisé non relu

DES NÉVRALGIES EN GÉNÊBAL

de celte maladie, il est an moias incontestable que le tempérament nerveux est une de ses causes prédisposantes les plus puissantes. Nous en dirons autant de Tinfluence du froid et de rbumidité : aussi les névralgies sont-elles beaucoup^plus communes poidant rhiven On ne sait encore rien de précis sur Tinfluence que peuvent exercer les excès de toute espèce et le genre d^alimentatiou; mais il est démontré que Tétat cblorotique ou anémique est une cause active de névralgies; il en est de même des passions, des émotions vives, des fatigues excessives, soit intellectuelles, sut musculaires De toutes les causes occasionnelles, aucune u*est plus efficace, ou du oioins plus fréquemment constatée, que Timpression prolongée du froid humide. Beaucoup de névralgies paraissent survenir sous Tinfluence de la même diatlièsc qoe le rhumatisme, soit articidaire, soit musculaire, aussi ces affections coexistent qodquefois ensemble et succèdent les unes aux autres ; on a donc admis avec raison des névralgies rhumatismales. La syphilis peut-elle, ainsi qu'on Ta prétendu, occasionner des névralgies? Nul doute qu'une tumeur des os ou du périoste, en comprimant un nerf, ne puisse parfois exciter des douleurs névralgiques; mais même en dehors de cette cause, le virus syphilitique semble pouvoir parfois modifier le nerf d'une manière occulte et produire tous les accidents des névralgies ; ce qui le prouve, c'est que ces douleurs rebelles à toutes les médications ne cèdent qu'à un traitement antisyphiUtique.

Traitement. — Deux ordres de médications sont recommandés contre les névralgies : des moyens généraux et des moyens locaux. Les premiers varient suifiBt la cause qui a produit et entretient la maladie, suivant la marche qu'elle affecte.

. Ix>rsque la névralgie, très douloureuse, semble être sous la dépendance d'un(j anrexcitation nerveuse, il faut avant tout insister sur les sédatifs. On donnera alors à rintérieur les préparations de datura, d'aconit, de belladone, et surtout l'opium ou la morphine. Souvent on associe ces remèdes aux antispasmodiques : c'est ce qui a lieu, par exemple, dans les pilules de Méglin, qui jouissent d'une renommée qui n'est pas peut-être justiliée. Les antispasmodiques sont également donnés seuls. On 1 surtout vanté la valériane, l'asa fœtida, le musc, le camphre, et depuis quelques aimées le valérianate de zinc, à la dose de 5 à /iO centigrammes par jour. Les sédatifs seuls guérissent beaucoup de névralgies, et ils soulagent dans la plupart des cas. Lorsque les douleurs sont intolérables, on doit administrer l'opium, comme nous l'avons recommandé dans les coliques hépaticpie et néphrétique (p. 415). En pareil cas, on a également proposé de recourir aux inhalations de chlorofonne ou d'éther, et l'on est souvent parvenu de la sorte à enrayer, à arrêter sur le champ pour un temps plus ou moins long, et quelquefois défmitivcment, des accès de névralgie très violents. Cette méthode, je crois, n'a guère été employée que dans les cas de névralgie faciale; mais elle doit être applicable à la plupart des autres névraigies, excepté pourtant à Tangine de poitrine.

Ces moyens pourraient être insuffisants si la névralgie, affectant un sujet rhumatinnt, goutteux, semblait être sous l'influence de la même diathèse. £n pareil cas, on trouverait un utile auxiliaire dans les boissons sudorifiques, et surtout dans les bains et douches de vapeur, dans les bains et douches d'eaux sulfureuses, naturelles ou artitîcielies, dans les eaux thermales salines, dans les frictions, le mas^e et dans l'hydrothérapie. M. Fleury a cilé des cas de névralgie plus ou moins rebelle rapidement enlevée par une vive révulsion sur la peau, qu'il opérait en provoquant d'abord la sudation dans 1 etuve siV.ho et qu'il faisait suivre d'une douche froide de quelques minutes de durée.

La névralgie a(Tecte-t-elle une marche vraiment intermitlente, il est nécessaire, pour en triompher, de recourir aux antipériodiques, et surtout au sulfate de quinine. Cependant il importe de savoir que cette médication est moins souveraine ici que contre la fièvre intermittente légitime. Quelques médecins ont même proposé le sel de quinine contre les névralgies contiimes dans Fespoir de troubler l'action organique et à titre d'agent perturbateur, mais on n'obtient guère alors de succès avérés. Quoi qu'il en soit, rappelons ici que, d'après Mondière, le sulfate de quinine, dans les névralgies intermittentes, agit fréquemment mieux en lavement qae par la bouche : c'est un fait que j^al moi-même vérifié plusieurs fois; le médicament étant mieux et plus vite absofbé par le rectum que par l'estomac.

L'état anémique 6u chlorotique, étant une caase fréquente et toujours aggni-* vante des névralgies, devra être combattu. En obéissant à cette indication, on triomphera de douleui*s névralgiques rebelles à toute autre médication ; les femigineax seront administrés suivant les règles que nous avons tracées aux articles anémie et chlorose.

Si la névralgie paraissait être sous la dépendance de la syphilis, on lui o|)|X)serait le traitement mercuriel tel que nous l'avons fonnulé plus haut, p. ii!i3 et suir. Enfin, dans ces névralgies rebelles h tous les médicaments, on a employé quelques moyens empiriques, i)armi lesquels nous citerons les purgatifs de toute sorte, la térébenthine et l'acide arsénieux ; mais leur efficacité est très contestable.

La médication topique est généralement utile; elle guérit seule beaucoup de né\Talgies et constitue pour toutes un adjuvant trî*s puissant. On a surtout conseîflé les emplâtres sédatifs, les liniiiients et fomentations narcotiques a\ec le laudanum, avec le baume tranquille, avec le cyanure de potassium; moyens dont l'effet est toujours incertain, surtout lorsque le nerf malade est profondément placé. Les applications narcotiques sont, au contraire, souvent utiles lorsque la névralgie est superlicielle. En pareils cas, M. Trousseau s'est fréquemment bien trouvé de l'emploi de l'extrait de belladone. M. Lafargue (de Saint-Emilion) et M. Jacques (d'Angers) ont proposé d'introduire ces médicaments sous l'épiderme à l'aide d'une lancette. Ainsi, apri*s avoir dissous 2 ou 3 centigrammes de sulfate de morphine dans uue très petite (piantité d'eau, on fait 50 ou /iO piqûres sur les points donlou* reux aven: une lancette chargée de la liqueur; cette méthode est certainement inférieure au vésicatoire, mais elle est précieuse pourtant lorsque la névralgie aDcrte certaines ]>arties du corps, notamment le cuir chevelu, les orifices des membranes muqueuses, etc. Kn pareils cas nous en avons obtenu des succès signalés. Dans ces derniers temps, on a fréquemment calmé d'une manière prompte les douleurs névralgiques en appliquant sur la partie malade du coton imprégné de chloroforme. Ck moyen a peut-être une double action, mi effet sédatif, et un effet révulsif pir la roug(îur érythémateuse qu'il produit sur les téguments.

Cependant, de tous les moyens locaux, les révulsifs cutanés sont sans contredit les plus généralement efficaces. Ainsi on [wrvicnt parfois à enlever rapidement une névralgie récente par un ou deux sinapLsmes appliqués sur le nerf malade ; mais le révubûf qu'on doit préférer est le vésicatoire, dont Cotugno a popularisé l'emploi Le vésicatoire |)ourra être volant ; mais si la douleur persiste, il faudra entretenir la suppuration, et profiter de la dénudation du derme ])our faire absorber à la peia un sel de morphine à la dose de 1 à iO a*ntigrammes.

Au vésicatoire quelques personnes préfèrent la cautérisation transcurrente faite avec un fer rouge, de manière à effleurer à peine la peau sur le trajet du nerf mi- Jade, sans altérer le derme ; mais ce remède violent n'est indiqué que dans les cas

Page 1