T. IX
50 OES EMPOISONNEIIKISTS.
convubions épileptiformes. Leurs facuitôs digestives s*akèrent ; ils tnaigrissent, on prétend que beaucoup sont atteints de cirrhose et de maladie de Bright ; enfin un grand nombreacoibent en démence. I/ivresse est, en outre, une des causes les plus fréquentes du suicide, c*est ce que prouvent les recherches de Schlegel, Roe^che et Carper. Ce dernier rapporte en effet que le quart des liabitants de Berlin, qui de 4612 k 1894 ont attenté à leurs jours, étaient des gens adonnés h Tivrognerie.
Le diagnostic de l'ivresse est presque toujours facile : les commémoratifs et Todeur alcoolique eihalée par le nulade la earactérisent suffisamment. Si une apoplexie véritable survient au milieu de l'ivresse, on verra alors tous les symptômes d'un épanchement intra-crânien se développer à une époque où les eiïeisdu vin devraient avoir cessé.
Traitement — Le plus souvent les personnes ivres n'ont besoin que de repos. On devra seulement favoriser ou même ptt)voquer le vomissement ; car l'expulsion des alcooliques renfermés dans l'estomac, et qui n'ont pas encore eu le temps d*agir, abrège beaucoup la durée de l'ivresse. On a dit qu'on pouvait aussi dissiper issex promptemoot cet état en domunt 6 )i 8 gouttes d'ammoniaque dausuu verre d*eau sucr^; mais beaucoup de médecins n'ont obtenu aucun effet utile, même en triplant cette dose ; d'autres conseillent l'eau vinaigrée, l'eau salée et surtout le café, qui, je crois, est l'agent le plus eiBcace, surtout quand l'ivresse ne bit que commencer. £nQo, dans les cas où il existerait une trop forte congestion cérébrde» il ne faudrait pas hésiter à appliquer quelques sangsues derrière les oreilles , cl mfime on devrait alors ouvrir préférablement une veine du bras.
Hq delirium tri
SlWWVmi. — Dlp«om«iiie, dtfliie rrapalenx, fulie dei irrugne*; manin a potu^ etc.
Oa nomme delirium trement une variété de délire provoquée par Tabus des liqueurs spiritueuscs ou fermentées , et qui , indépendamment du désordre des fonctions intellectuelles, est en outre caractérisée par le tremblement des membres et des lèyres, par l'embarras de la parole et par une insomnie opiniâtre.
Hiitwrique. — Les caractères du delirium tremens n'ont été reconnus qu'au COOin»encemfnt de ce siècle. Sutton en fut le premier historien (1) ; depuis lors la maladie a été l'objet <le recherches suivies tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis. Iiiotta citerons surtout les travaux de Blake, d'Edimbourg (2), et de J. Ware, de Boston (S). L'Allemagne a produit aussi quelques travaux importants, tels que ceux de Barkausen (6), do Dreyfuss (5), de Kopp (5) ; enfin, en France, le de«lirium tremens a été particulièrement étudié par MM. Ilayer (7), Léveillé (8) et CilmeU (9).
Owmium cadavériques. — L'ouverture des cadavres n'a fourni jusqu'à pré** eent que des résultats négatifs ; du moins les lésions diverses qu'on a trouvées quel* quffoit n'expliquent pas le délire ou bien elles en sont indépendantes. Tels sont
(I) Trtatite 911 delirium tremens, Loadoo, iS13. ~ (2) A praeticul essay on deiirium li^ iiieN«. Loudoni 1830. — (3) Hemark» on the hietory of delirium tremenê. Boslou, I8SI. ---
(4) Beobachîungen ûher den Sauferœahsinn oder day delirium tremens, Brème, 1828. —
(5) Ueber den Sauferwahmin, Wurhbooi-g, 1831. — (6} Ueber day delirium ti^menêy in adiMT Bbobaqhtvrovi, in Gnirrc der Àutubenden Heilkund. Prancibrt, 1831. — (7) Èiémoiru $mr U delirium tremtnM. Purto, 1819. -^ (S) Mémoire9 de VAendimie de médetine, 1 1. -*
f$)J>ir»i4mmiir^ de miémnt^ V édition, t. X.
DU DKLIBIGU THEMEN.S. CA
■ue coiigeslioii plus od moins \ivc* du cerveau et de dos membres, riufdtratiou séreiue aoas-arachuoîdieuiie, etc.
SympiÔMes^ marche. — Le delirium tremens se déclare quelquefois brusqueiBeot à U suite d'une orgie cliez des sujets qui ireo font point iiabituellement; ou hieo il aait peu à peu cbesdes ivrognes de profession, mais sans être provoqué par aa ooiifcl eicèf ; ou bien encore il survient comme cotuplication au cinquième ou fliîèoie jour d*ane maladie aiguë et après que les individus ont cessé tout à fait ronge des boi»ons alcooliques. Lorsque la maladie débute lentement, les malades SMI d*abord tristes et inquiets, ils ont le regard comme égaré, leurs membres commeocent à être agités d'un tremblement nerveux. Bientôt le délire se déclare; oahii-ci varie beaucoup suivant les individus. Chea quelques-uns il est calme; mais la plupart des malades sont emportés et furieux ; ils vocifèrent, injurient les personnes, se portent, quand ils sont libres, h toutes sortes de violences; ils sont tour* mencéi par des hallucinations, surtout par des ballucinations de la vue et de l'ooie, eC c'est probablement à cause d'elles que beaucoup de ces malheureux se suicident. Chet presque tous on observe dés le début un tremblement des lèvres et des mem^ fares supérieurs et inférieurs; leur démarche est incertaine, la voix est saccadée; les malades sont privés de sommeil , et si parfois ils s'assoupissent , ils sont tourmentés par des rêves bizarres et par des visions. Les symptômes généraux et synn pathiques sont très variables ; eu général, le pouls est leut, excepté pourtant dans le cas où l'agitation est grande; il y a souvent de la soif, de l'inappétence, de la consti|ation et des vomituritions bilieuses. La langue est sèche et roiigo comme da carmin cliez ceux qui sont adonnés depuis longtemps à Tivrognerie; enfin « la figure de ces individus, tantôt pale, tantôt injectée, porte l'empreinte de la sonf- (rince et de la fatigue lorsque l'insomnie se prolonge pendant plusieurs jours de suite. Ce|>endant les malades finissent par s'assoupir et même par dormir paislUtH meni. Souvent alors le sommeil se prolonge pendant douze, quinze et même vingtquatre heures, et au réveil la plupart sont guéris, ou du moins ue consenent plus qn'nn peu de confusion et de vague dans les idées, de la pesanteur de tête et une certaine hésitation dans les mouvements.
Dwrét^ terminaifom. — La durée du delirium tremens varie. AVarc estime qot la durée moyenne d'un accès oscillait entre soixante et soixante-douze heures. Cependant l'affection peut être ou plus longue ou plus courte.
Là mon est une terminaison fort rare de la maladie, d'après Warc et CalmelL Ce dernier auteur croit qu'il meurt à peine 1 malade sur 20. Nous croyons, con<* traireaient à lui, que la proportion des morts est beaucoup plus forte; c'est ce que proQfentt d'ailleurs, les relevés publiés, en 18(i2, à Bruxelles parie docteur Bou« gard : sur kUl cas de delirium tremens observés à Copenhague, Paris et Bruxellest un trouve en effet 85 morts, ce qui donne presque un cinquième de mortalité. Ceux qui succombent sont emportés, les uns par quelque complication cérébrale se traduisant surtout par des mouvements convnisifs» les autres meurent d'una antre maladie incidente étrangère au cerveau; quelques-uns succombent par accident ; ainsi nous avons déjà dit qne beaucoup de ces malheureux, poursuivis par leurs hallucinations , se suicidaient; enfin il en est qui meurent promptenaent et uniquement |>ar suite du trouble de l'innervation. L'autopsie ne révèle alors SttUe part de lésion appréciable. Après plusieurs rechutes , beaucoup de dipso* aunes deviennent aliénés; ils tombent alors rapidement en démeuce, et finia^ sent par succomber avec une paralysie générale.
DiofnMtîc. » Qmire mêhàies pourFmeat Sfinufer le delirium tremens; tt
sont : la forme déliranic de Tencéphalopathie saturnine, le délire nerreux, la |)aralysie commençante dos aliénés, et reiniMiisonnement par l'opium et la belladone.
Nous avons dit précédemment (page 31) eu quoi le délire saturnin diiïère du délire crapuleux. Le délire nerveux qui se déclare chez les opérés se distingue du précédent en ce qu'il ne s'accompagne ni du même tremblement des lèvres et des membres, ni de la même incertitn<te de la parole. Il serait plus aisé de confondre le ddirium tremens avec la paralysie générale commençante ; car on observe dans les deux cas l'embarras de la parole« le tremblement des membres et des lèvres, et souvent l'insomnie. Ici l'on ne peut être fixé sur la nature de la maladie que par Tétude ded comménioratifo et par la marche ultérieure de l'affection. I.a paralysie est, en effet, le plus souvent précédée de désordres dans les facultés intellectuelles, et elle suit une marche chronique; le deiirium tremens, au contraire, débute plus on moins biiisquement à la suite d'un excès de boisson ou chez un individu qui en commet fréquemment ; il n*a enfin qu'une durée assez courte. L'ivresse occasionnée par l'opium, par le dalura stramonium, par la belladone, par la mandragore, pourrait aussi simuler un accès de deiirium tremens ; mais ici l'excitation est tout à fait éphémère et ne tarde pas à être remplacée par un état apoplectique qui juge la nâaladie. Il est à peine inutile d'indiquer qu'il est impossible, avec un |)eu d'atten- |km, de confondre le deiirium tremens avec la manie ou avec le délire qui est symptthique d'une maladie aiguë.
Pronoêtic. — Le deiirium tremens n'est grave que s'il se répète souvent, car il finit alors par conduire à la démence. Le pronostic est également fâcheux lorsque l'agitation est extrême, lorsque les traits s'altèrent ; il en sera de même si le pouls dépasse 100 pulsations. Enfui les mouvements convulsifs, se liant presque toujours à une phlegmasie intercurrente du cerveau et des méninges, ne laissent presque plus d'espoir de voir les malades se rétablir.
Etioloyie. — Le deiirium tremens est surtout commun en Angleterre, aux États- Unis, en Pologne, en Suède, en Russie, où les habitudes d'ivrognerie sont plus répandues qu'en France. H règne surtout en été ; il est plus commun dans 1^ villes, et n'affecte que très rarement les femmes, excepté à l'âge critique ; les hommes en sont surtout atteints de trente à cinquante ans. La maladie se rencontre surtout chez les buveurs d'eau-de-vie, de genièvre et de rhum. Le vin seul, et surtout la bière, la produisent rarement. Il est rare qu'elle se déclare après une seule orgie ; mais le plus souvent elle atteint les individus qui abusent depuis longtemps des liqueurs alcooliques ou des boissons fermentées. Dans ces cas, on voit bientôt le délire se développer sans cause excitante, c'est-à-dire sans que ces personnes aient bu plus immodérément que d'Iiabitude ; d'autres fois la maladie se déclare à la tuite d'un libation plus copieuse. Il est des ivrognes qui sont pris de temps en temps d'une véritable monomanie ébrieuse {dipsomanie) ; ils boivent alors avec une sorte de fureur la nuit et le jour, et ne Urdent pas, dans ces cas, à présenter les sympHymes du deiirium tremens. £nfin, fréquemment la maladie aUeint des individus qui, en raison d'une maladie algue ou chronique dont ils sont affectés, cessent brusquement l'usage des alcooliques : ainsi j'ai démontré ailleurs que le deiirium tremens était une complication assez fréquente de la pneumonie qui atuque les ivrognes (1). Nous croyons que le délire crapuleux qui survient en pareille circonstance est bien moins excité par la maladie aiguë que par l'interruption des alcooliques, elc nous avons prouvé que le meilleur moyen de prévenir le délire consistait à res-
DU DËLlfiiUM TftEM£NS. 53
pccter l'habitude di'S malades et à leur permettre l'usage d'une ccrlaiue quantité de \iiL On ne sait rien de précis sur l'influence qu*exercent les tempéraments, les coBslJtDiions et les saisons, sur la production du délire crapuleux.
Traitement. — Si l'accès débute après une orgie, il faut faire vomir l'individu pour empêcher l'absorption des liquides encore contenus dans l'estomac. Quelque grande que soit la violence du délire , elle ne saurait par elle seule autoriser la sa^^née, dont quelques Italiens font un déplorable usage. Les antiphlogistiqaes ne conviennent, en eflet, qae lorsque le pouls est large, dur, et qu'il existe des signes de congestion oo d'inflammation cérébrale. L'opium a été longtemps r^ardè cooMiie un spéciGque du delirinm tremens ; cependant ce remède échoue assez souvent. Quand on le donne, on a pour but de modérer l'agitation et d'endormir les malades. Pour arriver à ce résultat, il faut ordinairement de 15 à 25 centigramme» d'opiom : nous ne voyons aucun inconvénient à doubler la dose, s'il en est besoin, pourvu qu'on mette entre chaque prise un intervalle d'une à deux heures; mais nous voudrions difficilement aller au delà, et imiter surtout la pratique de ceux qui ont osé donner jusqu'à k grammes d'opium. Quand on porte aussi loin les doses du remède, on finit toujours par assonpir les malades, qui meurent dans un état comateux. Ou a conseillé de rempUcer l'opium par l'infusion de digitale (k grammes dans 190 grammes de véhicule ; en donner une cuillerée à bouche toutes les heures) ; mais cette pratique n'a pas encore reçu la sanction de l'expérience.
Il n'en serait pas de même du chloroforme, qu'on a fait inhaler aux malades , et qui a amené dans la plupart des cas, dit-on, une sédalion complète et une guérison rapide. C'est un moyen que je n'ai pas encore employé moi-même.
Les évacuants , tels que l'éméiique et les purgatifs , ne peuvent pas être conseillés conune méthode générale dans le delirinm tremens. Ces médicaments ne sauraient, suivant nous, être utiles que lorsque l'état des organes digestifs en indique remploi ; les antispasmodiques, tels que l'éther, l'asa fœtida, le musc, etc. , les affttsions froides , ne méritent aucune confiance ; les vésicatoires , conseillés par quelques personnes, augmentent généralement les accidents.
Ksqnirol, Georget, et récemment M. Calmeil, ont conseillé de n'opposer au deUriom tremens qu'une médication douce , presque expectante : ainsi , dans les cas simples, l\1. Calmeil ne prescrit qu'une boisson sucrée et des bains tièdes; si la langue est saburrale, il fait vomir; s'il y a constipation, il purge; et si quelques signes d'inflammation ou de congestion se développent vers le cerveau, il les combat par les saignées , qni sont d'ailleurs rarement nécessaires. Enfin , l'habile médecin dont je parle ne prescrit point l'opium, imitant en cela la pratique d'Es* quirol, dont les malades, dit-on, guérissaient communément en trois jours par la ample expectation.
Il est inutile de dire qu'il faut, pendant les accès de délire, prendre des précautions pour que les malades ne puissent ni se nuire ni nuire aux autres. Lorsque les accès sont très éloignés, on peut laisser les individus dans la société, en exerçant sor eux une suneillance active ; mais si les crises se répètent trop souvent, il faut séquestrer les malades.
yature, — Le delirinm tremens est une névrose produite par une cause spécifique, l'intoxication alcoolique. La nature des accidents, leur marche, les résultats Datifs fournis par l'ouverture des cadavres, le prouvent suffisamment. (Yoy. Ui Cla$$e des névrases.)
54 DES £MIK)lSO«MBMËNiS.
]>• la œmbttslidn hinnaiae ipostanée.
Oii nomme combustion humaine spontanée la cowbuBiion ou rincinération parti^ ou totale du cor|>8 humain, dont la cause semble résider dans un état paiti* enlier de Torgauisme qui nous est encore inconnu.
. La combustion spontanée, dont il existe actuelieinenl de nombreux exemples, a surtout été observée chez des femmes âgées, surchargées de graisse et adonnées If rhrrogneric. Quelques personnes ont pensé que, dans ce cas, toute Téconomie, ei notamment le tissu cellulaire, étant imprégnée d'alcool, ii se faisait dans ces parties des eombiuaisons nouvelles : peut-être, dit^n, un gaz inflammable s*exhaie-t»U ; de aorte que le corps prendrait alors feu d'une manière tout à fait spontanée, et peut-être aussi par suite du dégagement d'une étincelle électrique qui, comme ou lésait, se produit chez quelques individus à l'occasion du moindre frottement delà ptiu. D'autres, parmi lesquels il faut compter surtout Yicq d'Azyr et Dupuytren, pensent que, pour quo la combustion ait lieu dans les cas dont nous parlons, il est aécessaîre que le corps ait été en contact avec une matière en ignition. Presque tout les faits sont favorables à cette opinion : ainsi la plupart des individus qui ont M victimes d'une combustion spontanée avaient eu près d'eux un corps enflammé, comme un tison^ une bougie, de la braise, une pifie, etc. Quoi qu'il en soit, et de quelque nature que soit la cause efficiente, nous dirons qu'après la combustion «pontanéc d'un individu, on trouve presque toujours quelques parties du corps qui n'ont pas été complètement brûlées ; ces débris appartiennent le plus souvent à la tète ou aux membres; toutes les autres sont consumées, et il n'existe plus pour résidu qu'une matière grasse , solide , une suie puante et un charbon léger, onctueux et odorant Le feu se communique rarement aux meubles de l'appartement, dont les murs sont couverts d'une suie épaisse, grasse, noire, fétide. La combustion s'effectue ordinairement avec rapidité; elle est complète en deux ou trois heures, et même en une heure seulement. Il arrive quelquefois qu'elle n'est que partielle; ccllc-ci, contrairement à ce qui existe pour la combustion générale, a élé plus spécialement observée chez les hommes : ainsi l'on a cité des individus dont les mains, par exemple, ayant été en contact avec un corps en ignition, ont vu ces parties devenir ensuite le siège d'une douleur brûlante, avec rougeur et production de flammes bleuâtres , azurées. Les simples affusions d'eau froide , loin d'éteindre le feu , ne (ont que l'activer ; pour s'en rendre maître , on est obligé de laisser les parties pendant plusieurs heures dans l'eau, qu'on maintient Goustamment froide. Il reste alors une brûlure plus ou moins étendue et plus ou
moins profonde.
On peut consulter, pour plus amples renseignements, l'article remarquable du
Dictionnaire de médecine , t. Vflf , p. /i21 , où Breschet a résumé avec une grande lucidité les principaux faits de combustion spontanée connus jusqu'à ce jour.