EMPOISONNEMENT PAR LE SULFATE DE QUININE
Le sulfate de quinine , ce précieux médicament que nous avons déjà signalé comme bernique dans plusieurs maladies, peut, iorstiu'on l'administre à trop forte dose, déterminer les atcidenis les plus graves et même la mort.
C'est ce qu'on pouvait déjà conclure des expériences faites à Padouepar Glacomini; mais les propriétés toxiques du sel de quinine ont été en outre bien démon-
^*^IIPOISONN£MINT PAII LE ^ULFAIK D£ QIIMNE. 55
tréespar le:» expériences de MM. Magcndio et Môlier sur les animaux vivants (1). Os messieurs , eo introdninnt 2 grammes de sulfate de quinine dans T^tomac d*on chien, ont constaté peu après divers troubles indiquant une action pmioucéc éa niédicameiit sur les centres nerveux : ainsi Tanimal présentait de la stupeur, M jambes éuient écartées comme pour maintenir l'équilibre, ou bien il tombait nr le flanc ; ses pnpUies éuient dilatées; il éprouvait des monveménts convolsllh, et soccombait dans le coma. A Tantopsie, on trouvait les poumons congestionnés, hépaiiaéa oa spléniiés; le sang était mou, diffluent et privé en grande partie de sa coàgolabilHé. Quelques faits malheureux, observés chez l'homme, sont vêttlll confirmer en tous points les résultats obtenus chez les animaux : ainsi des maladM razqiieb on a administré imprudemment ^, 5, et jusqu'à 6 grammes de sulfate de quinine , ont épron?é des accidents variés , de plusieurs ordres , et dans lesquels on peut, à l'exemple de M. Mêlier, reconnaître trois degrés. Dans le premier, le^ symptômes se passent entièrement vers le système nerveux, et ne sont que l'exagératioo de ceux qu'on observe aux doses ordinaires : ainsi il y a de la céphalalgie, ds l'agitation, des phénomènes d'ivresse, un peu de trouble de la vue, et souvent ds la surdité, phénomènes que j'ai eu occasion de noter fréquemment pendant cinq 00 six ans chez tous les membres d'une famille créole, auxquels, pour couper des fièvres intermittentes qui revenaient souvent, j'administrais seulement 50 à 60 cett^ ilgrammes de sulfate de quinine. Â un degré plus avancé, il survient du délire, des mouvements convulsifs, une paralysie assez étendue ; puis, probablement eu raisoQ de l'altération profonde que le sang éprouve , il se déclare des signes de congestion et de phlogose vers les poumons; quelques malades ont des hématuries. Enfin, quand l'action du remède est portée à son phis haut degré, les forces sont anéanties, la faiblesse est excessive ; les malades, privés de sentiment et dé mouvement, tombent dans le coma et peuvent alors succomber. Ceux qui échappent I oe péril se rétablissent lentement, ils sont quelque temps faibles, et piusieun d'entre eux restent pour toute leur vie aveugles et sourds.
Les expériences tentées sur les animaux, et les faits malheureux observés snr rhomme prouvent que le sulfate de quinine modiBe profondément rinner\'ation. Cette action s'exerce certainement par l'intermédiaire du sang, dans lequel le médicament pénètre par absorption, et dont il doit modifier la constitution. MM. Ma^ gendîe et Mélier ont établi par leurs recherches que le sulfate de quinine rendait le sang diffluent, tandis que M. Briquet, s'appuyant également snr des expériences, affirme au contraire que la proportion de fibrine est augmentée. C'est à des faits ultérieurs qu'il appartient de juger deux opinions aussi contraires.
Si j'insiste sur ces faits, c'est à cause de la tendance malheureuse qu'on a au** joord'bni à administrer à doses toxiques beaucoup de médicaments énergiques. On ne saurait trop redire que éette pratique est inutile, qu'elle est souvent dangerense, et qu'elle^peut compromettre l'art
Tniiemenl. — Si l'on était appelé près d'un individu empoisonné |Kir le sulfaté de quinine, il faudrait, par im vomitif et la titillation de la luette, provoquer l'ex-» pnWon de la portioo de poison contenue dans Testomac; puis on chercherait à ra^ ■imer b viulité en administrant à l'intérieur des boissons aromatiques, excitantes, cl en faisant des frictions sèches et irritantes sur la surface du corps, spécialement à l'épiflMtre cl aux membres. Ce traitement est à peu près celui qui est recompar le professeur GiacominL
(1) Mtmoirtê de l* Académie de médecine, t. X.
HMl'OiM)NNEMENl* PAR L'AQDë CARBONIOUE.
Ou peut l'i^arder comme éuut einpoisomiés par l'acide carboiiique ceux qui éprouveut des accidents graves en respirant la vapeur d'un four à chaux ou celle qui se dégage d'une cuve en fermentation. Dans ce dernier cas, l'acide carbonique est môle à de l'azote et à des émanations alcooliques.
Les individus qui respirent celte vapeur éprouvent de l'anxiété précordiale, des vertiges, des bourdonnements d oreilles, des troubles de la vue, |>uis ils tombent. Quelques uns meurent avec tous les symptômes de l'asphyxie; mais la plupart succombent réellement par le cerveau, car les signes de congestion vers cet organe sont les phénomènes prédominants, et la mort arrive avant cfue la respiration ait été complètement interrompue. D'ailleurs, les accidents produits par l'acide carbonique diiïèrent fort peu de ceux que détermine la vapeur du charbon, et que nous ferons connaître bientôt. Disons ici que le gaz acide carbonique ne nuit pas seulement, comme le croyait Nysten, parce qu'il est impropre à la respiration, mais surtout parce qu'il a par lui-même une action toxique, délétère : c'est ce que Lavoisier avait établi, c'est ce qui résulte des expériences de F. Edwards et de celles de Collard de Martigny. Le premier a constaté que des grenouilles plongées dans de l'eau non aérée vivaient de dix à douze heures, tandis que si Teau contenait de l'acide carbonique, elles périssaient entre quinze et vingt-sept minutes (1). M. Collard a éprouvé sur lui-m(!mc l'action délétère de l'acide carbonique. Il s'est plongé dans l'atmosphère d'une cuve en fermentation, en s'enveloppant d'un drap disposé en forme de cylindre, dont une des extrémités était adaptée à la cuve, tandis que l'autre était fixée à la tête , respirant d'ailleurs par la bouche , à l'aide du tuyau qui avait 3 centimètres de diamètre, et qui puisait l'air extérieure une distancede l'",65 de la cuve. Dans ces conditions, l'expérimentateur éprouva les symptômes de l'empoisonnement dès la cinquième minute ; mais ce ne fut qu'à la vingtième qu'il fut forcé de se retirer; l'abattement était algrs tel, qu'il avait abandonné le tuyau à l'aide duquel il respirait. Ajoutons, enfin, que l'azote et l'hydrogène qui n*ont aucune propriété toxique, mais qui sont seulement irrespirables, tuent les mammifères en six ou douze minutes, tandis que les vertébrés à sang chaud ne vivent dans une atmosphère d'acide carbonique que pendant soixante-dix secondes deux minutes et demie au maximum.
Le traitement consiste à porter le malade au grand air et à emi^oyer tous les remèdes que nous indiquerons en traitant de l'empoisonnement par la vapeur du ou charbon.
Nous rapprocherons du méphitisme des celliers celui qui se développe toutes les fois qu'un grand nombre d'individus sont entassée dans un espace trop étroit, et dont l'air n'est point renouvelé. La proportion d'azote ne varie guère alors , mais il se produit beaucoup d'acide carbonique mêlé à une vapeur animale. La quantité d*acidc carbonique agit d'autant plus efficacement que la proportion d'oxygène de l'air a ici considérablement diminué. Enfin, les effets de ces émanations sont d'autant plus prompts et plus terribles qu'il s^y joint en même temps une température plus élevée. L'histoire nous a transmis à ce sujet la relation de plusieurs catastrophes observées sur des prisonniers qu'on avait entassés dans des espaces trop étroits. Ces malheureux, après avoir éprouvé une soif insupportable et une anxiété
(1) Agents physiques^ chap. I, p. 11.
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ntrèuic, accompagnées quelquefois de délire , étaient |>ris d'iiue graude gèiic de respiratk», de doolean de poitrine, de palpitations, et mouraient snflbcpés.
Les moyens à opposer k ces accidents ne diffèrent pas de ceux que nous allons exposer sous peu.