‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 20 sur 265 · EMPOISONNEMENT PAR LA VAPEUR DU CHARBON · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LA VAPEUR DU CHARBON

Le charbon de bois en combustion dégage un mélange d'azote , d'hydrogène carboné et d'adde carbonique; ce dernier, peu abondant au commencement de la combostiOD, se produit surtout lorsque le charbon est parfaitement enflammé, tandis que le contraire a lieu |KHir Thydrogènc carboné (i).

Caractères anatamiques. — Â l'ouverture des cadavi*es , on trouve toutes les lésioiis qoe nous Terrons plus tard caractériser Tasphyxic. Nous noterons seulement ici la coloration rouge-cerise du sang lorsque la mort a été rapide; dan? le cas contraire, le sang est noir comme il l'est dans l'asphyxie. M. Orfila a prouvé que ces cadavres se putréfiaient plus lentement

Symptômes. — Si les individus entraient brusquement au milieu d'une atmosphère formée par de la vapeur de charbon, ils périraient presque subitement avec des vertiges et suffoqués; mais, dans la plupart des cas, l'action du poison est lente et graduelle. Les individus placés dans une chambre dans laquelle du charbon est en ignition éprouvent d'abord de la pesanteur de tête , puis une céphalalgie vive avec sentiment de compression vers les tempes ; ils ont des vertiges, des bourdonnemeots d'oreilles et une grande propension au sommeil. Bientôt la vue se trouble ; ils ont des palpitations ; la respiration est pénible, elle s'accompagne d'une grande anxiété et d'un sentiment de compression très pénible derrière le sternum; le poub s'accélère et s'affaiblit, il y a quelquefois des nausées et des vomissements; la digestion, dans tous les cas, est ralentie, comme le prouvent les expériences de Marye, Oilivîer et Orfila. Bientôt le mabde tombe dans le coma ; il y a souvent alors des déjections involontaires d'urine et de matière fécale ; la face est parfois violacée, mais plus souvent elle est pâle et plombée ; enfin, la respiration et la circolatîon se suspendent Chez quelques individus, la mort est précédée de convulsions violentes , et les muscles qui en ont été le siège conservent souvent sur le cadavre un état de roideur et de tension fort remarquable.

Lorsque les personnes qui ont été soumises à l'action de la vapeur du charbon sont rappelées i la vie, elles conservent un état de malaise qui est beaucoup plus conndérable que celui qui succède h tous les genres d'asphyxie et aux autres intoxications gazeuses que nous avons étudiées jusqu'à présent : ainsi les malades restent engourdis; leurs idées sont obtuses; la poitrine est parfois le siège de douleurs déchirantes ; pins fréquemment encore ils accusent une céphalalgie des plus violentes. Ce dernier accident est un des plus opiniâtres ; nous l'avons vu persister pendant des mois entiers. Ces souffrances , quoi qu'on en ait dit , ne peuvent pas toujours

J) Un kilofcramiDe de liraise, et à plus forte raison de charbon en combuslion libre, peut rvmire aspbjiiable Pair d*une pièce formée de 35 mètres carrés de capacité. MM. Dumas ft Leblanc ont montré que Ténergie toxique d'une atmosphère aspliyxiable sous Tinfluence de la combustion du charbon devait être aUribaée parliailièrement à Toiyde de carbone, puisque ce ffai, répandu dans Pair à la dose de un pour ceni^ constitue une lUnospbère presque immédiatement mortelle pour les animaux à sang chaud, taodift que« pour produire le même affel atec de Ttôde carbonique, U Ibnt dei doses beaucoup plus coDiMérablei, c*est-à-à\rt ^Q va Wpomr €smtp9mrtnvuntèk»deArÉ9taiUe.

•'eipUquer par une congestion luanifeste. Enfin on cite det iadhridus qui, après être railfi longtemps souffrants, conservent tonte lenr vie ono grande tendance aux congestions cérébrales; d'autres demeurent infirmes, ayant quelque grave lésion du côté des fonctions locomotrices, de la sensibilité ou de rin^^^igence. Un médecin distingué, M. Bourdon, a étudié, dans sa thèse inaugurale (1866) la paralysie qui survient quelquefois k la suite de l'empoisonnement par la vapeur du charbon ; elle doit s'expliquer par une congestion sanguine ou par quelques foyers apoplectiques d'an petit volume; disons toutefois que c'est Ûi un accident rare, •t dans tous les cas où noua l'avons constaté il n'a eu qu'une durée fort courte.

Pronoêtic. — • Le pronostic de cette affeaion est toujours sérieux ; la gravité est d'autant plus grande que la quantité de charbon a été plus considérable, que l'eS" pace dans lequel il a brûlé a été plus éth>lt, que l'individu y a séjourné plus longtemps; un état d'ivresse, comme on le remarque souvent chez les stijats qui veulent se suicider, est encore une circonstance aggravante. Enfin, parmi ka sy uh ptômes, nous citerons comme étant d'un très fâcheux augure les convulsions et lea évacuations involontaires.

Traiiement. •— Indépendamment des moyens qui conviennent dans toutes les asphyxies, il en est encore quelques-^uns qui sont plus spécialement indiqués dana l'intoxication par la vapeur du charbon. Nous citerons surtout l'exposition àm malades ^ un air froid, les affusions ou plutôt les aspersions d'eau froide ou même glacée faites en projetant avec force sur la figure du malade plusieurs verres d'eau à quelques minutes de distance. Lorsque le frisson indicateur du rétablissement àé la respiration commence, on cesse les affusions pour faire sur tout le corps des fric* tions excitantes, ammoniacales ; des ventouses sèches seront disséminées çà et là ; enfin, si quelques signes de congestion existent du côté des viscères, on les combattra par les émissions sanguines.

Les excitants diffusibles et les vomitifs, que quelques auteurs ont préconiaéSt semblent Ctre généralement plutôt nuisibles qu'utiles ; car, administrés pendant le collapsus, ils s'introduisent souvent dans les tuyaux aériens; donnés pins tard, ils augmentent la réaction et JEavorisent peut-être les congestions viscérales. Au con« traire, les purgatifs en lavement ont un effet avantageux. Les douleurs thoraciqnes et surtout la céphalalgie violente, qui succèdent si souvent il l'empoisonnement par le charbon, réclament l'emploi des saignées révulsives ; si elles résistent âi ce moyen, ou appliquera un ou plusieurs vésicatoires. Enfin, pour terminer, nous dirons que, dans le traitement de celte affection, le médecin doit agir avec énergie et persévé* rance; on rapporte, en effet, plusieurs cas d'individus qui n'ont été rappelés à la vie qu'après plus de trois heures de soins assidus.

Nous ne dirons rien de la combustion du coke, car elle produit les mêmes accidents que ceux que nous venons de décrire : aussi devra-t-on les combattre par les mêmes moyens.

DB l'empoisonnement PAR LE GAZ DE l/ÊCLAlKAGE.

H. Devergie est, je crois, l'auteur qui a publié les premières observations d'empoisonnement par le gax de l'éclairage ; mais les faits les plus nombreux sont dus au professeur Tourdes, de Strasbourg, qui s'est livré en outre ^ divei'sea expériences pour appréeiiK convenablement les effets do gu lighi sur TècoDomie. {Gax. méd. deStra^kurg, 18&1}.

Le gaz de l'éclairage est moins délétère que l'acide sulfhydrique ; mais il Test

EMPOiSONNËMKMÏ PAR LES NARCOTICO-ACHËS. 59

btMKOup plus que l'acide cailionique. Il doit nirtout ses propriétés toxiques au pi oiyde de carboiiequ*ii renferme; car rhydrogèoe bicarboné, lescarborud'hy'» irogèoe cC loos les antres produits gazeux qu'il contient ne sont pas à beanconp prêt ioau énergiques que le premier. Le gaz de l'éclairage peut tuer lors même qo'ii se trouve, par rapport à l'air atmosphérique, dans une proportion inférieure tvm ooiièroe. Il agit d'abord sur le système nerveux, et plus tard sur l'appareil respiratMre : ainsi les individus éprouvent de la céphalalgie, des vertiges, des nausées, dci vomîiseoients el un affaissement considérable; bientôt il y a perte complète de c—naiwapce, avec mouvements convulsifo et paralysie du sentiment et du mouvemgoL La rcspiratioB n'est troublée que dans les derniers moments ; mais lessyilw plômes d'asphyxie sont alors complets et prédominants.

Cba les sujets qui ont succombé, on a trouvé le plus ordinairement, d'après M. Tourdes, le tissu des poumons d'un rouge vif^ éclatant^ à lUncisio», Le sang était en outre noirâtre et mêlé à des caillots, le cerveau et les veines du racbia étakot fortement congestionnés. Il y avait parfois un épanchement sanguin dans le canal vertébral ; la muqueuse aérienne était fortement injectée ; une écume blaocbe striée d'un sang épais et visqueux remplissait la bouche, le larynx et les hroncbes.

TraiietfitnL — Dans la première période de l'empoisonnement on insistera sur les boisiona légèrement stimulantes ; ou prescrira un lavement purgatif et quelques révoisiDiciilanés ; plus tard, les signes de congestion et d'asphyxie indiqueront l'emploi des émissions sanguines. Enfin, pour rappeler la chaleur et exciter les mouvements respiratoires, on aura recours à tons les moyens que uous ferons connaître en détail en traitant des asphyxies.

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