‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 200 sur 265 · DU TÉTANOS. 6S · texte numérisé non relu

DU TÉTANOS. 6S

toutes les deut oa trois miuutes, une légère réiiiis»ion dausks douleurs et dans la roîdeur convalsivc; mais jatsais pourtant on ne voit les muscles ne relâcher tout à fait. Au bout de quelques instants, sans cause déterminante, ou bien à Toccasion du moindre mouvement; de la plus légère secousse, de la moindre émotion, les mêmes douleurs et les mêmes contractions se renouvellent ; le malade alors est dans Tétat le plus déplorable. Sa figure, généralement pâle, quelquefois injectée, exprime .à la fois la souffrance et Teffroi, ses yeux sont tantôt agités de mouvements couvulsifs et tantôt inunobiles comme le reste du cor|>s; le front est sillonné de rides profondes; le nez est tiré en haut, et les joues sont entraînées vers les oreilles. La contraction convulsive des muscles abdominaux ex[)lique pour(|uoi beaucoup do ces inalades ont des évacuations involontaires d'urine et de matières fécales ; chez d'autres, au contraire, la coostriction de Tanusest telle qu*il devient impossible d'introduire la plus* petite canule, et que rémission même des gaz ne peut plus avoir lieu, ce qui devient une nouvelle cause de souffrance. Chez lus hommes il y B souvent des érections avec ou sans pollutions.

Pendant ces paroxysmes, le pouls est généralement {Kititr fréquent, souvent irrégulier. Le thorax m pouvant se dilater librement par suite de la contraction convulsive des muscles, il s'ensuit que la respiration est difficile, fréciuente, entre-' coupée; elle est quelquefois momentanément 8us|)endue; elle s'accompagne d'une anxiété extrême et de quelques sym|)tômes d'asphyxie : en même temps la dialeur est plus élevée, et la peau se couvre d'une sueur froide et visqueuse; mais il n'y a pas, à proprement parler, de fièvre : c'est une remarque que CuUen a faite. L*état iébrilc ne se manifeste que dans quelques cas rares, lorsque, par exemple, la maladie se prolonge, ou bien encore lorsque quelque complication survient Eu général, les troubles de la respiration et de la circulation sont momentanés, ils se calment dans rintennission. J^ plupait des tétaniques sont constipés; ils ont de l'inappétence : ce n'est guère que dans quelques tétanos i)artiels que les fonctions digestives peuvent conser\er toute leur intégrité. La soif est d'autant plus vive que la constriction des mâchoires, devenue ()ermanente et complète, et souvent aussi un spasme du pharynx, sont un obstacle absolu à l'introduction des boissons et dp ia salive elle-même. L'excrétion urinaire ne prêseute ordinaii-cment aucun trouble, mais souvent elle est douloureuse et diflicilc. Les facultés intellectuelles sont presque toujours intactes; la Mm est souvent obscnns gênée, la parole confuse et oiéoie inintelligible ; enfin ce n'est que daus les cas les plus graves qu'on voit survenir des symptômes d'hydrophobic.

I.es crises dont nous^parlons ko i*êt)ètent en général indistinctement le jour comme la nuit : cependant, contrairement à ce qu'on \oit pour presque toutes les maladies aigttês, la nuit exerce souvent une influence favorable : ainsi beaucoup de malades donnent paisiblement , et qoelques-uns de ceux qui ne goûtent \ias les doucem-s éa sommeil restent calmes; ils sont toujours daus un état de roideur, mais ils n'ont pins de crises, connue si la nuit, dans ces cas, exerçait, indépendamment du souitiunl, une infltienct* favorable sur la tnaladie.

CcptMidant , lorscfue celle-ci fait des pi*ogK*8 , les crises sont de plus eu plus Jongnes, v\ \c$ rémissions toujours plus couiles; bientôt il arrive un moment où la roideur iiersiste sans relâche : alors la peau Ht' sèche, le ])ouls se déprime et augmente d<* fréquence; la face pâlit et s'altère; la respiration s'eiubarrasse dv plus en plus; enfin la mort survient, Untôt par stiite d'une soile d'épuisement uer reux, le plus souvent |)ar asphyxie, et a))rès une courte agonie.

Je viens d'exposer les symptômes du téUnos générsil. La uia&aAk os^w^suiv >^v:.

se préMUiU* |ias toujours a\ec uuc forme ^ussi gra^e. Aiusii. au lieu d*euvahir Im» les muscles» soumis h la volonté, la raideur tétanique n*en occupe quelquefois qa*on certain nombre. Elle peut alors être bornée aux muscles élévateurs de la mâchoirp inférieure; la maladie ^ dans ce cas^ reçoit le nom de trisrnus. Quelquefois les muscles de la partie antérieure du corps étant seuls convulsés , ou Tétant à un degré plus fort que ceux de la partie postérieure, lé tronc est fléchi eo avant, de telle sorte que le menton touche la poitrine et que les genoux sont portés en avant :. on dit alors qu'il y a emprosthotonos. Si c'est le contraire qui a lieu, si la tête e>i renversée en arrière, et le cor|)s incliné dans le même seûs, on dit qu*il y a opisihotonos. Enfin, si le corps est dans une inflexion latérale, c'est le pleurosthotonos, ou tétanos latéral.

Durée ^ terminaisons. — Le tétanos a généralement une durée assez courte; il se termine communément en quatre on six jours ; rarement* il se prolonge jus- (|u*au dixième ou douzième ; enfin ce n'est que dans k*s cas purement exceptionnels qu*on Ta vu persister i)endant plusieurs semaines,, et même pendant plusieui> mois : on dit alors qu'il est clironique. Quant aux cas de tétanos qui auraient amenr la mort en quelques heures ou eu quelques minutes, nous croyons qu'on a eu plutôt affaire alors à quelque affection convulsive d'une autre bature.

La mort est la terminaison presque constante de la maladie : cependant le téta* nos, même celui qui est général, i)eut guérir. Lorsque cette heureuse issue arrive, les accès s'éloignent de plus en plus, et la roideur disparaît peu i peu. La convalescence est généralement courte, si aucun accident ultérieur n'a lieu. Quelques individus (wurtant consenent pour le reste de leur vie des distorsfons, des changements de rapports consécutifs à la tension violente que les muscles de certaines |)arties ont subie.

Diogmstic, — Le tétanos sera aisément reconnu à une tension con\ulsi\e, douloureuse, d'un ncHubrc plus ou moins considérable de muscles, s'exaspérant à d(^ intenafles plus ou moins rapprochés, sans jamais cesscT tout à fait, (.ctte maladie ne s'accDmpagne ni de fièvre, ni de délire. Nous verrous combien, par ses caractères, elle diffère des autres maladies convulsi\es, s|)écialement de rii\stérie, de Tépilepsie, de la catalepsie et de la contracture de» extrémités. Ou ne la confondra |)as avec les inflammations cérébro-spinales qui s'accompagnent de symptômes tétaniques; car, dans celles-ci, il y a communément une douleur \iolente <lans un point fixe du rachis, s'irradiant parfois vers les membres ; la peau est en outre le siège d'une exaltation de sensibilité telle que la moindre pression arrache des cris aux malades; si nous ajoutons enfin que la lièvre et les tix)id)les cérébraux sont presque constants, on aura des éléments suflBsants pour établir tin diagnostic diflerentid. Chez les enfants, le tétanos leurrait être confondu avec la fonne tétanique de l'éclampsie : ce|)eudant obsenons que, dans celle-ci,' la roideur connnence phitôt par les membres que |)ar la mâchoire; il y a pn^scfue toujours perte de connaiïisance; d'ailleurs ici, comme dans l'éclampsie des femmes en couches, les comnlsions ne sont jamaisexclusiveim*nt toniques, ainsi (|u'elles le sont dans le tétanos, maÎN elles s'accom|)agnent plus ou moinsd'alteruati\esde contraction et de relâchement.

Prtmostir, — I^e tétanos est une affection excessivement grave ; il est surtout factieux lorsqu'il est universel, lorsqu'il affecte un nouveau-né ou qu'il succède à une blessure. Il parait être plus grave dans \vs saisons et dans les pays cliaudx I^ gêne de la res|)iration, l'accélération du pouls sont des circonstances aggra- \antes; il en est de même de la fièvre et du délire, qui a|)|)artiennent moins à la fiiabdie qu*à quelque complicaliou. L'opinion d'lli(>pocrate, <fui consiste à regar-

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der la fièvre dans le tétanos comme une circonstance heiireuse, comme une crise, est donc tout à fait inexacte. Cette erreur a été dévoilée dès Tantiquité par Caelius Aiireîianu&

Etiologie, — Le tétanos est une aiïectiou très rare à Paris, mais on Tobservi^ finéquemment dans les pays chauds, surtout pendant Tété; on le dit plus commun sor le bord de la mer et dans les localités humides et marécageuses. Il atteint tous les âges de la vie, mais spécialement les jeunes gens et les adultes. Dans les pays éqnatoriaux, il décimait autrefois les négrillons, qui, peu après la naissance, étaient exposés aux vicissitudes atmosphériques ; mais on prétend qu*aujourd*hui FaSection est loin d*être aussi commune depuis que ces petits êtres sont entourés des soins que leur faiblesse exige. D'ailleurs le même effet peut être produit dans les climats froids : c'est ainsi qu'on Ta vu régner maintes fois d'une manière presque épidémlque dans certains asiles : c'est ce que le professeur Gederschjold a vu en 1836 à l'hospice de Stockholm {Gazette médicale^ i%kï). Il paraît constant que, dans notre Europe, le tétanos atteint souvent les nouveau-nés, non-seulement dans le midi de la France (Baumes et Dugès) et en Espagne (Andrœas), mais peut-être plus souvent encore dans le nord, à Vienne (Goelis), à ^ilna (Frank), à Pétersbourg (Doep), à Stuttgart (Matuszinski), en Islande (i^iaunsell et Evauson). La maladie dont nous partons paraît affecter beaucoup plus souvent les hommes que les femmes; les individus forts semblent y être plus prédisposés. Presque toujours la maladie se dédare à l'occasion d'une blessure, et l'on a remarqué que ce n'était pas toujours à la suite des plus graves. Les plaies par armes à feu et par arrachement, les plaies ifui sont produites par un instrument piquant et qui intéressent les membres et les parties pounues d'aponévroses et de beaucoup de nerfis, sont précisément celles qui provoquent le plus souvent le tétanos. Ici, comme dans les climats chauds, le tétanos est quelquefois spontané ; il survient alors le plus souvent sans cause appréciable; ailleurs, c'est après une émotion vive, une frayeur, un refroidissement, etc. Quelques médecins, à l'exemple de Laurent, de Strasbourg, ont voulu rattacher le tétanos à la présence de vers dans le tube digestif, mais trop de faits contredisent cette opinion.

Traitement, — Les moyens qu'on a opposés au tétanos sont fort nombreux, mais ib sont presque toujours impuissants. Les principaux sont les saignées générales et les saignées bcales, plus ou moins répétées, le long du rachis; les évacuants, les contre-stimulants, les diaphoréliques, les aromatiques, les antispasmodiques, le phosphore, les calmants, l'électricité, les baios chauds et froids, le mercure, etc.

Les saignées ont été parfois poussées fort loin ; Lisfranc, par exemple, fit en dixneuf jours 19 saignées, et appliqua 800 sangsues : le malade guérit ; mais i côté de ce fait combien d*insuccès! Les saignées sont, en effet, généralement nuisibles; elles ne sont guère indiquées que lorsque l'asphyxie paraît imminente.

Des faits assez nombreux ont été produits en faveur des moyens sudorifiques, appliqués surtout à l'extérieur : tels sont notamment les bains de vapeur. C'est eu excitant une abondante diaphorèsc que Paré guérit un soldat atteint de tétanos ; il renterra presque en entier dans une étable, sous une double couche de fumier.

M. Forget, de Strasbourg, imitant la pratique suivie d'après Gullen dans les Indes occidentales dans le courant du dernier siècle, a guéri, il y a peu d'années, on tétanos spontané en employant l'onguent napolitain à la dose de 30 grammes, continué pendant cinq jours; deux faits analogues ont été rapportés en i%t\k par M. Hullin Origet, dans les Bulletins delà Société médicale dTndrc-ei-Lovr^.

L*opium compte des succès beaucoup plus nombreux, «ftia V^^"^ ^\x^m>2^^ «^

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6k7 OfeS NfiVROSES.

pareil cas, il detra éire donné à haute dose. On commencera par en admianircr 10 ou 1 5 centigrammes, et Ton réitérera celte dose toutes les trois ou quatre heures, plus ou moins, suivant les clTels qu'on en obtiendra. Dans celle maladie, on a donné des quantités énormes d'opium, sans déterminer d'KcHlenls toxiques; car il n'est atlcune aflection dans laquelle, comme le dit Cullen, la toléranco soit aunaî grande que dans le tétanos; c*est ce qui e^ipllque comment d<*s malades ont pu prendra sans danger 7 grammes d'o|)lum dans un jour (illonro)^ d^autret plu» de %0 grammes de teifliure thébalque (Chalmersy, sans parier des cas plus entraordinaîres encorp, dont plftsienrs sont rapportés dans la 7hé/^peuliqtie de MM, Trousseau et Pidoai. L*opium sera administré par la bouche, et, si le trismus s*y oppose, par le rectum. On pourra aussi dénuder la peau et le faire pénétrer par la méthode endormiqoa On devra, concurremnient avec l'opium, administrer des bains pluKVt frab ou froids que chauds ; car« d'après Cullen, on n'aurait recunnu aucune uiililé à ces derniers dans les Indes occidentales. Un médecin canadien a beaucoup ^anié, dans cfts derniers temps, la combinaison de l'opium et des aiïtisions froides s il conseUli di^ commencer le traitement |)ar donner au malade une aff^^ion froide, et de II pi*blonger assez pour provoquer une syncope. Alors on enveloppe le patient dans des couvertures de laine bien sèches et bien chaudes, et on lui a<lministre une potion composée de vin chaud et d'opium d haute dose ; ou recommence hi inéma taédication de temps eu temi», dès (fu'on voit le spasme se reproduire.

Les toniques et les évacuants ne comptent gu^re de succ>és. Ils ne doivent écrt employés qtie i>oUr obéir li uin* Indicaiion spéciale.

La théorie indiquait qtte les inspirations d'éther ou de chloroibrme devaient dire Utiles; aussi les at-on expéHn)eniées avec dessuci'è!t notables. M, le docteur Prévost, médecin distingué, à Alen^^n, a analysé dans sa thèse les fai!s qui ont été publiés, et il a trouvé que sur 98 cas de tétanos spontanés ou traumatiques qui furent traités par les inhalations d'éther ou de chloroforme, on a obtenu 32 guéri* ftons contre 16 rêvera (1). Nulle autre mé<liCatiou ne donnerait nn chiffre aoni favorable. Presqne constamment, dit M. Prévost, réthérisnie a procuré un sofila|tement notable; les cas dans lesquels il y a eu aggravation drs accidents constituent au contraire de rares exceptions. Mais, pour obtenir des résultats avantageux, il faut de toute nécessité pousser l'éthérisitiun de manière à relâcher Jusqii aut mus> clcs inspiraleUi^, Cîir en s*arrOtlint iro;) tôt on pnKluit, soit avec le cMoroforme. soit atet l'éther, une excitation qui augmente la contracttire ; dans bien des cas les accidents aggra> es an début ont tout d'un coup cMé à on éthérisme prokmgé. Cette méthode, dit encore M. Prévost, réussira d'autant luieux qu'elle sera afipliqiu^e phis pris du début île la maladie; il sera nécessaire d'en n»péier souvfti remploi, surtout k>rs(pie la ctmuilslf m des muscles thoraci(|Ucs occasionne une gène extrême de la n*splr«tion. Le chloroforme est préférable à Péther , en ratoon de son action benucotip plus pnmipte, et iiarce que la |H*riode d'excitation eni beaucoup plus courte.

Lorscpic le tétanos est traumatique, il faut faire les débridements nécesitaires. extraire les corf-s étrangers» et calmer l'inflamiiiatiim par des moyens appropriés.

ynttéte, sirge. — Le tétanos, par sa marche, par ses acct's et rabsenc4« de toute lésion matérielle, ne saurait être |Ylacé ailleurs que dans les névroses. Il faut le ngarder comme une névrose de hi moelle. On ne peut pas méconnaître ranalo^ qui existe entre hil et les accidents con^nlsifs pinihiits par la noix vonilque. En

(i) VàUnr MvÊfM^. de r^iliMtnie, ^èw Ae Vt^tX^ «tm^ \%^v.

DE LA CONTRACTURE DES EXTRÉMITÉS. 6|kl

nous fondant sur les expéricuces de M. Flourens, qui a vu celle substance porter spécialement son action sur la moelle allongée, on pourrait supposer que letétanpf est une névrote de cette portion da cordon rachidien.

i>*lJNfi PORMB PARTICUMËRE DE CONVULSIONS NOMMÉE CONTRACTUBI

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