‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 212 sur 265 · DE LA PARALYSIE DU NERF DE LA SEPTIÈME PAIRE · texte numérisé non relu

DE LA PARALYSIE DU NERF DE LA SEPTIÈME PAIRE

Historique. ^— Nul doute que les auteurs anciens n'aient obsené des cas de paralysie faciale ; mais, peu versés dans les recherches anatoini<|ues et physiologiques, ils n'avaient pas su assigner à la maladie son siège véritable, ni découvrir sa nature. Ce ne fut qu'à l'époque toute récente des immortelles recherches de Gh. Bell que l'attention fut fixée sur la paralysie idiopathique de la face. A peine le docteur Geuest eut-il fait connaître en France le travail de l'illustre physiologiste anglais, que >l. Descot publia dans sa thèse (1825) quelques faits pathologiques recueillis par lui, ou empruntés à divers auteurs, et qui donnaient déjà de la maladie une idée assez parfaite. A peu de temps de là (1830), M. Pichonnière publia de nouvelles obser\'ations ; mais ce fut le regrettable docteur Montault qui, réunissant tous ces faits épars an nombre de soixante environ, composa (thèse de 1831), sur la paralysie du nerf de la septième paire, le premier travail un peu complet qui ait paru. Bientôt M. Bottu, dans sa thèse (1835), et plus tard M. Jobert, dans ses Ktudes sur le système nerveux, ajoutèrent à leur tour quelques nouveaux faits à ceux déjà connus. Enfin, plus récemment encore, M. P. Dubois a signalé la même maladie chez les enfants nouveau-nés , à la suite de l'application du forceps : c'est sur des faits recueillis pour la plupart à la clinique de ce professeur célèbre que M. Landouzy a composé sa thèse inaugurale (1839). Cependant le travail le plus complet, la description la plus remarquable que nous ayons de la maladie, est due à M. le professeur Bérard, qui a écrit sur la paralysie faciale on article inséré dans le tome \TI du Dictionnaire de modecine, et qu'on peut dter comme étant un modèle de description et de ïitkii obsenation.

Sf/m/^ômes. — La maladie débute souvent brusquement ; quelquefois, au contraire, elle se déclare progressivement. Rlle peut exister cpielque temps sans que les malades en aient la conscience ; beaucoup en sont prévenus par leurs amis, qui constatent une déviation dans les traits; quelques-uns s'en aperçoivent lorsque étant devant une glace ils se mettent à rire ou à faire exécuter certains mouvements aux muscles, comme cela a lieu dans l'opération de la barbe. Ces personnes reconnaissent TafTecticm dont elles sont atteintes à ce qu'un côté de leur figure manque tout à fait d'expression , et se trouve entraîné du côté opposé aussitôt qu'elles veulent parier ou rire. D'autres sont avertis de leur maladie parce qu'ils ne peuvent plus sifiler ni clore leur panpièrc, etc. En général, ils ne ressentent ni malaise, ni céphalalgie, ni douleur; mais quelquefois pourtant la région parotidienne est sensible, endolorie, un peu tuméfiée ; il existe une sorte de fluxion, et chez quelques malades il y a un léger mouvement fébrile; mais ces cas sont pure» ment exceptionnels.

Lorsque la paralysie faciale est complète, tous les muscles auxquels le nerf de la septième paire fournit des rameaux sont plus ou moins affectés : ainsi le muscle soorcilier et la partie antérieure du muscle occipito-f routai cessant de se contracter, OD remarque que le sourcil est situé plus bas que celui du côté opposé, et qu'il eit » . incliné vers la ligne médiane ; la moitié correspondante du front ne peut plus se ' . ! rider. Le muscle orbiculaire, étant également paralysé, et ne pouvant ^^^^noKs^ balancer l'action de l'éiévateiir de la paupière sapMmn^ «t. 4tt TKnaK^m^àiûn^^^

il CI) résulte que le malade cesse de pouvoir clore i œil et que cet or{$aiie semble former une saillie plas grande. Les paupières se reaversaut légèrement en ddion, soit eu totalité, soit en partie, par suite de la paralysie de quelques-unes de ses fibres nommées muscle de Homer, ou voit les points lacrymaux, l*inférieur surtout, se dévier de leur direction normale ; les larmes cessant alors d*êtrc absorbées se répandent sur la joue. Cependant cet épiphora, comme le note M. Bérard, dépend aussi en partie de ce que le muscle orbiculaire privé de son action contractile cesse de répandre uniformément les larmes k la surface de l'œil. L'impossibilité où sont les malades de pouvoir recouvrir Tœil avec leurs paupières fait que, peodant leur sommeil, ils ne peuvent se garantir de la lumière qu'en faisant exécuter à Torgane un mouvement de rotation en haut ; ils paniennent ainsi k cacher sous la voûte orbitairc une |)artie ou même la totalité de la cornée.

On comprend sans peine que la conjonctive, sans cesse en contact avec la lumière, et par suite aussi de l'irrégulière distribution dçs larmes à sa surface, finjase à la longue par rougir et par s'enflammer ; souvent aussi la cornée elle-même s'obscurcit.

Tous les muscles qui meuvent le nez participant à la paralysie générale de b moitié de la face, on voit la narine d'un côté, privée de tout mouvement, ne plus se dilater pendant les inspirations. Im malade ne peut plus froncer la peau de b moitié correspoudante du nez, et souvent la pointe de cet organe esl fortement inclinée du côté sain, disposition qu'on remarque surtout pendant que le malade liL J^s lèvres et les joues, recevant de nombreux fdets du nerf facial, doivent nécessairement être troublées à leur tour dans leurs fonctions. Ainsi, comme conséquence de la paralysie des lèvres, on observe, dit M. Béisrd, que lc*s aliments et la salive s'échappent de la bouche par le côté paralysé ; la prononciation des voyelles, comme l'o, qui exige l'intervention des lèvres, est plus difficile; les consonnes labiales, comme b et p^ sont mal articulées ; les lèvres ne pouvant se resserrer que d'un côté, les malades ont de la peine à lancer leur salive au dehors par sputation; ils ne peuvent non plus siffler. Le buccinateur étant paralysé, la joue est flasque; elle s'enfle au moment de l'expiration et surtout quand le malade veut prononcer un mot avec emphase (Bérard); d'autres fois, dit cet auteur, le courant d'air détermine sous les lèvres et la joue un phénomène analogue à celui qu'on observe chez les individus qui fument. Dans les mouvements de mastication, cette joue flasque s'interpose quelquefois entre les arcades dentaires, et est déchirée par elles. Ëufm l'inactivité du buccinateur explique pourquoi, pendant le repas, ks aliments s'accumulent entre la joue et les arcades dentaires, de sorte que les malades sont obligés de temps en temps de les retirer avec les doigts, à moins qu'ib n'aient la i^récaution de soutenir la joue, de la comprimer avec leur main pendant l'acte de la mastication.

M. le professeur Béraitl et quelques autres observateurs ont encore remarqué, dans quelques cas de paralysie faciale, une déviation de la langue, qui était entraînée dans le même sens que les autres parties molles de la face. M. Bérard s'en rend compte par le filet que le facial fournit au stylo glosse. On a aussi note, mais beaucoup plus rarement* une déviation de la luette. M. Longet, qui a ra|)porté un fait , de ce g,enre après ceux déjà cités par MonUnit, par MM. Diday et Cniveilhier, ^j^^ pense que la luette ne peut se dévier que lorsque la cause paralysante existe dès ':'i,* ïorigine du nerf facial, ou dans le trajet (|ue celui-ci parcourt jusqu'à l'hiatus de I. . Fallope. Cependant il importe bien de noter ici que, d'après ime remarque de

M. Oehrou, il est des iiiàkNÎAxi& àmn U bifiju^ «ai nAtareUefnent dévièa

DE LA PABALYSIB DU NEBP DB LA SEVrikHE PAIàE. 669

I^ paralysfei'dfi tant de imïscles doit, comme on le conçoit aisémenr, apporter des modifications très importantes dans Tcxpression de la face. En èflct; cette partie examinée à Tétat de repos, on constate, ainsi que M. >Bérard Ta noté, un défant de symétrie entre les deux côtés^; celui qui est paralysé est étalé ; il semble plus étendu et plus saillant; Toeil paraît plus proéminent, la joue est pendante, la commissure labiale plus basse ; tous les traits sont tirés vers le côté sain : c'est ce qui devient plus évident encore ' lorsque le malade parle, et surtout lorsqu'il rit ou 'qu'il grimace.

Les deux nerfs faciaux penvent dans quelques cas très rares être simultanément frappés. M. James en a rapporté un exemple dans sa thèse (année 1860), et ploB récemment cette double paralysie a été étudiée d'une manière complète par M: le docteur Da vaine (1). Lorsque les deux nerfs de la septième paire sont simultanément frappés de paralysie, la face conserve sa régularité, les traits alors ne sont plus déviés, mais ils sont immobiles. Le malade, en effet, ne peut plus traduire ses impressions intérieures que par des changements dans la coloration du visage ; le front n'a plus de rides, les sourcils tombent, les veux largement ouverts semblent plus grands; il y a épiphora; les narines sont rétrécies, et .pendant les fortes ins^pirations, elles sont oblitérées tout à fait par le rapprochement des cartilages ; la paralysie des lèvres rend la parole difficile, la sputation impossible, et à chaque mouvement respiratoire ces parties rentrent ou sortent sous la direction du courant d'air comme le feraient deux voiles mobiles. D'ailleurs les lèvres pendantes et immobiles ne peuvent retenir la salive qui s'écoule sans cesse involontairement ; les malades ne peuvent prononcer les voyelles o et t/, ni articuler les consonnes labiales. La voix est nasonnée, la succion impossible, la déglutition gênée, le voile du palais est symétrique, mais il ne se relève point La langue ne peut plus être portée facilement hors delà bouche, ni la pointe être recourbée en haut; la faculté de percevoir les saveurs et les odeurs a diminué. Il est très rare pourtant, ainri que M. Davainele remarque, d'observer une paralysie aussi complète; le phis souvent, en effet, la paralysie est moins générale.

Dàùft la paralysie de la septième paire, la sensibilité est presque toujours intacte» cependant elle est quelquefois un peu obtuse. Il faut admettre alors que la cause qui a paralysé le nerf de la septième paire a également agi sur celui de la cinquième. Mais il n'est pas très rare, dans l'affection dont nous parlons, d'observer une alté* ration plus ou moins grande de la sensibilité spéciale. C'est ainsi qu'on note parfois une diminution ou une abolition complète de l'odorat, de l'ouïe et du goât, accidents à la production desquels le nerf facial n'a qu'une part indirecte. Si, dans la paralysie de la septième paire, la faculté olfactive est diminuée ou éteinte, cela tient à ce que,, par suite de la paralysie de la narine, cette ouverture n'éprouve plus c« resserrement qui fait que non-seulement le courant de l'air est accéléré pendant l'inspiration, mais dirigé en outre en haut sur le siège même de l'olfaction. L'ob*tusion du sens du goût, qu'on observe dans certaines paralysies faciales, s'expliquerait, d'après M. le professeur Bérard, par la jonction de la corde du tympan avec le nerf lingual. >I. le docteur Bernard, qui croit que ce fait est plus fréquent qu'on ne le dit, a établi {Archives de W\!ï) qu'on le rencontrera toujours dans les cas où la cause paralysante siège dans l'oreille moyenne, c'est-à-dire assez haut dans le trajet pétreux de la septième paire |)our détruire les fonctions delà corde du tympan. ]1 serait très possible enfin, ainsi que M. Ix)nget le suppose, que la gustation fiU

(I) Gitzette médifnle »îp Vunnùe IHrtS,

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moins parfaite dans certains cas, à cause de l'écoulement de la salive par la commissure paralysée, ce qui peut occasionner un certain degré de sécheresse de b bouche peu, favorable, en effet, à la perception des saveurs.

L'altération de Touïe, dans certains cas de paralysie, peut être de deux sortes: tantôt il y a une diminution dans la faculté de percevoir les sons, et tantôt ceai-d produisent une exaltation de rouîe qui va jusqu'à la douleur. M. Loogct pense que lorsque Touîe est obtuse du côté paralysé, c'est que la cause morbide a suspendu à la fois l'action du nerf acoustique et celle du facial. Ce physiologiste distingué, u fondant notamment sur une obsenatiop que le professeur Roux avait faite sur lui-même, avait établi dans ses études sur le système neneux, la (MMsibilité de l'exaltation de l'ouïe dans les paralysies du nerf facial à son origine ; mais ce fait tarieux a surtout été mis en lumière par le docteur Landouzy, dont le travail, basé sur huit obsenations particulières, a été inséré en 1850 dans Y Union médicale. Lorsque ce symptôme, qui est loin d'être aussi constant que le veut M. Landouzy, eiiste, les malades sont p^uiiblement impressionnés par les bruits ordinaires ou par les sons un peu forts. Cela pourtant n'a guère lieu qu'au début de la maladie; mais plus tard, pour constater l'excès de sensibilité, il faut impressionner l'ouïe par ud bruit éclatant comme le serait, par exemple, la détonation d'un pistolet ou sculcmem d'une capsule. M. Landouzy, après M. Longet, attribue ce phénomène à la paralysie d'un ou de detix filets provenant du ganglion otique, auquel le facial envoie un rameau. Ces filets se rendant au nmscle interne du marteau qui est le muscle tenseur de la membrane du tympan, il en résulte un relâchement de celle-ci, et par suite, comme la prouvé Savnrt, des vibrations plus étendues et plus fortes, d'où une exaltation plus ou moins grande de l'cmîe (1).

Dans rhémiplégie faciale, il n'y a pas, en général, de céphalalgie ; les fonctioni digestives ont toute leur activité. I^s malades enlin, sont sans fièvre, à moins de quelque complication.

Marche, durée, ienninainotu — Débutant en général brusquement, ainsi que je l'ai déjà dit, la paralysie faciale cède ordinairemeiit assez lentement ; sa durée, rarement moindre de deux septénaires, se prolonge souvent pendant un mois, six semaines, et même beaucoup au delà. Celle (|ui ne se lie à aucune altération matérielle du nerf ou des parties voisines guérit presque toujours. 11 est des cas où die résiste à tous les moyens qu'on emploie contre elle : il peut en résulter alors, ainii que fiell Ta vu une fois, une atrophie notable de tous les muscles paralyst-s. Ce résultat pourtant est fort rare. 1^ paralysie faciale ne compromet jamais par ellemême l'existence des malades. On comprend pourtant qu'il pourra ne pas en être de même pour la paralysie complète des deux nerfs de la septième |)aire; en eflet, la nutrition peut subir une atteinte très grave de l'imperfection des digestions; cela tient à la perte de la salive et à ce que les aliments en s'accumulaiu entre les joues et les arcades dentaires ne peuvent m être bien mâchés, ni C4)mplétemeBt insalivés. L'bémiplégie faciale qui affecte les nouveau -nés cesse prt^iuc* toujom spontanément, et elle a très communément une durée plus courte que chez Tadultc: On l'a vue, en eiïet, chez les premiers, céder au bout de quelques heures, et il est très rare qu'elle se prolonge chez eux inondant six semaines ou deux mois.

Suivant j\l. Duclienne, on observerait fréquemment après la |)aralysie fadak une contracture consécutive d'un pins ou moins grand nombre des muscles para-

(i) Dans uoe discussion k l'Académie de méd(*cinc (séance du 28 janvier 4 851), M. Bérard a Sit obaenrcr que la théorie adoptée par M. Landouiy était rpmpromise par et* fait tK*s probable. Je nerf destiné au mutde kwcme du ib»t\c»a Vvcii^^x^W d^ v». s* ^lc« ei non de la 1\

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