QUATRIÈME GENRE D'EMPOISONNEMENTS
Les poisons septiqnes sont ceux qui, étant absorbés, modifient profondément la coostitntion du sang, et déterminent cette série d'accidents dits deputridité paf loancicns, tels que syncopes, adynamie, hémorrhagies passives, gangrène, etc. Les principaux poisons de ce groupe sont les mati(>res aninpies en putréfaction, Ferfoc de seigle, le mais altéré, le gaz des fosses d'aisances ; Éons y Joindrons encore les venins et vims , qui pour la plupart agissent , ei\ eOét; 1» la manière des s^Vy putrides.
62 DES EUH)ISONNRyENTS.
KMiOISONNEllKNT PAR L'iNTBODUGTION I>eS MATifcReS MJTRIDKS DAXS
L'ÊCOMOMIE.
Lei imiUèrei aoinidefl putréfiées pénètrent dans Téconoraio de Imis manières différeates. Tantôt c*est à l'état de vapeur : elles sont alors entraînées dans les poumons pendant Tacte respiratoire ; d'autres fois elles sont portées dans l'estomac comme aliments; enfin 4 dans quelques cas^ elles sont absorbées par k peau dénudée ou à la suite d'une solution de continuité , comme on le voit chez ceiii qui se piquent en disséquant
1» Smaniitiom putridetL — C'est k tort que deux hommes d'un grand mérite •t d'une vaste expérience, War ren eu Amérique, et Parent-Ductiltelet en France , ont professé l'innocuité presque complète des émanations putrides. Celles-ci ne sont pas, il est vrai, auasi dangereuses qu'on pourrait le croire , surtout si l'homme qui est exposé à leur influence est vigoureux et bien nourri ; ce|)endaot il est ineon* testable que, dans bon nombre de cas , les foyers de putréfaction animale prodoH sent des accidents plus ou moms graves. C'est ainsi que nous avons connu des personnes qui ne pouvaient fréquenter pendant quelque temps les amphithéâtres d'auatomie sans éprouver de Tinappétence, des signes d'embarras gastrique ou bien une diarrhée fétide avec une grande prostration des forces. Nous avons vu précédemment que les mêmes émanatioDs avaient souvent été cause de dyssenteriee graves, de choléra et de typhus. Enfin, lorsqu'elles se dégagent en grande quantité dans m) espace circonscrit, et que les individus s'y exposent brusquement, la mort peut être instantanée. Ces pei-sonnes tombent alors comme foudroyées ; d'autres éprouvent une prostration et un état de malaise extième qui se dissipe lentement, et qui a été suivi quelquefois de tous les accidents de fièvres graves : c^est ainsi que Bicbat est mort.
U importe que les individus qui, par état ou par devoir, sont habiloellemeiit od fréquemment en contact avec les émanations putrides ne commettent point d*txcès, et qu'ils aient une bonne nourriture, car la débilité favorise l'action délétère des miasmes. Il faudra que ks lieux dans lesquels ils séjournent soient ventilés, aérée, et qu'on y use des moyens propres à les assainir ; ils devront les quitter dès qu'Os éprouvent quelque malaise, et n'y revenir qu'après leur entier rétablissement.
L'éloignement des lieux , un bon régime, une habitation salubre, suffisent ordinairement pour triompher du n^alaise et des légers accidents que les émanations putrides se bornent le plus souvent à produire. Parfois il convient d'administrer, en outre, à Tintérieur quelques toniques et des laxatifs doux. (Pour les autres accidents , voir chacune des maladies en particulier. )
2* Matières putrides prises comme aliments. — Ce genre d'empoisonnement , rare parmi nous, est au cohtrah^ très fréquent en Allemagne. 11 est surtout déterminé par les viandes fumées , par les boudins et autres préparations vendues par les charcutiers. On n'est pas encore bien fixé sur l'altération que les viandes éprou- « vent pour déterminer des accidents toxiques : les uns pensent qu'elles ont subi une sorte de putréfaction (Kerner); d'autres croient que« préparées ou conservées dens des vases de cuivre ou de plomb , elles ont été mêlées âi des oxydes ou à des sels métalliques. Toutefois la première opinion est plus probable, k en juger au pDÎns par la nature 4ct accidents qu'on a observés , et qui sont ceux que prov o« ^j|Mnt ordinairement les substances septiques. . Des poissons incomplètement salés et conservés dans des vases mal clos produisent , dit-on, dans quelques pertkiide
ElIPOlSOKNEMfeNT PAR tES MATIÈRES PI TRJDES. 6.1
b Rmûe méridîondc , dm acridcnls analogues à ceux que les viandes patréOées déterminent.
De trois à \iiigt-quatre heam après riiigeslion de ces sabstancoB , les individus rc«enlenl des dooleurs épigastriques; ils ont des nausées, des vomissements, des sdtea fêiîdes. Quelqqefoii les symptômes abdominaux manquent, mais Fétat général est gnr e ; ta f m est trouUt , Itt pupilles sont dilatées ; il y a des vertiges , de rapiionw, mie faHdene eitrême, des palpitations, dee syncopes, et la mort arrive csire ta première el ta deoxièma semaine. Les Individus qui se nourrissent pen* dMrt piosîeiirs mois de ces viandes altérées présentent souvent les symptômes d*nne sirle d'empoiioniMment chrooiqae : ainsi ils s'affaiblissent, s'étiolent, sont pris de dtarrhèe, d'osdème ; pais des accidents adynamiques et ataxiques se développent et eaiporteot rapidement les matades. Disons pourtant que nous ne possédons encore ancoiM description satisfaisante des accidents qoi caractérisent ce genre d'empoi-^ sonnemeiiL Noos sommes également privés de renseignements précis snr le siège cl ta natare des altérations qo*on trouve à l'ouverture des cadavres. Les Allemands dtaeat qu'il existe dans ces cas des inflammations de la muqueuse pharyngOHBSO» phagienne , des plaques gangreneuses dans l'estomac , des phlegmasies de quelques ooidom nerveux (neriii phréniques, pneumogastriques, grand sympathique, etc. ). Mata toutes ces deacriplioas venues d'outre-Rhin sont incomplètes, et ne nous dooDciii qu'une très taiUe idée de ta physionomie de h maladta et de la nature des akérations qu'on rencontre.
Qaaod su Individu a mangé les substances altérées dont nous venons de parier, il faot ae hâter d'en provoquer l'expnbion à l'aide de l'émétique et de l'ipécaeoaalii ou d'un purgatif doux , puis on combat les accidents nerveux par les boli« aoat éthérées et aromatiques. Si pourtant il existait des signes de phlegmasie du dHé de» organes digestifs, on devrait donner des boissons douces et recourir aux réndsita cutanés. L'état général permet rarement d'user des antiphlogistiqoes; em^ d'aUtaun, lorsqu'ib sont formeUement indiqués, devront toujours être employés avec beaucoup de réserve.
3* Maiièm puiriden pénétrant dans téconomiepar une solution de continuité. -—C'est ta Yota ta plus dangereuse par taquelta les matières putrides puissent péné* irur daot l'économie. t>tte pénétration a lien lorsqu'on se pique les doigts avec un scalpel, UM érigne, un fragment d'esquille impr^né de pus , de sanie , ou bien fcNiqa'on se blesse en disséquant im cadavre potréfié, ou même un cadavre encore frata; ta même accident peut se produh^ aussi lorsque les mains , étant le siège d*eieoriatioss ou d'une solntkm de continuité quelconque, sont plongées dans on liquide putride, td que celui dans lequel macèrent des pièces anatomiques, eu loraqu'oo touche un fluide morbide connue du pus on l'épanchement séro^purukaÊ de ta péritooile puerpénfe. Cependant, comme les piqûres anatomiques ne produisent pas les mêmes accidents chez tous les sujets, et chez le même individu diflérentes époques de ta fie , il faut admettre que lorsqu'il se déclare des graves après une pareilta lésion , il existe quelque condition secrète qui dispeae l'écoDomta à recevoir l'influence délétère du poison.
L'introduction des matières putrides par une solution de continuité quelconque se bofue, ta plus souvent, à produire des accidents purement locaux : ainsi il se ' ^ diivelop|)e à l'endroit de ta piqûre ou de l'ècorchure un boulon inflammatoire qui
U ae couvre de croûtes, dont ta cicatrisation se fiill plus ou moins lonî^'.'^ mieodre, «t qui souvent est remplacé par une Induration du derme nXilH^ ^ meoDeot rebelta, pet autpeiitaia; qèûl tfa'tm fmie , pendant ploslemra wtktM^*
6^1 l>ES BiPOlSONNEUENTS.
H*9(bissant penciaut les chaleurs, augmentant dans la saison froide, et se recouvrant parfois d*une sécrétion épidcrmiqae et même coniée.
Chez d*autres , la matière putride ayant été absorbée» on voit sarveair une lym- " pbitc plus ou moins étendue, avec engorgement douloureux des ganglions lymphatiques; quelquefois c*est un érysipèle ou un phlegmon diffus qui se développe; chez d'autres , le bras se tuméfie énormément, presque sans rougeur extérieure et sans induration pbkgmoneuse : on dirait que le menAre est alors atteint d*une sorte d'œdème actit Cet état parait se lier le plus souvent à une phlébite profonde.
Les accidents généraux qui se développent à la suite des piqûres peuvent dépendre uniquement de la violence des symptômes locaux : ainsi un panaris , im pldeginon , peuvent exciter de la fièvre« du délire , des vomissements , etc. Dans la plupart des cas, cependant les accidetits dont nous parlons résultent de Tinfection que le 6ang a subie, et sont par conséquent , en raison de leur gravité, souvent en désaccord avec le peu d'intensité des phénomènes locaux : ceux-ci , en effet ,ne consistent souvent qu'en une inflammation superficielle développée autonr de la piqûre; les ganglions axillaires sont h peine doubureux et tuméfiés; cependant, nonobstant la bénignité apparente de la maladie , les individus éprouvent des frissons plus ou moins violents et répétés, 4jin état de malaise et d'accablement extrême; la fièvre s'allume, ellei est vive; bientôt le délire survient, il présente toutes les variétés qu'il offre dans la fièvre typhoûjle ; la langue se dessèche» des évacuations fétides ont lieu ; les malades accusent des douleurs dans certains muscles, dans certaines arliculalions, et souvent on voit se manifester sur divers points de la surface du corps de petites collections purulentes , connne celles qui se forment dans ta phlébite, dans la noorve et dans le farcin. C'est au milieu de ces symptômes ataxiqnes et adynaoïiques, et après une, deux ou trois semaines de souffrances, que la mort survient.^ La terminaison fnneste peut être même beaucoup plus rapide : ainsi Percy dit avoir vu succomber en trois jours, dans un état de débilité extrême, et avec une gangrène de tout le bras, un jeune homme qui s'était blessé avec an scalpel en étudiant la névrologie.
La mort pourtant n'est pas la terminaison constante de l'infection putride ; on cite quelques exemples de guérison, mais ils sont fort rares. Dans ces cas, la convalescence est toujours pénible ; les forces reviennent lentement, et l'amaigrissement, toujours considérable, est disproportionné avec la longueur de la maladie.
Au lien de suivre sa marche ordinaire, l'infection putride, débutant avec des symptômes graves, peut être brusquement arrêtée par une sorte de mouvement critique ; c'est ce que j'ai obsené sur moi-même en 1835. M'étant légèrement excorié l'indicateur de la main droite en faisant une autopsie d'une femme morte de péritonite puerpérale , je fus pris, vingt-quatre heures après, d'une faible douleur dans l'aisselle , d'un frisson violent 9 suivi d'une fièvre intense, avec céphahlgie atroce, vomissements, lumbago, et un anéantissement extrême; dix à douze heures s'étaient à peine écoulées que déjà ces accidents graves avaient considérablement diminué , et la fièvre elle-même était presque nulle. Cette amélioration inespérée avait coïncidé avec le développement d'un érysipèle, borné seulement à Tépaule. Cet érysipèle, à peine douloureux, presque sans dureté de la peau, était d*un rouge violacé, peu foncé ; il resta limité à ce petit espace. Cependant, quelque bénins qu'eussent été les désordres locaux , je conservai pendant plus d'un mois une grande faiblesse , et quoique ma maladie n'eût duré que peu de jours, j'éprpu- Yii un amaigrissement considérable et tm teint jaunâtre particulier, ce qui indiquait qu'il avait dû exister une altération du sang assez proibiide.
DE L'ERGOTJSMF. Gf)
Les accidenls d^iufectioii qu^oii observe après les piqûres uc s'expliquent pas toujours par le développement d*une lymphite et surtout d'une phlébite, produites dles-mémes par le contact de la matière septique. Les phénomènes observés pendant la \îe et les recherches cadavériques ont prouvé, en eiïet, que souvent on ne trouvait aucune lésion dans Tappareii circulatoire ; il faut admettre alors que le poisoo Fa traversé sans intéresser ses parois , et a seulement exercé sou action délétère sur le sang. Cette action, d'ailleurs, nous est inconnue dans sa nature ; car le sang, examiné pendant la vie ou après la mort , ne diffère pas sensiblement, quant à son aspect extérieur, de celui qu'il a dans la plupart des autres maladies.
Traitement, — Tontes les fois qu'on se pique en disséquant , il faut aussitôt comprimer circulairement la partie à quelques centimètres de la plaie , et exercer la pression jusqu'à elle dans le sens opposé à la circulation veineuse. On fait ces DunœuTres pendant huit ou dix minutes, en plaçant de temps en temps la partie sous un robinet d*eau pour entraîner complètement les matières putrides. La plaie sera ensuite protégée par un morceau de taffetas d'Angleterre ou de diachylon. Quelques personnes conseillent alors de cautériser la solution de continuité avec le nitrate d'argent ou le beurre d*antimoine ; en Angleterre , on emploie l'huile de térébenthine et la solution d'alun; mais ces agents n'ont pas une utilité bien démontrée. Si l'on voulait cautériser, on devrait le faire avec le fer rougi à blanc ou avec un crayon de caustique de Vienne. C'est une pratique qu'il faudrait, à mou avis, adopter immédiatement toutes les fois que la putréfaction du cadavre est avancée. On transforme alors une plaie empoisonnée en une plaie simple, ou, si l'on veut, en une brûlure , et l'on n'a pas à redouter d'accidents locaux ni généraux. Mais si Ton n'a pas cautérisé aussitôt après la piqûre , et si des symptômes inflam* matoircs se développent dans le foyer primitif et dans des points plus ou moins éloignés, que fera-t-on? La généralité des médecins ont recours alors auxantiphlogistiques : ils saignent , couvrent les parties malades de nombreuses sangsues, de cataplasmes émollieuts ; ils emploient les onctions mercurielles. Mais ce traitement n'est évidemment dirigé que contre un accident, un effet de la maladie, et non contre la cause toxique, contrôle virus lui-même. Pour se rendre maître de celui-ci et l'empêcher de pénétrer dans le torrent de la circulation , ou, s'il y est déjà, pour s'opposer à une sécrétion nouvelle, il faut le détruire dans sa source et dans ses princi|>aux foyers , c'est-à-dire dans les lymphatiques enflammés. On obéira à cette indication par la cautérisation avec le fer rougi à blanc ou avec le caustique de Vienne, opération qui devra être parfois précédée de l'incision des prties. Cette thérapeutique est la seule qui soit rationnelle. Les préceptes que je donne ici sont extraits d'une thèse excellente soutenue en 18^5, à la Faculté de Paris, par M. le docteur Brierre : j'y renvoie le lecteur. Si nonobstant les cautérisations, les accidents d'infection putride continuaient et augmentaient d'intensité, on aurait recours aux moyens qu'on emploie avec peu de chances de succès, il est vrai, dans la seconde période de la phlébite et des résorptions purulentes.
De l'ergotîfme.
STi(OaniiC. *- SlcladU térëale, raphanie, mal de Sologne, gangrène des Solognots, etc.
Lorsque la farine de seigle, mêlée à une quantité plus ou moins considérable d'ergot, est employée comme aliment, elle produit une maladie grave, caractévisè^ v^
tantôt par des moufements convulsifs, iamàl par la gangrène des eilvém'ilte. Ci^V ' ' T. II. — B* ion. 5
ensemble d'effets pernicieux a reçu le nom d*eryo(isme. On en distingue deux variétés, qui sont: Vej'gotisme convul si fei ïergotisme gangreneux.
Historique, — Le grand nombre de populations qui, de tout temps, ont fait du seigle leur principale nourriture, la fréquence de Tergot dans cette céréale, doivent porter à penser que i'eigotisme a régné de temps immémorial. On a prétendu eu trouver queU|ues faibles traces dans Ovide, dans les Commentaires de César, et dans les œuvres de Galien ; mais les passages de ces auteurs sont très obscurs, et nous en laissons l'interprétation à de plus érudits que nous. Beaucoup rapportent aussi à l'ergotisme une ou plusieurs des maladies qui ont régné épidémiquement dans le moyen âge, surtout du x' au xiv" siècle, et qui sont connues sous les noms de feu sacré ou mai des ardents, de feu Saint- Antoine , affections que 'fessier, de Jussieu, Pauiet et Saillant, considèrent pourtant comme distinctes ; car ils rapportent le mal des ardents à une sorte de peste, avec bubons, charbons et pétéchies, tandis que le feu S aint- Antoine ne serait autre que Tergotisme gangreneux (1). Quoi qu'il en soit, la maladie dont nous traitons n'a été clairement indiquée et sa cause n'a été parfaitement connue que vers 1581 par Schenck, et surtout en 1593 par Schwenckfel. A dater de cette époque on a observé un grand nombre d'épidémies, dont plusieurs ont donné lieu à des travaux remarquables : nous citerons surtout ici les recherches de Read (2), de Mulcaille (3), celles de Salerne {U) et de l'abbé Tessier (5) .
Anatomie pathologique, — Nous ne savons encore rien de bien précis sur les altérations qui existent sur les cadavres des individus morls d'ergotisme. On a noté diverses inflammations du foie, de la rate, de l'estomac, des poumons. Suivant Salerne et Tessier, les viscères abdominaux seraient non-seulement enflammés, mais encore gangrenés. On a en outre noté la flaccidité du cœur, la fluidité et la couleur verdâtre du sang ; mais aucune de ces altérations n'a été décrite avec assez de soin pour qu'on soit bien certain même de leur existence : il est probable, en eflet^ que des lésions purement cadavériques en ont souvent imposé aux auteurs. Si enfin nous ajoutons que nous sommes sans renseignements sur l'état du système nerveux et des vaisseaux sanguins, qu'il était indispensable d'examiner dans la forme gangreneuse de la maladie, on sera convaincu que nous ne connaissons absolument rien sur l'analomie pathologique de l'ergotisme et sur son siège anatomique.
Ergotisme convulsif, — La forme convulsive est généralement précédée pendant un ou plusieurs jours, et quelquefois pendant un, deux et même trois septénaires, par de l'agitation et du brisement. Les individus accusent des fourmillements et des crampes dans les extrémités inférieures ; beaucoup ont de la céphalalgie et une grande tendance à la mélancolie ; l'appétit est très irrégulier. Bientôt des convulsions se déclarent ; elles ont différents caractères : ce sont tantôt de véritables accès d'épilepsie avec écume ù la bouche, mouvements saccadés des membres, teinte violacée, puis pâleur de la face ; la langue est alors souvent mordue. Chez d'autres on observe un état tétanique qui aiïecte spécialement les muscles des mâchoires (trismus] et ceux de la partie postérieure du tronc (opisthotonos) ; enfin, chez un grand nombre d'individus, les convuLsions sont irrégulières, sans caractère déterminé ; elles consistent ordinairement dans une contraction spasmodique des muscles fléchisseurs des membres, ce qui produit une flexion forcée de ces parties, qui lie
(1) Mémoires de la Société royale de médecine, année 1776. — (2)Z>fi êeigle ergoté, Meli, /77i. — {3) Mémoires de V Académie de» sciences, année 1748. — (4j Id,, l, II des savants éiraugers, — (à) Mémoires de la Société royale de mé<iecme) année 1777.
DK l'krgousmk. 67
|w»uTeiit ?tro ramenées h leur position normale, malgré k»s efforts réunis de pluâears hommes vigoureux. Les malades se plaignent d'éprouver alors dans les membres des élancements douloureux ou une chaleur brûlante, cuisante, qui leur irrache des plaintes et même des cris. Dans Tintervalle des accès convulsifs, ils sont courbaturés, abattus; ils ont de la céphalalgie, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles ; quelques-uns ont un délire furieux, d'autres tombent dans le coma ; la vue peut être diminuée, abolie ou pervertie. Les troubles des autre» fonctions n'offrent non pins rien de bien constant : ainsi le pouls est généralemeni aime, quelquefois il existe de la fièvre ; la plupart des malades conservent de fappétit et digèrent bien leurs aliments, tandis que d'autres sont sans cesse tourmentés f>ar de la cardialgie, par des nausées, des vomissements et des déjections alvines, bilieuses, fétides. Enfin la mort arrive tantôt dans un accès convulsif, le plus souvent lentement et après que les malades sont tombés dans un état de coibpsus et de paralysie. Chez ceux qui guérissent, on voit les accès convulsifs s'éloigner et devenir moins intenses ; mais quelques malades conservent souvent, pendant longtemps et quelquefois même durant toute leur vie, un affaiblissement de la ^oe, des roideui^s ou certaines paralysies partielles de quelques muscles, ou bien un tremblement des membres.
Cette forme de l'ergotisme dure, avec plus ou moins d'intermissions, de quinze jours k trois mois.
Ergoiisme gangreneux, — On a divisé cette forme de l'ergotisme en trois périodes. Dans la première les malades accusent du malaise, du brisement daos les membres ; leur sommeil est agité ; ils ont des douleurs dans le dos et les jambes, des mouvements convulsifs, des fourmillements, des crampes ou des cuissons |)assagères dans les jambes et les pieds. Cet état, qui constitue, à proprement parler, les prodromes de la maladie, peut persister huit ou (juinze jours; il peut quelquefois manquer tout à fait. Dans la deuxième période, les parties (|ui doivent être frappées de mortification, comme les mains, et surtout les pieds, sont le siège de douleurs vives, profondes, que la chaleur exaspère et qui s'aggravent aussi pendant la nuit; quelquefois c'est une sensation de froid que rien ne peut modérer. Souvent alors on voit ces parties, en commençant par les orteils, j^rendreune teinte vio< lacée ou rongeàtre, des phlyctènes s'y forment quelquefois; il y a aussi un léger gonflement plus ou moins œdémateux ; le pouls s'accélère, se concentre ; l'appétit fst variable. Dans la troisième période, les parties cessent d'être douloureuses et sont frappées de mortification ; elles présentent tantôt les caractères de la gangrène sèche, d'autres fois ce sont ceux de la gangrène humide. ( Voir l'article Gangrène. )
1^ mortilication fait tons les jours de nouveaux progrès et se rapproche de plus m plus du tronc ; elle est généralement {recédée, dans les parties qu'elle doit envahir, |>ar des élancements et par une couleur violacée ; elle peut ainsi envahir un Hiembre tout entier. Les symptômes généraux sont eu rap{3orta\ec l'étendue de ces désordres; le pouls, eu effet, est petit, misérable ; la peau froide, cou\erte d'une weur viH|ueuse ; la langue est sèche ; il y a une prostration extrême; enfin les malades succombent. Ceux chez lesquels la gangrène s'est bornée de bonne heure peulent guérir aprc-s que les parties mortifiées se sont séparées. Knfin, dans les cas les (dos heureux, la maladie peut être enrayée dès la seconde |)ériode : ainsi, lorsque k- froid, la teinte \iolacée et l'œdème font croire 5 une gangrène immiueuVe, \V «rive quelquefois que les/Mr/ié»* luahdcs se réchaulleni peu à j.eu cl vopvewweni Inr cAÀor9tha et leur volame ordinaires. La durée de l'ergotisme gangreneux f*t
6H DES EMPOISONNRMbNTS.
d'eu\iron trois ou qualrc semaines, sans comprendre le temps nécessaire pour la séparation des escarres et la cicatrisation des larges pertes de sui)stance qui se sont fiaites ; ce travail d'ailleurs peut devenir une cause d'épuisement et de mort.
Diagnostic. — En ne considérant que les troubles fonctionnels que nous avons précédemment décrits, il serait impossible d'arriver à la connaissance de la maladie, puisque aucun d'eux n'est caractéristique. En effet, les symptômes nerveux produits par l'ergotismc ne diiïèrent pas de ceux qu'on rencontre dans divers autres états morbides; il est certain aussi que l'ergotisme gangreneux nediiïère point par ses symptômes et par sa marche de la gangrène produite par l'inllammation ou l'oblitération des artères. Il n'y a donc que les antécédents qui puissent éclairer le médecin sur la cause des symptômes qu'il observe : aussi toutes les fois que l'on sera témoin de quelques uns des accidents précédemment décrits, on devra s'enquérir avec soin si l'individu n'a pas fait usage de céréales altérées par l'ergot. La chose sera probable si la maladie règne épidémiquement.
Pronostic. — Le pronostic de l'ergotisme est extrêmement grave ; presque tous ceux qui ont des accès épileptiformes succombent. Dans la forme gangreneuse, la gravité dépend surtout de l'étendue que la mortification occupe.
Etioiogie. — C'est en vain que quelques auteurs d'un grand nom, et parmi eux Parmentier, ont révoqué en doute les effets de l'ergot ; que d'autres, avec Linné, ont rapporté les phénomènes convuisifs au mélange des céréales avec le rap/ianu$ raphanistrum. Les nombreuses expériences faites par Read, par Tessier, par Salerne, etc., sont tout h fait concluantes, et démontrent d'une manière certaine: 1** que le seigle ei-goté agit comme toxique; 2" que, donné aux animaux, il produit chez eux des accidents absolument identiques avec ceux que nous avons observés sur l'homme : ainsi, chez les quadrupèdes auxquels on administre l'ergot on ne tarde pas à voir les pattes, la quetfe, les oreilles se refroidir et tomber en gangrène ; les oiseaux perdent leur bec ; quelques uns sont comme ivres et hébétés, d'autres ont des convulsions. Si des expérimentateurs n'ont pas obtenu les mêmes résultats, il faut l'attribuer ù ce qu'ils n'ont pas administre une quanti!é sulTisante d'ergot. En effet, pour que celui-ci détermine des accidents graves, il doit être donné en assez grande quantité; c'est ce qui explique pourquoi il est sans exemple que l'ergot, administré à titre de médicament, ait jamais produit des symptômes d'intoxication. Cependant nous croyons prudent à l'avenir, dans les cas qui réclament l'emploi un peu prolongé du seigle ergoté, de ne pas donner cette substance en nature; mais, mettant à profit les recherches récentes de M. Bonjean, on administrera l'extrait aqueux, qui ne paraît contenir que le principe médicinal, tandis que l'agent toxique renfermé dans une huile fixe en serait séparé. L'ergotisme règne souvent d'une manière épidémique. On l'a surtout observé dans la Sologne, dans l'Artois, en Picardie, dans la Touraine et l'Angoumois ; il affecte presque uniquement la classe pauvre ; il règne spécialement pendant les années pluvieuses, lorsque le seigle est de mauvaise qualité, et qu'il est en grande partie affecté d'ergot.
Traitement. — On n'est pas encore bien fixé sur le traitement le plus convenable à opposer à l'ergotisine. On a vanté les évacuants, lessudorifiques, les diurétiques, dans le but d'expulser le poison par les divers émonctoires de l'économie. La saignée a été préconisée par quelques personnes; elle l'a été autrefois par Jussien et par Tessier, aujourd'hui elle l'est par îM. Roche. Mais nous ferons observer ici que les émissions sanguines ne conviennent que dans la forme convulsive delà maladie, et dans les cas seulement où le pouls a de l'ampleur et de la fréquence; dans les conditions opposées, il faut seulement recourir à l'usage de bains tièdes et