‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 23 sur 265 · I)K I.A PELLAGRE · texte numérisé non relu

I)K I.A PELLAGRE

surtout à radministratioii de Topium qu'on donnera à haute dose jusqu*à effet sédatif. Ce dernier médicament conviendrait dans la forme gangreneuse s*il existait des accidents spasmodiques ; mais dans celle-ci il faut, en outre, envelopper les [tarties douloureuses de fomentations narcotiques, et exciter par des frictions irri* tantes et par des applications aromatiques et toniques la vitalité des parties qui menacent de tomber en gangrène. Lorsque la mortification survient, il faut attendre qa elle soit limitée: alors seulement on décidera la nécessité d'une amputation. Il est inutile de dire qu*on soutiendra les forces par Tadministration des toniques et dfs cordiaux à Tintérieur.

y (dure. — Dans Tabsence de renseignements précis sur les lésions cadavériques, nous ne pouvons émettre une opinion motivée sur la nature de la maladie. Tout porte à |>onser que Tergot ingéré dans le corps est absorbé, et que faction délétère qo'il exerce est consécutive à une altération du sang. Cette doctrine nous parait être plus en harmonie avec les symptômes qui sont observés que celle qu*a proposée M. le docteur Roche. Ce médecin regarde Tergotisme gangreneux comme l'effet d*une ariérite, laquelle serait produite par l'intoxication du sang. Maison ne saurait, je pense, invoquer encore en faveur de cette opinion aucun fait anatomique. Dans l'état actuel de la science, nous devons donc dire seulement que les symptômes généraux qui suivent l'ingestion du poison font supposer que celui ci modifie le sang d'une manière profonde, et qu'il survient consécutivement une névrose ou une gangrène, suivant que la cause toxique, dont le sang est le véhicole, se porte préférablement vers les centres nerveux, ou bien vers les organes circulatoires.

Pe la pellagre.

La pellagre est une maladie générale spécialement caractérisée par un érythème occupant les parties du corps habituellement découvertes, se compliquant plus tard de divers troubles du côté du système nerveux, d'une diarrhée colliquative, et !»e terminant presque toujours par la morL

Historique. — Les recherches historiques auxquelles on s'est livré ont démontré que la pellagre était inconnue des |)euples anciens et de ceux du moyen âge. L'invasion de cette terrible maladie ne remonte guère au delà de 1730. C'est à cette époque du moins qu'un médecin espagnol. Casai, la signala pour la première fois comme alTectant la classe pauvre des Asturies, et la décrivit sous le nom de mal de laHosa, Vingt ans plus tard, un médecin des États de Venise, Pujati, la trouva dans ledistrictde Feltre , et la fit connaître sous le nom ùq scorbut a//)m; c'était, comme l'a prouvé M. Roussel, la même aiïection qui, àTépoque dont nous parlons, faisait aussi des ravages dans les campagnes du Milanais, où on la connaissait sous le nom ^pellagre. C'est en 1771 que parurent les premières descriptions de ce mal reduuuble. Frappoli et Zanetti, puis W'idemar, et Strambio surtout fixèrent vive- Dieat sur ce nouveau fléau l'attention des médecins et du gouvernement. Jusque dans ces derniers temps, la pellagre, à peine mentionnée dans nos livres classiques, n'était guère considérée en France que comme un objet de curiosité, par la j)ersaa^iou où nous étions que la maladie était confinée au delà des Alpes et des Pyrébée^. Cependant, tandis ((ue nous vivions dans cette sécurité, un praticien de la Teste de Buch, le docteur Hameau, avait déjà signalé en 1829, chez les misérables liabitants du bassin d'Arcachon l'existence d'une maladie qu'il n'avait pas osé dénommer, mais que des médecins bordelais, MM. Gintrac et Bonnet surtout, veoioaurent |>lus tard pour être idenUqiw avec h /)e/iagre italienne. Us la vcacou-

70 DVJS EMPOISONiNEMEMS.

trèrciU dans les \jliages du nord di' ia Gironde et dans les environs de Bazas; plus tard, M. Marchand en compta |)lus de trois mille dans les I.andes. C^es révélations, quelque graves et inattendues qu'elles fussent, Uxèrent à peine l'attention publique: cependant, en 1862 et 1863. plusieurs cas de pellagre se montrèrent âi Paris, à l'hôpital Saint-Louis, où un jeune médecin distingué, H. Th. Roussel, les découvrit le premier. Ces faits ayant reçu une grande publicité, on commença dès lors à se montrer moins indiiïércnt; d'ailleurs d'autres révélations ne tardèrent pas à nous apprendre que la pellagre avait pris en France une extension effrayante; car non-seulement nous avons vu qu'elle sévissait dans les Landes et la Gironde, mais encore dans la Haute-Garonne, où M. Calés l'observe déjà depuis longtemps aux environs de Villefranche ; dans le département de l'Aude, près de Castelnaudary, où M. Roussilhe l'a rencontrée depuis 1823 d'une manière presque endémique. En présence de ces faits, ia pellagre ne saurait plus nous trouver indifférents : c'est une question à l'ordre du jour que nous devons tous étudier, et nous ne saurions mieux faire, pour nous initier à cette étude, que de lire l'excclleiit travail que ^M. le docteur Roussel a publié récemment sur la maladie. Le livre de ce médecin nous sera d'ailleurs d'une grande utilité pour la rédaction de cet article. On pourra aus.^ consulter un mémoire de M. Mardiand (Gazette des hôpitaux, 1863), celui de M. Brierre {Jowmal complémentaire, année 1836) ; l'article inséré par M. Jourdan dans le grand Dictionnaire des sciences médicales ;enùn^ celui que MM. Cazeuave et Scbedel ont publié dans la dernière édition de leur ouvrage sur les maladies de la peau.

Altérations cadavériques. — Si la maladie a eu une durée courte, il peut se faire qu'on ne constate nulle part d'altération appréciable : tel est le cas rapporté par J. Frank. Si la pellagre a suivi sa marche accoutumée, ou peut rencontrer des lésions plus ou moins graves du côté de quelques-uns des viscères. Ainsi on dit que la muqueuse gastro-intestinale est plus ou moins injectée, ramollie, que souvent elle est ulcérée ; le foie, la rate, peuvent être augmentés de volume et ramollis. On a trouvé les méninges injectées, infdtrées de sérosité, la substance cérébrale sablée, tantôt plus, tantôt moins consistante que de coutume, l'nfm le cœur est flasque, mon, et les poumons sont fortement engoués. Ajoutons à cela que les parties des téguments qui ont été altérées pendant la vie ont une teinte violacée, brtuiâtre ; l'épiderme est dur, épaissi, comme corné, fendillé plus ou moins profon^ dément ; le derme, cuRn, est ntugeâtre, plus ou moins épaissi et induré.

Parmi toutes les lésions qui précèdent, aucune n'est caractéristique ; toutes d'ailleurs peuvent manquer: elles ne sauraient rendre compte ni du siège ni de la nature de la maladie. Il est impossible de les considérer autrement que comme des altérations consécutives. Avouons cependant que les recherches nécroscopiques sur la pellagre manquent encore de précision ; que beaucoup, même |)armi les plus récentes, semblent avoir été entreprises en vue d'idées théoriques tout à fait préconçues. 11 importe donc de se livrera des investigations plus exactes, sans cependant qu'on puisse espérer trouver sur le cadavre la raison des syinplômes pellagreux notés pendant la vie.

Symptômes. — A l'exemple de la plupart des auteuis italiens, nous partagerons la pellagre eu trois péi iodes distinctes.

Première période. — La maladie a parfois un début brusque ; ailleurs, elle offre des prodromes : ce sont des lassitudes, du malaise, de l'inappétence, des nausées, de la diarrhée, de la céphalalgie, des vertiges. Quoi qu'il en soit, c'est commune-* j.ncnt vers l'équinoxe du printemps que la pellagre se dessine. On voit d'abord ap-

Page 1