‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 220 sur 265 · DE LA PABALTSIE DE TA VESSIE · texte numérisé non relu

DE LA PABALTSIE DE TA VESSIE

refluant parfois jusque dans les nretères et dans les reins, cenx-ci pouraient devenir le siège de lésions graves. Ces effets, pourtant, ont rarement lieu dans la paralysie simple^ on ne les rencontre guère que dans tes rétentions d'urine qui sont syinptomatiques d'obstacles matériels à Texcrétion de ce liquide ; il en est de même des phénomènes rapportés généralement à la résorption du liquide urinaire, tels que la fièvre, Faridité de la peau, les fuliginosités de la bouche, la diarrhée, le délire, le coma, la fétidité et Todeur urineuse des sécrétions, accidents graves qiti surviennent dans les cas où la rétention d'urine est complète, et lorsqu'elle se prolonge quelque tems, soit qu'on ne puisse donner issue au liquide, soit que le malade urinant par regorgement, la véritable cause des accidents soit méconnue.

Durée ^ terminaisons. — La paralysie de la vessie a. une durée variable ; elle peut être tout à fait éphémère, cesser presque aussi brusquement qu'elle est venue, lorsqu'elle est l'effet d'une simple fatigue, d'une distension forcée de l'organe, ou lorsqu'elle est un des nombreux accidents de l'affection hystérique ; elle persiste^ au contraire, indéfiniment, et elle est ordinairement incurable lorsque son début a été obscur, sa marche lente, et qu'elle atteint des vieillards. La paralysie qui est symptomatique d'une maladie des centres neneux ou qui survient dans le cours d'un état général grave cesse communément avec les maladies qui l'ont provoquée.

Diagnostic. — La paralysie peut être méconnue quelque temps lorsque les individus urinent par regorgement; mais il suffit de toucher le ventre pour que, d'après le siège et la forme de la tumeur. qui occupe l'hypogastre, on soupçonne déjà qu'elle doit être formée par la vessie distendue par l'urine. Cependant, en pareil cas, la saillie formée par la vessie a été rapportée maintes fois à tout autre cause. François Colot, par exemple, dit que de son temps plusieurs chirurgiens ont cru alors avoir affaire à des abcès. C'est là une erreur impardonnable, car un abcès diffus des parois abdominales est nécessairement précédé d'accidents inflammatoires; la fluctuation est superficielle, et il y a de l'œdème aux téguments; tandis que la tumeur vésicale, peu ou point douloureuse, est globuleuse et manifestement snbjacente àl paroi abdominale; la fluctuation d'ailleurs y est obscure, et la pression exercée sur l le excite l'envie d'uriner, et provoque même parfois l'expulsion d'une petite quantité d'urine.

Si l'c»! se rappelle jusqu'à quel degré de distension se trouve parfois la vessie, on sera peu surpris d'apprendre qu'on a pu croire eu pareil cas à une ascite. Cependant, dans celle-ci, ou ne circonscrit pas de tumeur à l'hypogastre, la fluctuation est perçue d'un flanc à l'autre, la matité varie de place par les changements de position du tronc et les intestins surnagent au-dessus, tandis que la tuméfaction qui est due à la vessie est moins diffuse, on circonscrit aisément une tumeur globuleuse, la fluctuation est limitée, moins facile à produire que dans l'ascite; enfin la raatité ne change pas sensiblement par les diverses positions qu'on imprime au tronc, et les intestins existent non-seulement su|)érieuremeut, mais de chaque côté (le la tumeur.

1^ tumeur vésicale a plus de ressemblance avec une tumeur formée par l'utérus ou par ses annexes. Ainsi, les annales de la science renferment nombre d'histoires de rétention d'urine qui ont fait croire à une grossesse, à une hydromètre ou à un kyste ovarique. Cependant dans la grossesse la tumeur est beaucoup plus dure, eHe n'est pas fluctuante ; à l'auscultation on i)eut constater le souille placentaire et le double battement du cœur du fœtus; enfin le toucher par le vagin et le rectum permettent d'affirmer que le corps uU^in est augmenté de volume* CeUA \»few«. exploration révélera le sié'ge véritable de la tumeur q;nMiA\\wiV&l^\v\i^\v^^^cwc!fe>at^

678 MS NÊYIOSES.

OU un kyste ovariquc D'ailleurs, toutes les fois qu*il y a doute, il suffit de prUiqiKr le cathétérisme pour s'éclairer sur la véritable nature de l'affectioiL N'y i-i-il, ea efllet, qu'une paralysie de vessie, la sonde, en donnant issue au liquide, fait di^ii* raître la tumeur.

Il importe encore de déterminer si la rétention d'urine tient à la paralysie deb vessie ou à quelque obstacle placé dans le canal de l'urèthre ou au col vésicaL le cathétérisme éclairera ici le diagnostic. S'il n'existe qu'une paralysie de la vessie, ob pourra introduire aisément dans cet organe des sondes de toute courbure et ménR des sondes droites et volumineuses. Si la prostate est assez hypertrophiée pour t'opr poser à l'excrétion urinairc, le canal étant dévié, le cathétérisme offre des HîflBmltfi et l'on ne parvient dans la vessie qu'avec une sonde fortement recourbée. Le toucher rectal fera alors découvrir le degré d'intumescence de la prostate; enfin la manière dont l'urine s'écoule par la sonde servira aussi à préciser le diagnostic. S'il n'existe en effet qu'un ol»tacle au col, la vessie jouissant de sa contractilité, expulsera par un jet assez fort et continu, jusqu'à la dernière goutte, l'urine qu'eUe contient. Si par contre le réservoir urinaire est paralysé, l'urine ne coule plus qu'es bavant, très lentement, et l'on ne parvient à la vider tout à fait que par des pressions énergiques sur l'hypogastre.

Il importe enfin de savoir que chez la femme il faut prendre garde d'attribuer ï une paralysie de la vessie une rétention d'urine produite par la compression qu'une tumeur accidentelle ou que l'utérus dévié exercent sur le col vésicaL Le toucbet éclairera en pareil cas le diagnostic

Pronostic. — La paralysie vésicale qui survient subitement chez une femme hystérique, ou dans le cours d'une affection générale grave, ou bien après une fatigue de l'organe, après une distension forcée de ses parois, cède presque tonjoon promptement; il n'en est pas de même de la paralysie qui se déclare lentement et qui affecte des sujets âgés. Dans ces cas, l'affection est le plus souvent incurable; cjle constitue alors une véritable infirmité, fort incommode, sans doute, ma» qoi compromet rarement l'existence, et ne s'oppose point à la longévité des sujets.

Causes. — La paralysie de la vessie est souvent symptomatique de lésions graves des centies nerveux, surtout de la moelle; ailleurs elle succède ii une fatignede l'organe, à une distension de ses parois, ainsi que la chose eut lieu chez ce paysan dont parle Paré, qui, conduisant en croupe une jeune fille et éprouvant l'eniic d'uriner, n'osa descendre de cheval par un sentiment de pudeur, et fut pris d'oie hnpossibilité d'uriner. Cependant quelques personnes considèrent ces faits comme étant plutôt des cas de fatigue de l'organe que de paralysie véritable, et ce qai semble le confirmer , c'est la rapidité avec laquelle l'accident se dissipe dans b plupart des cas.

On a regardé la paralysie essentielle comme étant à peu près exclusive aux vieillards, et l'on en a expliqué le développement chez eux par l'affaiblissement que l'âge apporte à la contractilité de la fibre musculaire. On a prétendu que les individus lymphatiques et replets, que les gens de cabinet, que les viveurs y étaient plus exposés que d'autres : mais ce sont là tout autant d'assertions qui attendent leurs preuves. On a même contesté dans ces derniers temps que la paralysiefût commune chez les vieillards. 1^1. Mercier, par exemple, a émis l'opinion que les cas de rétca* tion d'urine qu'on attribue à une paralysie vésicale, sont plutôt dos exemples de rétention par suite du développement anormal de la prostate. C'est ce qui explique, d'après %l. Mercier, pourquoi celte espèce de rétention se remarque presque exf hisivement diezl n vmUÎids, ^ ^(mnvm\% \«nv\sv^ ^ssox Va caI vésicai est dé-

. DE LA PABALYStE* GÉNÉRALE PROGRESSIVE. 679

pourvu do prostate, n*est presque jamais atteinte de raffection dont nous paillons (1 ;, 11 y a certainement un peu d'exagération dans cette doctrine, néanmoins on ne peut s*empécher de reconnaître que la véritable paralysie de vessie est boaneoup moins commune que ne le disait fioyer.

Traitement. — Toutes les fois que la vessie paralysée est distendue par l'urine, on doit donner issue au liquide par le cathétérisme ; on répétera la même opération plusieurs fois par jour afin que la vessie puisse plus facilement revenir sur ellemême et reprendre ses propriétés contractiles. Pour- réveiller celles-ci on a proposé en outre divers moyens. On a conseillé de produire une sorte d'ébranlement par Inapplication de corps froids à Thypogastre. .1.-L. Petit recommandait aux malades d'approcher le vase de nuit de leurs cuisses et du scrotum ; il voulait aussi qu'on urinât dans un lieu frais. M. le docteur Cazenave, de Bordeaux, applique le froid d*unemaniire bien autrement énergique; il conseille, en effet, de mettre des compresses froides ou des vessies pleines de glace sur Thypogastre et les cuisses, de donner des lavements froids, d'introduire même dans le rectum de petits fragments de g^ce, et d'administrer dans les cas rebelles des douches ascendantes froides pendant vingt à vingt-cinq minutes; mais l'expérience ne s'est pas encore prononcée sur ce point

On a encore conseillé, pour réveiller la contractilité vésicale , d'appliquer des ventouses sèches à la partie interne des cuisses, de frictionner les lombes, l'hypogastre et le périnée avec des liniments ammoniacaux, avec la teinture de noix vomique ou de cantharides. On a aussi parfois appliqué avec succès un ou plusieurs vésicatoires sur ces régions. L'électricité a été recommandée, et M. Micfaon a cité en i8/»9, à la Société de chirurgie, quelques cas de paralysies vésicales qui ont été guéries par ce moyen. M. Duchenne a parfois réussi à rétablir l'excrétion urinaire par la galvanisation seule des muscles abdominaux.

On a proposé aussi de porter dans la vessie des substances qui puissent la tonifier et l'exciter; on a surtout préconisé dans ce but les injections d'eau froide, ou bien avec lés eaux de Baréges ou de Balaruc, avec une décoction de quinquina, etc. ; mais ces divers moyens sont souvent nuisibles, et il est prudent de s'en abstenir, surtout chez les vieillards.

A l'intérieur on a préconisé Tergot de seigle, la teinture ou la poudre de cantharide, le strychnine, les toniques, si le sujet est débilité.

S'il existe qn catarrhe vésical concomitant, on le combattra par les moyens dont il a été parlé ailleurs (voy. tom. I, Catarrhe vésical).

Page 1