‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 223 sur 265 · DE LA FOLIE, OU ALIÉNATION MENTALE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE, OU ALIÉNATION MENTALE

Avec Esquirol, nous définh^ns la folie, une affection cérébrale ordinairement chronique, sans fièvre, et caractérisée par des désordres de la sensibilité, de l'inteliigence et de la volonté.

Historique. — Hippocrate , sans traiter spécialement de la folie, a noté néanmoins quelques-unes des terminaisons de la manie. Celse a été beaucoup plu» explicite; mais ce fut Arétée qui, le premier, traça de la maladie une descriptioo remarquable à plus d'un titre. Cœlius Aurelianus est aussi, parmi les princes de l'ancienne médecine, celui qui émit les idées les plus justes sur le caractère de la folie et sur son traitement. Galien n'eut guèi*e que le talent de résumer ce qn*on avait dit avant lui, sans rien ajouter de capital. I)e))uis cet auteur, l'histoire de la folie resta stationnaire et souvent même rétrograda. Des obsen ations isolées furent faites de temps en temps depii\»\^ vfs^^Ms^N^^seû^ox ^«^ ^x^^sv^ «si Europe; mats.

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ainsi que l'observe Pinel, iJ n'existait avant lui aucuu ouvrage capital, aucun corps de doctrine, et les illustres fondateurs eux-mêmes des trois écoles célèbres du dernier siècle, Stahl, Boerhaave, Hoffmann, n'avaient que très peu ajouté aux connaissances précédemment acquises. Je ne signalerai que pour mémoire quelques recherches bien incomplètes d'anatomie pathologique qui , commencées par Morgagni, furent continuées en Angleterre par Perfect et par Greding. La science s'était aussi enrichie, des livres de Lorry, de Daquin et de Ghiarugi, lorsque Pinel parut. G'est à lui qu'appartient l'insigne honneur d'avoir imprimé à la science la plus heureuse direction. Non-seulement il donna de la folie une description h peu près complète, biais c'est lui qui eut la gloire de réformer entièrement le régime barbare adopté dans les hospices, où les aliénés étaient pluxôt traités comme des malfaiteurs que comme des êtres souffrants. Le livre sur l'aliénation mentale que Pmel a publié au commencement de ce siècle est sans contredit un des plus beaux monuments de la science contemporaine et le titre le plus solide et le plus durable de l'auteur. Le vénérable Ësquirol est, après Pinel, celui dont les travaux, poursuivis sans relâche pendant quarante ans, ont le plus contribué à éclairer l'histoire de la folie ; c'est à l'école de ce maître illustre , de cet homm.e de bien, que se sont formés la plupart de ceux qui, dans ces derniers temps, ont publié sur l'aliénation mentale les recherches les plus utiles : tels sont surtout Georget, MM. Galmeil, Leuret et Foville. Nous ne devons point non plus oublier les travaux recommandables à plus d'un titre de M. Ferrus, dont le nom se rattache à de grands services et à des améliorations utiles au traitement des aliénés. Ghacuu rend justice aussi aux recherches habiles de MM. Lélut, Baillarger, Bayle, Parchappe. Délaye, Guislain, Moreau, Morel, Falret, Brierre de Boismont, et de plusieurs autres que nous aurons occasion de citer dans le cours de cet article. Grâce à ces travaux des médecins aliénistes, à leurs persévérants efforts et aux progrès des lumières, les fous ne sont plus, comme au moyen âge, brûlés comme sorciers ou possédés du démon, ni adorés comme des génies bienfaisants ou des prophètes; ils ont cessé de servir ù l'amusement des grands ; on ne les abandonne plus à leurs luisères sans autres secours que la coumiisération publique , et on ne les confond plus dans les cachots avec les criminels; mais partout leur malheur a trou\é sympatliie, et de toutes paris s'élèvent aujourd'hui des asiles où ces infortunés reçoivent les soins que leur état réclame.

Anatomie pathologique. — Depuis Morgagui, Haller, Meckel, on a beaucoup recherché les lésions que l'aliénation mentale laissait après elle; les travaux de ce genre se sont surtout multipliés depuis une trentaine d'années. Greding , à la fin du siècle dernier (1790), avait avancé que, chez les aliénés, les osdu crâne étaient souvent amincis (dix-huit fois sur cent), et plus souvent encore qu'ils étaient épaissis (soixante-dix-sept fois sur cent). M. Bertolini a indiqué des résultats à peu près semblables. Cependant le fait avancé par ces deux auteurs n'a pas encore été mis hors de doute; d'ailleurs il faudrait préalablement déterminer quel est norlualemenl le degré d'épaisseur des os du crâne aux différents âges de la vie ; or c'est ce qu'on n'a pas encore fait. Il est, au contraire, incontestable qu'on trouve souvent chez les fous les méninges diversement altérées : ainsi ces membranes peuvent être injectées, é|)aissics, adhérentes entre elles ou h la substaiice cérébrale, couvertes de fausses membranes , infiltrées de sang, de sérosité, etc. Ces diverses altérations ont été vues |)ar M. Calmeil quatre-vingt-deux fois sur cent chez les déments paralytiques, et M. Bayle les a toujours constatées chez ces mêmes malades. Ces altérations, qui, comme on le voit^ soTi\.«\ cx^Kim^Sk^ ^^k^\

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les mouveuieuts soiit altérés, iiianquent Unit à fait dans les cas de folie ample. Beaucoup d^auteurs, notamment M. Parcbappe, ont encore signalé h fréquoDce des congestions sanguines dans le cerveau des aliénés. Mais il n*y a lli rien de spécial, car cette lésion se rencontre également dans le cours d'une foule d*aQtres nnladies aiguës et chroniques, et peut-être n'est-il pas encore prouvé qu'elle soit plus commune dans la folie que dans ces dernières; d'ailleurs tout porte à croire que la congestion est alors un état plutôt consécutif * que primitif. Chez quelques sdiénés, on a trouvé, dit-on, une hypertrophie cérébrale; plus souvent on a noté l'atrophie des circonvolutions : mais cela n'a été remarqué que dans la démence. M. Étoc-Demazy a rencontré aussi un oedème du cerveau dans les cas de stupidité. On a encore trouvé le cerveau tantôt plus mou, tantôt plus consistant; on a prétendu que la substance grise était toujours ramollie chez les démets paralytiques, et la substance blanche, au contraire, plus consistante chez ces mêmes individu C'est aussi à peu près exclusivement dans les cas de paralysie générale , ainsi que le note Leuret, qu'on a rencontré des granulations à la surface des ventricuks cérébraux, et l'adhérence des méninges avec les circonvolutions cérébrales. Enfin, suivant iMiM. Foville et Parchappe , la substance grise des circonvolutions serait souvent, soit en totalité, soit en partie , pâle, décolorée. Cependant l'existence de cette altération n'est pas encore incontestable, et, le fât-elle, il resterait encore ï déterminer si elle se rattache plutôt aux symptômes physiques qu'aux symptômes psychiques de la folie. Nous ne dirons rien des adhérences anormales qui, d'après M. Fotille, existeraient quelquefois chez les fous entre les plans fibreux éoùi, d'après cet habile médecin, seraient composés les hémi^hères cérébraux ; car, à supposer que cette disposition anatomique fût réelle, on pourrait faire relativement à cette lésion les mêmes objections que précédemment.

Suivant M. Parchappe, la folie entraînerait un décroissement graduel du cerveau, décroissement qui serait en raison de la d^radation successive de l'intelligence dans la folie simple. Ainsi, d'après la comparaison du tableau qu'il a dressé à cet eflet, il a trouvé que la moyenne des deux catégories, folie aiguë et folie chronique, différait d'une quantité en poids, égale à 89 grammes pour les hommes, à 85 grammes ponr les femmes, en proportion égale, à 77/1000 pour les hommes, à 67/1000 pour les femmes. Meckel avait déjà dit que le cerveau des aliénés avait une pesanteur spécifique moindre; mais ce fait a été expérimentalement contredit par MM. Leuret et Mitivié.

Il est cependant incontestable que dans une foule de cas l'autopsie ne révèle aucune lésion appréciable dans les centres nerveux ; presque tous les partisans les plus exclusifs de la localisation de la folie citent des faits de ce genre. Quant aux nombreuses altérations que nous avons précédemment éuumérées, il n'en est aucune qui soit spéciale à la folie : c'est, comme le dit Leuret, sans esprit de critique, qu'on a accumiUé toutes les altérations rencontrées ou qu'on a cm rencontrer dans le cerveau des aliénés, et qu'on a attribué le désordre de l'intelligence et des passions à ces altérations réelles ou supposées. On a négligé de tenir compte des altérations compatibles avec l'intégrité de l'intelligence. Comme nous le verrons bientôt, il y a dans la folie non-seulement un trouble intellectuel, mais le plus souvent aussi divers symptômes physiques; or les lésions matérielles ne se lient-elles pas plutôt à ces derniers qu'aux troubles psychiques? C'est ce que pensent les médecins qui, par leur expérience, méritent le plus de faire autorité en pareille matière. Qu'il me suffise de citer ici les noms d'Esquirol, de Leuret, de MM. Lélut, Bailiaigen Leuret dit avec beaiucouç dft niaon <çie ^^ersonne n'a encore découvert

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