‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 224 sur 265 · DB LA FOLIE · texte numérisé non relu

DB LA FOLIE

l'aiténitioii qui serait la cause immédiate de la folie ; que s*il eu existe une, elle doit être semblable à celle qui produit les rêves, qui amène les fausses conyictions des individus raisonnables, qui excite les instincts et les passicms, c'est-à-dire <pi*rile ne se manifeste jamais par des caractères physiques appréciables. La paralysie générale, qui coexiste souvent avec la folie, se lie le plus souvent, il est vrai, à quelques lésions matérielles des méninges et du cerveau ; mais ces lésions que nous avons énumérées plus haut se combinent de mille manières, et aucune d'elles ne saurait être signalée comme formant le caractère anatomique de la maladie : d'ailleurs celle-d existe quelquefois sans que Tautopsie révèle aucun changement appréciable de texture dans les organes de la cavité cérébro-finale ; M. Lélut, notamment, a rapporté plusieurs faits de ce genre.

Caractères généraux de la folie. — Les désordres de Tintelligence sont extrêmement variés dans Taliénation mentale. Ce sont, dit Georget, des conceptions extravagantes, des idées bizarres, des rapprochements d'idées singulières, des opinions ridicules, des jugements faux par les principes dont ils émanent, des propos décousus ; c'est une succession rapide cl plus ou moins incohérentejd'idées, de jugements, de raisonnements; c'est un mélange singulier de conceptions raisonnables, d'opinions fondées, de raisonnements suivis, de jugements sensés, de talents conservés, avec les résultats de h plus complète déraison. Chez les fous, la sensibilité morale est exaltée ou pervertie ; les sensations, comme le dit Ësquirol, ne sont plus eu rapport ni avec les impressions extérieures ni avec les impressions internes; les malades paraissent êti-e le jouet des erreurs de leurs sens : ainsi rien n'est plus commun que de voir les aliénés prendre leurs parents, leurs proches pour des étrangers, et réciproquement. Quelqu'un profère-t-il un cri, ils croient reconnaître la voix d'un ami, d'un ennemi ; une saveur, une odeur désagréable qu'ils trouvent aux aliments, leur donnent l'idée qu'on veut lesempoisonner. Beaucoup se trompent sur le volume, la forme, la pesanteur des corps qu'ils touchent; ce sont là tout autant (Titlusions, c'est-à-dire que les malades ayant leurs sens impressionnés, se trompent sur la nature et la cause de leurs sensations. Mais indépendamment de ces troubles, on voit fréquemment les aliénés avoir des hallucinations^ c'est-à-dire des sensations produites sans excitation extérieure. C'est ainsi que beaucoup d'entre eux entendent des voix qui les suivent, les obsèdent, tes injurient, leur conseillent, ledr ordonnent des actions infumes ; d'autres voient devant eux des personnes ou des choses absentes, sentent des odeurs fétides ou agréables qui n'existent pas; quelques-uns, quoique en repos, croient marcher sur des fleurs, sur des épines, sur un sol mouvant ; il en est qui pensent avoir dans une partie de leur corps un animal quelconque qui les ronge, les dévore ; en un mot, on croirait voir des honomes qui rêvent tout éveillés. Chez les fous, les idées, les affections sont mobiles, versatiles à l'extrême ; la faculté qu'a notre esprit d'associer les sensations et les idées, et de les coordonner eotre elles, offre chez eux les altérations les plus remarquables. Presque tous conservent le souvenir du passé et en parlent ; beaucoup même gardent la mémoire des choses présentes, et, une fois guéris, ils racontent ce qu'ils ont vu ou fait |1endant leur délire, et donnent les motifs de leurs déterminations; car les fous ont une volonté. Il est rare qu'ils aient la conscience de leur état ; cpielque extravagants qu'ils soient dans leurs paroles et leurs actions, ils se croient raisonnables, et ont toujours quelque motif pour agir comme ils le font Chez quelques-uns on obsen e des actes, des impressions, des déterminations véritablement automatiques, c'est-àdire indépendants de la volonté : ainsi on voit des malades crier, coiu'ir, se livrer à. det actes de fureur, tuer même, sans autre motif que câioiàft txVn^ ^^ txmrà v^

de tuer. 0|)eiidant Ksquirol pense que le plus souvent ces actes, ces impnbioK irrésistibles tiennent à des motifs dont Taliéné et ceux qui Tobservent peuvent jusqu'à un certain point se rendre compte. Les aiïections morales épronvent chez ces malades une altération plus ou moins profonde ; c'est un |)oint de Thistoire de la folie sur lequel Esquirol a beaucoup insisté. Ainsi rien de plus commun, de plu oitlinaire que les aliénés voient avec indifférence ou même prennent en haine leurs parents, leurs amis les plus intimes. Beaucoup se livrent aux actions les plus honteuses; des individus d'une probité austère deviennent voleurs; les femmes le plus chastes tiennent les propos les plus obscènes, se livrent à des gestes indécents, à des pratiques honteuses, etc. Les passions sont variables suivant le genre de folie. Impétueuses dans la manie et la monomanie, tristes dans la lypémanie, elles s'éteignent dans la démence, où, comme on Ta dit, il n'y a d'autres passions que celles qui naissent des pressants besoins de l'homme. Les fous sont, en général, pohrons, pusillanimes, imprévoyants, d'une confiance ou d'une méfîaDce aveugles. Occupes de leur délire, ou peut avancer que, quoique en société, ils sont cependant isolés; ils vivent chacun de son coté, et rien n'est plus rare que de les voir s'entendre et comploter entre eux.

On a dit peut-être trop généralement que la sensibilité physique était diniinoétf ou pervertie chez les fous. Cette faculté est, au contraire, le plus souvent intacte : ainsi ces malades sont à peu près aussi sensibles à la douleur, au froid, à la chaleur, que le commun des hommes, etc. ; les cas contraires soat purement exceptionnels.

Les aliénés peuvent être habituellement calmes; mais la plupart ont de temps en temps des mouvements de colère, de fureur, d'agitatioa : alors ils crieut, ib vocifèrent, ils injurient, ils battent, ils déchirent leurs vêlements ; dans tous les cas. leur physionomie exprime les passious dont ils sont agités.

Quelques aliénés se plaignent de céphalalgie :.cela n'a guère heu qu'au début. Beaucoup ont de l'insonmic ou bien un sonuneil rare, agité, et cela |>endant des mois, et même pendant des années entières. La circulation cérébrale ne parait pas être plus active chez eux, excepté pendant les paroxysmes de fureur. Ou n'observt* aucun trouble du côté des fonctions resphatoires, si ce n'est un peu (l'eurouenient et d'aphonie lorsc^u'ils ont vociféré pendant lon|$tem))s. Il y a apyrexie complète; mais le pouLs est généralement plus fréquent que chez les sujets sains d'esprit : c'est ce qtii résulte d'exi)ériences comparatives faites en France |)ar MM. Leuret et Mitivié, et aux États-Unis par M. Pliny Karle. L'appétit est en général intact, et les digestions sont régulières. Si quelques malades ne mangent pas, c'est par suite de quelque complication, ou parce qu'ils craignent d'être empoisonnés; les autres se mettent à la diète par mortification, par esprit de pénitence, etc. La nutrition est le plus souvent intacte.

Divisiotis. — >ous venons de présenter les symptômes généraux de la folie, mais cette maladie offre des formes différentes. Ainsi, lorsque le délire se compose particulièrement et même exclusivement d'une idée fixe et prédominante, d*uDe idée gaie et expansive, on dit qu'il y a monomanie. Si le délire porte sur un objet ou un petit nombre d'objets, avec prédominance d'une idée triste, c'est la typêmanit d'Ësquirol, ou la mélancolie des anciens. Si le délire est général et s'accompagne d'excitation, c'est la manie. Enfin, on dit qu'il y a démence lorsque les facultés intellectuelles sont considérablement diminuées ou éteintes.

Monomanie, — Rigoureusement parlant, on ne devrait donner le nom de moiv^mânes qu'aux individus qui ne délirent que sur un seul objet ; ce|)endant beaucoup d'auteurs ont coutume de couCondre sous cette dénomination tous les fous qni ont

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une idée déraisonnable prédominante : aussi la mouomauie constitue-t-elle pour eù\ ta forme Ja plus commune dé l'aliénation mentale, tandis que le délire partiel esl regardé comme excessivement rare. Plusieurs observateurs, comme MM, Foville, Falret, Piichard, Morel, nient même Texisteuce d*un délire local, partiel, exactement circonscrit, ne portant que sur une idée et laissant du reste la raison parbiteroent intacte. Mais cette opinion est sans doute trop exclusive ; elle est contredite, d'ailleurs, par Texpérience d'Esquirol et par les faits observés par MM. Brierre de Boismont et Baillarger. Ce dernier a établi , en effet , dans un article fort bien pensé qu'il a inséré dans le tome VIII des Annales médico-psi/chologigueSy qu'il existe beaucoup de malades dont le délire est exclusivement borné à une idée fausse. Beaucoup de ces individus passent inaperçus, et le délire n'est pas même soupçonné. Que de malheureux, en effet, qui, .avant d'être homicides ou d*attenter à leurs jours, ont passé des mois et de longues années, comme dix, quinze et vingt ans, à lutter contre lidée fixe qui les poursuivait ! Ces individus étant raisonnables sous tous les autres rapports, eux seuls étant les confidcUtiC de leur pensée, ils vivent dans la société jusqu'à ce qu'ils mettent à exécution l'idée qui les poursuit sans relâche, ou jusqu'à ce que, le trouble cérébral étant devenu plus complet, on soit obligé de les séquestrer.

Ainsi que nous l'avons dit précédemment, on regarde généralement comme* monomanes les individus qui divaguent sur une foule de points, à l'instar des maniaques ; mais avec cette différence pourtant, que les premiers s'occupent le plus ordinairement de leur marotte, tandis que les seconds extravaguent indifféremment sur tout.

La monômanie survient, dit M. Baillarger, tantôt lentement, d'autres fois elle succède à un trouble aigu plus ou moins général de l'intelligence : c'est un point sur lequel M. Moreau a insisté avec raison.

I^s. formes de la monômanie sont extrêmement variées : une des plus fréquentes est la monomanie ambitieuse. Les individus se croient riches et puissants; ils sont princes, monarques, papes; ils se croient César, Napoléon, Jésus-Christ. Ceux-là se reconnaissent ordinairement à leur démarche, à leur maintien plein de fierté, à l'air de supériorité qu'ils affectent vis-à-vis de ceux qui les entourent. Les femmes qui ont le même travers se préoccupent beaucoup de leur parure. Il est des monomanes chez lesquels le caractère prédominant de la folie consiste dans des désirs vénériens excessifs et violents : ceux-là ont toujours des roots obscènes dans la bouche; ils ont des gestes indécents, pipvocateurs; ils présentent une excitation à peu près permanente des organes sexuels, et tombent dans un état de fureur maniaque lorsque leurs désirs effrénés ne peuvent être satisfaits. C'est bien là certainement une forme de folie : on lui a donné les noms de nymphomanie ou de fureur utérine^ chez la femme ; de satyriasis ou satyriase, chez l'homme. C'est à tort, suivant nous, que la plupart des auteurs ne voient dans ces accidents qu'une maladie particulière, qu'une névrose des organes sexuels : nous croyons, au contraire, que ce n'est qu'une vaiiété de la monomanie. Quoi qu'il en soit, les satyriases et les nymphomanes sont bien différents des monomaniaques qu'on nomme érotomanes, qui ont le coeur plein d'un amour chaste, tout platonique. Ceux-là s'occupent sans relâche de l'objet aimé; ils le voient, l'entendent, le touchent et lai parlent, (.ette sorte de folie est surtout commune chez la femme; ces malades sont le plus souvent gais, mais quelquefois ils sont tristes (c'est alors hlypémonte erotique),

ÎA monomanie dans laquelle dominent les affecliotvs moràe^ Vcv^vi&^^VK®»^

T. //. — â* ÉDIT, *^

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l'ennui, le chagrin, porte, comme nous l'avons déjà dit, les noms de métancolie, et mieux de lijpémanie. Ces individus sont toujours tristes, malbeoreox; les nos se croient pei*sécutés, d'autres avilis, méprisés, ruinés ; il en est qui sont dans uo état continuel de crainte et de frayeur {c'est h panophoùie). Fréquemment les malades dont nous |)arlons sont tourmentés par des idées religieuses (monoaumie re/iyieusé) : ainsi ils ont des remords pour leur vie passée, quelque pure d'aiUeiira qu'elle ait été; ils se voient damnés; quelques-uns se croient au pouvoir du diable {démonomanie). Par suite de ces idées, ces malheureux se livrent nuit et jour ^ des pratiques austères ; ils se privent de manger, de dormir; quelques-uns se martyrisent, et môme se tuent, pour obéir à une voix intérieure, à un ordre de Oiea. A. côté de la démonomanie, nous devons parler des individus qui se croient transformés en animaux , en chien {cynanthropie) , en loup [lycantkropie) : ceux-là marchent à quatre pattes, ils laissent croître leurs cheveux, leurs ongles ; ils imiteot les cris des animaux; quielques-uns s'enfuient dans les bois, et s'y nourrissent d'herbes ou de viandes crues. Cette forme de folie, presque inconnue de nos jonrs^ a été fréquente dans les temps anciens et dans le moyen âge.

On pourrait considérer aussi comme une variété de la lypémanie, la nostalgie, c'est-à-dire cet attachement exagéré pour le lieu qui nous a vu naître , occasîoonant un ennui, un chagrin, un désespoir même, et pouvant par suite entraîner, comme toutes les affections morales tristes, de graves désordres dans Téconomie.

n est une monomanie très grave, caractérisée par un penchant irrésistible au suicide; les individus attentent à leur vie froidement, après réflexion. Les uns, en très petit nombre, semblent se tuer par plaisir; mais presque tous le font pour se soustraire à des souffrances, le plus souvent imaginaires; ils se tuent parce qu'ils se croient dans lîn état physique ou moral tel que la mort leur semble préférable. On voit ces individus, lorsqu'ils ont échoué dans une première tentative, la renouveler plusieurs fois, et finir tôt ou tard par tromper la vigilance de leurs gardiens. A côté de ces monomanes, nous devons placer ceux ciui, au lieu de se tuer, tuent un de leurs semblables [monomanie homicide). Les uns commettent ce crime sans passioa, sans aucuns motifs et sans conscience ; ils y sont i)oussés irrésistiblement : ainsi c'est une servante qui , chaque fois qu'elle déshabille l'enfant confié à ses soins, éprouve un désir irrésistible de l'éventrer; ou bien c'est une mère qui est poussée à couper le cou à Tenfaut qu'elle aime le plus tendrement D*aatres individfus sont excités au meurtre par une idée délirante ; ici l'homicide est prémédité. Ainsi la plupart des aliénés tuent parce qu'ils croient voir dans leurs victimes des espions, des ennemis, des esprits malfaisants ; quelques-uns, c'est par excès d'amour : tels sont ces pères qui ont tué leurs enfants pour leur donner le ciel et le3 soustraire à la corruption du siècle. Quelques monomanes, au lieu de tuer, volent, incendient leurs propriétés ou celles d'autrui ; de même que les précédents, ils commettent ces délits et ces crimes, les uns instinctivement, les autres en

raisonnant

Manie. — Nous avons dit précédenmient cjue la manie consistait dans un délire général sans idée prédominante : ainsi, dans son degré le plus faible, les malades sont agités, bavards, connue s*ils avaient pris une dose trop forte de café ou de liaueur enivrante ; ils deviennent étourdis, indiscrets, capricieux, sans pourtant délirer encore. Mais bientôt, spontanément, ou bien à l'occasion d'une contrariété, ils perdent tout à fait la raison. Cependant quelques-uns de ces malades, qui, livrés à eux-mêmes, déraisonnent tout à fait, peu\ent si Ton fixe leur attention, parier encore assez juste sur une foiUe de points : c'est à ce mélanfe de

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