‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 226 sur 265 · DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE

Marche de la folie. — Dans quelques cas, la folle éclate brusquement : c'est ce qui a Heu surtout lorsque la maladie succède à une cause violente, comme une forte commotion morale ou un excès alcoolique. En général, le début est lent, graduel; il y a une sorte de |)ériode d*incubatîon, pendant laquelle on voit survenir divers changements dans le caractère et les habitudes des malades. Ainsi les uns sont inquiets, agités, agacés, bavards ; les autres sont tristes, préoccupés : ils fuient le monde, la société. Des individus jusqu'alors sobres, rangés, économes, continents, deviennent intemi)érants, ivrognes, débauchés. (]es changements surprennent, étonnent ; mais si le malade n'a pas déjà été aliéné « il est rare qu'on les attribue \ un dérangement mental. Sous tous les autres rapports, la santé ésX généralement i)onne ; quelques-uns de ces individus se plaignent |>oiirtant de céphalalgie, et surtout d'insomnie. Mais bientôt ces personnes sont obsédées d'idées bizarres, singulières, qui les préoccupent, niais qu'elles peuvent chasser encore. Cette période, cette sorte d'incul)alion, peut durer non-seulement des mois, mais même des années entières : puis ces individus penlcnt complètement la raison 5 l'occasion d'une faible contrariété ou d'une cause presque aussi insignifiante. Dans qùelcpies cas, la folie débute brusquement et avec une violence telle, qu'elle simule tout II fait une méningite ; ce n'est souvent qu'après une observation de plusieurs jours qu'il est possible d'être fixé sur la nature de la maladie. Mais le plus communément la perte de lâ raison s'opère d'une manière moins brusque, il n'y a guère d'autres symptômes physiques que de l'inappétence, de la constipation et de l'insomnie. Une fois déclarée, la maladie suit une marche presque toujoiirs continue, ayant, comme le dit Esquirol, trois périodes bien marquées : une première, aiguë, avec symptômes concomitants; une deuxième, chronique, (iresque toujours exempte de s\mptômes étrangers au délire; enfin la troisième ))ériode est celle du déclin. La folie a souvent une marche rémittente : dans celle-ci, les désordres cérébraux présentent des exacerbations et des rémissions ordinairement irrégulières ; les malades passent d'un délire à un autre, et les hallucinations changent. Ces exacerbations surviennent le plus souvent sans cause appréciable ; chez les femmes elles ont fréquemment lieu aux périodes menstruelles : les contrariétés vives et une température élevée produisent souvent le même effet. Quelques personnes ont pensé, avec Daquin et Dubuisson, que les phases de la lune exerçaient sur la marche de la folie une action réelle ; mais cette opinion, contredite par Cox, a été phitôt infinnée que confirmée par Esquirol, qui i)ense que si quelques malades sont plus agités dans la pleine lune, c'est parce qu'une vive clarté pénètre alors dans leurs habitations. Enfin la folie peut être intermittente, et Ksquirol admet qu'elle peut être quotidienne, tierce, quarte, mensuelle, annuelle, ^ous venons dédire que, dans la folie, les divers<» formes de délire se rem))laçaient ; nous devons ajouter, avec Esquirol, qu'elles se compliquent souvent pour fonner des composés binaih^, ternaires : ainsi la lypémanie se complique avec la manie, la démence avec la manie et la monomanie.

Complications, maladies incidentes. — l A folie, quoi qu'en ait dit Mason Cox, ne met à l'abri d'aucune des maladies intercurrentes épidémiques : elle se complique souvent d'alTeclions incidentes étrangères au système nerveux ; c'est ce dont on se convaincra en lisant l'article n*marquable que M. Calmeil a inséré dans le deuxième volume du Dictionnaire dp médecine^ et surtout h» traité romj)let qu'un médecin distingué, M. Thore, a publié récemment. Ces maladies inridonles fint une influence pins on moins marquée sur la folie, soit, dit Esquirol, (^u'^elli^s en 8us|)endent la marche, soit qu'elles la fassenl ciîsswir Vc\vq8>vî \vvcV\«^^ ^v\

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qu'elles tenninent les jours des aliénés: En tout cas, elles nécessitent mie atteition spéciale, car leur diagnostic est souvent entouré de nombreuses difficultés. Les commémoralifs manquent en effet d*une manière complète; beaucoup accusent des maux imaginaires, tandis qu'ils dissimulent des maladies réelles^.- L'affectkii elle-même a souvent une marche sourde, insidieuse, latente. Aussi doit-on, chez les adultes comme chez les vieillards, tenir compte des moindres changennents survenus dans les habitudes et dans l'état général, car il n'est pas rare de voir ces individus atteints de maladies aiguës, d'une pneumonie, par exemple, sur le point de se terminer par ia mort, se lever encore, marcher et manger. C'est avec raison que M. Thore a insisté sur ces divers points : aussi renvoyons-nous à son livre pour la solution des questions spéciales que présente l'étude des maladies incidentes chez les aliénés.

Beaucoup de ces malades éprouvent, indépendamment de la folie, divers antres accidents du côté du système nerveux, comme des congestions cérébrales , des mouvements convulsifis, des attaques d'épilepsie, d'hystérie, et enfin la plus redoutable de toutes, la paralysie progressive, dont nOus avons précédemment parié page 679.

Les maladies qui atteignent les insensés, dit M. Calmeil, ressemblent en général, quant à leur siège, à leur nature, à leurs formes, etc., aux maladies qui attaquent les personnes douées de raison : seulement le délire apporte quelquefois des modifications dans la manière dont les symptômes se développent, se groupent, marchent vers leur terminaison ; mais nous ne pouvons longuement insister sur ce sujet

Durée^ terminaisons. — La folie qui guérit a une durée variable. Lorsqu'elle succède à un excès de boisson ou à une attaque d'épilepsie, elle se tennine ordinairement après quelques heures, après quelques jours, et au plus tard après quelques semaines. D'autre part, Pinel cite l'observation d'une femme qui, continuellement furieuse pendant vingt-cinq ans, guérit néanmoins au bout de ce long intenalle ; mais ce sont là des cas exceptionnels, et l'on doit établir que la plupart des guérisons, c'est-à-dire les 11/12", d'après Georget, s'effectuent dans le cours de la première, puis de la seconde année; Pinel fixe la durée moyenne de la folie qui guérit, à cinq mois pour la manie, à six mois pour la lypémanie ; Ësquirol la porte à peu près à un an.

Très rarement le retour à la raison s'opère brusquement ; si cela arrive, c'est à la suite d'une émotion vive, du retour des règles, ou dans la convalescence d'une maladie aiguè ou chronique, ainsi qu'il en existe de nombreux exemples. Presque toujours, cependant, la guérison s'effectue lentement; les malades deviennent f^os calmes, le nombre de leurs idées fausses va en diminuant; ils songent à leurs parents, à leurs amis; ils désirent les voir; ils ont la conscience de leur état; leur sommeil se rétablit, la figure reprend son expression, et l'embonpoint revient ; enfin ces individus sont rendus peu à peu à leur état physiologique. Ces heureux changements s'opèrent presque toujours sans qu'on puisse constater d'une nianièiv évidente l'influence d'aucun mouvement critique. La convalescence peut durer quelques semaines ou plusieui^ mois. Il est des malades qui, une fois guéris, restent encore quelque temps un peu tristes, susceptibles et incapables de se livrer à un travail soutenu; cela n'a rien de très étonnant Mais il faut se méfier des convali»scences dans lesquelles les individus conservent encore des bizarreries dans le caractère, des préventions contre leurs parents; car dans ces conditions les rechutes «iont très fréquentes. La folie est iUos tous les cas une des maladies qui rècidivest

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