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DE LA FOLIE

le plus souvent; les rechutes, comme les récidives, paraissent être plus communes chez le pauvre que chez le riche, cefui-ci pouvant être placé après sa guérison dans des conditions plus favorables. Une des terminaisons les plus fréquentes de la folie est son passage à Tétat chronique, puis à la démence.

La folie simple ne tue presque jamais; cependant, dans quelques cas de manie aiguë, les malades, constamment agités, privés de sommeil, maigrissent, s*épuisent, et meurent en un ou deux septénaires, sans que Tautopsie rende compte ni des symptômes, ni d*une terminaison aussi rapidement funeste. Beaucoup d*a!îénés meurent par accident; mais la plupart sont emportés par des maladies incidentes ou par suite de la paralysie générale. En somme, la folie abrège sensiblement la vie : c*est une proposition que les recherches de Monro, Greding, Crichton, Ellis et Georget, ont mise hors de doute.

Diagnostic. — Dans Timmense majorité des cas, le diagnostic de la folie n'offre aucune difliculté, même quand son début esfbrusque et violent On pourra presque toujours la distinguer d'une phlegmasie des tnéninges et du ceneau, et des délires sympathiques, par Tabsence de la fièvre, qui, lorsqu'elle existe d'ailleurs, est tout à fait passagère ; par la conservation des forces, par l'expression de la physionomie, et en ayant égard à l'état fonctionnel, ainsi qu'à la marche que suit le trouble intellectuel. (lomme les fous ont parfois des instants lucides, que d'autres ont la conscience de leur état, il s'ensuit que le médecin peut être induit en ei renr, et méconnaître la folie. Il faudra, dans ces cas, interroger longuement le malade, surtout sur les points principaux de son délire. On recherchera ses antécédents, ses habitudes, ses mœurs ; on le fera écrire ; on interrogera les personnes qui vivent avec lui, et si la chose est nécessaire, on le soumettra à une obsenation attentive pendant plusieurs jours. On ne devra jamais se prononcer légèrement; dans le doute, on n'ordonnera pas la séquestration du malade, mais on le surveillera, de manière qu'il ne puisse,, s'il est réellement fou, ni se nuire, ni nuire aux autres.

Pronostic» — La folie est une maladie toujours fâcheuse ; mais il est di veines circonstances qui rendent le pronostic plus ou moins grave. Les chances de guérison diminuent avec le nombre des années : ainsi Esquirol a établi que, |)assé cinquante ans, on comptait peu de cures, tandis qu'elles sont communes de \ingt à trenie. Ln premier accès guérit plus vite qu'un second, et l'on peut dire en général que la maladie est d'autant plus grave qu'elle a déjà récidivé un plus grand nombre de fois. L'hérédité est une circonstance fâcheuse. La manie paraît guérir plus vite que la mimomanie, et surtout que la lypémanie; la folie avec des idées de grandeur est une des plus rebelles. La démence est la forme la plus grave ; arrivée à un certain degré, elle est incurable. Lorsqu'il existe dos symptômes de paralysie, CD ne doit plus compter sur une heureuse issue. Les habitudes d'ivrognerie, de masturbation, les accès d'épilepsie, sont des antécédents toujours fâcheux. Les folies puerpérales, et généralement la plupart de celles qui se déclarent brusquement, guérissent plus vite et en plus grand nombre que celles qui surviennent lentement Le printemps et l'automne sont les deux saisons dans lesquelles on voit, d*après Esquirol, le plus grand nombre de cures. Les chances de guérison sont nombreuses dans les deux premières années ; elles diminuent ensuite d'autant plus que la maladie se prolonge davantage. Esquirol dit que, passé la troisième année, la probabilité des guérisons n'est guère (jue d'uu trentième. Après dix ans, on doit conserver peu d'espoir ; cependant nous avons dit que la raison |)ouvait revenir après un temps beaucoup plus long : tel est le îail i\ueVVue\àVi^\\vv^^^'»K«^^

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qui avait passé vingt-cinq ans dans un état de nianie» et qui toiit à coup recoQTn la santé.

Htioloqie. — D'après la plupart des relevés publiés jusqu'à ce jour, on pcttl établir que la folie, 1res rare dans Tenfance et même jusqu'à quinze ans, devKDt commune après la vingtième aunée ; qu'elle acquiert son maximum de fréquence de trente à quarante, qu'elle diminue progressivement ensuite jusqu'à la viétUosie, pendant laquelle on n'observe guère que cette espèce de dégradation intellectneOe nommée dâinence se ni le. Il n'est pas prouvé que cette maladie soit, comme od \v dit, sensibliinent plus commune chezlafetnme que chez l'homme; la proportioD, d'ailleurs, doit varier suivant les pays. L'hérédité est une des causes pr^lisposante les plus puissantes de la folie : ainsi on l'a observée sur un tiers des femmes admises à la SalpOirière ; Esquirol la croit èlro d'un sixième chez les pauvres, et il l'a notée sur plus de la moitié des malades reçus dans sa maison d'Ivr)\ Doit-ou en conclure que l'hérédité est plus fréquente dans la classe riche que dans la clas^ pauvre, ou bien ne doit-on pas plutôt attribuer ces résultats dilTérents à ce qu'il nVst pas toujours possible, |>our les individus des hospices, d'avoir des renseignements précis sur la santé des i)arents? La transmission paraît se faire d'autant mieux que la maladie provient à la fois du père et de la mère ; elle s'opère plib facilement |)arla mère que par lepc^re, proposition qui n'est pas d'accord pourtant avec les relevés de MM. Thore et Aubâiiel, mais dont l'exactitude est démontrée par les recherches statistiques de M. Raillarger et de M. Saumel Ilare. On a dit aussi ({ue les enfants avaient plus de chances de tomber malades lorsqu'ils étaient engendrés après que leurs parents avaient déjà été atteints de folie. Ehfm, îW. Morean (de Tours) a récemment émis l'idée (1) que les enfants prédisposés liéréditairement à la folie y étaient d'autant plus exposés qu'ils diiïéraient davantage, par leur physionomie, du parent atteint d'aliénation mentale, tandis que ceux qui ont aToc lui une ressemblance frappante conservent en plus grand nombre l'intégrité de leurs facidtés morales. C/est à une observation ultérieure à prouver ce qu'il y a de fdodé dans une pareille doctrine.

On prétend que les enfants des ivrognes deviennent souvent aliénés, mais la chose est loin d'être démontrée. Il n'est pas sûr non plus que les émotions moral» de la mère pendant la gestation puissent, comme on l'a prétendu, avoir le même eiïet. Le tempérament neneux, irritable, une hnagination ardente et désordonnée, une éducation vicieuse, qu'elle ait pour effet d'exalter l'imagination ou de Tabrutir. concourent également à produire la folie. La plupart des statistiques font rencontrer un plus grand nombre de fous dans la classe des célibataires. On n'a pas encore de renseignements bien précis sur l'influence qu'exercent les différentes professions ; on admet cependant que celles qui exigent une grande contention d'esprit, des études soutenues et opiniâtres, sont celles qui comptent le plus d'aliénés. Mab cette pro|)osition n'est pas encore à l'abri de toute contestation; peut-être même doit-on dire avec Esquirol que, chez les hommes d'inteHigence, d'imagination, h-s (>xcès d'étude sont moins souvent la cause de la folie que les écarts de r^me el que l'abus des liqueurs fortes auxquels la plupart se livrent. Celte diTUÏère cause est. eu effet, très puissante. Aux excès alcooli(iues il faut joindre les excès véuérien>, et surtout l'onanisme ; la misère et les tourments qu'elle entraine avec elle ont le même effet Ces causes réunies expliquent la fréquence de la folie chez les prostituées, et pourquoi la maladie est plus commune dans les grandes villes et surtout

(i) Union médicale^ numéro A\i 11 wm\ V%^\.

DE il iFÔLÎË. èiî

dans les cités maniifactiirières. On se rend compte aussi pourquoi les cas d'aliénation mentale sont, toutes choses égales d^aiileurs, quatre, cinq et même six fois plus nombreux chez les prisonniers que dans la population libre. Ce fait, entrevu autrefois par M. baillarger, a été prouvé directement par xM. Lélut. Il ne paraît pas eu être de même de Tesclavâge ; il résulte en effet de documents, un peu suspects peutêtre, publiés en Amérique, que dans les ])ays où il existe des nègres esclaves et des nègres affranchis, ceux-ci fournissent un plus grand nombre d'aliénés. Quoi qu'il en soit, il est certain que la fréquence de la folie est en rapport avec les institutions politiques : là où les passions s*agiteut, là où existent des partis et des factions» dans les pays soumis à des bouleversements fréquents, amenant des changements brusques dans la fortune des citoyens, on doit trouver et Ton trouve en effet beaucoup de fous. Ësquirol a fait voir que les idées dominantes dans chaque siècle influaient beaucoup à la fois et sur le nombre et sur le caractère des folies. Celles-ci paraissent avoir leur maximum de fréquence pendant l'été.

Les causes excitantes de la maladie sont nombreuses. Les principales sont, parmi les causes physiques, les contusions du crâne, une insolation vive ou l'action d'un froid intense, les excès alcooliques ou vénériens, les attaques d'épilepsle.

L'état puerpéral paraît être une cause plutôt prédisposante qu'efficiente de la folie ; car, comme le dit Georget, h folie, après les couches, n'éclate ordinairement que par suite d'une seconde cause, morale oa autre. Certaines maladies aiguës, comme l'érysipiMe de la face, la pneumonie et la fièvre typhoïde, deviennent parfois la cause déterminante de la folie.

Presque toutes les causes efficientes de la folie sont pourtant plutôt morales que physiques : ainsi ce sont des revers de fortune, des peines de cœur, des chagrins domestiques, des perturbations occasionnées par des fatigues, des veilles, des études forcées, par des scrupules de conscience, par la terreur qu'inspirent à des esprits faibles r>ertaines prédications. Beaucoup de jeunes filles sont devenues folles après des tentatives de viol ; la suppression brusque des règles a souvent eu le même effet

Traitement. — Pour ramener à son état normal le cerveau atteint de folie, le médecin met en usage deux sortes de moyens. I..es uns consistent à diriger l'intelligence et les passions du malade de manière à les faire serv ir à sa guérison : c'est le traitement moral ou psychique. Les autres comprennent tous les moyens tirés de la thérapeutique : c'est ce qui constitjfie le traitement physique ou medicaL

1" Traitement moral. — Tous les médecins habitués à soigner les aliénés conseillent l'isolement de ces malades; on trouvera dans l'ouvrage d'Ësc[uirol les raisons graves qui commandent une pareille conduite. Pour une foule de motifs, oiî devra, saufquelques rares exceptions, placer les aliénés dans des maisons spéciales plutôt que de les garder dans des habitations privées. L'isolement, c'est-à-dire la séquestration de l'aliéné loin de ses parents, de ses amis, conuneucera dès que la folie sera bien caractérisée ; il sera d'autant plus efficace qu'on y procédera plus tôt et qu'on le rendra tout de suite plus complet. Si i)ourtant le trouble intellectuel était peu marqué, on pourrait essayer de déplacer le malade, de le feire voyager. Mais ce moyen puissant, qui est plutôt utile pour compléter le traitement, devra être dirigé avec pnidence, et il faudra que la personne de Taliéné soit toujours confiée, dans ces cas, aux soins d'un médecin habile.

Pour diriger convenablement le traitement moral, le médechi doit connaître exactement les antécédents de son malade, ses goûts, ses rapports de famille, les causes probables de sa maladie, les objets sur lesquels porte son dé\\T^. \\ ^'ksx^\>\\ témoigner àeYïntérùt, de la bienveillance, du dévouemenV^ ^Srti ôi!o>û\«aa ^"^ ^«a-

fiance; puis il attaquera le désordre cérébral Mais ici divers moyens se présentcnv. Georget Teut qu*on ne combatte pas directement les idées et les opinions déraisoonables des malades par le raisonnement, la discussion, 4*oppo6ition, la contradiction, la plaisanterie, la raillerie ; mais il conseille de fixer leur attention sur des objets étrangers an délire, de communiquer à Tesprit de ces infortunés des idées et des aiïections nouvelles à Taide d'impressions diverses ; do susciter, si Ton peut, une passion à la passion dominante, ce qui est en général fort difficile. Leuret agit de même; mais il le fait d'une manière plus énergique. Les raisonnements étant à peu près inutiles, et n'ayant le plus souvent d'autre effet que de rendre les aliénés plus enticliés de leurs opinions que par le passé, il soutient les raisonnements par des récompenses, par des encouragements, par la crainte, et même par la douleur. Quelques personnes se sont élevées contre cette pratique, et c'est, suivant noos, sans motif. On a surtout accusé Leuret d'employer la douleur de la douclie dans tous les cas ; mais cette accusation est injuste. Ce médecin habile reconnaît, an contraire, qu'elle n'est pas toujours nécessaire ; il dit même que celui qui, pour guérir les aliénés, n'aurait d'autre moyen que l'intimidation, détruirait ce qui reste à ces malades de facultés intellectuelles et morales. Il faut, d'après lui, Tarier les moyens moraux suivant les cas, suivant le caractère des individus : tel est sensible aux bons procédés, tel autre à la flatterie; un troisième est susceptible de crainte; il faut saisir le côté vulnérable de chacun. Lorsque la vanité et TambitioD dominent, on doi( savoir mettre en jeu ces passions et les faire servir de contrepoids aux idées délirantes. Chez plusieurs malades insociables et même stupîdes, Leuret, pour éveiller leur attention, a fait naître en eux des désirs, et il leur a créé des besoins pour agrandir leur vie de relation. Il faut lire et méditer son livre. Certainement tous les faits qu'il contient ne sont pas concluants; pour plusieurs on hésite à croire que la guérison soit complète, définitive; mais il en reste encore suffisamment pour prouver les avantages de sa méthode, qui, pour être employée, exige un tact et une adresse qu'il n'est malheureusement pas donné à tnut le monde de posséder. Par ce qui précède, on voit que, loin de flatter les idées délirantes des malades, on doit au contraire les combattre énergiquement 11 est quelques cas pourtant dans lesquels il faut tenir une conduite opposée : ainsi un homme se croit accusé d'un crime; il attend avec anxiété sa sentence; on improvise un tribunal qui l'acquitte, et il est guéri. Ln autre a des araignées, des grenouilles, des scorpions dans la tête, dans le ventre, comme Ambroise Paré, £squirol, M. Charcellay, etc. , en citent des exemples : on leur bande les yeux ; on leur fait une petite incision à la peau ou on leur administre un purgatif, on leur moutre l'animal, cause de tous leurs maux, qu'on vient d'extraire ou qu'ils ont rendu dans leurs selles, et souvent on les guérit par ce subterfuge.

Le traitement moral se compose encore de tous les moyens capables d'opérer une diversion aux idées délirantes : tel est le travail manuel ou intefiectucl, suivant les individus auxquels on s'adresse; tels sont les voyages, les promenades, les jeux de toutes sortes, la musique, soit que les malades se bornent à l'écouter, soit qulls exécutent eux-mêmes.

2* Traitement physique, — Le traitement médical ne repose pas sur des principes bien fixes. On a tour à tour employé contre la folie une foule de moyens qu'on a (Hé obUgé d'abandonner plus tard. Autrefois on saignait à outrance, surtout dans la manie; mais Daquin, Pinel, £squirol, se sont éle\és avec raison contre cette méthode barbare, qui n'avait d'autre effet que d'augmenter l'agitation des malades et de les faire tom^r A^lus U &^\SA\ic^ \a w^w^w^dolt^urunt pas être pros-

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