‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 229 sur 265 · DE L'HYPOCHONDRIE · texte numérisé non relu

DE L'HYPOCHONDRIE

qaes qui ne 8ont autres, comme nous le verrons, que des complications accîdenteUes de la névrose cérébrale.

SymptômeSy marche, — Les individus ne présentent d*abord autre chose au début qu*uû trouble purement mentaL Ainsi ces personnes, quoique parfaitement bien portantes, éprouvent tout à coupdes inquiétudes sur leur santé ; elles se croient atteintes de teUe ou telle maladie grave; elles ont des pressentiments sinistres; elles interrogent alors les médecins, des charlatans et des commères; elles lisent même avec avidité les livres de médecine, et ne manquent jamais de se reconnaître les symptômes caractéristiques de quelque maladie incurable : tel fut Jean-Jficques Rousseau, qui, après la lecture de livres de pathologie et d*anatomie, se crut affecté d*un polype du cœur. Les auteurs ont remarqué que la plupart des hypocliondriaques commençaient à se préoccuper de Tétat de leur organes digestifs ; tout les inquiète : ils croient voir des indices de maladie grave dans Tenduit que leur langue présente quelquefois le matin à jeun. Quelques-uns s'effraient même de la conformation la plus normale ; ainsi les papilles de la langue sont des végétations vénériennes ou un signe de phlogose du côté de Testomac ; la luette est elle-même une excroissance qui doit fmir par les étouffer. Quelques-uns s'occupent surtout du résidu des digestions. Croirait-on qu'il y a de ces monomaniaques qui non-seulement examinent et flairent, mais encore goûtent leurs matières fécales ? Les organes respiratoires et circulatoires sont, après les organes digestifs, ceux dont les hypociiondriaques se préoccupent le plus. Aussi combien y a-t-il de ces malheureux qui se croient, les uns phthisiques , les autres atteints d'une affection organique du cœur ! D'autres, en plus petit nombre , craignent pour leurs reins, pour leur vessie, pour leur prostate ; ont -ils quelques pollutions nocturnes ou sont-ils atteints de blennorrhagie, ils se croient aussitôt affectés de pertes séminales ; les femmes redoutent surtout un carcinome utérin. Les hypochondriaques dont l'attention se dirige spécialement vers la tète vous diront qu'ils i)erdeut la raison, la mémoire; qu'ils tombent en démence, en paralysie, en ai)oplexie ; qu'ils ont des fièvres cérébrales ; que leur' Ix)ite crânienne est vide, remplie d'eau ; qu'ils sont enragés (Michéa). D'autres, enfin, sont poursuivis par l'idée qu'ils sont affectés par le virus Yéoérien. Telle est la première i>ériode de rhy|)ochondrie. Comme on le voit, il n'y a dans tout cela rien d'organique : toute la maladie est dans une |)erversion de l'action cérébrale, dans un désordre mental, qui peut persister seul pendant un grand nombre d'années, comme dix, vingt, trente et quarante ans.

Cependant, à force de se croire malades et de concentrer leur attention sur quelque organe, les hyi)ochondriaques finissent tôt ou tard par éprouver réellenient des troubles fonctionnels, c'est-à-dire lui véritable état maladif. Ainsi, après s'être beaucoup et longtemps préoccu[)é de ses organes digestifs, après avoir pris beaucoup do toniques s'il les croit débilités, ou des émollients s'il les suppose enflammés, rhypochondriaque finit |)ar avoir des digestions lentes, difficiles, de la dy^psie, ou quelques-uns dos autres accidents qui caractérisent les névroses des voies digestives. (^elui qui s'attache aux systèmes circulatoire et respiratoire éprouve des battements de cœur forts, précipités et même irréguliers comme le prouve un cas remarquable obsené par Yalsalva ; il y a en outre de l'oppression. Mais ici la dyspnée, comme le dit M. Michéa, est souvent toute mécanique, et provient de ce que les malades ne font, i)ar crainte, que des inspirations incomplètes. On conçoit aisément aussi pourquoi les hypochondriaques qui se préoccu[)ent de leur tête accusent de la céphalalgie, etc. Ainsi donc, dans cette deuxième période de l'hypo- ^ndrie» cm trouve, indépendamment des accidents cérébraux qui existaient aeoU

dans la première, des troubles divers, le plus souvent purement foDCtîonnds, |nrement nerveux, du côté des organes sur lesquels portent spécialement les préoccupations des malades.

Enfin, sous Tinfluènce de ces préoccupations tristes, du régime que les malades suivent, peut-être aussi par suite des névroses dont ils sont atteints , on voit les organes, qui d*abord ne présentaient que des troubles purement fonctiooneis, devenir plus tard le siège de lésions organiques diverses, comme tubercules, cancer, etc.

Les ' trois périodes que nous venons d'admettre dans riiypochoadrie, d*après M. Dubois, ne se succèdent pas toj^jours nécessairement Fréquemment, au contraire, la maladie ne franchit pas la seconde, ni même la première période. Mais dans ces cas, et quel que soit d'ailleurs le genre de préoccupation, les malades sont ombrageux, inquiets, maussades, inconstants dans leurs affections ; ils se cootrarient d'un rien, ils sont d*un commerce dilTicile, ils s? plaignent sans cesse; ib disent avoir un dégoût extrême de la vie ; quelques-uns appellent la mort, mais peu se suicident, et tous recherchent avec avidité les conseils des médecins ; beaucoup fréquentent les cours et lisent les livres de médecine. Cependant, chos? remarquable, malgré leurs plaintes et leurs prétendues souffrances, la plupart oet toutes les apparences d'une excellente santé. Ainsi, comme l'obsene avec juste raison M. Dubois (d'Amiens), ce qui frappe chez l'hypochondriaque, c'est la moltiplicité, la variété, la mobilité des de sordres ; ce sont les souffrances excessives mises en opposition avec le peu de danger de leur état et les apparenc4^ extérieorfs d'une santé prescpie toujours bonne et souvent florissante.

L'hypochondrie présente dans son cotirs des exacerbations et des rémissions ; les émotions morales, les passions tristes, la vue des personnes souffrantes, le récit d'une maladie, etc. , aggravent ordinairement l'affection. Au contraire, un voyage, une passion, des affaires, en détournant l'attention, opèrent une dérivation utile. C'est ce qui arriva à Rousseau, qui, allant à pied de Paris à Montpellier pour se faire guérir d'une affection du cœur dont il se croyait atteint, oublia qu'il était malade pendant les distractions fort douci's qu'il trouva durant son voyage auprès de madame de Larnage : il ne se souvint de ses maux, écrit-il dans ses Confessions^ qu'en entrant h Montpellier.

Durée, terminaison, — L'hypochondrie est une maladie de longue durée , qui persiste parfois toute la vie, mais qui guérit néanmoins assez souvent quand (Âe n'a pas franchi les deux premières périodes. Mais, de même que toutes les antres névroses, elle est très sujette à récidiver. Il est rare que les malades deviennent tout à fait aliénés; beaucoup pourtant fmissent par éprouver des hallucinations.

Diagnostic. — 11 est impossible à un médecin instruit de confondre l'hypochondrie simple ou à ses deux premières périodes avec une affection organique de la tête, de la poitrine ou du ventre; d'ailleurs les hyiwchondriaques ayant le plus souvent toutes les apparences de la santé, nonobstant les descriptions effrayantes qu'ils font de leur souffrance, leurs déclarations n'étant pas confirmées par la manifestation des sym|)tomes propres aux maladies qu'ils accusent, on devra nécessairement éloigner tout soupçon d^une affection grave. On ne confondra pas l'hypochondrie avec la mélancolie, avec la h7)émanio ; car les h)pochondriaqiies s'occupent seulement de leur santé, tandis que les |)ensées tristes des mélancoliques se portent, comme noui^ avons vu plus haut, sur dos objets très différente Les premiers, quoique déraisonnant sur im point, sont aptes, pour la plupart, \ se livrer à leurs occupations ; tandis que les seconds, déraisonnables sur beaucoup de

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sojets, et n'ayant pas ta conscience de leur état, ne peuvent même être conservés dans la société. Enfm les hypochondriaques craignent de mourir et se soignent; les inélancoliques appellent la mort, et souvent ils attentent à leurs jours. Le spleen, ou maladie noire des Anglais, n*est pas Thypochondrie, car les individus n'accusent aucune souffrance ; mais, exempts de peines, et blasés sur les plaisirs, incapables d*aucime émotion, ils se tuent pour se débarrasser d*un fardeau, ils se tuent par ennui de la vie.

Pronostk. — L*hypochondrie est une affection grave, car elle empoisonne l'existence de Thomme. Lorsqu'elle survient sous l'influence de causes qu'on peut facilement éloigner, on en triomphe assez facilement ; mais si elle persiste longtemps, si surtout elle reconnaît une prédisposition héréditaire, elle est alors très rarement curable.

Étiologie, — L'hypochondrie est une maladie certainement héréditaire, mais elle parait l'être à un degré moindre que la folie proprement dite. Incomparablement plus fréquente chez l'homme que chez la femme, elle atteint surtout le premier de trente-cinq à quarante-cinq ans, et la seconde vers l'âge critique. EUe est rare chez les jeunes gens et tout à fait inconnue dans l'enfance ; on a dit que les célibataires y étaient plus exposés. Les opinions les plus contradictoires r^nent sur l'influence que les divers climats exercent sur la production de la maladie : ainsi Hoffmann et Réveillon soutiennent qu'elle est bien plus fréquente dans les pays froids; Van Swieten, Bosquillon, Georget, sont d'un avis contraire. Mais, on ne possède encore à ce sujet aucune étude comparative ; d'ailleurs, s'il y avait une différence entre le Nord et le Midi, il y. aurait à rechercher si eUe tient uniquement au climat plutôt qu'aux habitudes, aux manières de vivre, aux institutions politiques et religieuses, à l'éducation, circonstances qui toutes peuvent avoir une part plus ou moins active dans le développement de l'affection. Ainsi on a dit, avec quelque apparence de raison, qu'une éducation efféminée, que l'absence de toute croyance religieuse, que le matérialisme, le sensualisme et le scepticisme, qui développent outre mesure le sentiment du jnoi, devaient favoriser la production de l'hypochondrie. On a prétendu aussi que dans les pays qui ont des institutions républicaines et un gouvernement représentatif, l'hypochondrie était une maladie plus commune qu'ailleurs, attendu qu'un plus grand nombre d'esprits y sont excités par l'ambition, et qu'on y voit, beaucoup plus que partout ailleurs, des changements brusques de positions et de fortune, et le passage rapide d'une vie agitée à un repos absolu. Ceci s'applique également dans tous !es pays à tous les hommes d'intelligence ou d'activité, aux militaires, aux fonctionnaires, dont un grand nombre deviennent hypochondriaques dès qu'ils sont au repos. U en est de même des marins, non-seulement quand l'âge de la retraite a sonné, mais pendant les longues traversées; des négociants enrichis qui, comme le dit M. Michéa, sont généralement étrangers aux ressources de la pensée, et chez lesquels l'occupation de la personne tend à remplacer l'occupation des affaires : on peut encore en dire autant des gens de bureau. On a encore cité comino souvent atteints d'hypochondrie les artistes, les littérateurs et les poètes, et gcuéralement ceux qui ont une profession qui excite Tiniagination. Y a-t-il une différence entre eux et les hommes qui s'occupent de choses abstraites? C'est encore ce qu'on ignore; mais, quoi qu'il en soit, on peut affirmer que, de tontes les professions libérales, il n'en est aucune qui compte moins d'hypocliondi iaques que la médecine. Tout .ce qui précède explique pourquoi rhypochondric e.st une miiladic qui a.Tecte prescyic exclusivement la classe riche; c'est, connue on le d\l, wuq (\\ï?> ^^w'j» <\\\ x^^w^^

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suprême. Enfin, pour terminer, nous dirons que la fréquentation des hypochoQ' driaques, que la lecture des ouvrages de médecine, que la masturbation et la plupart des causes qui énervent, affaiblissent le système nerveux, sont le plus souvent des causes prédisposantes, mais qu'elles agissent quelquefois aussi comme causes

cflicientes.

Traitement, — Avant tout, il faut déterminer si rhjpochondric est simple oo si elle se lie à une altération fonctionnelle ou organique; dans ce cas, il faut d*abord traiter celle-ci, et si, après en avoir triomphé, l'hypochondrie persiste, on l'attaque par des moyens spéciaux, tirés surtout de Thygiène. Ainsi on s'efforcera de porter Tattention des malades sur d'autres objets que ceux qui les occupent; pour arriver à ce résultat, on devra rompre leurs habitudes. S'ils sont, par exemple, dans la solitude, ils la quitteront; s'ils sont oisifs, on en fera des gens occupés ; od tâchera qu'ils exercent leur intelligence sans se fatiguer; on imitera Celse, qui voulait qu'ils cultivassent leur mémoire et qu'ils débitassent ce cpi'ils avaient appris par cœur. On leur conseillera des promenades à pied, à cheval, et divers exercices manuels, suivant les goûts de chacun : ainsi les uns s*adonncront à la chasse, d'autres à la culture des jardins, ù l'exercice d'un art mécanique ou à certains jeux, connue le billard, les cartes, etc., etc. Les voyages sont encore un utile auxiliaire; il faudra enfin que les personnes qui vivent avec le malade ne fassent rien pour lui rappeler ses idées, et qu'au contraire elles lâchent, par leur coo?ersation et leur gaieté, de faire une diversion utile. Le médecin lui-même doit y concourir pour sa part ; il doit chercher à captiver la confiance de Tbypocliondriaqiie. Pour cela, il ne faut ni le brusquer ni douter dé ses souffrances, mais le plaindre, tout en le rassurant et en lui persuadant qu'il n'est atteint que d'une maladie bénigne ({u'il est au pouvoir de l'art de combattre efficacement. On a consi'iDé, dans les cas de préoccupation tro[) grande, de provoquer quelque affection peu grave, connue une éruption à la peau, une stomatite mercuri(»lle, etc. , pour faire une diversion utile aux pensét»s habituelles des malades. Il ne faut recourir à de pareil^ moyens qu'en cas d'absolue nécessité. On a beaucoup discuté pour savoir si Ton devait permettre ou non aux hypochondriaqucs les rapports sexuels, mais il est évident qu'on ne doit rien admettre d'absolu à cet égard; il faudra se condoire selon les forces, les habitudes, les besoins des individus.

Les agents pharmaceutiques sont inutiles par eux-mêmes pour modifier Tétat intellectuel ; mais ils seront administrés dans le but de combattre les coniplicatîoos. les affections neneuses ou organiques qui ont pu déterminer l'hypochondrie, et qui, le plus souvent, en sont les consé(iuences. Il nous est impossible d'entrer, à cet égard, dans aucun détail.

Siège. — On a généralement regardé riiypochondrie comme une affectioii reconnaissant pour cause une lésion d'un des visd'res de l'abdomen, notamment de l'estomac, de la rate, du foie, de la veine |X)rte. Plusieure ont invocjué Tinfluence des esprits animaux ; 'NVillis surtout, (pii admettait cette idée, crovait qw l'irrégularité de leur cours était plutôt la cause des accidents que le mauvais état des organc*s digestifs. Celte pensée, reproduite a\ec plus de précision par (.lullen. a encore été fécondée par les auteurs conlenqwrains, qui l'ont dégagée de toute idée hypothétique. Ainsi Georget, 3LM. Falret, Dubois (d'Amiens; s'accordent à regarder l'hypochondrie comme un trouble cérébral primitif, et il <»st inqNKssiblt' de ne pas adopter cette opinion lorsqu'on voit comment rhy|H>chondrie débute fi quelle est la marche qu'elle suiL Sans vouloir entrer de nou\eau dans aucun de? détails que nous avons exposés précédemment, nous rappellerons que Th^fiochon-

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