DE L*ASTHME
garde de tomber dans la inètne exagération que quelques-uns de nos contempo-' rains, qui nient positivement Texistence de Tasthme purement nerveux, de Tasthroe essentiel, c'est-à-dire de celui quf est indépendant de toute lésion matérielle a{^réciable à nos sens, et par les moyens d'investigation qui sont aujourd'hui en notre pouvdr. Cependant des faits peu nombreux, il est vrai, mais recueillis par des hommes halùles, ont démontré qu'il existait réellement vue névrose des voies respiratoires à laquelle le mot asthme doit être réservé; elle est caractérisée par des accès d'oppression qui se reproduisent à des époques irrêgulières, souvent fort éloignées, et dans l'intervalle desquels les individus jouissent d'une santé parfaite.
Ce point important de médecine a été parfaitement établi par un médecin distingué de la marine, M. Am. Lefèvre, dans un travail couronné par la Société dé médecine de Toulouse.
Symptômes, marche, — L'asthme débute quelquefois brusquement; ailleurs il est précédé pendant quelques instants par un état de malaise, par des bâillements, par des pandiculations et par un dégagement plus ou moins considérable de gaz par la bouche ou l'intestin. C'est en général pendant la nuit, et le plus souvent de dix heures du soir à deux heures du matin, que l'accès éclate. Le malade, s'étant couché bien portant, est réveillé brusquement par un sentiment de compression et de resserrement de la poitrine, que M. Lefèvre, qui est lui-même asthmatique, regarde comme caractéristique. Les malades, ne pouvant garder la position horilontale, se mettent précipitamment sur leur séant ; quelques-uns descendent du ht, courent à la fenêtre pour respirer un air frais. Il est des individus qui n'éprouvent rien autre chose, et qui, au bout de peu d'instants, rentrent dans leur cahne habitud : l'accès a alors avorté. Mais le plus souvent, la maladie continuant son évolution, on voit les individus éprouver une gêne croissante et extrême de la respiration; ils sont assis sur leur lit ou dans un fauteuil, les bras arc-boutés contre un corps solide, pour fournir un point d'appui aux muscles de l'épaule et du rachis; ce n'est qu'avec de grands efforts qu'ils peuvent dilater la poitrine, et exécuter le premier temps de la respiration ; l'expiration s'opère lentement, elle est marquée par un siflDement remarquable; une toux sèche ou accompagnée d'une expectoration peu abondante de matières visqtieuses s'étabht et augmente encore l'anxiété, qui cependant est déjà si grande. La poitrine, explorée en ce moment, est sonore, et donne même souvent une résonnance plus grande qu'à l'état normal L'oreille appliquée perçoit partout des râles sibilants et ronflants, mêlés, à la fm de l'accès, de bulles de râles humides. La face, pâle d'abord, puis rouge, violacée, tuméfiée, exprime la souffrance; les veines jugulaires sont gonflées, les yeux sont saillants et larmoyants, les ailes du nez agitées d'un mouvement actif de dilatation et de resserrement; la parole est entrecoupée, très |)énible. Le pouls est souvent accéléré; mais celte accélération est rarement en rapport avec la gêne excessive de la respiration. Cet état grave persiste pendant un temps qui varie^depuis quelques minutes seulement juscp'à plusieurs heures. En général, les symptômes s'amendent à l'approche du jour, et le calme se rétablit peu à peu. Souvent ces accès se terminent par une exi)ectoration abondante de mucosités épaisses, filantes, quelquefois cylindrées, et ayant l'aspect du vermicelle cuit. Quelquefois aussi les malades rendent nne assez grande quantité d'urine claire, et qui est souvent disproportionnée avec la quantité de boisson qu'ils ont prise : c'est une remarque que Floyer a faite sur lui même. Les malades, bien que soulagés, sout alors brisés^ caaw^vqx^n*'^^ ont la tète lourde, parfois douloureuse; enfin ibseU\tetvl ^xi^QivQSNéX^^a^^'^'^^
7£|6 DES NÊVBOSES.
sible, el leur procure, dit M. Lefèvre, un plaisir inexprimable. Mais sonfeiil ci n'est Ik qu'une rémission : les malades alors conseir^ent d« Topprcssioa pendant UMt le jour, et les mêmes accidents se reproduisent les nuits suivantes une ou ploskun fois de suite.
L^ accès d'asthme mettent, dans leur retour, des intervalles {4iis oa UMOi longs. Il n'est pas Tara, par cKcmplc, qu'il s'écoule entre eux plusieurs annéfls; oa l^s a vus, dans quelques cas fort rares, se reproduire périodiquement Dans kwi intenalles, la santé est parfaite ; il n'existe aucun trouble bien marqué du côté des organes respiratoires et circulatoires : cependant la plupart s'essoufflent plus facilement, et ils ont la muqueuse dos voies aériennes plus irritable, plus susceptible.
Durée f terininaùom. — L'asthme a une durçe indéterminée ; le plus souvent il persiste toute la vie, quelquefois il cesse défmitivement. On conçoit qu*en se lér pétant il fmisse à la longue par développer diverses lésions organiques des poB> mons (emphys^*me, dilatation des bronches) et du cœur (hypertrophie, diJatitioo, etc.): mais ce n'est là qu'une idée rationnelle, que l'expérienGe u'a pas eocon copfirinée.
Diagnostic. — Pour établir qu'un asthme est esseqtiel, il faut rechercher avtç le plu$ grand soin s'il n'existe aucuqe lésion organique. Il faut ne pas oublier qtê les altérations qui donnent le plus sQuvent lieu aux dyspnées symptomatiques po^ vmit le plus facilement siqiuler l'asthme, sont les maladies du cceur, et peut-éti| plusi encore les dilatations anévrysmales de l'aorte, mais surtout l'emphysèiue vent ciilaire (voy. ces maladies). Une de ces lésions sera d'autant plus probable qà'çB apra affaire à un individu plus âgé.
Pronûitic. — |^ vulgaire croit qu'une longue existence est promise aux astha^ tiques. Saiis VQuloir nous porter garant de ce dicton populaire , rappelons qn^ Flpyer, qui a écrit un traité sur l'astlime, a été affecté de cette maladie peoà^ pli^ de trente ans, et qu'il est mort octogénaire. Four consoler ses compagpoos d*infortune, ce juxlicieux auteur disait que son incommodité ne l'avait point eqipêchjâ d'étudier, de se promener, de monter à cheval, d'exercer sa professioa, d| bqire et de manger aussi bien que qui qup ce fiU.
Je ne crois pas qu'aucun malade ait succombé pendant un accès d'asthme simple; nuis s'il est vrai que cette affection ne compromette pas immédiatement la vie, oê peut jlire qu*dle est incommode et rebelle ; sous ce rap|)ort, elle constitue uftt affection sérieuse. L'existence d'une maladie organique concomitante est une circonstance très aggravante.
Étiologif, — Nous ignorons à peu près entièrement les causes de l'asthme, ooqi savons seulement que c'est une affection héréditaire. Fort rare dans l'enfance, elle se déclare spécialement vers l'âge adulte; les hommes y semblent prédisposée Qa ignore l'influence que la constitution et les tempéraments |KHivent exercer. \£H causes principales qui provoquent les accès sont les variations brusques de température, le séjour dans un lien chaud, dans un air non renouvelé, les excès alcooliques, certaines odeurs. ' Ainsi Cullen rap])oile que la femme d'un pharinaden éprouvait des acd*s d'asthme toutes les fois qu'où pulvérisait de ri[H;cacuanha dans un lieu même éloigné de l'appartement qu'elle habitait. Les émotions morales peuvent avoir le même effet. ]\I. Ferrus raconte qu'un jeune officier fut pris pour la première fois d'un accès d'asthme en voyant Paris occui)é par les ti*oupcs ennemies; il parle aussi d'un fmancier qui devint asthmatique après des revers de fortune, sans que l'examen de tous les organes révélât chez c^ deux personnes 'existence d'aucuac cause 0T\yai\^^ ^^w^u^ d'^thmatiques éprouvent da
DE L*ABTHME. TA?
accès quand ils changent de résidence; il est des malades, par exemple, qui ne pea- ?#pt aller dans certains iieui sans éprouver dès la première ou la seconde nui( dfis aceèsde suffocation, qui cessent de se reproduire aussitôt qu'ils sont revenu^ phez eux. Suivant Floyer et Van Helmont, les accès seraient plus fréquents Tét^ que rhiver.
7'raiiemerU. — Le premier soin, dit M. Lefèvre, que doivent avoir ceux quî ressentent les signes avant-coureurs de Tastlime, c'est de respirer un air libre et frais, de prendre une i)ositioii qui rende aussi faciles que i)ossible les divers mou-r v^Qientsde la respiration, de débarrasser le cnrps de tous liens et vêtements qui pourraient le gêner, de garder le repos et un silence absolu, ils ne devront se n^eitre ^u lit que lorsqu'ils esp^Tcnt s'endormir aussitôt. L'influence de b lumière sou? lage beaucoup ; M. Lefèvre conseille aux asthmatiques d'entreti'nir un corps ett jgnition dans leur cliambre; ils doivent éviter la moindre imprc>ssion de froid. Avant de se coucher, ils feront bassiner fortement leur lit : par cette seule précaur tjouy N. Lefèvre est souvent parvenu à empôdier le développement d*accès dont il nesM^ntaiC déjà les prodromes,
Pendant l'accès, on devra promener des révulsifs sur les extrémités inférieure^. Quelques médecmsoiH proposé de recourir alors à la saignée; mais la plupart blâment cette pratique qui, en effet, ne doit être suivie, ainsi que le dit M. Lefèvre, que lorsqu'il faut combattre quelque complicatioiL On a conseillé encore en pareil cas d'aj^jiquer des ligatures sur les membres inférieurs. M. JoUy dit avoir plusieurs fois réussi en employant ce moyen, qui est emprunté k Sennert; mais 1|. Lefèvre assure ne lui avoir reconnu aucun avantage. Cet auteur ne croit pas qpQ plus aux vertus d'aucune des boissons qui ont été plus ou moins préconisée^ n donne la préférence à l'eau pure ; d'autres se trouvent bien des boissons chaudes ; Floyer se louait beaucoup de l'eau panée, additionnée d'un peu de nitre ou de sd aqimoniac, qu'il buvait en abondance le soir en se couchant I^orsque l'accès se prolonge et que l'expectoration est difficile, il est convenable d'administrer quelques prises d'ipécacuanba. Les f)urgatirs sont regaidés par Floyer comme inutiles ei même comme nuisibles. Les stupéfiants ont été préconisés; on a surtout vanté les feuilles de datura stramouium, que les malades fument comme du tabac dans des cigarettes ou dans une j)ipe. M. i^lagistel a aussi proposé les fimiigations de )l)eUadone ; Krinner et Laënnec, l'inspiration de l'infusion des feuilles de lauriercsrise; en Angleterre on a encore vanté la teinture de lobélie enQée, à la dose de 20 à 30 gouttes; mais le sédatif par excellence est l'opium : Cullen lui accordait en pareil cas la plus grande confiance. Je ne |)arlerai pas des gommes-résines fér tjdes, dont plusieurs, quoique douées de propriétés antispasmodiriucs, ne doiveq! Cependant pas étn; employées; I^oyer a reconnu, eu effet, qu'elles étaient plutAt pmîsibles qu'utiles aux astlimatiquos. Dans ces dernières années , on a beaucoup parié de la cautérisation do la paroi posténcuro du pharynx avec un pinceau trempé dms l'ammoniaque ; on a prétendu par cette méthode jK)uvoir arrêter les arxès et en prévenir le retour. Ce nioyeu produit d'abord une gêne pour respirer considéirable et une horrible anxiété ; puis l'excitation que l'ammoniaque inspirée détermine provocpie l'expectoration. (]e moyon ne convient donc que lorsqiK* les bronches sont engouées, et dans ce cas on peut se borner h placer sous la bouche du malade un vase d'eau tiède <i laquelle on ajoutt* une ou deux cuillerées à café d'ammoniaque. Enfin, on a cité récemment quolques exemples d'accès d'asthme enrayés en faisant fumer au malade des cigarettes faites avec un papier qui a été trempé dans une solution cpncentrée de nitrate de potasse.
72l8 DES NÉVROSES.
Pour prévenir les accès, les malades éviteront de 8*exposer aut vicisntiides Hmosphériques ; ils i)orteront de la flanelle ; te soir, ils mangeront peu. Us ne femt iqu'une collation, ou du moins ils s'abstiendront de manger de la viande ; ils é¥it^ ront tous les aliments indigestes et n'useront point des alcooliques. Cependant fl faut un peu consulter, pour le régime, la susceptibilité des sujets et ne rira pro»crire d'une manière absolue : ainsi le thé et le café, que Cullen défend sévèrement, sont, au contraire, regardés par Floyer comme utiles. Ce que je dis des alîmentset des boissons 8*applique aussi à l'habitation. Ainsi, bien que les climats chauds soient favorables à la plupart des asthmatiques, il y a pourtant quelques-uns de ces malades qui se trouvent mieux dans les latitudes tempérées. En général, dit M. Lefèvre, un air épais, humide, tel qu'on en respire dans les pays plats et sur les bords des fleuves, est plus favorable aux asthmatiques ; Floyer , au contraire, donne les mêmes avantages à l'air sec, et redoute l'air humide et surtout bnimeoL Ce dernier a beaucoup préconisé l'exercice k cheval. Ici, comme pour toutes les névroses, il faut étudier les susceptibilités et les caprices, si je puis ainsi dire, de chaque organisation ; ce qui en effet est utile à l'un devient nuisible à Tantre. Ainsi, Graves cite l'histoire de deux asthmatiques de même âge, de même constitntion apparente, dont l'un étouffait, tandis que l'autre était soulagé, lorsque la famée de la cheminée se répandait dans la chambre.
Siège et nature. — Plusieurs opinions ont été émises sur la nature de Tasthme. Arétée, Galien et tous les médecins jusqu'au xvir siècle, qui confondaient un pet les diverses sortes de dyspnée, rapportaient les accidents de l'asthme à uue matière pituiteuse qui encombrait les bronches. Cette théorie fut attaquée par Van Heimont et par ^illis, qui émirent l'idée que l'asthme résultait d'un rétrécissemest produit par la contraction spasmodiquc des bronches. Cette opinion a été acceptée jusqu'à nos jours parla plupart des médecins. Cullen, Laênnec, et parmi nos contemporains, les professeurs Fouquier, Cru veil hier, Bégin, ainsi que le docteur Lefèvre, l'ont défendue dans leurs enseignements ou dans leurs écrits.
La nature spasmodiquc de l'asthme est prouvée par l'intermittence irr^ulière de la maladie, par la promptitude avec laquelle elle se déclare et celle parfois égale avec laquelle elle disparaît, par sa faculté d'alterner avec d'autres névroses.
M. Beau a dans ces dernières années combattu avec une grande force les idées de M. Lefèvre et la théorie du spasme. Revenant à l'opinion ancienne, il explique la dyspnée asthmatique par la présence de mucosités visqueuses et tenaces dans Tarbre aérien. Ces mucosités, en rétrécissant les tuyaux bronchiques, produiraieiit les râles bruyants que nous avons notés en traitant de l'histoire symptomatiqne de la maladie. L'asthme aurait donc pour cause premièn% d'après M. Beau, un catarrhe bronchique ; et ce serait le mucus sécrété sous cette influence qui produirail Tobstruction des tuyaux aériens, et expliquerait les signes physiques et \ès troubles fonctionnels que nous avons notés.
On peut objecter h cette manière de voir qu'il (*st insolite qu*nn catarrhe pulmonaire ait une durée de quelques heures, terme ordinaire d'un accès d'asthme : qu'il est des cas où aucune ex|)ectoration n'a lieu au déclin de Taccès, ou bien les mucosités rejetées le sont en quantité si minime, qu*il est impossible de leur attribuer aucune part dans les accidents graves qui ont précédé. Ajoutons que dans les bronchites a\ec supersécrétion de mucosités visqueuses on n'observe |>as les srmptômes ordinaires de l'asthme, preuve nouvelle que celui-ci est consUtiié par oa autre élément. Pour nous, la sécrétion catarrhale n*arri>e que consécutivenKDt et sous rinflueucede\ak \if;n\\T\iî\\çvtiti^tN^\«*i>^\s«K^