‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 242 sur 265 · DE LA BOULIMIE · texte numérisé non relu

DE LA BOULIMIE

DES NÉVROSES SPÉCULES AUX VOIES DIGESTIYES.

U est de» névroses qui sont spéciales aux voies digestives; elles se traduisent à nous par certains troubles portant sur une ou plusieurs des fonctions de Testomao et des intestins.

Ainsi il est des névroses qui sont caractérisées par l'exagération de Tappétit {bùulimte), ou par sa perversion {mcdaciù^ pica)\ d'autres le sont par la difficulté des digestions (dyspepsie) , ou par des vomissements, plus ou moins répétés, de matières alimentaires, de mucus et de bile (vomissements nerveux). Ces névroses, quoique de nature identique, quoique pouvant coexister chez un même sujet, se succéder et se remplacer alternativement, doivent néanmoins être traitées séparément, et ne pas être confondues sous une même dénomination, attendu que, malgré leur affimté réelle, elles se distinguent les unes des autres par leurs symptômes, par leur physionomie et leur traitement

Nous avons à dessein restreint le nombre des névroses gastriques à quatre espèces. Nous ne parlerons pas de V anorexie ^ car, d*accord avec Barras, nous ne croyons pas que, dans l'état actuel de la science, on puisse établir d'une manière rigooreose l'existence d'une anorexie essentielle, indépendante d'une antre affection et constituant à elle seule toute la maladie. Il est même digne de remarque qu'il est peu de névroses gastriques dans lesquelles le désir des aliments soit tout à fait éteint à moins qu'elles ne soient accompagnées de cpielqne autre affection. Nous ne parlerons pas non plus en particulier de la pt/rosis, que nous avons rattachée à la gastralgie, dont die semble, en effet, constituer une variété.

Quant k l'intestin, nous décrirons une seule névrose, c'est la colique sèche des pays chauds. Nous en aurions pu parier déjk à propos de l'entéralgie, mais nous avons préféré la ranger dans les névroses spéciales des voies digestives.

J>e la boulimie.

SYMomnoi. — Faim cbdIo*, faim dtfvoniBU, poljplMfls, ljoor«si«. — Boaliaii« ri»t ée ^ovç, boMff, «t d« }lcfMÇt faim.

On nomme hùulimie une faim dévorante^ presque insatiable, accompagnée de malaise, et si pressante, qu'elle détermine des défaillances, et même des syncopes si on ne la satisfait point.

Symptômes, marche. — I^ boulimie offre plusieurs degrés depuis cette simple augmentation de l'appétit qu'on observe si communément chez les convalescents. Jusqu'à cette voracité qui pousse les malades à manger 5, 6 et jusqu'à 12 kilogrammes de pain dans les vingt-quatre heures, ainsi que cela a été vu par M. le professeur Rostan chez une épileptique de la Salpêtrière.

liorsque la boulimie survient, les malades cherchent à la calmer par toutes sortes d'cilinients ; quelques-uns, donl la faim est en même tem|)s pervertie, dépravée, dévorent les aliments avant de leur avoir fait subir aucune préparation, et même des substances non digestibles qui ne servent point à l'alimentation ; il existe alors, indépendamment de la boulimie, une autre névrose que nous ferons bientôt connaître sons l<*s noms de pica et malacia.

Si les malades veulent résister au besoin impérieux qui les tourmente, ou s'ils n*ont rien pour le satisfaire, ils éprouvent un état de malaise inexprimable, de la cardialgie; la vue s'obscurcit; il y a des tintements d'oreilles, des lipothymies, des syncopes, ou une agitation et un état de délire qui peut être porté jusqu'à la fureur, et qui se calme dès que l'appétit est satisfait

750 DES KéYROSES.

Il est des malades qui, pendant quelque temps du moins, digèrent bien 11 grande quantité d*aliments qu*îls dévorent, et conservent leur embonpoint : cependant tôt ou tard les organes digestifs s* altèrent Ou observe alors des régurgitations oq des vomissements alimentaires, mêlés parfois à une certaine quantité de sang. Uyi en outre une diarrhée abondante et fétide qui épuise les forces et produit de ramaigrissemcnt Chez quelques individus pourtant, mais en très petit noml>re, on a observé, au contraire, un embonpoint excessif de tout le corps ou de rabdomea seulement Les malades dont nous parlons sont incapables de rien faire; anssitôt après le repas, ils tombent dans un état de sonmolence et d*engourdis8ement général Leur intelHgence est obtuse, et, comme on Ta dit avec raison, ib ne vivent plus que pour manger.

La boulimie a tantôt un début brusque, et tantôt elle survient progressivemett. Elle est ordinairement continue, mais sujette alors à une sorte d*exaceii>ation : c*est ce qui était bien évident chez la malade de M. Rostan, dont Tappélit était satisfait, dans les temps ordinaires, par 4 ou i!i kilogrammes 1/2 de pain, tandis que lors des redoublements il lui en fallait presque trois fois plus.

La boulimie peut avdr une durée courte. Telle est ceUe qu'on observe cbex ks convalescents ; elle cesse dès que les. fonctions de l'économie sont revenues à lev état physiologique. I^ boulimie qui sunient spontanément dans l'état de sauté peut également céder promptement après une durée tout éphémère, pour ne jamais r^ venir : c'est ce que Leroux, ancien doyen de la Faculté de médecine, a vu cbei on de ses oncles. Cependant on ne sait encore rien de précis sur la marche, la durée et la terminaison la plus constante de la boulimie simple, de celle qui n*eit liée à aucune lésion matérielle des organes digestifs, ou qui ne coexiste avec aucune lésion organique. Par conséquent, son pronostic reste encore à établir.

Causes, — La boulimie a paru quelquefois pouvoir être ex{^quée par la conformation anormale de l'estomac, des intestins ou des voies biliaires : ainsi l'ouverture du canal chdédoque dans l'estomac, l'absence de la vésicule du fiel, un canal digestif très court, ont été trouvés chez plusieurs individus qui avaient présenté pendant leur vie une faim canine. Je ne parle pas de l'ampliation de l'estomac qu'on trouve chez les sujets dont nous parlons, parce qu'elle est effet plutôt que cause de la maladie. Presque toujours la boulimie ne se lie à aucime condition matérielle des voies digestive et biliaire. C'est une névrose survenant dans le coon d'une autre névrose, comme l'épilepsie, la manie, l'hystérie, la gastralgie, ou bien 8<e déclarant chez un sujet atteint d'une affection d'une autre nature. C'est ainâ qu'on l'obsene chez les chlorotiques, chez les diabétiques, chez quelques pbthi- «ques et chez les individus ayant des vers intestinaux. La boulimie simple est son* vent spontanée ; d'autres fois elle reconnaît une cause déterminante, comme Taction du froid, l'ingestion d'une substance stimulante, etc. Elle peut être un des accidents de la grossesse.

Traitement. — Il ne faut pas que les malades résistent trop à la faim ; mais on devra chercher à l'exciter le moins possible. On la calmera, en choisissant des aliments nutritifis, et pouvant occuper l'estomac pendant quelque temps : telles sont les viandes de bœuf, de mouton et même de porc La glace, le bismuth à haute dose, et surtout les préparations d'opium ont quelquefois produit de bons résultats.

Mais à la boulimie qui se lie à d'autres états maladifs il faut opposer quelques moyens spéciaux : ainsi les anthelminthiques seront prescrits lorsqu'il existe des vers intestinaux ; si la boulimie est liée à la chlorose, ou donnera les ferrugineux, etc.

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