‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 243 sur 265 · DE LA DÉPRAVATION DE L* APPÉTIT · texte numérisé non relu

DE LA DÉPRAVATION DE L* APPÉTIT

9e la dépm'wutùm dm l'appétit, on d« la malaeie et du pîoa.

n y a une névrose de Testomac consistant dans une dépravation du goût telle» [ue les malades désirent, mangent, ou bien des substances inusitées comme alinents, mais contenant cependant des priiicipes nutritifs, ou bien des objets qui ne xmtiennent rien d'assimilable. On dit, dans le premier cas, qu'il y a malade ou nalacia ; la maladie prend le nom de pica dans le second.

Les exemples d'une telle perversion ne sont pas très rares dans la pratique, et la iste des objets ingérés avec délices par les malades est très variée. Il est peu de médecins qui n'aient vu des enfants ou des filles chlorotiques manger du charbon» la plâtre, des cendres, de la terre, du poivre, du sel, depuis quelques grammes jusqu'à 1 kilogramme par jour, comme l'attestç un fait ra||)porté par Zac. Lusi- :anus. Plus rarement on voit l'appétit pcnerti se porter ^ur des objets dégoûtants, aunondes, comme de la chair humaine, des poils , des poux, des fourmis» des traignées, des rats, des matières fécales, du fumier, des croûtes arrachées à des rarioleux, etc., etc., car on n'en finirait pas si Ton voulait mentionner tous les léârs bizarres, toutes les envies dont on a obsené des exemples. Il est à peu près jQutiiede dire que les goûts dépravés peuvent se porter aussi bien sur les liquides jae sur les solides. C'est ainsi qu'on a vu des enfants et des femmes chlorotiques lx)ire avec délice du vinaigre, de l'encre, de l'urine, du sang. J. Frank a proposé le désigner cette dépravation par le nom de dysdipsie,

La quantité de suibsLances insolites ingérées par les malades peut, comme tious 'avons vu, être considérable, et, nonobstant cela, beaucoup d'individus n'en sont point incommodés. Chez un grand nombre cependant il survient des vomissements 9t de la diarrhée. £n générai, les malades, quoique aspirant vivement après cerlins objets, n'éprouvent pourtant aucun accident lorsque leurs désirs ne sont pas Mtisfaits ; mais il en est d'autres par contre qui, en pareil cas, sont pris d'anxiété, Vjm nudaise extrême et de lipothymie.

La malade atteint surtout les enfants délicats, les fiUcs clilorotiques et les femmes snceintes. Chez les premiers, ainsi que chez les chlorotiques, elle persiste souvent les années entières; chez les femmes grosses, on l'observe seulement dans les trois NI quatre premiers mois de la gestation, mais elle peut aussi durex jusqu'à ladélinrance. La malade et le pica existent le plus souvent seuls. Quelquefois ils coexiseat avec d'autres névroses de l'estomac, spécialement avec la gastralgie et la bouimie, ou bien avec des névroses d'autres organes, surtout avec l'hystérie et la nanie. La malade et le pica n'ont aucune gravité : seulement je dois faire observer |ue le désir violent des substances inaccoutumées chez un malade atteint d'une ilfection aiguë est du plus fâcheux augure.

Traitement. — Il faut s'opposer le plus qu'on pourra à ce que les malades inpèrent dans leur estomac des substances étrangères à l'alimentation. Chez les enfants me surveillance attentive, et au besoin les corrections corporelles, suffisent pour nettre fin à leurs désirs dépravés. On en a aussi triomphé quelquefois en mêlant I l'objet qu'ils aiment quelque substance qui leur répugne, comme serait l'assa ieeUda. Il est plus difficile de triompher des envies bizarres que les femmes grosses mt Les conseils qu'on leur donne sont en général peu suivis. Il faut donc cheriierà les distraire : on varie leur nourriture pour tâcher de leur donner du goût loar quelque aliment convenable ; mais enfin il faut prendre patience , user de pidque indulgence, et ne faire une forte opposition que lorsque l'introduction des ahstances tant désirées pourrait être nuisible à la saut^. dôiftxX^^^ ^Kd«sc^2»ôir-

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ques, la perversioii de l*appétit cesse lorsque, par radministraUon des femipieai, on a redouDé au sang sa quantité normale de globules.

9e la dyspepsie.

La dyspepsie est une névrose de Icstomac caractérisée par la lentenr et pirh difiiculté des di^stions.

Symptômes, marche, — Les malades atteints de dyspepsie se plaignent, en eirt, de digérer lentement, péniblement. Les aliments séjournent longtemps dans Fntomac : ils y déterminent de la pesanteur, divers sentiments de malaise, et pnfoB nne douleur véritable que la pression exaspère. II y a ordinairement alors da biillements, des éructations fréquentes, souvent dés renvois acides, des naméei des borborygraes. Quelquefois, cet état se complique de donleurs vives \ l'estomic. de cardialgie, de battements incommodes; parfois aussi il y a pymsis. Des fia étant communément alors exhalés en très grande abondance dans l*estomac, I fl résulte un sentiment de distension pénible, de la gêne àTépigastre; le ventreinfii est ballonné, et les fluides élaistiques sont expulsés plus oti moins abondamnmi par la bouche et par le rectum. Chez quelques malades, on observe des ^oaàah inents qui sont tantôt alimentaires et tantôt muqueux. En examinant les matièm vomies, on trouve souvent que les aliments n*ont pas subi une altération propor tionnée au temps qu'ils ont séjourné dans Testomac. Ces cas se rapportent à h dyspepsie que les auteurs nomment asthéniqne, et dans laquelle il semble, en effet que Testomac affaibli ne remplisse qu'imparfaitement le travail de la chymifidlioD. sôit que le viscère se contracte nioîns, stoit plutôt qu'il sécrète un suc gastriq» trop peu abondant ou altéré. La plupart des malades dont nous parlons sont eotstipés ; mais quelques-uns pourtant ont des alternatives de diarrhée et de oonstipttion ; quelques-uns ne peuvent ingérer le moindre aliment sans être pris aosalit . d'envies d'aller à la scUe, et les matières expulsées, d'aspect très ^-ariable, peinvK être surtout formées par des aliments non digérés; il y a une véritable lientvne. Beaucoup conservent de l*appélit ; celui-ci est même parfois pins vif que de tmr tume : cependant le plus souvent il y a plus ou moins d'Inappétence. La langw est ordinairement normale, quelquefois elle offre un enduit blanchâtre. Les maMes accusent pour la plupart une saveur fade, mais quelques-uns ont on goût ancr surtout au réveil. £n général, la dyspepsie s'accompagne de divers troobks sympathiques du côté de quelques autres organes : ainsi beaucoup ont des palpitatîoaii de la céphalalgie ou une simple pesanteur de tête ; souvent Ils s'endorment amiit après avoir mangé, ou bien ils sont lourds, fatignés, incapables de selivreràaocsi travail intellectuel, et ils éprouvent un malaise général. Quelqties-mis ont defrf qnents accès de Tuigraine.

La dyspepsie peut être continue; mais ordinairement elle offre des intermittences : aussi les individus dont nous parlons se plaignent-ils d'avoir un estomac bizarre, capricieux, digérant tantôt bien, tantôt mal les mêmes aliments, et cfbà peu de joutsde distance. Il est le plus souvent impossible d'expliquer ces varialioiis; il est fort remarquable que ce ne soient pas toujours les aliments les pins loards. les plus Indigestes, qui sont le plus difficilement digérés.

Une dyspepsie modérée qui ne s'accompagne d'aucune autre incommodité n'fmpêche pas les Individus de se K^rer à leurs occupations, et elle est jusqu'à un rer tain point compatible avec un état de santé passable : on dit alors de ces penoone» qu'elles ont un esuymsic àfeVkcax. Nkù& Vm«q|^<^ U dvs^^eçsie est intense et contioiie.

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elle finit pas rendre les individus et plus faibles et moins aptes à leurs occupations; la nutrition se fait aussi incomplètement, et les malades })erdent plus ou moins de leur enbonpoint Ils sont pâles, jaunâtres et sensibles au froid; c'est alors qu*on constate souvent un bruit de souffle dans les artères, bruit sur lequel M. Beau a beaucoup insisté, mais dont il a sans doute exagère la fréquence; beaucoup aussi, d'après le témoignage du même observateur, seraient analgésiques, c'est-li-dire que piqués, ils auraient la sensation du tact, mais ils seraient insensibles à la douleur. La dyspepsie, enfin, quand elle se prolonge, finit souvent pas agir d'une manière fâcheuse sur le cerveau, et favorise le développement do lliypochondrié.

La dyspepsie a une durée longue et tout à fait indéterminée. C'est une maladie essentieUenient chronique, qui peut se prolonger pendant des années entières.

Diagnostic, — Des digestions lentes, difficiles, l'appétit diminué ou perdu, un dégagement de gaz souvent considérable, des nausées, des vomissements alimentaires ou muqueux, de la consti[)ation, tel est l'ensembïe des symptômes qui caractérisent la dyspepsie. La seule difficulté que présente le diagnostic est de déterminer de prime abord si la dyspepsie est essentielle, ou si elle est symptoniatique d'une altération matérielle de l'estomac

C'est surtout l'affection cancéreuse qui a, avec la dyspepsie, quelques points de contact On peut en effet hésiter au début de la maladie, lorsqu'il n'y a pas de vomissements mélaniques, ou lorsque le cancer occupant la petite courbure est inaccessible à la palpation. Les troubles digestifs varient peu, dans les deux cas; c^est la môme inap|)étence, ce sont des nausées, des régurgitations, des vomissements, de la gène à l'épigastre pendant la durée toujours longue des digestions. Les variations, le plus souvent inexplicables, qui fout que le même aliment est digéré tantôt bien, tantôt mal ; le défaut de rapport entre la dyspepsie et le degré de digestibilité des substances ingérées, porteraient à croire qu'il existe plutôt une Bévrose : cependant ces bizarreries peuvent se rencontrer également dans l'affection cancéreuse. La rétention des aliments, leur expulsion par la bouche après vingtquatre ou quarante-huit heures, fera plutôt présumer une affection organique et surtout un obstacle au pylore, tandis que les selles lientèriques devront plutôt feilre pencher pour une simple affection dyspeptique. Mais ce sont là en définitive des troubles assei rares. L'aspect général fournira au diagnostic des renseignements plus utiles. En effet, la dyspepsie essentielle est presque compatible avec la santé ; si elle n'est pas très intense, elle ne diminue sensiblement ni l'embonpoint, ni les forces : tandis que nous savons qu'il n'en est pas de même du cancer, qui, dès le début, exerce une fâcheuse influence sur la constitution. Avouons pourtant que, dans quelques cas, le diagnostic reste incertain ; et ce n'est que par la marche ultérieure qu'on peut être fixé sur la nature de l'affection.

La dyspepsie liée à un ramollissement de la muqueuse stomacale est d'un diagnostic plus facile, car elle s'accompagne de douleurs vives et poignantes à l'épigastre, de vomissements bilieux, verdàtres ; d'une odeur très acide de l'haleine et d'un dépiiriss(?ment qui suit communément une marche aiguè.

La continuité des souffrances, la douleur épigastriquc à la pression, le rapport qui existe entre le degré de la dyspepsie et le plus ou moins de digestibilité des aliments, la fréquence des vomissements, l'état fébrile et le dépérissement dans les cas où l'on continue ralimenlalion, devront faire admettre que la dyspepsie est l'effet d'une gastrite chronique.

La dyspepsie est distincte de la gastralgie, car celle-ci est caractérisée par des douleurs vives, revenant par crises, et qui sonlsoTi\a%(itt&«QWLN<i.\v\.v*^\^\f«^ïs».^^

ainsi que par IHngestiou des aliments. La failli est iri-égolière, inégde» caprickiise, quelquefois impérieuse, et les digestions, au lieu d*être lentes, soot parfois plus promptes que dans l'état de santé.

Pronostic, — La dyspepsie n'entraîné jamais la mort par elle-même, mais cependant elle constitue une affection sérieuse à cause de son opiniâtreté eldefétic de malaise qu'elle entretient.

Étiologie, — La dyspepsie reconnaît un grand nombre de causes aoavent très opposées les unes aux autres. Ainsi on l'observe fréquemment chêz^tti coQvalocents, chez les individus affaiblis par les veilles, par des écarts de régime ou par une mauvaise alimentation, ou bien la maladie succède à des excès de fatigue on à un défaut d'exercice. Parmi les dyspeptiques, les uns ne digèrent plus, parce fpt d*une vie active ils ont passé à l'inaction, au repos ; d'autres, parce qu*ik aungent trop, ou parce qu'ils font des repas trop rapprochés, ou bien parce que btiituration et l'insalivation des aliments ont été incomplètes.

Traitement, — Chez beaucoup de dyspeptiques, l'estomac fonctionne mal, puce qu'il semble plus faible et que sou tissu paraît frappé d'atonie. On devra donc, aprà avoir soustrait In cause du mal, conseiller l'usage de quelques toniques; on prescrira les infusions amères, notamment celle de petite centaurée, que l'on lien prendre le matin à jeun ; on donnera, peu de temps avant le repas, une pedit quantité d'extrait de quassia ou de kina, ou bien du gland de chêne torréGé ou di vin de quinquina ; après le repas une infusion de camomille, ou quelques cniUeréo d'un vin généreux comme malaga, madère, xérès, alicante, qui aident, en eflet, beaucoup la digestion. Pendant les repas, les malades couperont leur \in avecooe eau ferrugineuse, alcaline ou gazeuse : les eaux de fiussaag et celles de Vicby oo ^de Fougues conviendront spécialement. Il est souvent utile, à la belle saison, d'eavoyer les malades aux sources. Cependant on veillera à ce qu'ils boivent modérément, attendu que l'ingestion d'une grande quantité de liquide augmente, cbei beaucQup, les souffrances de l'estomac. C'est dans ces cas, conune dans ceux de gastro-entéralgie chronique, que M. le docteur Belloc a conseillé l'usage du charbon de peuplier à la dose d'une ou de plusieurs cuillerées à bouche avant et après chaque repas. C'est un médicament qui m'a paru inoiïensif, mais dont je n'ai p» .retiré les avantages que 3L Belloc et d'autres médecins lui attribuent.

La dyspepsie parait dépendre souvent, ou de la diminution du suc gastrique, oa d'une perversion dans les qualités de ce fluide. Un jeune médecin qui porte avec distinction un nom célèbre, M. Lucien Conlsart, a fourni de ce fait la démonstration clinique. Il est parvenu, en effet, à rétablir les digestions chez un certain nombre de malades en leur administrant du suc gastrique en nature recueilli daDS la caillette des animaux de boucherie, ou sur des animaux vivants pourvus de fistules stomacales permanentes. Il a cité dans son travail 53 cas de dyspepsie dont la moitié a cédé en moins de seize jours. J'ai eu aussi de nombreuses occasions de vérifier l'exactitude des faits énonc4>s par M. Corvisart. En donnant 1 gramme à 1 gramme 50 de pepsine au commencement du repas, j'ai fait digérer, sans fatigue, des estomacs qui ne |)ouvaient le faire avant Temploî de ce médicament, sans des souffrances plus ou moins grandes. Dans les cas où oo peut soupçonner que le défaut de sécrétion du suc gastrique coexiste avec oo peu d'inertie de la membrane musculeuse de l'estomac, M. Corvisart propose d'ajouter à la |)epsine quelques milligrammes de strychnine ou quelques centigrammes de noix vomiquc. Si la dyspepsie se complique de gastralgie, on ajoute à la pe|isinc un ou plu^euvs ce\)A.\%T^\\\\\\es de luor^thine.

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