DU RHUMATISME ARTIGULAIRE AIGU
abondantes, je snis d*accord avec la généralité des médecins, et je ponrrais invoquer les plus grandes autorités. Qu*il me suffise de me prévaloir ici du témoignage de Sydenham, de StoU et de Gullen.
A répoque où la méthode rasorienne fut introduite en France, quelques personnes espérèrent en tirer quelque profit dans le traitement du rhumatisme articulaire ; mais les faits ne tardèrent pas à démontrer en pareil cas le peu d*utilité de Vémétique à haute dose, bien que ce médicament ait été expérimenté par des mains habiles, notamment par Laêjmec, par Danceet par M. Ghomel; j'ai reconnu aussi moi-même que dans la plupart des cas Fémétique à haute dose fatiguait beaucoup les malades sans abréger notablement leur affection.
On sait que Morton avait conçu quelque espoir de remploi du quinquina dans le rhumatisme articulaire; Gheyne le crut également utile ; Held en fit même un spécifique. Il fut aussi vanté par le Portugais Tavarès, par Giannini, par Fothergill, par Haygarth, par Alphonse Leroy et par Audouart ; ou le donnait, eu général^ s à assez forte dose. Ge moyen était tombé en désuétude, lorsque, il y a quelques années, M. Briquet est venu le remettre en honneur : seulement, au quinquina, ce médecin a substitué le sulfate de quinine k haute dose. Les faits recueillis et publiés par M. Briquet, par M. Grandhomme, son élève, ceux récemment observés par M. Legroux, les résultats obtenus à Tliôpital de Lodi par le docteur Mascheroui, et qui ont été consignés en 18^3 dans la Gazette de Milan, ainsi que ceux de notre pratique, sont favorables à cette méthode. Nous Tavons en effet expérimentée un grand nombre de fois, et la durée moyenne du rhumatisme, dans une vingtaine de cas, les seuls que j'aie recueillis en détail, a été de quinze jours environ, à compter des premières douleurs jusqu'à leur cessation complète. M. iMonneret, qui a employé la même médication, lui a également reconnu des avantages; mais il ne la croit pas capable de guérir la maladie beaucoup plus sûrement que par d'autres remèdes. Gependant, comme le sulfate de quinine administré dans les circonstances dont nous parlons a plusieurs fois occasionné des accidents graves et peut-être la mort, on doit apporter de bien grandes précautions dans sou emploi, et n'en jamais élever la dose à 5 ou 6 grammes, ainsi qu'on l'a fait autrefois imprudemment Nous croyons qu'il ne faut pas, en commençant, donner plus de 1 gramme de sulfate de quinine, puis on s'élève progressivement à 1 gramme 50 centigrammes, puis à 2 grammes; on ne doit pas dépasser 3 grammes. On administrera le remède dans une assez grande quantité de véhicule; comme 150 ou 200 grammes; on le donnera par cuillerées, en ayant soin de le . suspendre, ou d'éloigner beaucoup les doses aussitôt que des vertiges, de la surdité et l'affaiblissemeut de la vue indiqueront une action toxique sur l'encéphale, n importe de prévenir le lecteur que si la médication par la quinine soulage très vite, si même elle enlève souvent avec rapidité les douleurs et la fièvre, on volt aussitôt après la cessation du remède, et parfois nonobstant sa continuation, des rechutes avoir lieu, et cela plus souvent, plus facilement peut-être qu'après toute autre médication.
A côté du sulAte de quinine, nous devons dire un mot du nitrate de potasse k haute dose, qui paraît agir de la même manière, c'est-à-dire comme hyposthénisant MM. Desportes, Martin-Solon, Gondrin, Stœber, Forget, soiTt les médecins * qui, dans ces derniers temps, ont surtout préconisé l'usage de ce remède, qui avait été jadis employé par Brocklesby et Macbride. Martin-Solon, qui a lu un travail " sur ce point de thérapeutique à l'Académie de médecine (21 octobre l^'^^^ donnait le nitre depuis 20 jusqu'à 60 grammes, elaftnnft«pi*^^î^TOto»\^*ï^N&.^
df la maladie entre quatre et dix jours, et le plus souvent en sept Son action, èl rhabile et savant médecin dont je parle, suffit dans les cas les plus intensscslonqu'ils sont simples. Ce résultai s obtient sans qu*il y ait d'autre effet appareU qu'un abaissement du pouls et une diminution de la chaleur. Par suite de b rapidité de ses eiïcts, Marlin-Sohm regarde le traitement luir le uitre conune prévenant les complications cardiaques, comme rendant les convalescences très courtn et les rechutes moins fréquentes: mais il est sans action contre le rhumatism articulaire fixe, et contre celui qui, atteignant plusieurs jointures, est tout à ià ap)Tétique. Cependant il faut savoir que le nitrc à hante dose peut avoir des inconvf nients, et ({u'il e\iK)se h des dangers : on a vu, en eiïcl, des malades chez lesqodi la dose du remède n'avait pas été porté<^ à moins de 15 grammes, périr rapidem» dans un état de résolution et de coliapsus. Ces exemples malheureux ne devron pas nous empêcher pourtant d'administrer le remède dans les cas où il sera nidique; mais il faut qu'ils nous rendent plus prudents, et qu'ils nous empêchent an commencer le traitement par de tmp fortes doses ; on devra avant tout titer k susceptibihté du sujet, en prescrivant des doses modérées; on étendra le inédicameni dans plusieurs litres de tisane ; on augmentera progressivement en suneillant vei soin les effets produits.
L'opium a été beaucoup employé, il y a une vingtaine d'années. MM. Troosseau et Bonnet surtout ont traité un certain nombre de rhumatismes qui cédèreni proniptement à l'apphcation des sels de morphine par la méthode endemilque. D'autre part, Corrigan et Requin ont fréquemment donne l'opium à rioténear; nous l'avons aussi administré dans les mêmes circonstances, et nous ra>oii! reconnu utile dans les rhumatismes extrêmement douloureux, qui souvent s'accompagnent de peu de gonflenient et d'une fièire médiocre. En pareil ras, nous avons vu la maladie céder complètement en deux s(*pténaires. L'opium nous a pan au contraire moins indiqué, nuisible peut-être dans les rhumatismes qui ont uni forme très inflaunnatoirc. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on juge C4)n\enahle d'administrer l'opium, il faut proportionner les dosent à la violence des douleurs et tàtei la susceptibilité des malades. Il cx>n\ient de commencer par donner 1 décii^ramiiv en quatre pilules; puis, suivant les effets obtenus, on augmente progressif emea jusqu'à 30 ou /iO centigrammes dans les vingt-(piatre heures. Corrigan va menu plus loin, car il donne fréquemment 50 et 60 centigramim», ce que nous n'oserioii: point conseiller de faire.
Panni la foule de médicaments précxmisés c^mtre le rhumatisme articulaire, mais en faveur desquels l'expérience ne s'est |)a8 prononcée, nous citerons l'acoDii, les sndorifiques, les frictions mercurielles, la digitale, l'arsf^nic, les pnrgaUfs. mais surtout le colchique : ce dernier est peut-êtn* de tons celui qui a été le plus primé, et pourtant il est |)eu utile, ainsi que le prouvent les récents essais tenté» fm M. Monneret. Réussit-on mieux avtH* la vératrine, (pi'un médecin distinguai M. PiédagneK a prônée dans ces derniers temps? Je ne le pense pas. Sans conti>»(er que ce médicament ne puisse être utile dans cpielques cas, nous cm>ons. et celi après exjiénmcntation, qu'il est diPi beauœup inférieur au sullate de quinine.
Kn résumé, quand le rhumatisme est intense et le sujet vigoureux, il faut débuter par une ou denx larges saignées. Les émissions sanguines locales con^ienu<*ni moins qu(^ les générales; elles ne sont avantageuses cpie pour combattre !«* rhumatisme très dtmloureux et qui est borné à une ou deux joint un^. Celles-ci ixHimmt. en outre, èlre ciw^Vovv^^** ^^ ca^a^asmes éniollienls arrosés de laudanum, d mieux encore, ou \«* «wdtf^pçfct^^x^^^vk'^'vû^^s^^ ^^ anwiK
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sèuvent un soulagement notable. Cependant il faut savoir qae chez quelcfoes-uns tous les topiques exagèrent les douleurs; on doit alors s'en abstenir ou te borner à les protéger avec de la ouata Les bains tièdes, que beaucoup de personnes emploient, sont plus nuisibles qu*utiles ; c^r souvent les malades se refroidissent en les prenant, et le mouvement qu'il faut leur imprin^ aggrave beaucoup leurs souffrances.
Dans ces dernières années on a proposé de combattre les douleurs articulaires du rhumatisme aigu, fébrile, par des applications froides. Ce traitement réussirait, d*après M. Fleury, surtout dans le rhumatisme mono-articulaire ou limité à un petit nombre de jointures, et il serait tellement efficace qu'on abrégerait la durée des accès de moitié ou des deux tiers. Je ne sois pas encore parfaitement édifié sur la valeur de cette méthode, car je ne Tai point expérimentée dans un nombre de cas suffisants. Cependant, dans le petit nombre de faits que j*ai observés, je n*ai pas constaté les heureux effets que d'autres ont obtenus. Mais je n'ai vu survenir aucun accident qu'on pût imputer à la méthode.
Chez les malades atteints de rhumatisme aigu, fébrile, on prescrira la diète et l'on donnera des boissons tièdes ou à la température de l'appartement ; elles seront douces, tempérantes, légèrement nitrées, et seront prises en quantité modérée et suivant les besoins : vouloir gorger les malades de boissons, ainsi qu'on l'a plusieurs fois conseillé, ce serait ajouter un tourment de plus à ceux qu'éprouvent ces malheureux. S'il y a constipation, on donnera de temps en temps un doux laxatif. On placera les membres de manière à favoriser le moins possible l'afflux du sang vers les jointures; c'est un point sur lequel Gerdy et M. PiOrry insistent avec raison. S'il y a insomnie, redoublement des douleurs pendant la nuit, il sera avan* tageux d'exciter le sommeil par une petite dose d'opium (5 centigrammes).
Les moyens préventifs du rhumatisme articulaire résident surtout dans une bonne hygiène. ReveiUé-Parise, qui a étudié cette question intéressante en 1835 dans le Bulletin de thérapeutiq^te^ réduit le traitement prophylactique de la maladie aux moyens suivants : 1* éviter les causes de refroidissement du côté de la peau ; 2"* usage de bains domestiques et de bains d'eaux thermales ; 3* emploi po** manent sur la peau de certains tissus (flanelle] ; W usage plus ou moins fréquent de certains excitants extérieurs, tels que frictions sèches générales ou partielles.
Siège et nature du rhumatisme articulaire, — Si Ton a lu attentivement ce qui précède, et surtout les résultats fournis par l'anatomie pathologique, on conviendra qu'il n'est pas très aisé de déterminer quel est le siège du rhumatisme articulaire. Cette maladie réside-t-elle, en effet, dans les parties fibreuses et tendineuses des jointures, ou bien dans le tissu séreux? fiichat et M. Chomel surtout défendent la première opinion ; M. Bouillaud se prononce pour la seconde. Il n'y a rien d'irra* tionneldesup|M)ser quele rhumatisme articulaire siège primitivement dans le tissu fibreux ou fibro-ce4luleux des jointures ; mais si l'on admet cette proposition, on devra convenir avec ^1. (Chomel que laffcction de ces parties, de quelque nature qu'elle soit, trouble d'une certaine manière les fonctions des organes voisins, et y détermine des pliénomènes morbides, dont l'intensité parait proportionnée k celle de l'affection primitive. D'après cette théorie, les symptômes inflammatoires présentés par les membranes synoviales seraient des accidents secondaires, qu'on pourrait placer sur la mémo ligne que l'ûiflapimation de la peau, qu'on pcuit remarquer également au niveau des articulations malades. SeuleuK'nt, comme le dit M. Cliomel, ces symptômes inflammatoires non équivoques paraissent recevoir de la cause qui les produit une modification |)artirulière qui influe sur leur uiaccbc et kur terminaison. Toml porte à penser que VaSeclm ^\mv\\^^<^ TtfCM.% ^w^f^^«Kiw^
n'est.pasdemême nature que celle qui est secondaire, h moins d'établir fi\ différence apparente qu*elles offrent Tune et loutre tient à la dÎTersîté de ftawm |^ des tissus. Nous ne saurions admettre cette opinion ; car le rhumatisme, on nous Tavons dit, est un ; on a pu juger que, quel que soit son siège, dans ïswk \^ des ou dans les parties fibreuses, c'est toujours la même affection. Or, ila*csi{i |&' possible que cellenci soit inflammatoire dans un cas et d*une nature difléremeèi un antre. Mais on conçoit que, suivant son étendue et les tissus qu'elle afect, elle puisse provoquer ou non le développement d'accidents secondaires, oomek sont pour le rhumatisme articulaire les symptômes phl^masiqnes, soit loaiix,fli généraux. Si cette manière de voir n'était pas adoptée, si contre totite ^laini' Uance, on voulait faire du rhumatisme articulaire une maladie primitiTeoKÉ^ essentiellement inflammatoire, il faudrait au moins se garder de tomber d» k même exagération que M. Bouillaud, qui considère le rhumatisme artiaifaiR aigu, ou, pour me senir de son langage, Varihrite par refroidissement^ cmm le type des maladies inflammatoires qui sont du domaine de la médecine. Um comparez, comme Stoll Ta fait, l'inflammation vraie avec l'inflammation ibiuiitismale ; comparez même, par exemple, la maladie articulaire avec les complications phlegmasiques du péricarde, de l'endocarde et des plèvres ; comparez, rniB, l'arthrite rhumatismale avec celle qui est traumatique^ et tous trouverei oitR elles tant de différences qu'il vous sera vraiment impossible de les confondre : m effet, le siège multiple, la mobilité extrême, l'irrégularité de la marche, bper»tanee de la fièvre, indépendamment de tout symptôme local, les résultats négadfc fournis presque toujours par les autopsies. Et si vous ajoutez à cela qu'il n'exisie aucun exemple de liiumatisme terminé par gangrène, et qu'il n'est pas prouvé qae la terminaison par suppuration ait jamais en lieu, vous serez conduits à admettre que le rhumatisme, qu'il soit ou non inflammatoire, est une affection d'une n»\m spéciale, une affection sui generis, qui doit avoir une place à part dans le cadre nosologique, et qu'il faut dans tous les cas distinguer, en théorie comme en pratique, des phlegmasies franches ou vraies.
Pu rbumatif m* artieulaire ohroniqae.
Le rhumatisme articulaire chronique est une affection peut-être pins commuie que la forme aiguë, à laquelle elle succède presque toujours ; dans quelques cas cependant, le rhumatisme est primitivement chronique.
Anatomie pathologique. — Le rhumatisme articulaire chronique n'a pas de caractère anatomiquc qui lui soit propre; très fréquemment pourtant il s'acoosh pagne de quelques lésions; mais celles-ci sont variables, et l'on ignore de plus en quelle proportion elles se montrent. Je n'ai examiné qu'une fois des articoUtioDS frappées d'un rhumatisme chronique, et elles offraient un état fongueux et des ulcérations multiples de la membrane synoviale. Sur six autopsies faites par 1\1. Cbomel, trois fois ce professeur ne rencontra aucune altération, ni dans les articulations ni dans les muscles; mais chez les trois autres existaient diverses lésions. C'était chez tous des ulcérations superficielles de la synoviale et des cartilages ; ceux-ci étaient remplacés, de distance en distance, par un tissu cellnlent rougeâtre, vasculaire, facile à enlever, et présentant au-dessous l'os k nn. lœ lésion semblable a été rencontrée par Morgagni et par Latour (d'Orléans); le tissa cellulaire extérieur à la membrane synoviale offrait en outre une couleur rouge ou livide, oomme si du sang s'y était exlravasé. Enfin, chez le troisième sajec, M. Chomd a Itoust \m^ \fe&\oiv Vstv. x^vsvw^v^aJc^^ % \^ "cnftmhraue sYDoviale était
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détachée et soulevée de la surface de Tos, et parsemée de trous ronds comme s'ils - avaient été faits avec un emporte-pièce. Dans les points correspondants à ces trous, le tissu compacte était entièrement détruit, tandis que le tissu spongieux rougeâtre persistait seul. Le docteur Ballot (de Gicn) a décrit un cas à peu près semblable. Dans le rhumatisme chronique, les surfaces articulaires finissent par se tuméfier : le tissu est tantôt mou, friable, raréfié, imbibé de sang : ailleurs il est plus dense, sec et comme ébumé. Les ligaments eux-mêmes sont plus ou moins épaissis. Les articulations ainsi altérées sont plus ou moins déformées. Ces déformations sont surtout très marquées dans les petites jointures, comme les orteils et les doigts; souvent aussi les surfaces articulaires n'ayant plus les mêmes rapports* les parties sont à la fois déformées et déviées. Les déformations dont nous parlons tiennent quelquefois aussi au dé|)ôt de concrétions calcaires tophacées, primitivement déposées dans les tissus fibreux, et qui, en s'accroissant, peuvent pénétrer d'une part dans l'articulation, et de l'autre se frayer une issue h. l'extérieur en altérant la peau. Enfin les individus dont nous parlons ayant été en général soumis à un long repos, on trouve beaucoup de leurs muscles atrophiés, amaigris, InfilU^ dégraisse.
Symptômes j maYche. — Dans le rhumatisme chronique, la douleur peut être presque nulle ou manquer même tout à fait; le seul phénomène qu'on observe alors est une gêne dans les mouvements. Cependant, dans la presque totalité des cas, les jointures affectées sont plus ou moins douloureuses; elles peuvent même le devenir» du moins par moments, autant que dans la forme aigu^, mais il n'existe presque jamais de rougeur. Lapression est parfois sans effet sur les douleurs, mais parfois aussi elle les exaspère : le plus souvent il y a du gonflement, qui dépend de la congestion, et plus encore des éi)anchcments qui se font dans l'articulation, ainsi que des autres altérations de nutrition sunenues dans les surfaces articulaires ainsi que dans les ligaments et les parties fibreuses environnantes. Les douleurs du rhumatisme chronique diffèrent de celles de la forme aigu^ parce que les premières sont moins mobiles; elles s'exaspèrent quelquefois la nuit ; d'autres fois la chaleur du lit les calme, mais elles redoublent presque constamment |)endant les temps humides et froids. Les malades ont souvent la prétentioi^ d'être des espèces de baromètres vivants, et de prédire les changements atmosphériques un ou plusieurs jours à l'avance; mais M. Chomel a démontré, il y a déjà plus de quarante ans, que cette opinion était beaucoup moins fondée qu'on ne le dit
Dans le rhumatisme chronique, les mouvements sont toujours gênés, et ils peuvent même être complètement empêchés : c'est ce qui a lieu nécessairement lorsque les jointures sont déformées et entourées de tophus. Si les mouvements peuvent enc4)re s'exécuter, on entend quelquefois, pendant le frottement des surfaces articulaires, des bruits de craquement, comme si elles étaient dépolies, inégales.
Lorsque les douleurs sont modérées, et qu'il n'y a qu'un petit nombre d'articulations de prises, les fonctions organiques ne présentent aucun trouble : il n'en est pas de même dans les cas contraires. En effet, beaucoup de malades, épuisés par la continuité des douleurs, affaiblis par le défaut d'exercice, maigrissent, cessent de pouvoir digérer; ((uelques-uns sont minés parla fièvre hectique. Toutefois celle-ci ne se déclare guère (|ue dans les cas de complication, loi*s(|ue, par exemple, les os se carient, la plupart de ces rhumatisants meurent par suite d'une affection intercurrente. D'après M. BouiUaud, les lésions organiques du cœur tiendraient encore ici le premier rang. Beaucoup de ces malades, forci% V^Xi^co^xvsi^'^c^^
longé, finissent par aToir des eschart'S au sacrum, et succombent aux déiorira qui en sont la suite.
Le rhumatisme chronique dure rarement moins de trois ou quatre mois; s» Tent il se prolonge indéfmiment.
Variétés. — La seule variété de rhumatisme chronique qui mérite unementia spéciale est celle que Musgrave a décrite en peu de mots, il y a plus d'un siède (1) et qui après avoir été étudiée par Landré-Beauvais (2), par Haygarth (3: i Adams {U), a été, dans ces derniers temps, l'objet d'études spéciales, faites p MM. Charcot(5)etTrastour (6). Ce rhumatisme chronique, dès son origine, débol presque toujours par les articulations des doigts, gagne ensuite les jointures h plus volumineuses et amène plus ou moins promptement des déformations qi rendent les malades plus ou moins impotents. Les gonflements et déformatioi articulaires peuvent survenir exceptionnellement sans douleurs, mais presque Um jours les malades éprouvent des souffrances plus ou moins vives ; elles peuvent f effet ne consister qu'en un sentiiuent de poids ou d'engourdissement, tandis qu'ai leurs elles sont térébrantes et arrachent des plaintes aux plus courageux, h douleurs n'occupent pas seulement les jointures, mais elles siègent en outre cou munément dans les muscles et s'accompagnent d'une rétraction permanente (J leurs fibres, ce qui a pour résultat d'augmenter encore la déformation des jointure Cette variété du rhumatisme chronique est fréquente; elle atteint surtout l individus de la classe pauvre qui ont été exposés pendant des mois ou de long» années k un froid humide. Mais, chose remarquable, il est incomparablement pk fréquent chez la femme que chez l'homme, et toutes les études que i*ou a faib en France sur cette affection, ont été entreprises par d'anciens internes de Salpétrière.
La forme de rhumatisme chronique dont je viens d'esquisser les principaux trai est incurable. Les mall»eureux qui en sont atteints |)euvent vivre de lougues aniié lorsque les souffrances sont peu vives ou quand elles n'ont lieu qi]*à de longs il tervalles, mais la plu|)art souiïrent plus ou moins et sans réfût. Cloués dans uu 1 ou dans un fauteuil, ils ont une existence misérable, ne peuvent s'aider en rieo sont obligés pour tous leurs besoins d'invoquer Tassistance de cpielqu'un.
TraUement, — Ia\s émissions sanguines ne conviennent ])oiut, à moins qu'ai ou plusieurs arliculalions ne deviennent le siège d'une iluxion trop forte; caralo on devra recourir à (luehpies aj)plications de sangsues, ou bien à des ventou^ scarifiées. Les moyens qui offrent le plus d'avantages a)ntrc la maladie sont l* révulsifs cutanés (liniments excitants, ammoniacaux, vésicatoires, cautères, nioia et la cautérisation transcurrente), les bains et douches de vapeur, simples on an matiques. On a aussi vanté les bains sulfureux arlificicLs ou naturels; les eaux d quelques sources minérales, connne les eaux de fiaréges, d'Aix, de Gréoulx, d Luchon ; ou bien on envoie à Bade, à lj)uesche, à Bourbonne, à fiaguères, i Mont-Dor, à îNéris, à Vichy. On pourrait citer presque toutes les eaux ininérair surtout les eaux thermales, qui, par leurs propriétés stimulantes, conviennent dai les rhumatismes cinoniques. Depuis quelques années surtout, les eaux alcalhie». t celles de Vichy en particulier, jouissent d'une certaine fa\eur; car« données l'intérieur et prises en bains, elles ont paru améliorer l'état d'un grand nombre d
(\)Dc arthritide symptomaticd disiertatio, — (5) Tbèse de Paris, ad tiii, n« IS. — [y A Ch uùal Uittory of the Nodotiiy of the Jointu — (4) Cydopivdia of Ànai, and PhynoL, Ltné» 1839. - (^) 'ïVib» àc V^i\?.ÔL^ V^'i, \x* t^W- - (Jll idem, n« 277.
^ Y A-T-IL UNE DIPPÉRENGE ENTRE Là GOUTTE ET IB EHUMATISlfE T 8l9
rhumatisaDts, et <]uel(|iicfois même elles ont semblé dissoadre les concrétions topbacées. 51. le professeur Trousseau a reconnu aussi aux bains de sublimé une grande efficacité dans le rhumatisme chronique (8 à 60 grammes de sublimé pour on bain d'adulte) ; il administre un de ces bains tous les jours ou tous les denx jours, jusqu'à ce que les gencives s'enflamment un peu. Il cesse alors, ou plutôt il éloigne les bains jusqu'à ce que la tuméfaction et la douleur aient complétemeni disparu. Ce traitement est accompagné de boissons sudorifiques concentrées, de quelques bains simples et de vapeur; il est terminé par des fumigations de cinabre dans un appareil ou la tête puisse être à l'abri de la vapeur mercarielle. Ënfm, certains rhumatismes rebelles à la plupart des méiliodes que nous venons d'énumérer ont cédé à l'emploi des moyens hydrothérapiques.
On a encore vanté, contre le rhumatisme chronique, l'électricité, le galvanisme, l'acupuncture; mais il règne encore sur le degré d'utilité de ces moyens une grande incertitude. A l'intérieur, on a donné les purgatifs, les sudorifiques, tout cela sans effet avantageux. Quant à l'iode métallique, à Tiodure de potassium et à l'hoile de foie de morue, qui ont été prônés dans ces derniers temps, il faut attendredes faits plus nombreux pour émettre une opinion sur la valeur de ces remèdes; cepeodint ils paraissent avoir été utiles dans un certain nombre de cas. Le sulfate de quinine, si efficace contre la forme aiguë, a toujours échoué dans nos mains contre le rhumatisme chronique. Les malades dont nous parlons seront couverts de flanelle de la tête aux pieds; ils porteront des vêtements épais; ils habiteront un lieu sec, bien exposé, et seront placés dans les meilleures conditions hygiéniques ' possibles.
T a-l-il iui« diff6r«Be« entra la goatte tft !• rh|UB«tîsine ?
Presque tous les auteurs, si Ton en excepte M. Chomel, distinguent le rhumatisme de la goutte, et comprennent sous cette dernière dénomination une maladie caractérisée par la douleur, le gonflement, la rougeur des petites articulations, occupant presque toujours, dans le principe, la première jointure du gros orteil, mobile dans ses attaques subséquentes, pouvant s'étendre aux grandes articulations, et donner lieu secondairement «i des troubles variés, surtout du côté des fonctions digestives.
La goutte se distinguerait du rhumatisme : 1° parce qu'elle attaquerait primitivement les petites articulatious, surtout l'articulation du gros orteil; ces parties sont alors très tuméfiées, rouges et douloureuses; 2<* parce que les symptômes se montreraient sous forme de paroxysmes assez réguliers ou de sortes d'accès au nombre de trois ou quatre, ce qui constituerait une attaque de goutte ayant UM durée moyenne de deux septénaires ; 3** parce que les urines contiendraient une grande quantité d'acide urique;/i' parce que la goutte s'accompagnerait, plus fréquemment que le rhumatisme, de symptômes gastricfues; 5" parce qu'elle coexisterait souvent avec la gravelle; 6 parce qu'elle finirait par faire naître au pourtour des articulations des espèces de concrétions calculeuses uonnnées topkun^ spécialement composées d'acide urique libre, ou uni à une base con)me la chaux ; 7" parce qu'elle aiîectorail presque evclusivemenl les |)ersonnes de la classe riche; 8" parce qu'elle serait héréditaire et se développerait sous l'influence de causes dépendant surtout de l'alimentation, et non, connue le rhumatisme, par l'impre^ sion du froid. Tout cela constitue-t-il des différences réelles ? Nous ne le croyons pas, et voici les preuves que nous doonoos.
On voit sonveni le rhumatisme véritable débuter par les petites jointures, comoM on voit ce qu*on nomme la goutte atteindre les grandes articulations, et prodairr, dans Tun et l'autre cas, la môme série de symptômes locaux. Les exacerbatMH dont on parle dans la goutte se trouvent dans le rhumatisme, et les symptômei gastriques, surtout dans certaines constitutions médicales, ne sont point rares ; on sait aussi que le rhumatisme est peut-être, de toutes les maladies aiguës, celle dans laquelle les urines s(mt le plus fdhcérs et contiennent la phis grande proportioi d'acide uriqne. Objectera-l-on que la goutte <?st héréditaire? Mais nous savons que, d'après les recherches de M. Chomcl, le rhumatisme ne l'est pas moins. Fera-t-oa des concrétions tophacées un caractère distinctif? Requin a fait observer que le liinmatisme était aussi apte à les produire que la goutte, du niouient qu'U atteignait, comme celle-ci, les petites articulations. Quant à la coïncidence* de la goutte avec la gravelle, affections auxquelles on a attribué une origine commune, Reqnia note encore qu'on a beaucoup exagéré la fréquence de cette coïncidence : et puis, dit-il, ayant admis complaisamment que la goutte était la maladie des geos riches, et le rhumatisme celle des pauvres, celte différence de l'une avec Tautn», sous le rapport de la coexistence avec la gravelle, s'ensuivait nécessairement ; cv les riches ont incontestablement le triste privilège d'être, par leur manière de vivre, plus souvent atteints de la gravelle. Nous dirons donc que la diathèse rhuuiaiismaie coexiste quelquefois avec une diathèse urique, c'est-à-dire avec une tendance de l'économie à produire dans les voies urinaires et autour des jointures de Turate de chaux. ]\Iais ces deux diathèses ne sont nullement liées l'une à l'autre; elles existent souvent isolément ; elles s'unissent l'une h l'autre à dos degrés infinis, mais elles sont originairement et primitivement distinctes.
On a établi un diagnostic différentiel entre la goutte et le rhumatisme sur des signes encore plus illusoires. x\'a-t-on pas prétendu que, dans la goutte, la douleur existait sous forme d'un ]X)int ; tandis que, dans le rhumatisme, elle était étendue et large? J'ai vu un ancien médecin de rHôtel-Dieu de Paris, très rhumatisant, se fonder sur ce caractère pour établir s'il avait un rhumatisme ou bien la goutte, se croyant atteint des deux affections à la fois. Les signes distinctifs tirés des symptômes, de la marche, des accidents consécutifs, sont tellement infidt*le$. qu'un auteur qui a écrit sur la goutte un traité assez estimé, Guilhert, ne croyait pas pouvoir arriver par eux à un diagnostic certain, et il établissait que le seul moyen de distinguer les deux affections se trouvait dans la considération des causes. Il arrivait donc à dire que les douleurs qui succédaient h rim|)ression du froid appartenaient au rhumatisme, tandis que celles cfui survenaient en dehors de cette cause, ou sans qu'elle eût été constatée, chez des individus placées d'ailleurs dans •des conditions d'aisance ou de luxe, caractérisaient la goutte. In pareil raisonnement n'a pas besoin, je pense, d'être réfuté. En résumé, nous croyons, a^ec MM. Ghomel et Requin, que rien ne légitime une distinction fondamentale entre . la goutte et le rhumatisme articulaire. Nous dirons avec M. Pidoux et conmie hii. que la goutte est un rhumatisme développé chez des sujets d'une organisation particulière, dans des conditions héréditaires ou hygiéniques qui ne sont |>as cdies de tous les rhumatisants.